Jules Ladoumègue, né le à Bordeaux et mort le à Paris, est un athlète français spécialiste des courses de demi-fond.

Orphelin, élevé par une tante et un oncle d'origines modestes, Jules Ladoumègue devient au milieu des années 1920 l'un des plus grands espoirs français de la course à pied. Jeune international français, le coureur bordelais s'installe à Paris pour effectuer son service militaire au bataillon de Joinville. Convoité par les clubs d'athlétisme de la capitale, surnommé Julot, il rejoint son ami Séra Martin et l’entraîneur Charles Poulenard au Stade français et se spécialise sur les distances du demi-fond.

À , alors qu'il vient de battre plusieurs records de France, il apparaît comme un sérieux prétendant au titre olympique du aux Jeux olympiques d'Amsterdam de 1928. Battu à quelques mètres de l'arrivée, le Français y remporte une médaille d'argent. Dans la foulée, il est recruté par le Club athlétique des sports généraux après une première affaire d'amateurisme marron. Le coureur français s'attaque au chronomètre et bat six records du monde de demi-fond entre 1930 et 1931.

Athlète populaire, il est radié par la Fédération française d'athlétisme pour amateurisme marron en . L'« affaire Ladoumègue » consacre la vision utopiste de l'amateurisme de l'époque. Elle cause un préjudice sportif au coureur, qui est pourtant largement soutenu par la population. Recruté par la Fédération comme démonstrateur professionnel, Ladoumègue fait campagne pour son sport. Il effectue des voyages en URSS et à Berlin, se produit sur des scènes de music-hall et avec le cirque Medrano. Il est requalifié en 1943 alors qu'il a .

Après la Seconde Guerre mondiale, il devient journaliste puis chroniqueur de la RTF et de l'ORTF jusqu’en 1971. Il meurt deux ans plus tard à l'âge de .

Biographie Enfance et adolescence Jules Ladoumègue naît le à Bordeaux... Son père Jules, contremaître dans une scierie bordelaise, meurt avant sa naissance, écrasé par des madriers en portant secours à des ouvriers en danger... Dix-sept jours après sa naissance, sa mère meurt brûlée vive dans un accident domestique après qu’une étincelle de la cheminée ait enflammé sa robe.. L'orphelin est élevé par un oncle et une tante qui habitent dans le quartier de la Bastide, sur la rive droite de la Garonne.. Son frère André et sa sœur Louisette sont élevés par d'autres membres de la famille..

Dans un patronage bordelais, les « Jeunes du Cypressat », affilié à la Fédération gymnastique et sportive des patronages de France (FGSPF), le jeune Ladoumègue découvre le sport et la course à pied. Champion du Sud-Ouest de cross-country dans la catégorie minime, il s'entraîne trois fois par semaine le soir avec des amis qui le suivent à bicyclette.. Après avoir obtenu son certificat d'études, il doit choisir un travail pour subvenir à ses besoins et opte pour un emploi d'aide-jardinier chez un horticulteur bordelais possédant des plantations à proximité de l'hippodrome de Talence. Dans Le Miroir des sports en 1930, il écrit avoir refusé un emploi de clerc de notaire pour continuer à courir et respirer au grand air.

Passionné par la course à pied, Jules Ladoumègue se licencie à l'Union Athlétique Bordelaise à et se fait remarquer en remportant le « Prix du Premier Pas » à Bordeaux. Ignorant la différence entre amateurisme et professionnalisme, il est régulièrement payé quelques francs lorsqu'il remporte des courses locales et est de fait professionnel. Remarqué par le Stade bordelais université club (SBUC), plus grand club bordelais d'athlétisme de l’époque, le jeune coureur rachète son amateurisme en remboursant les sommes perçues comme professionnel à la Fédération française d'athlétisme, , aidé par sa tante selon lui mais probablement par son nouveau club également qu'il rejoint à la fin de la saison 1925. Il renforce l’équipe de cross-country et accumule alors les succès régionaux.

Carrière internationale Athlète olympique vignette|upright=0.8|alt=Photographie en noir et blanc d'un coureur à pied à l'arrivée de sa course dans un stade.|À l’arrivée du de la réunion de sélection nationale, Ladoumègue l'emporte avec une nette avance. vignette|upright=0.8|alt=Photographie en noir et blanc de deux coureurs à pied lors d'une course dans un stade.|À Bâle contre la Suisse et l'Allemagne, le jeune Français devance son compatriote Joseph Guillemot en début de course avant de s'écrouler à la fin du . Au début du mois de , Jules Ladoumègue termine sur la troisième marche du podium du 5 000 mètres lors des championnats de France, derrière Maurice Norland et Joseph Guillemot.. À la fin du mois, le licencié du SBUC est sélectionné par la Fédération française d'athlétisme sur le à la place de Lucien Dolquès pour la rencontre internationale contre l'Angleterre.. Cette décision déplaît à Alfred Spitzer, l'entraîneur du Métropolitain Club Colombes, qui téléphone à la Fédération et la menace de dénoncer le Bordelais pour professionnalisme aux Anglais et à la Fédération internationale.. Au stade de Colombes, Ladoumègue s'illustre en terminant troisième pour sa première sélection internationale et rapporte un point à la France.. En août, il confirme sa place en équipe de France d'athlétisme en remportant la course de de la réunion de sélection... Il termine derrière le vainqueur allemand Dieckmann et son compatriote Joseph Guillemot lors de la rencontre Allemagne-France-Suisse disputée à Bâle, décevant en fin de course..

vignette|upright=0.8|alt=Photographie en noir et blanc d'un homme en habit militaire.|Le soldat Ladoumègue en 1927 à Joinville.

En , il domine le championnat régional de la Côte d'Argent de cross-country... Sa belle forme lui permet de battre en mai le record de France des deux milles anglais en . Le , dans un match avec le Stade français organisé par le Stade Bordelais UC au Parc des Sports de Lescure, il remporte le avec cinquante mètres d'avance.. Le mois suivant, il remporte le d'une réunion organisée par le Stade français.. Le sportif, qui effectue son service à la caserne Xantrailles de Bordeaux, est muté à Paris au bataillon de Joinville en raison de son statut international.. Conseillé par Charles Poulenard, son entraîneur au Stade français, le club parisien qu'il a rejoint en fin de saison, Ladoumègue améliore sa vitesse et s'illustre dans les courses de demi-fond.. En octobre, Ladoumègue bat deux records de France en une semaine, tous deux détenus jusqu'alors par Joseph Guillemot, celui du en le .. et celui du en quatre jours plus tard...

vignette|upright=0.8|alt=Photographie en noir et blanc de l’arrivée d'une course à pied dans un stade à huis clos.|Jules Ladoumègue () est battu par Harry Larva () en finale du des Jeux olympiques d'Amsterdam.

Au cours du mois de , Jules Ladoumègue égale ou améliore successivement trois records de France. Le à Colombes, il égale tout d'abord le record de France du de Séra Martin en , avant d'établir le à Colombes un nouveau record de France du mille en , améliorant de deux secondes la précédente marque détenue par Georges Baraton depuis 1926. Enfin, le aux championnats de France Élite se déroulant également au Stade de Colombes, il remporte son premier titre national, sur l'épreuve du , en devançant de près de dix secondes Jean Keller et en établissant un nouveau record de France en . Deux semaines plus tard, Jules Ladoumègue se présente aux Jeux olympiques d'Amsterdam comme l'un des favoris du .. En série, éliminatoire pour la finale olympique, Julot assure sa qualification en suivant Eino Purje et en assurant en fin de course après avoir fourni un effort suffisant pour se qualifier.. Dans les deux premiers tours de la finale, le lendemain, le , le Français se maintient en cinquième ou sixième position, naviguant dans les dernières places du groupe de tête emmené par les Finlandais Harry Larva et Eino Purje, essayant de se faufiler à la corde puis contraint de faire l'extérieur.. Au début du dernier tour, le coureur français déborde les deux Finlandais et creuse un écart de cinq à six mètres entre lui et ses poursuivants. Purje cède mais Larva parvient à refaire progressivement son retard à mi-ligne droite et à dépasser le Français à vingt mètres de l'arrivée.. En , Larva devient champion olympique devant Ladoumègue, , qui doit se contenter de la médaille d'argent.

vignette|redresse|alt=Photographie en noir et blanc d'un athlète, main sur les hanches, sur la pelouse au milieu d'un stade vide de spectateur.|Jules Ladoumègue à Colombes en 1928. vignette|redresse|alt=Photographie en noir et blanc d'un jeune athlète avec son maillot de club sur lequel est écrit CASG.|Jules Ladoumègue en 1930 sous le maillot du Club athlétique des sports généraux.

Au début du mois d', le conseil de la Fédération française d'athlétisme suspend Jules Ladoumègue et son ami Séra Martin pour une durée de trois mois et les interdit de déplacement à l'étranger pendant un an après qu’ils ont négocié entre et pour effectuer un déplacement à Tokyo au Japon... Le Stade français réagit à cette sanction, qui frappe également trois de ses dirigeants : Bauer, Gillet et Poulenard, en prenant la défense de ces derniers et leur renouvelle leur confiance dans un communiqué qui déclare qu'ils .. En effet, Charles Bloch, chronométreur officiel de la Fédération, a sollicité les deux athlètes à de multiples reprises, contournant officiels et entraîneurs desquels il a essuyé plusieurs refus avant de convaincre directement les coureurs d'accepter ce voyage contre rémunération.. Dans les jours qui suivent la conclusion de cette affaire, Ladoumègue quitte le Stade français pour le Club athlétique des sports généraux (CASG) qui lui obtient un emploi à la Société générale avec une rémunération mensuelle de et un emploi du temps aménagé pour lui permettre de poursuivre sa carrière athlétique dans les meilleures conditions..

Records du monde en série Après son échec des Jeux d'Amsterdam, Jules Ladoumègue se remet en question et commence une série d'invincibilité de deux ans en course à pied à partir du début de la saison 1929. Sur les conseils de Charles Poulenard, il s'attaque au chronomètre et aux différents records du monde du demi-fond. Entre 1930 et 1931, Jules Ladoumègue améliore six records du monde sur des distances allant du au .

Le , emmené par Jean Keller puis par Séra Martin, Jules Ladoumègue bat le record du monde du 1 500 mètres détenu par Otto Peltzer avec un temps de , en terminant la course en ..Article de la revue Athlétisme L'Équipe Magazine du mercredi signé Marcel Hansenne suivi d'une part, d'un document illustré de cinq photos de la course et commenté par deux autres participants de cette course, Séra Martin et Jean Keller, d'autre part, d'un éloge de Roger Debaye sur le champion et l'homme.. Ladoumègue court à une vitesse moyenne de pour battre le record devant les amassés autour de la piste cendrée humide de du stade Jean-Bouin..

Le au stade Jean-Bouin, Jules Ladoumègue bat le record du monde du kilomètre en ... Alors qu'il a échoué une semaine plus tôt à Lyon à battre le record établi par l'Allemand Otto Peltzer en 1927 à Paris, le coureur français effectue une nouvelle tentative accompagné de plusieurs coureurs français. Après un faux départ, la course s'élance avec le jeune Morel imposant en tête un rythme soutenu. Après la mi-course, Morel et René Féger s'effacent, Jean Keller prend la tête du groupe. Alors qu'il ralentit une centaine de mètres plus loin, entré dans le dernier tour, Séra Martin passe en tête et c'est à ce moment-là que Ladoumègue accélère pour finir seul sur la ligne d'arrivée. Son temps, arrêté sur quatre des six chronomètres manuels des chronométreurs, bat toutes les prévisions d'avant course.