vignette|upright=1.3|La Grande pagode de l'oie sauvage, Xi'an (ancienne Chang'an), Shaanxi. Dynastie Tang, 652 (première construction) et . vignette|upright=1.3|Groupe de joueuses de polo, figurines funéraires en céramique, Art Gallery of New South Wales.

La dynastie Tang () () est une dynastie chinoise précédée par la dynastie Sui (581-618) et suivie par la période des Cinq Dynasties et des Dix Royaumes. Elle a été fondée par la famille Li, qui prit le pouvoir durant le déclin et la chute de l'empire Sui.

Venant après une longue période de division de la Chine qui dura de 220 à 581, à laquelle l'éphémère dynastie Sui avait mis fin, les premiers empereurs de cette dynastie eurent d'abord pour tâche de stabiliser l'empire récemment réunifié, et de lui redonner la puissance qu'avait eue la Chine à l'époque des Han. Ils firent rapidement mieux que ces derniers dans le domaine des conquêtes extérieures. Sous les premiers empereurs Tang (en particulier Taizong, l'impératrice Wu Zetian et Xuanzong), l'empire chinois connut une période de prospérité et un rayonnement culturel considérable. Sa capitale Chang'an, la plus grande ville du monde, reflétait toute la puissance et le cosmopolitisme, qui reposait notamment sur le dynamisme des échanges à longue distance le long de la route de la soie et des voies maritimes méridionales. Cette période a été vue par les générations suivantes comme un véritable âge d'or de la civilisation chinoise, symbolisé notamment par les brillants poètes Li Bai et Du Fu, et plus largement l'émergence d'un groupe de nombreux lettrés passés par les examens impériaux qui furent mis en place par les premiers empereurs Tang.

L'histoire de la dynastie bascula en 755 avec la révolte d'An Lushan, conséquence dramatique des évolutions politiques et militaires de l'empire à la période de son apogée. Après la difficile répression de ce soulèvement, l'organisation de l'empire se présenta sous un jour nouveau : la vieille aristocratie qui l'appuyait déclina irrémédiablement, supplantée par des hommes nouveaux disposant des charges militaires provinciales les plus importantes ou des grandes commissions fiscales et financières. Les empereurs ne parvinrent pas à contenir les forces centrifuges qui leur firent perdre l'autorité sur leurs provinces, même si cela n'entrava pas la prospérité de leur empire, portée par l'expansion démographique et économique des régions du Sud. Après une série de révoltes dans les dernières décennies du , la dynastie Tang s'éteint en 907, alors que son empire avait été dépecé. Les évolutions politiques, sociales, économiques et intellectuelles de cette période avaient déjà fait pénétrer la Chine dans une période que les historiens considèrent couramment comme ouvrant sur une première modernité, annonciatrice de la période de la dynastie Song (960-1272) qui réunifia la Chine quelques décennies après la fin des Tang.

Plusieurs innovations importantes sont apparues durant la dynastie Tang, dont le développement des blocs d'imprimerie en bois. Dans le domaine religieux, le bouddhisme eut une influence majeure dans la culture chinoise, avec l'affirmation de sectes bouddhistes aux racines spécifiquement chinoises et le développement d'un art remarquable. Toutefois, cette religion fut par la suite persécutée et son influence déclina, tandis que le taoïsme conservait une grande importance et que s'amorçait le retour du confucianisme, porté par les écrits de Han Yu.

L'âge d'or de l'empire Tang (618-755) vignette|Dragon en bronze doré, probablement un élément architectural, Chang'an (Xi'an), , musée d'Histoire du Shaanxi.

Si l'empire Tang est souvent présenté comme un « âge d'or » de la civilisation chinoise aussi bien par ses accomplissements militaires que culturels, il le doit à son premier siècle et demi d'existence. Héritière des premiers empires (Qin et Han) ainsi que des évolutions marquées de la période de division (les « Six dynasties »), la dynastie Tang étant en fin de compte la continuation des dynasties du Nord de cette période, puis des réformes de l'éphémère dynastie Sui, cette période est caractérisée par un État très centralisé, dominé politiquement, économiquement et culturellement par sa capitale Chang'an, une armée divisée entre des troupes frontalières et des troupes de la capitale composées d'une grande partie de « barbares », et la prépondérance sociale d'un nombre limité de grandes familles disposant des plus hautes charges et des plus vastes domaines leur permettant d'exercer une grande influence à l'échelle provinciale.

Histoire politique

La chute des Sui et la fondation de la dynastie Tang

Les origines de la dynastie Tang remontent à la période de l'effondrement de la dynastie des Wei du Nord, quand un groupe de guerriers aux origines « barbares » (Xianbei, Xiongnu)Sur l'importance de l'héritage des Xianbei chez les premiers Tang : S. Chen, Multicultural China in the Early Middle Ages, Philadelphie, 2012, 4-38. issus des garnisons frontalières du nord s'installa à Chang'an, sous la direction de leurs chefs, le clan Yuwen, qui fonda la dynastie des Zhou du Nord, laquelle plaça le Nord de la Chine et le Sichuan sous sa domination. C'est dans ce même groupe, qui se mêla également d'éléments turcs et se sinisa rapidement (ce qui se voit notamment par l'adoption de noms chinois par plusieurs d'entre eux), que se trouvait le fondateur de la dynastie Sui, l'empereur Wendi (581-604), qui renversa les Zhou du Nord. En 589, quand il soumit l'empereur de la dynastie méridionale des Chen, il parvint à réunifier la Chine, phénomène inédit depuis l'effondrement des Jin occidentaux en 317. Plus largement, c'est la longue période de division politique de la Chine depuis la chute des Han entre 184 et 220 qui s'achevait. Wendi entreprit d'importantes réformes, poursuivies par son fils et successeur Yangdi (604-617), passé à la postérité comme l'initiateur de la construction du Grand Canal et comme un personnage trop ambitieux et dépensier. Une situation politique encore instable, aggravée par ses échecs militaires en Corée contre le royaume de Koguryo et contre les Turcs, ouvrit la voie en 613 à un soulèvement conduit par l'élite guerrière de l'empire, issue de l'oligarchie militaire des Zhou du Nord, parmi lesquels triompha le général responsable de la garnison de Taiyuan (Shanxi), Li Yuan. Avec son prestige et son expérience militaire, il monta une rébellion avec ses fils Li Shimin et Li Jiancheng et également sa fille la princesse Zhao de Pingyang, qui rassembla et commanda sa propre armée. En 617, Li Yuan, paré du titre de « Prince de Tang », occupa la capitale Chang'an et devint régent du jeune empereur Sui Gong, reléguant l'empereur Yang à la fonction d'empereur retiré. Le 18 juin 618, l'empereur Yang fut assassiné par son général Yuwen Huaji. Li Yuan se proclama alors empereur d'une nouvelle dynastie, les Tang. Il est connu sous le nom de Gaozu (618-626), son nom de temple (employé pour les empereurs Tang de préférence au nom posthume qui sert habituellement à désigner les monarques chinois). Il fallut encore quelques années à ses fils pour soumettre les généraux rivaux, tout en achetant au prix fort la paix avec les Turcs.

L'empire ne fut pacifié qu'en 628. Entretemps, Li Shimin s'était affirmé comme le plus grand chef de guerre de l'époque et avait éliminé ses frères puis renversé son père en 626, pour prendre lui-même le pouvoir. Il est passé à la postérité sous le nom impérial de Taizong (626-649), et est souvent considéré comme le véritable fondateur de la dynastie Tang. Les Turcs se déchiraient au même moment, et leur empire se scinda en deux tandis que plusieurs révoltes accrurent leur affaiblissement. Taizong parvint ainsi à leur infliger plusieurs défaites qui aboutirent à leur soumission entre 630 et 642. Dans ce laps de temps, il avait entrepris d'importantes réformes administratives continuant celles des Sui : réorganisation des provinces, de la justice, de l'armée, réformes agraire, fiscale, etc. Ses dernières années furent cependant marquées par des difficultés croissantes : nouvel échec militaire en Corée, tensions avec les hauts dignitaires, tandis qu'une grande partie de son empire restait hors de son contrôle, soumise à des potentats locaux, et que sa base restait surtout Chang'an et sa région, qui étaient déjà le cœur de l'empire des Zhou du Nord et des Sui.

Wu Zetian et la période de gouvernement des femmes vignette|Fresque murale représentant des femmes du palais dans un jardin, découverte sur le mur de la tombe du prince Li Xuan dans le Mausolée de Qianling, où l'impératrice Wu Zetian a également été enterrée en 706.

Gaozong (649-683) succéda à Taizong en 649. Il tenta de prolonger les réformes de son père, et parvint à plusieurs reprises à faire venir sa cour à Luoyang, la capitale orientale, signe qu'il avait réussi à renforcer son autorité dans la plaine Centrale. L'histoire a surtout retenu de son règne l'influence croissante qu'exerça sur lui sa concubine Wu Zhao. Il la fit impératrice de second rang en 655. Alors que l'empereur commençait à souffrir de maladies chroniques l'empêchant de régner activement, elle fit éliminer l'impératrice Wang et une autre favorite, devenant la personne la plus influente de la cour. À la mort de Gaozong en 683, leur fils Zhongzong lui succéda, avant d'être écarté par sa mère qui intronisa son autre fils Ruizong, tout en conservant le pouvoir en tant qu'impératrice douairière. Puis elle l'écarta à son tour pour prendre elle-même le pouvoir en 690, sous le nom de Wu Zetian, fondant une nouvelle dynastie, qu'elle nomme Zhou.

L'historiographie chinoise traditionnelle, peu disposée à l'égard des femmes, a laissé une image sombre de Wu Zetian, seule impératrice régnante de l'histoire chinoise. Elle lui attribue de nombreuses atrocités et immoralités : assassinat de son propre enfant pour se débarrasser d'une rivale, cruautés, nombreuses exécutions, nombreuses liaisons sexuelles, pratiques de magie et nécromancie Elle est considérée comme une fervente bouddhiste, mais ne semble pas s'être laissée dominer politiquement par les moines, et ne délaissa pas le taoïsme, qui pourrait en fait avoir été sa religion de prédilection. Même s'il faut envisager de nombreuses exagérations à son propos, il est indéniable que son règne fut marqué par des mesures brutales, en particulier au moment où elle conforte son pouvoir, qui ont suscité une grande animosité contre elle. Elle régna depuis Luoyang, de façon à échapper à l'emprise de l’aristocratie de Chang'an, et bouleversa la composition de la haute administration de l'empire en se débarrassant de la plupart des ministres importants et en créant de nouveaux postes de premier ordre qu'elle confia à des hommes nouveaux. Il est souvent admis qu'elle s'appuya également sur des lettrés promus via le système des examens, ce qui en ferait une partisane d'un système plus méritocratique, moins autocratique, se reposant plus sur la bureaucratie. Mais il semble aussi que Wu Zetian gouverna avec l'aide d'un groupe de lettrés utilisés pour contourner l'administration officielle, les « Lettrés de la Porte du Nord ». Certains estiment, contre l'opinion couramment admise, que son règne fut un moment plutôt autocratique.