David Monroe Shoup ( - ) est un général du Corps des Marines des États-Unis qui a reçu la Medal of Honor lors de la Seconde Guerre mondiale. Il est nommé commandant du Corps des Marines en 1960, et, après sa retraite, il devient l'un des plus importants critiques de la guerre du Viêt Nam.
Né dans l'Indiana dans une famille pauvre, Shoup rejoint l'armée pour des raisons financières. Gravissant les échelons dans l'Entre-deux-guerres, il est déployé deux fois en Chine pendant la guerre civile chinoise. Il sert en Islande après l'entrée en guerre des États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale et comme officier d'état-major sur le théâtre Pacifique. inopinément, il obtient le commandement du régiment de Marines et mène l'invasion initiale de Tarawa, pour laquelle il reçoit la Medal of Honor et l'Ordre du Service distingué. Il participe ensuite à la campagne des îles Mariannes et Palaos, et devient par la suite, un officier de haut niveau chargé de la logistique militaire.
Consolidant sa réputation de commandant fort et assuré, Shoup poursuit son ascension dans le corps des Marines, prenant en charge les budgets, la logistique et la formation des recrues. Il est choisi comme commandant du Corps des Marines par le président Dwight D. Eisenhower et sert par la suite sous l'administration Kennedy. Il réforme le corps des Marines, en insistant sur la préparation au combat et l'efficacité budgétaire.
Shoup s'oppose à l'escalade militaire qui suit la crise des missiles de Cuba et le débarquement de la baie des Cochons, mais surtout à l'implication grandissante des États-Unis au Sud-Viêt Nam ; une contestation qui s’amplifie après sa retraite de l'armée en 1963. Il est tout à la fois hostile à la stratégie menée et à l'influence excessive des corporations, notamment d'ancien combattants, et des militaires sur la politique étrangère. Sa critique grandit incluant par la suite le complexe militaro-industriel et ce qu'il considère comme le militarisme omniprésent dans la culture américaine. Les historiens considèrent que les déclarations de Shoup contre la guerre du Viêt Nam sont parmi les plus pointues et les plus importantes menées par un vétéran .
Jeunesse David Monroe Shoup est né le à Battle Ground dans l'Indiana. Sa famille vit initialement dans une ferme à , mais déménage en 1916 à Covington pour vivre sur une nouvelle ferme. À l'âge de 12 ans, il est inscrit au Covington High School, un lycée compétitif avec un cursus avancé. Shoup est un excellent étudiant avec des notes élevées en français, en anglais, en physique et en histoire. En outre, il s'implique dans plusieurs activités extrascolaires, notamment le basket-ball. Lors de sa dernière année, il est délégué de classe et diplômé en 1921. Il qualifie plus tard sa pauvre éducation comme celle d'un . Considéré par ses amis comme très sociable, il rencontre sa future épouse Zola De Haven lors de sa première année de lycée ; instantanément attiré par elle, ils commencent à sortir ensemble au lycée et se marient en 1931.
Après l'école secondaire, Shoup fréquente l'université DePauw, où il est l'un des cents bénéficiaires de la bourse qui lui finance ses frais de scolarité. Se spécialisant en mathématiques, il rejoint la fraternité et obtient des notes élevées, échouant de justesse aux critères de sélection de la fraternité Phi Beta Kappa. Il fait partie des équipes d'athlétisme et de tir, et participe également aux équipes de lutte et de football. Il remporte les marathons de l'Indiana et du Kentucky organisés par l'Amateur Athletic Union en 1925. Il est également serveur et plongeur et travaille dans une usine de ciment pour payer ses dépenses. Le manque d'argent l'oblige à prendre une année après sa troisième année pour enseigner à l'école. Ses problèmes financiers s'aggravent lorsqu'il contracte une grave pneumonie l'obligeant à engager des frais d'hôpitaux conséquents. Il choisit de s'inscrire au Corps de formation des officiers de réserve (ROTC) pour compenser ses frais, et indiquera par la suite que c'est la principale raison qui l'a poussé à rejoindre l'armée. Il est diplômé de l'université DePauw en 1926.
Dès son plus jeune âge, Shoup est acquis aux idées progressistes des politiciens de l'Indiana, sympathisant avec les progressistes ruraux qui luttent contre les intérêts des grandes entreprises. Ayant grandi dans une petite ville de l'Amérique profonde, il développe une pensée anti-impérialiste et son scepticisme à l'égard de la politique étrangère américaine et devient un opposant convaincu à l'utilisation inutile de la force militaire. Il estime que l'utilisation de troupes pour des considérations économiques ou impérialistes est erronée, un point de vue qu'il portera toute sa carrière.
Début de carrière Alors qu'il assiste à une conférence de la à La Nouvelle-Orléans en Louisiane, Shoup entend un discours prononcé par le major-général John A. Lejeune, commandant du Corps des Marines qui propose aux élèves-officiers intéressés d'intégrer le corps des Marines des États-Unis. Peu de temps après avoir commencé son service comme second lieutenant dans la réserve de l'United States Army en , Shoup postule et obtient une commission dans le corps des Marines. En , il démissionne donc de l'US Army et quitte le camp Knox au Kentucky pour rejoindre Chicago afin de subir des examens physiques. Le , il arrive à la caserne du corps des Marines située au Philadelphia Naval Shipyard, où il est affecté comme second lieutenant et commence le programme de formation de la Basic School. Shoup affirme qu'il n'avait pas initialement la volonté de faire une carrière militaire et qu'il n'a choisi de devenir officier militaire que pour le salaire. Tout au long de son service, il excelle en athlétisme et en tir, et au cours de son début de carrière, il entraîne des équipes sportives récréatives en plus de ses tâches régulières. Il s'impose rapidement comme un chef assuré et exigeant, impressionnant à la fois ses commandants et ses subordonnés. Malgré son pragmatisme, les hommes qu'il a commandés ont rappelé plus tard sa capacité à garder le moral avec son sens de l'humour. Il tient aussi souvent un cigare à la bouche qui devient sa marque de fabrique lors de son service au front.
vignette|droite|L', sur lequel Shoup sert de 1929 à 1931.|alt=Un grand navire de guerre sur l'eau, vu d'en haut.
Le , Shoup et neuf autres officiers reçoivent l'ordre de quitter leur formation et d'accompagner un détachement de marines envoyé en Chine pour protéger les intérêts américains lors de la guerre civile chinoise. Embarquant de San Diego avec le , régiment de Marines, le contingent de Shoup doit jouer un rôle principalement défensif et ne pas s'engager dans une action militaire. Pourtant, il est personnellement opposé à la mission, estimant que les Américains exploitent la population chinoise. Le contingent débarque à Shanghai le à bord de l'. Au début, ils effectuent des patrouilles à terre autour des quartiers américaines de la ville, mais le , le bataillon est transféré à Tianjin pour protéger les intérêts américains, que les troupes nationalistes chinoises pourraient menacer. Shoup tombe gravement malade et demeure hospitalisé jusqu'à ce qu'à l'annoncé du retrait des troupes américaines. Il se rend brièvement à Shanghai pour superviser les départs de troupes étrangères avec le régiment de Marines, avant de quitter lui-même la Chine le .
À la suite de cette mission, Shoup retourne aux États-Unis et termine sa formation. Il passe ensuite de courtes périodes dans les bases de Quantico en Virginie, de Pensacola en Floride et de San Francisco en Californie. De à , il sert avec le à bord de l', où il entraîne les escouades à la boxe et à la lutte. À la suite de cette mission, il est affecté au . En , il est envoyé au Puget Sound Navy Yard à Bremerton dans l’État de Washington, où il est promu au premier-lieutenant un mois plus tard. Il travaille temporairement avec le Civilian Conservation Corps en Idaho et au New Jersey de à , après quoi il retourne à Bremerton..
Shoup retourne en Chine en , en sert brièvement avec le régiment de Marines à Shanghai. Il est rapidement réaffecté en tant que gardien de la légation à Beiping, où il entraine les équipes de tirs aux pistolets et aux fusils afin de participer à des compétitions. Ils gagnent au moins une compétition majeure. Il peut également observer les troupes de l'empire du Japon, et apprécie la qualité de leur discipline. En 1936, il attrape une grave pneumonie et doit être évacué de Chine. Il retourne ensuite au Puget Sound Navy Yard et en , il est promu capitaine. En , il débute un nouveau programme de formation à la Marine Corps Schools à Quantico, qu'il complète en avant de devenir instructeur à Quantico pendant deux ans. En , il rejoint le régiment de Marines à San Diego et il est promu major en .
Seconde Guerre mondiale Officier d'état-major vignette|alt=Un grand groupe d'hommes en uniformes militaires posent pour une photo.|Les officiers de la brigade provisoire des Marines posent pour une photographie en Islande en 1941. Shoup est affecté à la brigade provisoire des Marines, qui se rend en en Islande qui vient d'être occupée par les Britanniques afin d'empêcher les forces du Troisième Reich de tenter une invasion de l'île. Remplaçant la division d'infanterie britanniques, la brigade demeure sur l'île pendant plusieurs mois. Shoup est affecté au quartier général de l'unité au moment de l'attaque japonaise sur Pearl Harbor en . Pour son service en Islande, il reçoit une lettre de recommandation avec ruban. En , il reçoit le commandement du bataillon, régiment de Marines. Avec l'entrée en guerre des États-Unis, la brigade retourne à New York avant d'être désactivé le . Shoup avec son bataillon prend alors la route de à San Diego.
En , Shoup est nommé officier d'opérations et de formation (G3) à l'état-major de la division des Marines et il est promu lieutenant-colonel en . Le mois suivant, il accompagne la division à Wellington, en Nouvelle-Zélande, à bord du SS Malolo et supervise une grande partie de sa formation. Il est également brièvement attaché à la division des Marines en en tant qu'observateur lors de la campagne Guadalcanal, puis à la division d'infanterie sur l'île Rendova lors de la campagne de Nouvelle-Géorgie en . Au cours de cette dernière mission, Shoup est blessé en action et évacué. Lors de ces expériences, il peut observer des techniques de guerre amphibie qui lui seront utiles plus tard dans la guerre.
Tarawa
vignette|Le colonel Shoup en 1943 lors de la bataille de Tarawa.|alt=Un homme en uniforme attablé et regardant des documents.
Au milieu de 1943, Shoup est transféré à l'état-major du major-général Julian Smith, commandant de la division de Marines. Il est chargé d'aider à planifier l'invasion de Betio sur l'atoll de Tarawa. Le commandement agressif de Shoup s'intègre dans la stratégie offensive que ses supérieurs cherchent à développer pour prendre l'atoll. Chargé d'élaborer les plans de débarquement, ils désignent les plages du débarquement sur Betio pour la division de Marines et supervise certaines répétitions de l'opération à Éfaté dans l'archipel du Vanuatu. Cependant, avant l'invasion, après une crise nerveuse du colonel William W. Marshall, commandant de régiment de Marines, Smith promeut Shoup au rang de colonel et lui donne le commandement du régiment, malgré le manque d'expérience au combat de Shoup.