La caféiculture est considérée comme une activité économique importante en Colombie. Différentes versions existent sur les origines du café en Colombie, la plus probable étant celle du jésuite espagnol José Gumilla parue dans son livre . La première grande étape du café colombien, comprise entre 1850 et 1910, permet à la caféiculture de s'étendre à travers le pays, notamment avec la colonisation antioquienne initiée à partir de 1890. C'est d'ailleurs grâce à cette dernière que le café, dont la culture est alors entreprise par des petits paysans indépendants, devient réellement un important produit d'exportation. Par la suite, et ce jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, les cultures se concentrent sur les départements d'Antioquia, de Tolima et du Caldas. Dans cette région qui sera appelée l'Eje cafetero, le pourcentage de café produit au niveau national atteint ainsi 47 % au début des années 1930. Durant cette même période, la Colombie devient le deuxième exportateur mondial de café derrière le Brésil. Après La Violencia qui secoue le pays de 1948 à 1960, la Colombie est confrontée à plusieurs problèmes tels que le retard technologique, le vieillissement de ses plantations, la faible productivité et les grandes étendues de ses cultures. Il est alors décidé d'introduire des améliorations techniques, la principale innovation étant l'adoption du café caturra pour ses caractéristiques de croissance et sa meilleure productivité. Après 1975, le boom du café, appelé « bonanza cafetera », permet aux producteurs d'obtenir des revenus importants et de pouvoir investir beaucoup dans leurs plantations et leurs logements. Après les années 1980 durant lesquelles l'économie contrôlée du café reste très dynamique, la Colombie est depuis confrontée à plusieurs crises, notamment en raison d'une politique de libre-échange (où le prix du café est dorénavant sujet à spéculation) et à des maladies qui affectent les plantations telles que la rouille du caféier. Elle perd ainsi en 1999 sa deuxième place en tant que pays producteur de café, au profit du Viêt Nam.

Les principaux départements producteurs de café sont l'Antioquia, le Caldas, le Cauca, le Cundinamarca, le Huila, le Nariño, le Norte de Santander, le Quindío, le Risaralda, le Tolima et le Valle del Cauca. Le café est très ancré dans la culture colombienne, que ce soit par le biais du personnage Juan Valdez et de sa chaîne de cafés-boutiques, ou encore du triangle du café dont une partie de la région a été classée en 2011 au Patrimoine mondial par l'UNESCO sous la dénomination de Paysage culturel du café de la Colombie. Café de Colombia, un label attribué au café colombien, acquiert le statut d'appellation d'origine en Colombie en 2005 devenant, par ailleurs, la première indication géographique protégée (IGP) non européenne enregistrée dans l'Union européenne en 2007, ainsi que la première IGP étrangère en Suisse en 2013.

Plusieurs institutions sont liées à la caféiculture en Colombie, la plus importante d'entre elles étant la Fédération nationale des caféiculteurs de Colombie (FNC ou Fedecafé) créée le et dont l'objectif principal est de défendre l'industrie caféière colombienne. Les producteurs qui en sont membres bénéficient alors de services de développement agricole tels qu'une assistance technique pour la culture du café et une diversification des cultures originaires des zones caféières. On peut également citer le créé en 1938 et dépendant de la Fedecafé. Cet organisme, qui a pour objectif principal d'engendrer des connaissances et de nouvelles technologies par le biais de recherches scientifiques et d'expérimentations, a notamment développé de nouvelles variétés de café plus résistantes aux maladies dont la rouille du caféier.

En , la Colombie est classée au troisième rang des pays producteurs de café, derrière le Brésil et le Viêt Nam. Produisant exclusivement la variété arabica, elle en est le deuxième producteur mondial derrière le Brésil avec , soit .

Historique

Arrivée du café sur le territoire vignette|droite|upright=1|Le père José Gumilla, à l'origine de la version la plus probable de l'arrivée du café en Colombie. Le caféier serait originaire d'Éthiopie, dans la province de Kaffa, située au sud-ouest du pays. Par la suite, la culture du café s'est étendue à travers le monde. Il existe plusieurs versions sur l'origine du café en Colombie. Selon certaines, il serait arrivé au nord-est du pays via le Venezuela tandis que d'autres prétendent qu'il serait arrivé par le nord via les pays d'Amérique centrale. Néanmoins, la plus probable reste celle du jésuite espagnol José Gumilla parue dans son livre (en ), qui penche pour l"hypothèse vénézuélienne. Il enregistre alors la présence de café dans la mission Santa Teresa de Tabage, près du point de confluence entre le río Meta et l'Orénoque.

Un autre témoignage sur la culture du café en Colombie provient de l'archevêque et vice-roi Antonio Caballero y Góngora en 1787. Dans un rapport destiné aux autorités espagnoles, il enregistre la présence de la plante dans les régions de Girón (Santander) et de Muzo (Boyacá).

Cependant, pour le folklore, l'expansion du café en Colombie est attribuée au prêtre de la paroisse Salazar de las Palmas, Francisco Romero. En pénitence de leurs péchés à la suite de leurs confessions, il aurait imposé à ses paroissiens de semer quelques caféiers. L'archevêque de Colombie de l'époque, estimant que c'était une bonne idée, aurait ordonné de la mettre en pratique et c’est ainsi que la culture de café se serait étendue relativement vite dans le centre et l'ouest du pays. Cette production à plus grande échelle aurait ainsi débuté vers 1830.

1850-1910 : les débuts vignette|gauche|upright=1|Cultures de café dans les Llanos : croquis d'Édouard André (1869). La première grande étape du café colombien est comprise entre 1850 et 1910. Durant cette période, l'essor de la production de café débute dans la province de Santander vers 1860 depuis le Venezuela voisin en réponse à la crise de l'artisanat local, et ce au détriment des cultures de cacao et de coton. Elle s'étend ensuite au Cundinamarca et au Tolima vers 1870. Dans le Santander, qui vers 1875 fournit 90 % de la production nationale (soit par an), les caféiers sont cultivés par des journaliers et des aparceros dans le cadre de grands domaines appelés haciendas. Travailleurs mal payés et mal traités, ils ne prennent pas bien soin des plants et les rendements sont médiocres. Ce n'est qu'avec la de l'Antioquia, commencée à partir de 1890, que la culture du café, alors entreprise par des petits paysans indépendants, deviendra réellement un important produit d'exportation .

Les propriétaires d'haciendas, qui sont à l'époque liés à Bogota, décident ainsi de se dédier à la culture et à la production de café dans leurs régions d'origine. Grâce à leurs liquidités commerciales issues de leurs exploitations de mines et du tabac, ils achètent des terres pour cultiver du café.

À l'origine, les haciendas de café sont un héritage colonial, avec de petites entreprises capitalistes intégrant le traitement du café aux produits complémentaires d'une économie relativement autosuffisante. Les propriétaires terriens n'ont cependant aucun contrôle sur la commercialisation de leur production de café. En effet, ils dépendent d'entreprises importatrices européennes et américaines qui facilitent les lignes de crédit afin de contourner certaines conditions du marché intérieur.

À partir de 1875, le secteur du café connaît une grave crise qui devient catastrophique à partir de 1890 : pendant que le marché mondial et les cours du café s'effondrent, les guerres civiles des débuts de la Regeneración dévastent les régions productrices en désorganisant les grandes haciendas qui fournissent alors l'essentiel de la production. Les aides mises en place par les gouvernements de Rafael Núñez et de ses successeurs (crédits aux taux très favorables) sont contrecarrées par l'inflation. Vers 1910, le café n'occupe plus qu'une place secondaire dans l'agriculture de ces régions.

Toutefois, l'ouest du pays a moins souffert de ces guerres civiles, en particulier l'Antioquia qui offre de bonnes conditions climatiques et compte déjà une classe d'entrepreneurs dynamiques ayant prospéré grâce à l'extraction minière et qui sont disposés à prendre des risques. La culture du café s'implante donc dans cette région et fait sa fortune.

1910-1950 : période de maturité du café colombien vignette|upright=1|Photographie des frères Rodríguez, intitulée Las Chapoleras (1910).

Parmi les grands propriétaires, puis très vite après la Guerre des Mille Jours parmi les petits et moyens paysans descendants des , la culture du café se développe. Le café est une plante robuste, facile d'entretien et ne demandant pas de gros investissements, mais surtout sa culture est peu mécanisée et les économies d'échelle sont inexistantes, ce qui rend les petites exploitations aussi rentables que les grandes haciendas. En gardant aux côtés du café leurs cultures traditionnelles, les colons produisent également de quoi se nourrir en cas de baisse des prix du café, et rapidement les petites exploitations s'avèrent plus dynamiques et résilientes que les grandes.

De 1912 à la fin de la Seconde Guerre mondiale, la caféiculture connaît donc une nouvelle période de croissance en Colombie, se concentrant dorénavant sur les départements d'Antioquia, de Tolima et du Caldas. Ainsi, dès 1910, 35 % du café colombien est alors produit dans cette région qui sera appelée l’Eje cafetero, ce pourcentage passant à 47 % au début des années 1930. C'est également durant cette période que, pour la première fois, les petites exploitations agricoles produisent davantage que les grandes, plus de 60 % de la production du café étant issu d'exploitations de moins de douze hectares dans les années 1930. Vers 1932, le pays compte près de , dont 80 % représentent moins de dix hectares et 70 % comptent moins de . À cette date, la culture du café occupe 18 % de la population agricole du pays (), et en fait vivre indirectement entre le quart et le tiers. Et cette activité agit comme une locomotive pour tirer les autres secteurs d'activités : transports, artisanat et industries de produits manufacturés, etc.

En 1927, le secteur du café, qui est alors le secteur économique le plus important en Colombie, décide de se rassembler afin de promouvoir la culture du café et de lutter contre des problèmes sociaux chroniques comme l'alcoolisme, le manque d'éducation, l'insuffisance des services de santé publique et la faiblesse des infrastructures de communication). Lors de ce congrès national du café, la Fédération nationale des caféiculteurs de Colombie (FNC ou Fedecafé) est fondée. Ses membres, qui sont des caféiculteurs, bénéficient de services de développement agricole tels qu'une assistance technique pour la culture du café et une diversification des cultures originaires des zones caféières. La même année, la loi 76 aboutit à la mise en place d'une taxe sur le café sous la forme d'un prélèvement effectué sur chaque sac de café exporté, ce qui deviendra par la suite la principale source de revenus pour la Fedecafé.

La Colombie est également l'un des premiers pays producteurs de café à utiliser une méthode de qualification des produits. En effet, une loi promulguée en 1931 permet à la Fedecafé de classifier les différentes qualité de café. En 1932, un décret présidentiel impose que, sur chaque sac de café exporté d'origine colombienne, apparaisse l'inscription « Café de Colombia » et trois bandes verticales (une rouge entre deux vertes) .