La Missa Salisburgensis (ou Messe de Salzbourg) est une messe à 53 voix, vocales et instrumentales, représentant ainsi l'un des sommets de la musique polyphonique baroque, dépassant en complexité contrapuntique et en richesse acoustique le Spem in alium de Thomas Tallis à 40 voix..

Longtemps considérée comme une œuvre anonyme, attribuée à Orazio Benevoli puis à Andreas Hofer, la Missa Salisburgensis est reconnue aujourd'hui comme l'un des chefs-d'œuvre du compositeur Heinrich Biber. Elle a été intégrée au catalogue de ses œuvres sous le numéro C app.101.

Histoire de la partition Un document exceptionnel

Attributions

D'abord considérée comme une œuvre anonyme, la Missa Salisburgensis a été redécouverte au début du , publiée en 1903 par Guido Adler. La partition, de dimensions considérables sur manuscrit (), fut attribuée à Orazio Benevoli, en supposant que l'œuvre avait été commandée à Rome par le prince-évêque de Salzbourg pour l'inauguration de la cathédrale Saint-Rupert construite par Santino Solari, en 1628. L'examen de l'encre du manuscrit, réalisé par un copiste, établit ensuite que la messe devait avoir été composée vers 1680.

Par la suite, l'attribution de la messe à Andreas Hofer ou Heinrich Biber fut longtemps sujette à caution : le musicologue Eric Thomas Chafe établit qu'en termes d' la partition pouvait encore être attribuée à Hofer, . Ce sont des considérations stylistiques qui ont permis au musicologue autrichien Ernst Hintermaier d'établir définitivement la Missa Salisburgensis parmi les chefs-d'œuvre de Biber.

Composition Chœurs La Missa Salisburgensis est composée pour un ensemble de huit « chœurs », séparés dans l'espace de la cathédrale :

Choro I : SSAATTBB in concerto et in cappella, orgues I Choro II : et s violons, violes à 4 parties Choro III : 4 flûtes, 2 hautbois, 2 clarini Choro IV : 2 cornetti, 3 trombones Choro V : SSAATTBB in concerto et in cappella Choro VI : et s violons, violes à 4 parties Loco I : 4 trompettes naturelles, timbales en ut et en sol Loco II : 4 trompettes, timbales en ut et en sol Orgues II et basse continue

Instrumentation

Présentation Prières et Sonates Les cinq parties traditionnelles de l'ordinaire de la messe sont présentes, suivies d'un motet ou hymne de célébration monumental, Plaudite Tympana, de même effectif que la messe. Selon l'usage en vigueur à la cour de Salzbourg, le Credo est précédé et suivi de Sonates instrumentales, ce qui porte le nombre de mouvements à huit, dans certains enregistrements.

I — Kyrie Eleison II — Gloria — Sonata III — Credo — Sonata IV — Sanctus & Benedictus V — Agnus Dei — Hymne : Plaudite Tympana (C. app.106)

À titre d'exemples, Ton Koopman choisit d'encadrer le Credo avec la Sonata a 7 pour six trompettes, timbales et orgue (C.111) et la Sonata Sancti Polycarpi a 9 (C.113). Reinhard Goebel et Paul McCreesh encadrent ce même mouvement avec les sonates XII et V des Sonatæ tam aris quam aulis servientes (C.125 et C.118).

Plaudite Tympana

Histoire de l'œuvre Un contexte exceptionnel

vignette|upright=1.2|alt=gravure : Cathédrale|Cathédrale de Salzbourg en 1682 (gravure de Melchior Küsel). Les musiciens sont aux tribunes, tout autour de la nef et sur les piliers du chœur.

La Missa Salisburgensis est une composition polychorale mettant en jeu une spatialisation des chanteurs solistes et des effectifs vocaux et instrumentaux dans la Cathédrale Saint-Rupert de Salzbourg, où l'œuvre fut vraisemblablement créée le pour célébrer le anniversaire de la fondation de l'archevêché de Salzbourg, .

Cette cérémonie donna lieu au déploiement d’une pompe alors habituelle en Europe pour ce genre de circonstance, dont on peut encore admirer des effets dans les vitrines des musées : vaisselle en argent ouvragé, coupes en verre et calices en or, vêtements de parade rehaussés de soie et d’argent, sabres, coiffures et chaussures représentant des années de travail dans les ateliers des monastères et dans les échoppes d’artisan, dont les frais étaient couverts par un « tiers état » qui assistait à l’événement muet d’admiration pour ensuite apporter sa « contribution » financière pendant des dizaines d’années.

En plein apogée de l'ère baroque, où rien ne comptait plus que le privilège de l'âge, l'ancienneté de l'archevêché-principauté de Salzbourg avait de quoi faire des jaloux : Salzbourg trônait à la première place, l'emportait sur la dynastie impériale des Habsbourg et, à l'intérieur de ses frontières, s'appliquait à faire régner un ordre qui fût digne de son rang : nulle part ailleurs le principe n'était appliqué de façon plus stricte, et nulle part ailleurs on ne vit une société superstitieuse au point de faire la chasse aux sorcières la veille de la cérémonie.

Eric Thomas Chafe considère que la gravure de Melchior Küsel représente le concert inaugurant cette célébration, soit la première audition en public de la Missa Saliburgensis.

Analyse Tonalité

La Missa Salisburgensis est composée en ut majeur, du fait de la présence des dix clarini, ou trompettes naturelles (sans pistons) en ut. Paul McCreesh estime que l'on peut regretter , reconnaissant qu' :

vignette|center|upright=3.2|« Miserere Nobis », de l’Agnus Dei.

Tous les instruments ont à jouer des sections en solo, à l'exception des deux hautbois qui doublent systématiquement d'autres parties. Cette distinction est à l'origine d'une confusion, qui présente parfois l'œuvre comme composée pour 54 voix.

Acoustique

Les deux chœurs in concerto (pour voix solistes, en style concertant) et in cappella (en ensemble polyphonique) totalisent seize lignes vocales, soit . Cependant, en plusieurs endroits de la partition, le compositeur réduit ce nombre aux quatre voix d'un chœur traditionnel (SATB) et use des groupes instrumentaux avec un sens des contrastes et de l'équilibre acoustique :

vignette|center|upright=4|Double sujet de fugue, à deux chœurs, du Kyrie eleison.

Style et technique

Postérité Carrière

Oubli et redécouverte

Il ne subsiste qu’un exemplaire des deux gravures réalisées à l’occasion de la cérémonie de 1682, . Ainsi, .

L'unique copie de la partition échappa encore à la destruction de manière presque miraculeuse : selon une anecdote largement répandue, elle aurait pu servir à un épicier de Salzbourg pour envelopper les légumes qu'il vendait, au .

Jugements contemporains

Selon Paul McCreesh, .

Bibliographie Éditions Manuscrit Missa Salisburgensis, fac-simile du manuscrit consultable au Musée de Salzbourg, anciennement appelé musée Carolino Augusteum.

Éditions modernes Guido Adler, Denkmäler der Tonkunst in Österreich, Vienne, Österreichischer Bundesverlag, volume 20 (1903) Timothy Helmut Cierpke, Festmesse für 53 Stimmen (Missa Salisburgensis) : a modern performance, edited with a conductor's analysis and historical study, New York, 421 p. (1987)

Ouvrages généraux

Ouvrages spécialisés

Notes discographiques

Discographie Otto Schneider Festival Concert Orchestra, St. Anthony Cathedral Choir, Hugo Schmid (orgue), dir. Otto Schneider ( 1950, LP Musical Heritage Society MHS 503 S) Escolania de Montserrat, dir. Ireneu Segarra, Tölzer Knabenchor, dir. Gerhard Schmidt-Gaden, Collegium Aureum, dir. Franzjosef Maier (Cathédrale de Salzbourg, 8-, Deutsche Harmonia Mundi CD RD77050 ; 05472 77845 2)Fiche du disque Collegium Aureum sur www.medieval.org Musica Antiqua Köln dir. Reinhard Goebel, Gabrieli Consort & Players, dir. Paul McCreesh (Romsey, , Archiv Produktion CD 457 611–2)Lors de sa sortie ce disque a été particulièrement distingué par la critique en France, recevant un 10 dans le magazine Répertoire , 5 clés par Diapason , un Recommandé par la revue Classica et 4 forte dans Télérama.Fiche du disque Reinhard Goebel sur www.medieval.org Amsterdam Baroque Orchestra & Choir dir. Ton Koopman (Cathédrale de Salzbourg, 1998, Erato CD 3984 25506 2) La Stagione Armonica dir. Sergio Balestracci, Ensemble de cuivres Tibicines, dir. Igino Conforzi. (église de Villa LagarinaL'architecte Santino Solari a construit la cathédrale de Salzbourg et l'., , Amadeus 173-2 / SACD New Classical Adventure NCA 60192) Baroque Splendor - La Capella Reial de Catalunya ; Hespèrion XXI ; Le Concert des Nations, dir. Jordi Savall (14/, SACD AliaVox AVSA9912)

Notes et références Notes

Références

Voir aussi Liens externes

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