Le groupe antijuif (également appelé groupe antisémite nationaliste) est un groupe parlementaire à la Chambre des députés de la Troisième République française. Formé au printemps 1898, il s'est montré peu actif pendant le reste de la VII législature (1898-1902).
Histoire
Attisé nationalement par l'affaire Dreyfus et, localement, par les troubles antijuifs algériens, l'antisémitisme politique fait son entrée à la Chambre après les élections législatives de 1898. L'un des nouveaux élus n'est autre que le polémiste Édouard Drumont, auteur de La France juive et directeur de La Libre Parole.
C'est sous sa présidence que le groupe antijuif se forme le autour d'une quinzaine de députésLe Matin, 2 juin 1898, ., bientôt rejoints par d'autres adhérents. Le , ce « groupe antisémite nationaliste » publie un manifeste réaffirmant la culpabilité de Dreyfus et la nécessité « de délivrer la France entière du joug des juifs »« Manifeste du groupe antijuif », L'Intransigeant, 31 octobre 1898, ..
À l'image du caractère composite de l'antisémitisme de Drumont, qui emprunte aussi bien à l'antijudaïsme catholique traditionnel qu'à l'anticapitalisme de la gauche révolutionnaire, le groupe est très hétéroclite, associant des monarchistes (royalistes ou bonapartistes) à des républicains nationalistes, ralliés, progressistes ou radicaux, ainsi qu'à d'anciens blanquistes souvent passés par le boulangisme. Le groupe n'étant pas fermé, plusieurs de ses membres sont également inscrits à d'autres formations parlementaires : cinq d'entre eux font ainsi partie du groupe radical-socialiste avant d'en être exclus le .
Parmi les revendications portées par le groupe figurent la libération de l'agitateur antijuif Max RégisLe Matin, 4 juin 1898, . et l'abrogation du décret CrémieuxLa Lanterne, 12 juin 1898, .. Drumont et 65 autres députés déposeront d'ailleurs une proposition de loi dans ce sens le .. Leurs revendications seront combattues à la tribune par le socialiste Gustave RouanetGustave Rouanet, L'Antisémitisme algérien, discours prononcé à la Chambre des députés les 19 et 24 mai 1899, Paris, La Petite République, 1899..
La faiblesse idéologique de son dénominateur commun et la médiocrité oratoire de son président expliquent la marginalité puis la disparition rapide du groupe antijuif, qui semble s'être fondu dès 1899 dans les rangs peu organisés de l'opposition de droite, notamment via le groupe de la Défense nationale présidé par Georges BerryLe Temps, 26 octobre 1898, .. De plus, la répression de l'agitation nationaliste antidreyfusarde à partir de 1899 puis les dissensions causées par la rupture entre Drumont et Jules Guérin ont entraîné de nombreuses défections.
Afin de préparer les élections de 1902, l'équipe de La Libre Parole crée en 1901 un comité électoral, le Comité national antijuif, qui soutient plusieurs candidats antisémites. Mais la plupart de ces derniers, ainsi que Drumont lui-même, sont battus, ce qui empêche la formation d'un nouveau groupe antijuifLucien Victor-Meunier, « La fin de l'antisémitisme », Le Rappel, 2 mai 1902, .. La sensibilité antisémite reste cependant présente à la Chambre, principalement au sein du groupe républicain nationaliste et de celui de l'Action libérale (catholiques ralliés), qui accueillent une douzaine de membres de l'ancien groupe de Drumont.
Membres center|100px center|100px center|100px Édouard Drumont, le général Jacquey et Émile Morinaud, respectivement président, vice-président et secrétaire du groupe (dessins de Maurice Dulac, 1898).
Membres communs à la liste donnée par La Libre Parole en et à celle établie par Laurent Joly en 2007, à partir des travaux de Bertrand Joly, d'un document d'archive non daté (AN, F7 12459) et des souvenirs du journaliste Jean Drault (Drumont, la France juive et La Libre Parole, Paris, Société française d’éditions littéraires et techniques, 1935, ) : quinze noms sont communs à ces trois sources, quinze autres à deux d'entre elles, tandis que deux de ces derniers noms, jugés « improbables », ont été retirés par l'historien :
Membres ne figurant que sur une de ces deux listes :
Notes et références Notes
Références
Voir aussi Sources primaires Raphaël Viau, Vingt ans d'antisémitisme 1889-1909, Paris, Fasquelle, 1910. « Les Antisémites à la Chambre », Almanach de la Libre Parole pour 1899, Paris, 1898, .
Bibliographie , . .
Articles connexes Antisémitisme sous la Troisième République
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