La forteresse royale de Chinon, ensemble composé de trois châteaux (fort du Coudray, château du Milieu et fort Saint-Georges), se situe sur la commune française de Chinon dans le département d'Indre-et-Loire, en région Centre-Val de Loire.
Localisation La forteresse est construite sur un éperon rocheux dominant la Vienne, à une quinzaine de kilomètres de son confluent avec la Loire, et la ville de Chinon, dans le département français d'Indre-et-Loire. Cette position stratégique lui permettait de s’assurer le contrôle du passage sur la Vienne, affluent de la Loire. Le bourg s’est développé en contrebas, sur la rive. thumb|left|Vue depuis le pont Aliénor-d'Aquitaine. Petit à petit, l’espace a été structuré en trois parties distinctes, que les rois ont appelé leurs « trois châteaux », et qui figurent de manière stylisée sous la forme de trois tours sur les armoiries de la ville.
Ainsi, d’ouest en est, l’éperon est barré par une série de fossés creusés à l'instigation de Philippe Auguste et qu'enjambaient autrefois des ponts-levis (remplacés actuellement par des ponts. Ces fossés secs séparent les trois châteaux : le fort du Coudray, le château du Milieu, et le fort Saint-Georges. Chacun des trois châteaux possède une enceinte indépendante. C’est dans le château principal, le château du Milieu, que se développent les principaux logis et le prieuré Saint-Melaine. La forteresse, qui s'étire sur de long, avait notamment pour fonction de contrôler la voie allant de Tours au Loudunais qui franchit la Vienne à cet endroit. L'agglomération s'est rangée au pied de la falaise, autour du pont..
Historique Chinon à l’époque gallo-romaine vignette|gauche|Carte des peuples de Gaule avant la conquête romaine. Une occupation humaine du site de Chinon est attestée dès le début de l'âge du fer, comme l’ont révélé les fouilles archéologiques réalisées depuis le .. Alors que les Turones, peuple celte qui donne son nom à la future province de la Touraine, s'installent dans la région, la présence gauloise est prouvée lors des travaux nécessaires à la réalisation du nouveau bâtiment d'accueil du public dans la forteresse, par la mise au jour d'un aristocrate guerrier gaulois qui a érigé sa demeure à l'emplacement de l'actuel fort Saint-Georges.. Les archéologues ont retrouvé le fossé carré qui lui servait d’enceinteJulie Pellegrin et al., Forteresse royale de Chinon - Chronique d'un chantier, Imprimerie du Conseil général d'Indre-et-Loire, 2010, .. À l’intérieur prenaient place des maisons particulières, des bâtiments agricoles, et un espace politique et/ou culturel. Le propriétaire des lieux fut enterré juste devant, avec sa grande épée, ce qui pourrait être un privilège accordé par César aux vétérans de ses troupes auxiliaires indigènes. On peut la voir dans la salle d'archéologie du musée. À l’époque gallo-romaine, existe déjà un petit bourg, village-rue de taille trop réduite pour être un oppidum.. Sur la hauteur, des constructions en pierre ou plus modestes, en torchis, se développent. Le secteur de la tombe gauloise cède progressivement la place à un petit cimetière, qui restera en usage jusqu’au .
Le Bas-Empire et le haut Moyen Âge
Dans le contexte de la fin de l’Empire romain, le promontoire est fortifié et devient un castrum évoqué par l’historien Grégoire de Tours. Une muraille de d’épaisseur est construite. Pour ses fondations, de gros blocs de pierre sont récupérés sur les bâtiments antiques. Cette enceinte devait comporter une douzaine de tours. Grâce à elle, Chinon, qui faisait alors partie du royaume des Wisigoths, résiste à un siège mené par Ægidius, général romain, en 463. Le promontoire ainsi fortifié continue d’être occupé aux époques mérovingienne et carolingienne. De vastes silos enterrés et des bâtiments utilitaires de cette époque ont été retrouvés. Chinon est alors un chef-lieu de viguerie, et abrite un atelier monétaire royal aux ; puis, de 920 à 954, la menace viking n’étant pas écartée, on y transfère celui de Tours.
Les comtes de Blois
Le château proprement dit prend forme entre le . Il comporte un logis comtal et une tour. Protégés par une enceinte séparée, ils sont localisés à l’extrémité est de l'actuel château du milieu. Cet ensemble est distinct de la basse-cour située plus à l’ouest. Elle contient les installations économiques et artisanales nécessaires au fonctionnement du château (silos, bâtiments…).
Au , la forteresse est tenue par les comtes de Blois, grands vassaux du duc des Francs puis du roi des Francs. Le premier et le plus puissant d’entre eux, , vicomte depuis 941, fait édifier une tour en pierre en 954., avant de s'élever comte en 956 jusqu’en 974. Pour renforcer la capacité défensive du château, il l’entoure d’une enceinte propre qui l’isole du vieux castrum attesté sur le site dès le .. Ces travaux se concentrent sur la pointe orientale de l'éperon, formant la structure de ce qui sera appelé plus tard le fort du Coudray. Au devant de son entrée se trouvaient un large plateau construit de bâtiments utilitaires et d'une chapelle placé sous le vocable de Saint-MelaineRocheteau, 1997, p. 98..
Alors que le château est un enjeu territorial entre les comtes de Blois et d’Anjou, des transformations importantes ont lieu dans la première moitié du . Pour augmenter la superficie, un rempart plus vaste est construit, et un prieuré est fondé à l’intérieur du château.
Le premier comte d’Anjou
Au , les comtes d’Anjou menacent fortement la puissance des comtes de Blois. Ils s’emparent de la Touraine en 1044 : le château de Chinon est cédé à Geoffroy Martel. Il meurt sans enfant en 1060. Son neveu lui succède. Il réussit à rétablir peu à peu son autorité sur ses vassaux particulièrement indisciplinés. C’est sans doute à que l’on doit l’achèvement de la nouvelle enceinte de la forteresse. Il lève notamment des impôts à cette fin, entre 1087 et 1105. À sa mort en 1109, l’Anjou atteint à peu près sa configuration définitive. Ses puissants voisins sont le roi de France, le duc d’Aquitaine et le duc de Normandie. Son petit-fils Geoffroy le Bel adoptera le surnom de Plantagenêt que conservera la dynastie et notamment son arrière-petit-fils, . C’est le début de la suprématie angevine qui durera jusqu’en 1205, date à laquelle le château sera conquis par le roi de France Philippe Auguste.
Le est une période d'intense construction défensives dans les domaines angevins, jalonnant leur territoire de forteresses de pierre. C'est une période charnière dans l'évolution de l'architecture castrale dans l'Ouest de la France. Plusieurs augmentations de maçonneries sur certaines tours et des portions de murailles datent encore de cette période. Le grand plateau central est progressivement fortifié, devenant l'espace central du complexe avec l'installation d'un premier logis à l'emplacement du logis royal actuel.
Les riches heures des Plantagenêt
est désigné héritier de la couronne d'Angleterre le par le traité de Wallingford. Au moment où le territoire Plantagenêt atteint son apogée, il s'étend des Pyrénées à l'ÉcosseMartin Aurell, L'Empire des Plantagenêt, Librairie académique Perrin, 2004, collection Tempus.. Afin d'assurer l'unité de son empire nouvellement constitué, va faire de Chinon sa capitale continentaleChristian Thévenot, Plantagenêt, éditions Alan Sutton, février 2003.. C'est à partir de ce moment que le château va prendre les dimensions qu'on lui connaît aujourd'hui. Du mariage entre et Aliénor d'Aquitaine naîtront pas moins de huit enfants. Parmi ces huit enfants se trouvent cinq héritiers mâles. Deux d’entre eux deviendront roi : Richard Cœur de Lion et Jean sans Terre. En comparaison, les amours de apparaissent nettement moins fructueuses puisqu'il faut attendre son troisième mariage pour que naisse enfin l’héritier de la couronne de France, le prince Philippe (en 1165) surnommé Dieudonné en raison de sa venue au monde inespérée.
Plantagenêt y séjourne fréquemment entre 1160 et 1180 et y tient pour la dernière fois sa cour de Noël en 1172, entouré de sa femme et de ses fils qui se disputent déjà son héritage territorial. En 1163, il entrepose le trésor royal des provinces du Sud-Ouest, dans la pièce d'une tour construite pour l'occasion : la « tour du trésor » abrite les archives royales essentiellement constituées de chartes et de documents. En 1173, il écarte Aliénor du pouvoir et la fait enfermer dans la forteresse de Chinon, avant de l’envoyer en résidence surveillée en Angleterre. Le château de Chinon sera aussi la dernière demeure d' : abandonné de ses enfants, il meurt le dans la chapelle Saint-Melaine, dont une plaque au sol, au nord des logis royaux du château du Milieu, marque l'emplacement et commémore l'évènement. Puis son corps est transporté en l'abbaye de Fontevraud...
redresse=2|centre|vignette|alt=plan de l'ensemble de la forteresse avec ses trois châteaux| Plan de l'ensemble de la forteresse avec ses trois châteaux. À son apogée, elle possède un chemin de ronde de près de et 25 tours, progressivement arasées et aménagées en terrasse, afin d'accueillir des canons. Jusqu'au , elle est rattachée à l'enceinte fortifiée de la cité.
Sa grande réalisation à Chinon est la construction du fort Saint-Georges et d'un palais en son sein. Ce palais est composé de trois ailes perpendiculaires à un corps de bâtiment parallèle à la Vienne. Il possède une chapelle, dédiée à saint Georges. Cet ensemble est articulé autour de plusieurs cours intérieurs. Il est protégé par une simple enceinte, sans tours, mais dans laquelle on pénètre par deux portes monumentales, à l’est et à l’ouest. Celle de l’ouest est la mieux connue. Il s’agit d’une tour-porche rectangulaire, qui se trouvait à l’emplacement de l’actuel bâtiment d’accueil du fort Saint-Georges. À cause du relief naturel, son seuil était situé quatre mètres plus bas que les bâtiments du palais, auxquels menait une rampe d’accès. Seuls les piétons et les cavaliers pouvaient emprunter ce passage, car la porte était trop étroite pour des chariots. Ce palais a été mis au jour entre 2003 et 2005 lors de fouilles archéologiques. Il n’était pas connu auparavant. C’est une découverte très importante, car il y a très peu de palais de cette époque qui sont parvenus jusqu’à nous. Les vestiges sont actuellement préservés sous un jardin. Le rempart dominant la Vienne est encore visible et a été restauré dans toute sa majesté.
Philippe Auguste et le siège de la forteresse
gauche|vignette|Vue aérienne du fort du Coudray. Sacré roi du vivant de son père en 1179, Philippe Auguste s'efforce de poursuivre la politique de en l'érigeant en véritable stratégie diplomatique ; prendre le parti du faible contre le fort. Philippe s'allie à Richard et Jean contre leur père. Après la mort de son frère Henri le Jeune, Richard devient l'héritier à la couronne d'Angleterre. Cela entraîne une réorientation des alliances de Philippe Auguste. C'est la raison pour laquelle Philippe prend désormais le parti de Geoffroy, le quatrième fils d', contre Richard. Cependant, la mort prématurée de Geoffroy en 1186 porte un coup d'arrêt à cette stratégie. Des cinq fils d', seuls deux sont encore en vie : Richard et Jean. Philippe n'a d'autre choix que de faire la paix avec Richard. De cette paix va naître une amitié entre les deux seigneurs qui inquiète . Philippe a tôt fait de persuader Richard que son père désire le déshériter au profit de Jean. Dans la foulée, Richard prête serment au roi de France pour les possessions continentales des Plantagenêt qu'il considère désormais comme siennes. Et c'est en alliés que Richard et Philippe s'empressent de mettre le siège devant les places encore fidèles à . Après avoir fui Le Mans, ce dernier se réfugie à Chinon, sa forteresse principale. Il meurt peu de temps après, le . Richard devient alors le maître incontesté de l'Empire Plantagenêt.