vignette|Communication interculturelle.|alt=Dessin représentant deux visages de profil, l'un vert, l'autre rouge visuellement en train de communiquer au moyen de bulles de bande dessinée, l'un parlant un langage vert et l'autre un langage rouge. La communication interculturelle est l’étude de la communication interpersonnelle entre individus de cultures différentes. Celle-ci est plus précisément .
Cette discipline, au confluent de plusieurs champs d'étude tels que la linguistique ou l’anthropologie, est née après la deuxième guerre mondiale aux États-Unis. Les travaux de Edward T. Hall sont les précurseurs de cette discipline. À partir des années 1960, un grand nombre de chercheurs se penche sur ce thème et ils produisent plusieurs théories. Celles-ci se regroupent selon deux grands courants de la psychologie interculturelle. Le premier est celui de la communication interculturelle comparative : les chercheurs comparent la communication au sein de cultures différentes. Le deuxième consiste en la communication interculturelle interactionniste : les chercheurs étudient la communication entre individus de cultures différentes. Certains auteurs proposent une classification de ces théories en cinq catégories qui se situent tantôt dans le courant de la communication interculturelle comparative, tantôt dans celui de la communication interculturelle interactionniste. Grâce à cette littérature, des programmes de formations relatifs à la communication interculturelle ont été développés. De plus, des chercheurs ont mis en évidence des compétences à mobiliser dans le cadre d’interactions interculturelles.
Définition
La définition de la communication interculturelle en tant que communication interpersonnelle entre individus de cultures différentes appartient à l'approche interactionniste. Il s'agit de la définition la plus utilisée. Toutefois, cette définition peut paraître un peu réductrice car elle ne rend pas compte de tous les angles d'analyse existants. Pour cette raison, donner une définition unique et exhaustive de la communication interculturelle est difficile. De plus, la communication interculturelle se situe à l’intersection de plusieurs disciplines telles que la communication, l'anthropologie, la sociologie et la psychologie. Il est donc nécessaire de l'envisager en fonction de l'angle d'analyse et des théories qui s’y rapportent.
Trois angles d’analyse
Comparatif - Interactionniste
Ce niveau d'analyse est celui le plus couramment adopté par les chercheurs. Les chercheurs utilisant le niveau d’analyse de la communication interculturelle comparative comparent la communication au sein de cultures différentes. Ils comparent les cultures selon divers critères comme les valeurs, les attitudes, la cognition, etc., tandis que les chercheurs utilisant un niveau d’analyse de la communication interculturelle interactionniste étudient la communication entre individus de cultures différentes. Ils s’intéressent donc plus particulièrement aux contacts culturels.
Interpersonnel - Intergroupe
Le contact ou la communication peut s’envisager à un niveau interpersonnel lorsque l’interaction concerne deux ou plusieurs individus du même groupe ou intergroupe lorsque les personnes qui communiquent appartiennent à deux groupes différents. En psychologie sociale, le groupe se définit comme .
Objectiviste - Subjectiviste
Burrel et Morgan cités par distinguent les théories selon leur approche objectiviste ou subjectiviste. L’approche objectiviste étudie les interactions selon l’hypothèse de l’existence d’un « monde réel ». Les interactions sont donc analysées selon un point de vue externe à l’individu, de manière scientifique et systématique. En revanche, les subjectivistes considèrent qu’il n’y a pas de « monde réel » et que les phénomènes sont vécus intérieurement par les personnes. Les interactions sont donc étudiées du point de vue des individus à travers les perceptions personnelles des situations.
Historique
Contexte d'émergence Après la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis mettent en place le plan Marshall afin de venir en aide aux pays européens affaiblis par la guerre. Ils l’élargissent ensuite en aidant d’autres continents comme l’Afrique ou l’Asie. C'est à Edward T. Hall, anthropologue, que revient la formation des Américains — militaires et diplomates — partant à l’étranger. Il conceptualise alors le domaine de la communication interculturelle, notamment à travers son livre Le Langage silencieux.
Edward T. Hall (1914-2009)
Dans l’élaboration de ses travaux, Hall a été influencé par le concept d’inconscient développé par Freud. Celui-ci est important car dans la communication non verbale, un grand nombre d’éléments ne sont pas exprimés de manière consciente. Hall s'inspire également des travaux de Charles Darwin et notamment de l’ouvrage L'Expression des émotions chez l'homme et les animaux datant de 1872, dans lequel celui-ci développe des notions éthologiques de la proxémie - concept développé par la suite par Hall - et de la communication non verbale. La proxémie est l'étude de l'espace entre les individus lors des interactions, en lien avec la culture dans laquelle ils baignent.
Son Œuvre
D’après les recherches de Hall, il existerait différentes façons de communiquer selon la culture. Celles-ci sont catégorisées en trois dimensions culturelles. La première est le rapport à l’espace : il existerait différents types de distances interpersonnelles (intime, personnelle, sociale, publique). La deuxième met en évidence deux contextes différents de communication selon les cultures. Le premier est le «contexte fort» dans lequel les individus échangent peu d’éléments, l'essentiel de l'information se situant au niveau du contexte social. Le second contexte est le «contexte faible» : les individus échangent un grand nombre d’informations, le contexte donnant peu de renseignements sur la relation. Enfin, la perception du temps diffère selon les cultures. Ainsi, il peut être perçu comme monochronique, ce qui correspond à une vision linéaire du temps : les activités se succèdent et ne peuvent pas être réalisées simultanément. Dans d’autres cultures, le temps est polychronique : les individus ont une vision fluctuante du temps, et plusieurs activités peuvent être effectuées simultanément.
Hall a donc ouvert la voie à la réflexion sur les normes culturelles implicites qui gouvernent nos interactions. À la suite de son travail, de nombreux chercheurs ont pensé la question de la communication interculturelle en établissant plusieurs modèles.
William Gudykunst Les travaux de William Gudykunst sont très nombreux et influents dans le domaine de la communication interculturelle. Son modèle de la gestion de l'anxiété et de l'incertitude (ci-dessous) est l'un des plus importants dans ce champ de recherche. Gudykunst est l'auteur de Intercultural Communication Theory et Theorizing About Intercultural Communication, deux ouvrages de référence en communication interculturelle dans lesquels il propose une typologie des approches théoriques de ce champ d'études. En plus, sur le livre Asian American Ethnicity and Communication il a fait une analyse sur les cinq groupes asiatiques majoritaires aux États-Unis, en montrant que les généralisations de la culture asiatique ne fonctionnent pas toujours, car chaque pays a son propre héritage culturel.
Communication interculturelle en cinq catégories selon Gudykunst
En 2002, le champ de la communication interculturelle comptait une quinzaine de théories recouvrant les différents aspects de celle-ci. Gudykunst propose une division de ces théories en 5 catégories, selon l'importance accordée aux résultats, à l'accommodation, à l'identité, aux réseaux de communication, à l'acculturation et l'ajustement.
Résultats
La première catégorie comprend les théories centrées sur la communication effective qui s’intéressent spécifiquement aux résultats de la communication. On retrouve dans ce groupe la théorie de la prise de décision effective au sein de groupes interculturels de J. G. Oetzel ainsi que la théorie de la Convergence Culturelle et celle de la gestion de l’anxiété/incertitude.
Théorie de la Convergence Culturelle
Cette théorie cités par est basée sur le modèle de convergence de la communication de Kincaid cité par . Ce dernier définit la communication comme . Selon le modèle de la convergence de la communication, les personnes ou groupes convergent vers une compréhension commune, sans toutefois atteindre la compréhension parfaite. Ce modèle servira de base à Barnett et Kincaid pour développer la théorie de la convergence culturelle. Cette dernière fonctionne selon le principe de la thermodynamique. Ainsi, lorsque deux personnes ou groupes de cultures différentes sont en contact et communiquent, ils tendraient à aller vers une uniformité culturelle. Cette théorie a été appliquée par Kincaid, Yum, Woelfel et Barnett cités par dans un contexte d’immigration pour expliquer la convergence entre la culture du pays d’accueil et la culture du groupe immigrant.
Théorie de la gestion de l’anxiété/incertitude vignette|Gestion de l'incertitude et de l'anxiété : modèle de Gudykunst.|alt=Schéma représentant les interactions entre la gestion de l'incertitude, la gestion de l'anxiété, la réflexivité et l'effectivité de la communication.
Selon cette théorie, les rencontres et la communication interculturelle provoquent de l’incertitude et de l’anxiété. La façon dont les protagonistes vont gérer cette incertitude/anxiété déterminera l’effectivité ou l’efficacité de la communication. Selon Gudykunst cité par , la notion d’incertitude renvoie au fait qu’on ne peut pas prédire les comportements et attitudes de l’autre et donc le résultat de la rencontre. Quant à l’anxiété, elle renvoie à cette sensation d’inquiétude, d’inconfort, d’être soucieux… Si les différences culturelles sont grandes, alors l’incertitude et l’anxiété seront d’autant plus grandes. Le modèle de Gudykunst est composé de plusieurs éléments. Tout d’abord, il distingue sept causes de surface : le concept de soi, la motivation à interagir, les réactions face aux étrangers, la catégorisation sociale des étrangers, les processus situationnels, les connexions avec les étrangers et les interactions éthiques. Ces causes de surface sont liées aux causes basiques que sont l’anxiété et l’incertitude. Ces deux catégories de causes sont reliées par 47 axiomes énoncés par Gudykunst. L'axiome 17, qui relie la catégorisation sociale des étrangers aux deux causes basiques postule par exemple : . L'axiome 34 portant sur les interactions ethniques dit par exemple : .
Ensuite, la réflexivité est décrite comme étant un processus permettant de modérer les effets des causes basiques - incertitude et anxiété - sur le niveau d'effectivité de la communication. En effet, la réflexivité va permettre de faire attention à la façon dont nous allons nous comporter et penser la situation de rencontre interculturelle. L’inadvertance est le contraire de la réflexivité ; elle peut provoquer des tensions et des malentendus dans la communication. Finalement, la communication est effective lorsque le message compris par notre interlocuteur est similaire ou proche de ce que nous avons voulu communiquer cité par . Cette effectivité n’est atteinte que lorsque nous sommes à un niveau intermédiaire d’incertitude et d’anxiété. Gudykunst envisage des seuils minimum et maximum d’incertitude et d’anxiété au-delà desquels la communication n’est plus effective. Un seuil minimum d’incertitude et d’anxiété est donc nécessaire.
Accommodation
La deuxième catégorie proposée par Gudykunst comprend les théories en lien avec l’accommodation dans lesquelles les manières dont les individus s’adaptent l’un à l’autre sont analysées. Dans celle-ci, on retrouve la théorie de l'adaptation interculturelle d'Ellingsworth cité par , la théorie co-culturelle et la .
Théorie co-culturelle