La dysphorie de genre est à la fois une condition associée aux personnes transgenres et le nom d'un diagnostic médical. Le terme est proposé pour la première fois en 1973 en alternative à la rigidité des critères de diagnostic de la typologie du transsexualisme « classique » décrite par le sexologue Harry Benjamin. Dès son origine, la dysphorie de genre décrit le malaise persistant ressenti par les personnes transgenres vis-à-vis de leurs caractéristiques sexuelles et leur genre assigné, alimentant un désir intense et durable de changer ces derniers..
En 1980, la troisième édition du très influent manuel diagnostic (DSM) de l'Association américaine de psychiatrie (APA) inclut deux diagnostics ayant pour base une incongruence de genre entre le sexe de naissance et l'identité de genre : le transsexualisme pour les adultes et trouble de l'identité de genre pour les enfants.. En 1994, la quatrième édition du DSM fusionne les diagnostics précédents en celui de troubles de l'identité de genre, qui s'applique alors tant aux adultes, adolescents qu'aux enfants..
Dans la cinquième édition du DSM en 2013, le terme de trouble est remplacé par la notion de dysphorie, qui devient une catégorie diagnostique à part déclinée en trois versions pour les enfants, adolescents et adultes.. Ce changement reflète l'évolution de la terminologie clinique ainsi que la volonté de l'APA de réduire le stigma associé à la condition. Cette dernière version met en outre l'accent sur la détresse significative provoquée par la dysphorie de genre et sur le fait que celle-ci ne constitue pas un trouble mental.. La dépathologisation de la condition se poursuit avec la publication en de la version 11 de la classification médicale de l'OMS, qui catégorise l'incongruence de genre parmi les affections liées à la santé sexuelle... Des études basées sur les jumeaux font évoquer des origines, au moins en partie génétiques.
Prévalence La prévalence de cette dysphorie varie selon les définitions retenues : ainsi, une revue systématique de 32 études dont 27 incluses dans une méta-analyse a trouvé une prévalence de 9,2 pour pour les personnes ayant eu une transition médicale, 6,8 pour pour les diagnostics liés à la transidentité, et jusqu'à 355 pour pour les identités trans autodéclarées dans une enquête de 2016.
Elle varie aussi selon les époques, les pays et le sexe de naissance.. En 2012, elle était évaluée entre 0,002 et 0,014 %. et entre 0,5215 et 0,2562 % en 2016.
Selon les données épidémiologiques. publié en 2009 par le GIRES, au Royaume-Uni, environ avaient consulté dans le pays pour une variance de genre en 2007 ; et parmi ces dernières, avaient entamé une transition, avec une majorité (80 %) de personnes assignées garçons à la naissance. L'incidence annuelle était alors estimée à 3 pour de plus de 15 ans, soit cas, avec une croissance annuelle moyenne de 11 % depuis 1998, doublant ainsi tous les 6,5 ans ; environ au Royaume-Uni pourraient vivre une forme de variance de genre, souvent de manière invisible, avec un âge médian de consultation pour aux soins situé autour de 42 ans. Le GIRES souligne que les personnes présentant une variance de genre peuvent consulter à tout âge, avec un âge médian de présentation fixé à 42 ans (car malgré une expérience précoce de la dysphorie de genre chez de nombreux adultes, les jeunes restent sous-représentés dans les parcours de soins, en raison de pressions sociales et familiales, avec seulement une centaine d'enfants et adolescents référés chaque année au service spécialisé du Royaume-Uni). Selon le GIRES, environ 1 % de la population pourrait vivre une forme de variance de genre, bien que seule une minorité cherche un accompagnement médical, et que les personnes ayant effectué une transition représentent environ 0,015 % de la population. La hausse du nombre de consultations pourrait donc se poursuivre, portée par un meilleur accès aux soins et un climat social plus favorable, même si la majorité des personnes concernées préfèrent rester invisiblesGender Identity Research and Education Society / GIRES (2011) The Number of Gender Variant People in the UK (PDF) - (mise à jour de 2011) |url=https://itgl.lu/wp-content/uploads/2015/04/Prevalence2011.pdf .
Plusieurs facteurs sont avancés pour expliquer cette évolution (surtout visible dans les pays occidentaux, chez des adolescents et de jeunes adultes)Indremo, M. 2025. Epidemiological and clinical aspects in gender dysphoria. Digital Comprehensive Summaries of Uppsala Dissertations from the Faculty of Medicine 2156. 74 pp. Uppsala: Acta Universitatis Upsaliensis. ., notamment une meilleure visibilité des identités transgenres, une réduction de la stigmatisation sociale. Si dans le passé la majorité des personnes souffrant de dysphorie de genre étaient assignées hommes à la naissance, la tendance s'est graduellement inversée depuis vingt ans., en 2022, les personnes assignées femmes à la naissance constituent plus de la majorité des diagnostics de dysphorie de genre (ratio de 13:10)..
Cette hausse statistique est au moins en partie due à un accès élargi aux services spécialisés pour un nombre plus important de personnes, ainsi qu'à de meilleures conditions sociales, médicales et législatives, et à un soutien communautaire, bien que la transition reste un processus médical à risquehttps://www.gires.org.uk/wp-content/uploads/2014/10/Prevalence2011.pdf.
Pour la première fois, lors du recensement britannique de 2021, une question sur l'identité de genre a été posée aux personnes ayant plus de 16 ans, révélant que 0,5 % des répondants (soit ) s'identifiaient à un genre différent de leur sexe enregistré à la naissance. Parmi eux, se sont déclarés trans hommes, , et ont indiqué une autre identité de genre, tandis que n'ont pas précisé leur identité. Toutefois, des facteurs tels que le remplissage du formulaire par un tiers ou des préoccupations liées à la sécurité ont pu limiter les réponses, suggérant une sous-estimation de la population trans et de genre divers, car d'autres enquêtes ou sondages (de la BBC, avec l'Office for Statistics Regulation (OSR) ; et d'Ipsos en 2022 par exemple, avaient respectivement estimé cette part entre 2 % et 3,1 % au sein de la population britannique)..
Critères de diagnostic
L'Association américaine de psychiatrie liste six critères de diagnostic de la dysphorie de genre chez l'adulte, le diagnostic étant retenu si plus de deux critères sont remplis pendant plus de six mois.. Une incongruence marquée entre le sexe expérimenté/exprimé et les caractéristiques sexuelles primaires et/ou secondaires (ou chez les jeunes adolescent·e·s, les caractéristiques sexuelles secondaires anticipées) Un fort désir de se débarrasser de (ou pour le·e jeune adolescent·e, de prévenir le développement de) leurs caractéristiques sexuelles primaires et/ou secondaires Un fort désir pour les caractères sexuels primaires et/ou secondaires qui correspondent à leur identité de genre ressentie Un fort désir d'être de l'autre genre (ou d'un autre genre différent du genre que celui qui lui est attribué) Un fort désir d'être traité comme un autre genre Une forte conviction de ressentir et de réagir de façon typique comme le ferait l'autre sexe
[En outre,] une détresse cliniquement significative ou une altération du fonctionnement social, professionnel ou d'autres domaines importants du fonctionnement doit être présente. Signes et symptômes Les symptômes de la dysphorie de genre chez les enfants peuvent inclure le dégoût de leurs parties génitales, l'isolement social des autres enfants, l'anxiété, la solitude, la dépression. voire des tentatives de suicide.
Selon l'Association américaine de psychologie, les mineurs transgenres sont plus susceptibles d'être victimes de harcèlement et de violence à l'école, d'être placés ou accueillis en famille d'accueil ou dans des centres pour sans-logis, ou d'être légalement reconnus par le système de justice dédié aux mineurs, que les autres mineurs..
Les adultes dysphoriques de genre sont exposés à un risque accru de stress, d'isolement, d'anxiété, de dépression, de mauvaise estime de soi et de suicide.
Gestion de la dysphorie de genre vignette|La dysphorie de genre peut apparaître également devant son miroir. Les personnes trans peuvent réaliser une transition de genre, qui revêt de multiples aspects. Les principales approches psychiatriques pour le traitement des personnes diagnostiquées dysphoriques de genre sont psychothérapeutiques lorsque celles-ci le souhaitent et celles soutenant le genre réel de la personne à travers le traitement hormonal, l'expression de genre ou de rôle, ou des recours chirurgicaux si nécessaire..
Traitements psychologiques
Dans les années 1950-1960, les personnes transgenres, alors perçues comme atteintes de troubles psychiatriques, étaient soumises à des thérapies visant à « normaliser » leur identité, rendue cohérente avec leur sexe de naissance, ce qui renforçait aussi leur stigmatisation..
La psychothérapie est une interaction thérapeutique qui vise à traiter un problème psychologique. Bien que certains cliniciens utilisent encore seulement la psychothérapie pour traiter la dysphorie de genre, elle peut maintenant être utilisée en plus des interventions biologiques comme un accompagnement ou un soutien en parallèle de la transition physique..
Le traitement psychothérapeutique de la dysphorie de genre consiste à aider le patient à s'adapter à l'incohérence de son genre, ou à l'aider à identifier la présence d'autres problèmes de santé mentale..
Tenter de résoudre la dysphorie de genre en changeant l'identité de genre du patient pour la conformer à son sexe assigné est inefficace et est considéré comme une thérapie de conversion par la plupart des organisations de santé..
Traitements hormonaux Les traitements biologiques altèrent physiquement les caractères sexuels primaires et secondaires pour réduire l'écart entre l'aspect corporel physique d'une personne et son identité de genre..
. Le niveau global de satisfaction des patients vis-à-vis du traitement biologique est variable. Une revue de la littérature datant de 2010 met en garde contre le manque de méthodologie et la présence de biais chez les études mesurant l'amélioration du niveau de vie après traitements biologiques. Elle insiste sur l'équilibre entre améliorations et dangers de ces thérapies en l'absence, pour l'instant, de certitude.
Des cas de détransition sont parfois observés, mais contrairement aux idées reçues, ces derniers sont généralement causés par des complications liées à l'environnement de la personne (pression des proches, discrimination…) plutôt qu'une mauvaise évaluation de son identité de genre.. Les personnes effectuant une détransition représentent une minorité des personnes transgenres..
Il n'y a pas de consensus de la communauté médicale concernant l'utilisation de traitements hormonaux pour des patients mineurs.. Une étude du Lancet, faite au Pays-bas et publiée en 2022, montre que 98% des mineurs sous traitements hormonaux continuent leurs traitements à l'âge adulte.. Depuis , l'hôpital suédois Karolinska considère le traitement hormonal des patients mineurs souffrant de dysphorie de genre comme expérimental, et refuse de traiter de nouveaux cas. (hors circonstances exceptionnelles justifiant un traitement non standard), suivi en par le reste de la Suède.. En France, la prise de traitements hormonaux avant la majorité se fait avec l'accord des parents, après un suivi du mineur ainsi qu'une réunion de concertation pluridisciplinaire qui associe psychiatres, psychologues, endocrinologues et juristes..
Histoire et évolutions terminologiques