Les Feux de l'automne, publié en 1957, est un roman posthume d'Irène Némirovsky (1903-1942), écrivain d'origine russe et d'expression française.
On suit les deux principaux protagonistes, Thérèse et Bernard, issus de la petite bourgeoisie française, de la Première Guerre mondiale jusqu'aux débuts de la Seconde. Roman sur la passion et la fidélité amoureuse, Les Feux de l'automne met surtout en avant, à travers les vicissitudes de ce couple, les effets délétères de la Grande Guerre sur les individus, notamment ceux qui en sont revenus, et sur l'état d'esprit de la société tout entière.
Résumé Le roman se divise en trois parties à peu près égales, découpées en courts chapitres, et suit avec quelques ellipses la chronologie historique : 1912-1918, 1920-1936, 1936-1941.
Première partie : 1912-1918 vignette|upright=0.9|Martial a été tué en 1915, alors qu'il tentait d'évacuer un blessé. Thérèse, jeune fille de quinze ans orpheline de mère, vit à Paris avec son père Adolphe Brun, modeste rentier, et sa grand-mère maternelle, Pain. Un repas dominical réunit leurs principaux amis : les Jacquelain, leur fils Bernard, veuve Humbert et sa fille Renée, Martial Brun, neveu d'Adolphe, bientôt diplômé de médecine, et son camarade Raymond Détang, étudiant en droit.
En 1914, Thérèse consent par une sorte de fatalisme à épouser son cousin Martial, qui l'aime et qu'elle estime. Ils se marient en 1915, lors d'une permission de Martial, tandis que Bernard, vaguement amoureux de Thérèse, attend avec une impatience exaltée d'avoir dix-huit ans, pour devancer l'appel et se couvrir de gloire.
Deux mois plus tard, Martial, médecin aux armées, est tué dans le bombardement de son poste de secours, pour y être retourné chercher un blessé alors que les troupes évacuaient le village. Thérèse cependant, infirmière de guerre, s'interdira les aventures sans lendemain auxquelles l'incite Renée, mariée à Détang mais bien convaincue que la vie est courte et qu'il faut en profiter à n'importe quel prix.
Bernard, ayant à la guerre enduré souffrances et blessures, est guéri de ses illusions héroïques et ne peut que constater avec aigreur le gouffre indicible entre les combattants et ceux de l'arrière. Pourtant, même en 1918, il refuse de s'embusquer en suivant aux États-Unis, pour une prétendue mission au service des intérêts français, Raymond Détang, démobilisé et patriote de salon. Bernard reviendra du front à la fois désabusé et plein d'orgueil, rebuté par la vie honnête et étriquée des gens de son milieu, décidé enfin à ne pas reprendre ses études mais à jouir de la vie et de l'argent facilement gagné : .
Deuxième partie : 1920-1936 Les Détang ont fait leur chemin dans la société cynique des profiteurs de guerre, des boursicoteurs et arrivistes de tout poil : Renée tient salon et Raymond, espèce d'intermédiaire entre la politique et la finance, sait se faire passer pour indispensable. Bernard accepte cette fois de lui servir de prête-nom pour des importations de pièces détachées américaines censées aider à la reconstruction de l'industrie française. Il devient en même temps l'amant de Renée. vignette|upright=0.9|Bernard étouffe dans sa vie de petit employé de banque. Mais il n'oublie pas Thérèse, dont le séduisent par contraste la candeur et la vertu, et qui l'aime en secret. Il l'invite un soir avec sa propre mère dans son bel appartement, où elles l'attendent en vain. Humiliée mais ne pouvant plus celer sa passion, Thérèse retourne chez lui au matin : il vient de découvrir que Renée le trompait et, ravagé, supplie Thérèse de l'aider à quitter . Ils se fiancent le jour-même.
Dix ans passent sur cette union en fait peu heureuse. Bernard . Employé de banque, père de trois enfants, choyé par sa femme, il ne se satisfait pas de ce confort médiocre et ne parvient à oublier ni son ancienne maîtresse, ni l'excitation d'une vie aventureuse, ni l'argent facile. Thérèse de son côté se sent seule, d'autant qu'elle a perdu son père, puis sa grand-mère.
C'est alors que Renée resurgit dans la vie de Bernard, l'entraînant dans sa villa de Fontainebleau. Il s'efforcera quatre ans durant d'accorder en lui ces deux univers irréconciliables, celui des Détang et celui des Brun. Mais une ultime querelle l'oppose à Thérèse, qui ne se résigne pas à sa liaison, et veut en outre le dissuader de monter avec Détang et un certain Mannheimer un trafic de pièces de rechange pour avions fabriquées aux États-Unis. Ils décident de se séparer.
Leur fils de quinze ans, Yves, questionne alors Thérèse sur Martial, dont elle a toujours gardé une photographie : l'idéalisant quelque peu, il pense qu'il se serait mieux entendu avec lui qu'avec son père.
Troisième partie : 1936-1941 vignette|upright=0.9|Bernard subira encore la captivité en Allemagne. Une suspicion d'incompatibilité entre l'alliage des pièces américaines et les avions français contraint le trio affairiste à intriguer pendant deux ans avant de conclure le marché. Bernard, repris par la fièvre spéculative et hédoniste, emmène son fils à Megève pour se rapprocher de lui; mais sa clique politico-financière y est aussi, pérorant sur le sort de la France. Écœuré, Yves s'enfuit, tâchant en vain de comprendre son père, et rêvant de devenir aviateur pour racheter, dans la guerre imminente, toutes les trahisons : .
La chute de Mannheimer dans un scandale financier emporte Bernard qui perd tout, lâché aussi par Détang et Renée. Il renonce, pris de scrupules tardifs, à faire chanter Détang pour s'en sortir, et trouve refuge une fois encore entre les bras de Thérèse. Survient la déclaration de guerre.
La « drôle de guerre » dure depuis deux mois. En proie aux remords et au dégoût de lui-même, persuadé qu'il a sa part dans ce chaos et ce gâchis, causé par des débrouillards corrompus comme Détang et lui-même, Bernard apprend par un télégramme la mort d'Yves, dont l'avion a capoté et pris feu au décollage. Il en éprouve une culpabilité terrible.
C'est la débâcle. Le lieutenant Jacquelain erre dans la forêt de Fontainebleau avec quelques soldats, qu'il laisse saccager la villa de Renée, bientôt assiégée. Prisonnier en Allemagne, il oscille entre le désespoir et sa confiance invétérée dans la vie. À l'automne 41, il rejoint Thérèse dans le village où elle a loué une petite maison avec sa belle-mère et ses deux filles : .
Circonstances de rédaction du roman vignette|gauche|upright=0.9|Irène Némirovsky espère être en sécurité dans un petit village pourtant situé en zone occupée. Amplification d'une nouvelle esquissée fin 1939O. Philipponat et P. Lienhardt, La Vie d'Irène Némirovsky, Grasset - Denoël 2007, Partie III, chap. 11, Le Livre de Poche 2009, ., achevé entre février et , Les Feux de l'automne est l'un des derniers textes de l'auteur, et ne paraîtra pas de son vivant mais en 1957, chez Albin Michel.
Installée depuis avec son mari et leurs deux filles à Issy-l'Évêque, petit village de Bourgogne sis en zone occupée, Irène Némirovsky ne cesse d'écrire, entre autres pour des raisons alimentaires, des romans et des nouvelles qu'elle essaie de faire publier à Paris, chez Albin Michel, ou dans des revues, sous le pseudonyme de Pierre NeyretPour ses difficultés à communiquer avec son éditeur Albin Michel ou le journal Gringoire pour lequel elle écrit toujours, voir O. Philipponat et P. Lienhardt, La Vie d'Irène Némirovsky, Grasset - Denoël 2007, Partie III, chap. 11.. Début 1942, tout en poursuivant en parallèle la composition (inachevée) qui deviendra Suite française, elle se lance dans ce court roman dont l'intrigue débute en 1912, traverse le cataclysme de la Première Guerre mondiale, couvre l'entre-deux-guerres et court jusqu'à l'automne 1941.
S'inspirant donc de l'Histoire récente jusqu'à l'actualité la plus immédiate, puisque le temps de la fiction rejoint quasiment celui de l'écriture, Irène Némirovsky livre à travers le comportement et les choix de ses personnages une réflexion presque « à chaud » sur les liens entre les traumatismes de la Grande Guerre d'une part, et de l'autre la revanche des années folles, la corruption et les scandales politico-financiers des années trente, la débâcle de 1940. On sait d'ailleurs qu'elle a consulté à l'automne 1941, au moment où elle écrivait son roman, les comptes rendus des interrogatoires de Guy La Chambre, ministre de l'Air de à , et que le gouvernement de Vichy allait faire comparaître aux côtés de Blum et de Daladier lors du Procès de Riom de , comme responsable de la défaite, pour avoir acheté aux Américains des chasseurs Curtiss P-36 jugés défectueux. C'est le témoignage de La Chambre qu'Irène Némirovsky utilise « pour créer dans son roman "l'affaire des pièces d'avion" »Jonathan Weiss, Irène Némirovsky, chap. VII, Paris, Éditions du Félin 2005, ..
Le roman n'évoquera pas la situation des Juifs, notamment étrangers, dans la France occupée, alors qu'en cet hiver 1941-1942, où s'affirme la politique collaborationniste du régime de Vichy, Irène Némirovsky et son mari Michel Epstein ont tout lieu de mettre en doute la protection à attendre de leur pays d'adoption, comme de leurs anciennes relationsVoir O. Philipponnat & P. Lienhardt, La Vie d'Irène Némirovsky, Grasset - Denoël 2007, Partie III, chap. 10.. C'est en tout cas le refuge d'Issy-l'Évêque qu'évoque irrésistiblement le village, « à deux cents kilomètres de Paris », où Thérèse se retire à la fin pour attendre son époux. À l'instar de son héroïne, Irène Némirovsky trouve là un certain repos : « c'était un triste bonheur, mais elle était calme et confianteLes Feux de L'automne, Partie III, chap. 10, Paris, Livre de Poche 2007, .». La romancière sait alors qu'elle ne retrouvera plus sa vie antérieure. Mais en dépit, ou à cause, des malheurs et des trahisons, elle écrit plus que jamais. « Et si "les bûchers purificateurs de l'automne", se demandent O. Philipponnat et P. Lienhardt, avaient brûlé la part factice de son succès, le parisianisme, pour ne lui laisser que le plus précieux don : son art ? Ce serait bien le seul profit de cette guerreO. Philipponat et P. Lienhardt, La Vie d'Irène Némirovsky, Grasset - Denoël 2007, Partie III, chap. 11, Livre de Poche 2009, .».
Personnages Le roman ne comporte qu'un petit nombre de personnages, presque tous habilement présentés dès le premier chapitre, lors du déjeuner chez les Brun :
Thérèse : blonde aux yeux gris, jolie et élancée, calme, réservée et réfléchie, elle a quinze ans au début de l'histoire et une quarantaine à la fin. Adolphe Brun : son père, brave homme, portant beau encore, petit rentier fixé dans le quartier populaire de la gare de Lyon. Rosalie Pain : grand-mère maternelle de Thérèse, vive, toujours gaie et aimant la vie, malgré un long veuvage et la perte de sa fille, elle est très perspicace et de bon conseil. Martial Brun : neveu d'Adolphe, orphelin, au physique ingrat mais touchant d'humanité et de modestie, il devait s'installer comme oto-rhino-laryngologiste en . Bernard Jacquelain : du même âge que Thérèse, plein d'attentes et d'appétits face à la vie, d'amertume plus tard. Les Jacquelain : Blanche, qui couve son fils et ne le voit pas grandir; et le père, choqué par le désabusement de Bernard, qu'il rêvait à Polytechnique, mais lui-même déphasé et ridicule. Germaine Humbert : modiste depuis qu'elle est veuve, prête par intérêt à pousser sa fille dans n'importe quels bras, elle propose même à Thérèse des rendez-vous galants lorsque Bernard est prisonnier. Renée : sa fille, poupée blonde aux yeux verts, bien faite et séduisante, absolument dénuée de scrupules, entre femme vénale et femme fatale. Raymond Détang : bel homme et sûr de lui, ayant plus de faconde et d'entregent que de réelles qualités, il est le modèle achevé de l'opportuniste cynique, à la limite du personnage type. Yves : fils aîné de Thérèse et Bernard, idéaliste, droit et généreux, très proche de sa mère.