La culture de l'honneur est une culture qui accorde une grande importance à la réputation de l’individu ainsi qu’à celle de sa famille. On la retrouve dans diverses régions du monde. Même si certaines différences sont à noter en fonction des pays, il existe aussi des caractéristiques communes. Elle proviendrait de sociétés d’élevage dans lesquelles les bergers doivent pouvoir faire preuve de violence pour protéger leur bétail et continuerait à persister car il existerait un renforcement social des normes liées à l’honneur. Ces dernières sont associées à l’identité du groupe et attribuées tant aux hommes qu’aux femmes.
Ce type de culture peut être lié à des faits de société tels que le suicide, la violence scolaire, des agressions à l'égard des hommes ou des femmes allant, dans les situations les plus extrêmes, jusqu'au crime d’honneur. De plus, les individus issus d'une telle culture présenteraient davantage d'émotions négatives face à une situation mettant à mal leur honneur. Néanmoins, même si moins abordés dans la littérature, la culture de l’honneur aurait aussi des impacts positifs. Enfin, il existe des différences individuelles au sein d'une même culture.
En psychologie sociale, Dov Cohen et ses collègues sont des pionniers dans les recherches concernant les cultures de l'honneur, ils se sont surtout intéressés à l’honneur masculin dans les États du sud des États-UnisCohen et Nisbett, 1994 ; Cohen, Vandello et Rantilla, 1998 ; Leug et Cohen, 2011 ; Vandello, Cohen et Ransom, 2008, cités par . Les anthropologues se sont particulièrement penchés sur ces cultures en MéditerranéeNisbett et Cohen, 1996 ; Cohen et Nisbett, 1997 ; Cohen, Nisbett , Bowdle et Schwarz, 1996 ; Pitt-Rivers, 1965, cité par .
thumb|alt=Homme debout portant une arme à feu en bandoulière| Homme avec une arme à feu.
Caractéristiques Dans certaines sociétés, l’honneur en plus d'être une vertu, est considéré en tant que statut et pouvoir. Il relève du respect, est une priorité et organise la vie sociale. C'est notamment le cas dans les sociétés méditerranéennes Campbell, 1965 ; Gilmore, 1990 ; Peristiany, 1965, cités par , au Moyen-Orient et dans les cultures arabesAbou-Zeid, 1965 ; Antoun, 1968 ; Bourdieu, 1965 ; Gilmore, 1990 ; Ginat, 1987, cités par , en Inde, au Pakistan, en Amérique latineJohnson et Lipsett-Rivera, 1998, cités par et dans le Sud des États-UnisWyatt-Brown, 1982, . Dans ces cultures, la générosité, l’hospitalité et la loyauté sont des valeurs essentielles. Les normes d’honneur s’appliquent tant aux hommes qu’aux femmes, tous deux ont d’ailleurs des rôles et des comportements spécifiques à adopter. La réputation de l’homme est basée sur sa capacité à protéger sa famille et ses biens. Il doit se montrer fort, dur, peu disposé à tolérer une menace ou une insulte et prêt à recourir à la violence pour protéger sa réputation. La femme, quant à elle, doit faire preuve de modestie, de pudeur et éviter les attitudes qui pourraient menacer la réputation familiale..
Origine
Une thèse avancée est que les cultures de l’honneur proviennent de cultures d’élevage dans lesquelles toute menace à la propriété ou à la réputation est traitée avec violence. Les bergers vivent en général dans des lieux isolés où les conditions de vie sont difficiles, ils peuvent ainsi être tentés de voler les troupeaux des autres. Savoir se battre et défendre ce qui leur appartient est donc primordial car ils risquent sans cesse de perdre leur bétail, leur principale ressource. En Europe du nord, tout comme en méditerranée, en Afrique, en Eurasie ou en Amérique du nord, l’économie dépendait et dépend parfois encore fortement de l’élevage.
Dans le Sud des États-Unis, la culture de l’honneur proviendrait de l’économie d’élevage importée par les colons européens originaires d'Écosse et d'Irlande. Ainsi, la population était essentiellement composée de bergers McWhiney, 1988 ; cité par . L’application des lois était faible, voire inexistante Brown, 1969 ; Gastil, 1971 ; Ireland, 1979 ; McWhiney, 1988 ; cités par , menant les gens à recourir à la force pour protéger leurs biens qui pouvaient être pillés. Une méthode efficace était donc de recourir à la menace ou à la violence. Afin d’éviter d’être pris pour une cible facile, les hommes devenaient vite agressifs ; ils devaient effectivement tenir leur réputation d’hommes durs. Les cultures de l'honneur ont donc plus tendance à apparaître dans des endroits où l'individu est menacé par ses compatriotes et où l'État n'est pas capable d'assumer la protection de ses biens.
Persistance Les cultures de l’honneur révèlent les codes de conduites attendus. Indépendamment des raisons économiques, les normes transmises par la culture de l’honneur appartiennent à l’identité sociale du groupe. Dès que de telles normes sont intégrées dans les rôles assignés à l’homme et à la femme, elles sont plus difficiles à changer. Ainsi, beaucoup de comportements se perpétuent simplement car on considère que c’est ce qu’un homme doit faire : protéger sa famille des menaces, répondre aux insultes par la violence, taper ses enfants pour les discipliner, protéger son honneur et son statut, … Tant qu’il y aura un renforcement social de ces normes, se comporter en accord avec ces dernières sera bénéfique et il sera plus coûteux de les défier, même si personnellement, on les rejette.
Jusqu'à ce jour, les violences perdurent au sud des États-Unis bien que les conditions de vie aient changé. Même s’il n’y a plus de raisons économiques de devoir démontrer leur force, les hommes pensent qu’ils vont subir des pertes sociales s’ils ne le font pas. La plupart d’entre eux se méprennent aussi peut-être sur la façon dont les autres perçoivent leurs comportements. Même si leurs attitudes individuelles ne sont plus conformes aux normes d’honneur, cela n’est pas dévoilé publiquement. Les pratiques sociales restent parfois longtemps en vigueur après avoir perdu le soutien de la communauté car les individus ignorent que d’autres ont aussi changé leur attitude. Des études montrent que les participants du Sud n’encouragent pas davantage la violence que ceux du Nord. La différence résiderait dans l’interprétation et la pression de leurs pairs. On attend des gens du Sud qu’ils utilisent la violence pour se défendre à la suite d'une offense. Ces attentes peuvent favoriser l’agression, être perçues comme un encouragement à la violence alors que les protagonistes ne souhaitent pas y avoir recours. De la sorte, pour ne pas paraître lâches en public, les hommes ne renonceraient pas à l’agression. Il y aurait un renforcement de la norme. Ce n’est donc pas l’adhésion aux normes qui fait agir les individus dans ce cas mais plutôt la croyance en des représentations collectives qui font partie de l’inconscient populaire.
Enfin, les lois des États du Nord des États-Unis divergent toujours de celles du Sud et de l’Ouest. Ces dernières sont plus laxistes par rapport au contrôle d’armes, autorisent la violence pour la protection personnelle et celle de ses biens, et vont être plus favorables à des politiques pro-guerreCohen, 1996 ; cité par ; par . Dans plusieurs études, ces différences institutionnelles sont mises en avant. Les employeurs du Sud et de l’Ouest des États-Unis sont plus chaleureux et coopératifs envers un demandeur d’emploi ayant commis un homicide lié à l’honneur, en comparaison à un demandeur d’emploi ayant commis un homicide non lié à l’honneur. Selon une autre étude, les journalistes des états du Sud et de l’Ouest rapportent de façon plus tolérante et compassionnelle un crime violent commis pour défendre l’honneur que ne le font leurs collègues du Nord. Les institutions et les médias aident donc aussi à perpétuer les violences liées à la perte d’honneur. Ainsi, une tolérance existerait par rapport à certaines formes de violence, qui seraient même attendues des hommes afin qu’ils ne soient pas stigmatisés de lâches.
Codes d’honneur liés au genre Dans les cultures de l’honneur, tant les hommes que les femmes sont responsables du maintien de l’honneur personnel et collectifRodriguez Mosquera et al. 2002a, 2002b, cité par . Si le rôle plus actif des hommes est de se montrer fort, celui des femmes est d’être modeste, d’éviter la honte et des comportements menaçant la réputation familiale. Selon le code de l’honneur masculin, la responsabilité de l’homme est notamment de prendre soin de sa famille et de sa réputation. Le code d’honneur féminin se rapporte principalement à la honte et à la pureté sexuelle qui relève de l’honneur familial : garder sa virginité avant le mariage, faire preuve de modestie, être pudique dans la façon de s’habiller…Rodriguez Mosquera et al. 2002a, 2002b ; Mosquera el al., 2008, cités par .
Une étude parmi de jeunes étudiants néerlandais (d’origine néerlandaise, turque ou marocaine) a évalué le point de vue des garçons et des filles sur l’importance de la virginité des hommes et des femmes pour leur honneur. Les garçons issus de cultures de l’honneur (d’origine marocaine ou turque) considèrent la virginité des filles de leur famille plus importante pour leur honneur. Par contre, les filles issues de ces cultures sont moins conformes aux codes culturels et conçoivent moins leur sexualité comme relevant de l’honneur des hommes de leur famille. Pour elles, la virginité des garçons est aussi liée à l’honneur. Enfin, les garçons des trois communautés considèrent que leurs proches (famille, amis...) ont un impact plus important sur leur honneur. Les hommes dépendraient plus de facteurs externes en ce qui concerne leur image et leur réputation.
Bien que les hommes aient un rôle prépondérant dans les cultures de l’honneur et que leurs actes soient plus visibles, les femmes sont aussi actives au sein de ces sociétés. Elles transmettent notamment la culture de l’honneur à leurs fils, l’imposent à leurs hommes, et commettent également des faits violents. Elles mettent la pression sur les hommes et déconsidèrent ceux qui ne répondent pas à une insulte ou à un préjudice par la vengeance. Dans certaines cultures méditerranéennes, elles participent même parfois à des homicides, comme lors de lapidations de femmes présumées infidèles, ou commettent elles-mêmes des meurtres lorsqu’il n’y a pas d’homme pour le faire.
Culture de l'honneur et violence Entre hommes thumb|alt=Texte alternatif|Utilisation de la violence en vue de sa propre protection, de celle de sa famille et de ses biens. Le recours à la violence est plus important dans les cultures de l’honneur. Cependant, ceci ne peut s’expliquer par des facteurs de pauvreté, de densité de population ou d’inégalités économiques . Si le taux d’homicides est plus élevé dans ces sociétés, cela serait dû aux nombreuses motivations criminelles façonnées par les cultures de l’honneur ainsi qu’à un contrôle social plus faible .
L’habitant du Sud des États-Unis utilise la violence de manière privilégiée lorsqu’il est amené à devoir assurer sa propre protection, celle de sa famille ou de ses biens. De plus, il est plus susceptible d’être en possession d’une arme à feu et de l’utiliser lorsqu’il se sent menacé. En effet, les membres des cultures de l’honneur voient en leur pistolet un moyen de protection, le portent plus souvent sur eux et se sentent plus en sécurité s’ils en possèdent un. Une autre explication du recours à la violence est qu’une grande tension règne dans ces cultures, la peur et la méfiance sont omniprésentes. La réunion de ces différents éléments implique un taux de crimes et notamment d’homicides plus important. Cependant, les habitants des États du Sud n’emploient pas plus la violence que ceux des États du Nord lorsqu’il s’agit de situations qui n’impliquent pas l’honneur, la protection de soi et de sa famille ou le contrôle social.