vignette|upright=1.5|L'Invincible Armada face à la flotte anglaise.

L’Invincible Armada (nom usuel en français ; en espagnol , « grande et très heureuse flotte » ; en anglais , « flotte espagnole ») est la flotte espagnole armée en 1588 par le roi Philippe II dans le but de débarquer en Angleterre, au cours de la guerre anglo-espagnole commencée en 1585.

L'Angleterre protestante (anglicane) est alors en guerre contre l'Espagne depuis la signature du traité de Sans-Pareil () avec les Provinces-Unies, république protestante (calviniste) dont l'existence même est une remise en cause de la souveraineté de Philippe sur les Pays-BasPhilippe II est souverain des Pays-Bas (duc de Brabant, comte de Flandre, comte de Hainaut, etc.) en tant que descendant de Charles le Téméraire ; il est roi d'Espagne en tant que descendant des Rois Catholiques. Les Pays-Bas ne sont donc pas (juridiquement) une possession espagnole, mais une possession personnelle du roi d'Espagne. Les Néerlandais se sont soulevés en 1568, début de la Guerre de Quatre-Vingts Ans ; en 1581, les provinces de l'union d'Utrecht ont prononcé la déchéance de Philippe II par l'acte de La Haye, décision considérée comme le commencement des Provinces-Unies. Le roi d'Espagne ne reconnaît qu'en 1648 l'indépendance de la république des Provinces-Unies (traité de Münster).. Au début du projet, l'objectif était de rétablir Marie Stuart sur le trône d'Écosse et de l'établir sur le trône d'Angleterre, mais Élisabeth l'ayant fait exécuter (), les objectifs ont dû être modifiés. L'Angleterre est aussi impliquée dans la huitième guerre de Religion en France, en soutenant les huguenots de Henri de Navarre, alors que Philippe II soutient la Ligue catholique du duc de Guise.

La flotte espagnole, constituée de 130 navires, en majorité des galions et de gros vaisseaux marchands armés de type caraque, transportant , dont , part de Lisbonne. Parvenue à Calais () afin d'embarquer des soldats de l'armée espagnole du gouverneur général des Pays-Bas, Alexandre Farnèse, elle est prise à partie par les Anglais, et face à une marine anglaise agile et déterminée, ne parvient pas à engager le combat lors de la bataille de Gravelines. Soumise à des conditions météorologiques difficiles et en l'absence de tout port ami pour relâcher, la côte étant verrouillée par les navires des Provinces-Unies, elle est obligée de renoncer au projet d'invasion et de rentrer en Espagne en contournant la Grande-Bretagne par le nord. C'est durant ce trajet de retour qu'une violente tempête aboutit au naufrage sur les côtes irlandaises du comté de SligoChristopher Klein, « Spanish Armada Cannons Recovered Off Irish Coast ». 4 août 2015. Consulter en ligne. de deux douzaines de navires, dont les équipages parvenus sur les côtes connaissent des fortunes diverses selon les gens qui les accueillent. Les autres navires parviennent à Santander.

L'histoire de l'Invincible Armada a été mythifiée pendant des générations par les Anglais. et la bataille de Gravelines présentée comme une éclatante victoire anglaise. C'est probablement une des opérations de propagande les plus durables et les plus réussies.

Contexte international vignette|Trajet emprunté par l'Armada espagnole.

La puissance espagnole sous Philippe II Philippe II, fils de l'empereur Charles Quint, est devenu en 1556-1557 roi de Castille et roi d'Aragon, ainsi que souverain des Pays-BasPhilippe est roi d'Espagne en tant que descendant des rois catholiques et souverain des Pays-Bas (duc de Brabant, comte de Flandre, comte de Hollande, etc.) en tant que descendant de Charles le Téméraire.. En 1580, Philippe II s'impose comme roi du Portugal, au détriment de la maison d'Aviz, ce qui a abouti à la guerre de Succession du Portugal (1580-1583).

Quoique doté de moins de pouvoirs que son père, il se trouve à la tête de la première puissance mondiale, dotée d'un vaste empire, notamment en Amérique. Il se considère aussi comme un des grands responsables de la défense de la religion catholique, confrontée aux progrès du protestantisme en Europe et à l'expansion de l'Empire ottoman musulman.

Malgré la grande victoire de Lépante en 1571, il est confronté dans les années 1580 à plusieurs problèmes en Europe, en particulier avec l'Angleterre et les insurgés des Pays-Bas.

Philippe II et l'Angleterre (1558-1585) Philippe II a été roi consort d'Angleterre en tant qu'époux de la catholique Marie Tudor, mais après le décès de celle-ci en 1558, sans descendance, il est écarté du pouvoir. C'est la demi-sœur de Marie, Élisabeth qui devient reine, revenant à l'anglicanisme de Henri VIII, plaçant l'Angleterre dans le camp protestant.

À ce moment, l'Angleterre n'est pas encore une grande puissance, même maritime, mais commence à avoir des ambitions, tempérées par la prudence d'Élisabeth.

L'insurrection des Pays-Bas espagnols (depuis 1568) Aux Pays-Bas, Philippe est depuis les années 1566-1568 confronté à une insurrection, devenue une guerre, dirigée par Guillaume d'Orange, qui au bout de treize ans, a abouti à la création des Provinces-Unies (1581).

Alexandre Farnèse, gouverneur général depuis 1577, ayant obtenu le ralliement des provinces de l'union d'Arras (1579), a réussi à reprendre le contrôle du comté de Flandre, puis du duché de Brabant jusqu'à Anvers, ville dont il s'empare en 1585.

L'intervention espagnole dans la guerre civile en France (1584) Après la mort en de François, dernier fils de Catherine de Médicis et de Henri II, l'héritier présomptif de Henri III en vertu de la « loi salique » est Henri de Bourbon, premier prince du sang, roi de Navarre et chef de l'armée protestante, qui tient le sud-ouest du royaume de France. Face à cette menace, les catholiques intransigeants regroupés derrière Henri de Guise forment le parti de la Ligue, avec laquelle Philippe II signe le traité de Joinville (). Un des points du traité est que, pour la Ligue, le successeur présomptif de Henri III est le cardinal de Bourbon, deuxième prince du sang, oncle de Henri de Navarre.

Les débuts de la guerre anglo-espagnole (1585-1587) En , alors que le siège d'Anvers est proche de sa fin, Élisabeth signe avec les Provinces-Unies le traité de Sans-Pareil.

Les marins des Provinces-Unies, les « gueux de mer », établissent un blocus des ports de Dunkerque et de Nieuport, sur la côte flamande, où se trouvent des unités de l'armée espagnole.

Sans déclaration de guerre formelle, l'Angleterre et l'Espagne se trouvent en état de guerre. Cette guerre anglo-espagnole est notamment marquée par les attaques de Francis Drake contre des places espagnoles d'Amérique en 1586 (Carthagène), puis en contre Cadix.

Dès 1586, Philippe II envisage une opération navale contre l'Angleterre afin de renverser Elisabeth et de rétablir le catholicisme. À ce moment, il soutient les droits de la catholique Marie Stuart au trône d'Angleterre (en tant que descendante de Henri VII). Marie, reine d'Écosse jusqu'en 1567Elle est aussi liée à la maison de Guise par sa mère et a été reine de France en tant qu'épouse de François II., est détenue depuis 1568 par Elisabeth, qui la fait exécuter en . Par testament, Marie Stuart a cédé ses droits à Philippe, ce qui rend le projet d'invasion encore plus souhaitable.

L'Armada de 1588 Le projet

Les objectifs sont étudiés en 1586 par Álvaro de Bazán, marquis de Santa Cruz, vainqueur de la flotte française lors de la bataille des Açores (), Alexandre Farnèse, gouverneur général des Pays-Bas espagnols, et le duc de Medina Sidonia et précisés par Philippe II dans ses instructions de 1587 et 1588.

Le pape Sixte V donne à l'expédition un statut de croisade, autorisant Philippe à percevoir les taxes afférentes et accordant des indulgences aux participants.

Formation de l'Armada

La flotte est rassemblée en rade de Lisbonne, c'est-à-dire dans l'estuaire du Tage. Le Portugal et l'Espagne forment alors l'Union ibérique après la guerre de Succession du Portugal (1580-1583).

Le commandement est attribué à Álvaro de Bazán, mais il meurt le . Philippe désigne alors Alonso Pérez de Guzmán, duc de Medina Sidonia.

Le , la flotte reçoit une bénédiction identique à celle de la flotte de Lépante en 1571.

Au moment du départ, le , l'Armada est formée de 130 navires (8 000 hommes d'équipage) et transporte 18 000 soldats.

Objectifs tactiques L'Armada doit : gagner le littoral flamand, notamment Dunkerque, afin d'embarquer 30 000 soldats supplémentaires issus des régiments espagnols de tercio de l'armée d'Alexandre Farnèse aux Pays-Bas ; traverser la Manche et procéder au débarquement des troupes en Angleterre, dans l'estuaire de la Tamise.

La première opération est loin d'être anodine, étant donné la configuration des lieux et la présence des gueux de mer. Au large de la côte flamande en effet, de Gravelines à la Meuse, se trouvent de nombreux bancs de sable, d'où les Hollandais ont retiré les balises de signalisation. Il serait dès lors dangereux pour les vaisseaux de l'Armada de longer la côte parmi les hauts fonds afin d'ouvrir les ports flamands.

Le seul site atteignable sans risque d'échouage est celui de Gravelines, première localité néerlandaise à l'est de Calais, sur le cours d'eau frontalier de l'Aa. De fait, étant donné la taille de l'Armada, il est difficile d'établir nettement une limite maritime entre le port de Calais et celui de Gravelines. Cette opération suppose donc la bienveillance de la France, d'autant plus que les lignes de communication les plus rapides (messagerie à cheval) entre les Pays-Bas espagnols et l'Espagne traversent le royaume.

Les forces en présence L'Armada : vue d'ensemble D'après des documents du de la Bibliothèque Cottonienne (Cotton MS Vespasian C), l'Armada se composait, au , de de haut bord et de , représentant au total .

L'expédition est commandée par le capitaine général Alonso Pérez de Guzmán, duc de Medina Sidonia, mais le grand amiral de la flotte est Juan Martínez de Recalde.

Le second du duc de Medina Sidonia est don Alonso Martínez de Leiva, capitaine général de la cavalerie légère du duché de Milan. Don Francisco de Bobadilla est maréchal général de camp. Don Diego de Pimentel est maréchal de camp de la légion de Sicile (tercio).

La flotte a un , avec et ; elle est équipée de armes à feu et transporte des troupes espagnoles, ainsi qu'une force de nobles volontaires bénévoles avec leurs accompagnateurs, près de . L'Armada compte et originaires des Pays-Bas espagnols. Les vaisseaux possèdent des canons en bronze qui peuvent peser jusqu'à 1 tonne.

Elle transporte aussi un groupe de missionnaires sous les ordres de don Martin Alaccon, administrateur et vicaire général de l'Inquisition, 290 personnes (moines mendiants, prêtres et « familiers »), en vue de convertir les Anglais au catholicisme après la conquête.

Le coût de la flotte a été estimé par don Diego de Pimentel à par jour et le coût des forces armées du duc de Medina Sidonia et d'Alexandre Farnèse est évalué à par jourJohn Lothrop Motley, History of the United Netherlands: From the Death of William the Silent to the Synod of Dort, volume 1, Robbers, 1872 Lire en ligne..

Les dix escadres de l'Armada L'escadre du Portugal est principalement formée de galions et est commandée par le capitaine général Alonso Pérez de Guzmán, duc de Medina Sidonia, commandant en chef de l'expédition.

L'escadre de Castille compte quatorze navires de différentes tailles, sous les ordres du général Diego Flores de Valdés, un des officiers de marine les plus expérimentés du service espagnol ; par la suite, il est fréquemment invité à naviguer avec l'amiral.

L'escadre d'Andalousie compte dix galions plus d'autres navires, sous les ordres du général .

L'escadre de Biscaye compte dix galions plus d'autres navires plus petits, sous les ordres de Juan Martínez de Recalde, grand amiral de la flotte.

L'escadre de Guipuzcoa compte dix galions sous les ordres du général .