Henry IV (première partie) est une pièce historique de William Shakespeare qui a vraisemblablement été écrite en 1596 ou au début de 1597. René Weis avance même qu'elle a été écrite entre et le , date à laquelle William Brooke, Cobham prend ses fonctions de Lord Chambellan, chargé entre autres de relire les pièces de théâtre et d'en autoriser la représentation. Celui-ci est le descendant direct de John Oldcastle, martyr protestant, amplement caricaturé dans la pièce, qui n'aurait pu de ce fait obtenir l'autorisation de représentation. D'ailleurs la famille Cobham outragée obtient un peu plus tard que Shakespeare modifie le nom du personnage d'Oldcastle en John Falstaff. Shakespeare reconnaît son erreur et s'en excuse dans l'épilogue de Henry IV (deuxième partie), dite et jouée par William Kempe.
Cette pièce couvre à peine une année, de la bataille de Homildon Hill () à la bataille de Shrewsbury (), au début du règne de Henri IV. Elle est publiée tout d'abord en 1598 sous le titre L'Histoire d'Henry IV, sans indication d'une suite prévueUne coïncidence fait qu'à la même époque paraît un livre intitulé La première partie de la vie et du règne du roi Henry IV, écrit par un jeune juriste et historien . Contrairement à l'annonce du titre, ce livre n'eut pas de seconde partie, et c'est Shakespeare qui, en écrivant une suite à sa première pièce, reprit ce titre (James Shapiro, 1599, a Year in the Life of Shakespeare, p. 133).. Devant le grand succès qu'elle rencontre aussi bien en représentation qu'en édition, grâce en particulier au personnage de Falstaff, Shakespeare écrit deux ans plus tard une seconde pièce qui la prolonge intitulée Henry IV (deuxième partie). Aussi, dans l'édition du Premier Folio en 1623, le titre de la première devient Henry IV (première partie). Avec Richard II, qui les précède, et Henry V qui les suit, ces pièces forment ce qui est parfois appelé la seconde tétralogie de Shakespeare, une tranche continue de l'histoire de l'Angleterre de 1398 à 1420, qui finit là où commence la première tétralogie, composée des trois parties de Henry VI et de Richard III.
Contexte historique et politique du récit vignette|Le roi Henri IV. Au temps du règne de Richard II, Henri IV, appelé alors Bolingbroke, est l'héritier du puissant duché de Lancastre dans le nord de l'Angleterre. Profitant d'un mécontentement quasi-général des nobles du royaume, Bolingbroke rassemble des forces considérables au point d'intimider le roi Richard et de le faire renoncer à sa couronne. Bolingbroke se fait couronner sous le nom d'Henri IV, bien qu'il ne soit pas l'héritier légitime de Richard. Le sentiment de déloyauté dû à cette usurpation continuera à hanter Henri IV pendant son règne.
L'ascension de Bolingbroke est grandement facilitée par les Percy, riche famille titulaire des comtés de Northumberland, de Cumberland dans les marches écossaises, et de Worcester près des marches galloises. Les Percy sont les premiers à soutenir Bolingbroke contre Richard, lui offrant un appui militaire déterminant. Ainsi ce sont eux qui capturent le roi Richard. Au moment de l'usurpation, ce sont probablement les sujets les plus puissants du royaume après Bolingbroke. De plus, ayant la charge de s'opposer aux fréquentes incursions écossaises dans le royaume, fonction pour laquelle ils perçoivent un important revenu de la couronne, ils acquièrent une expérience et une valeur militaires redoutables.
Lors de l'abdication de Richard II, l'héritier dynastique de la couronne anglaise est alors Edmond Mortimer, de March de la lignée de Lionel d'Anvers, duc de Clarence. Par la suite, l'existence même des Mortimer constitue une menace pour la légitimité de Henri IV. Aussi, quand Mortimer tombe aux mains des rebelles gallois en lors de la bataille de Bryn Glas, le roi Henri n'est que trop ravi de refuser de payer sa rançon, ce qui met en rage Hotspur, un des Percy, Mortimer étant son beau-frère.
La pièce s'ouvre sur ce refus, qui, selon Shakespeare, mêle plusieurs Mortimer en un seul personnage, est à l'origine de la révolte des Percy contre le roi, la véritable raison historique de ce conflit demeurant de nos jours inconnue et sujette à conjectures.
Argument vignette|Harry Hotspur Percy. Une querelle naît entre Henri IV et les Percy au sujet de la rançon de prisonniers. Comme il est de coutume à cette époque, les personnages importants capturés lors d'une bataille sont libérés contre le paiement d'une rançon. En cas de défaut de paiement, les prisonniers risquent d'être exécutés. Edmond Mortimer, parent des Percy, a été fait prisonnier par des rebelles gallois, mais le roi Henri refuse de payer sa rançon. Par contre, dans les marches écossaises, les Percy ont capturé plusieurs chefs scots, que le roi réclame, afin que leurs rançons lui soient versées. Cette attitude met en rage Hotspur, le plus jeune des Percy, qui refuse de remettre ses otages au roi, préférant même les libérer sans condition.
Sachant que leur opposition frontale au roi leur vaudra tôt ou tard une intervention de l'armée royale et leur condamnation, les Percy préfèrent prendre les devants et mobiliser leurs troupes et celles de leurs alliés. Ils parviennent même à rallier à leur cause leurs adversaires de la veille, les Écossais frontaliers et les rebelles gallois commandés par Owen Glendower.
Les deux camps disposent de troupes considérables de forces équivalentes et l'issue de l'affrontement est incertaine. Mais lorsque les différentes armées font mouvement pour converger et s'affronter, des défections apparaissent dans le camp des Percy. Les Gallois, craignant des prophéties néfastes, préfèrent retarder leur engagement de plusieurs semaines. Northumberland, le plus vieux des Percy, gravement malade, ne peut quitter son château et ses troupes ne s'alignent pas. Enfin, Richard Scroope, archevêque d'York, ne peut mobiliser à temps les forces promises.
Aussi la bataille s'engage à Shrewsbury entre des forces disproportionnées. Hotspur est tué par le prince Hal, fils aîné du roi. Douglas, chef des Écossais, s'enfuit. Worcester, le troisième Percy, est capturé et exécuté. Comme pour Henry VI (deuxième partie) et Henry VI (troisième partie), cette pièce s'achève par une victoire militaire qui résout l'intrigue. Henri IV, qui avait obtenu par usurpation la couronne en déposant Richard II quelques années auparavant, voit son droit au trône affermi. Il n'hésite pas même à affirmer, lui l'ancien rebelle, au début de l'acte V scène 4 : (« La rébellion sera ainsi toujours châtiée »). Le prince Hal, futur Henri V, après une jeunesse folle et dissolue, s'est affirmé en prince héritier capable et responsable. La dynastie des Lancastre paraît avoir gagné le trône d'Angleterre pour longtemps.
Tout au long de la pièce, la trame tragique est régulièrement interrompue par des épisodes comiques animés par Falstaff, gentilhomme bouffon. Ce volet comique a beaucoup fait pour le renom de la pièce, qui a été aussi un très grand succès de librairie.
Liste de personnages Le roi Henri IV Henri, prince de Galles, fils aîné du roi, surnommé ici Hal, futur roi Henri V, repéré dans les dialogues par « le prince » Jean de Lancastre, troisième fils du roi Partisans du roi Le comte de Westmoreland, du nom Sir , loyal partisan du roi, à ne pas confondre avec un autre Blunt, décapité à la fin de Richard II Adversaires du roi Le comte de Northumberland, premier du nom, père du suivant et frère de Thomas Percy Henry Percy, surnommé Hotspur, fils du précédent. Présenté comme de la même génération que le prince Henri, Hotspur a en réalité 23 ans de plus que lui Thomas Percy, comte de Worcester, frère de Henry Percy senior et oncle de Hotspur Edmond Mortimer, mélange de sir Edmond Mortimer et de son neveu Edmond Mortimer, de March, confusion faite par Holinshed et reproduite par Shakespeare également dans les pièces Henry VI Archibald, comte de Douglas, du nom Owen Glendower Sir Richard Vernon, allié des Percy Richard Scroope, archevêque d'York Sir Michaël, un ami de l'archevêque d'York Lady Percy, femme de Hotspur et sœur d'Edmond Mortimer, appelée Kate par Shakespeare alors qu'elle est prénommée Elizabeth Lady Mortimer, fille de Glendower et femme d'Edmond Mortimer. Elle ne parle que le gallois. Personnages comiques Sir John Falstaff, nom inventé remplaçant le nom originel sir John Oldcastle à cause des protestations de la famille. Il a fait le scandale et le succès de la pièce Edward Poins (Ned), ami du prince Henri pendant sa folle jeunesse Peto, compagnon de Hal et de Falstaff Bardolph, compagnon de Hal et de Falstaff Gadshill, surnom d'un malfaiteur emprunté par Shakespeare Madame Quickly, patronne de l'auberge La Hure de Sanglier à Eastcheap Seigneurs, officiers, un shérif, deux voituriers, un garçon d'auberge, un cabaretier, messagers, serveurs, voyageurs, etc.
Résumé La division en actes et scènes est celle du Premier Folio. Elle diffère de certaines découpes anglophones, ainsi que celle de la traduction de Guizot, qui partagent l'acte V en cinq scènes. La traduction de Hugo multiplie les scènes, l'acte V en compte dix-neuf.
Acte I Scène 1 (au palais royal) Henri IV regrette de n'avoir pas fait le pèlerinage en Terre sainte qu'il s'était promis d'effectuer à la fin de Richard II, remarque permettant d'établir la jonction entre ces deux pièces. Westmoreland vient lui apprendre que Mortimer est tombé aux mains des rebelles gallois menés par Owen Glendower lors de la bataille de Bryn Glas, puis arrive tout droit de la bataille de Homildon Hill pour annoncer qu'elle est gagnée, que le jeune comte Hotspur a capturé plusieurs chefs écossais, dont le redoutable Douglas, mais qu'il les conserve tous en otages en attente de leur rançon, à l'exception de Mordrake, fils aîné de Douglas, qu'il remet au roi. Celui-ci, considérant que tous les prisonniers lui reviennent, est furieux et convoque Hotspur pour lui réclamer des explications.
Scène 2 (dans la campagne anglaise) Falstaff et le prince Hal discutent ensemble quand Poins les rejoint pour leur annoncer qu'un groupe de riches pèlerins se rendra le lendemain à Cantorbéry, et proposant de les dépouiller. Falstaff est partant, tandis que Hal refuse de prêter la main à un vol. Profitant que Falstaff soit sorti, Poins explique à Hal le tour qu'il veut jouer à Falstaff et à ses compagnons, et lui demande sa collaboration. Il s'agit de les laisser attaquer les pèlerins, puis, quand ils partageront leur butin, de les attaquer et de les voler à leur tour, en ayant pris soin de se déguiser auparavant. Selon Poins, Falstaff et ses amis sont si peureux qu'ils fuiront devant deux individus résolus. Hal est ravi de cette farce.
Scène 3 (au palais royal) Les trois Percy se sont rendus à la convocation du roi. Worcester rappelle au roi qu'ils sont les principaux artisans de son accession à la royauté. Le roi le trouve trop arrogant et lui demande de sortir, ce qu'il fait. Hotspur et son père, Northumberland, expliquent au roi qu'ils n'ont pas refusé la remise des prisonniers aussi catégoriquement qu'on a pu le lui rapporter. Le roi leur rappelle qu'ils refusent toujours de les lui remettre tant que lui n'accepte pas de payer la rançon de Mortimer, qui, à son avis, ne le mérite pas. À ces mots, Hotspur éclate, mais le roi ne veut rien entendre, déclarant, avant de sortir, qu'il attend la remise de tous les prisonniers.
Restés seuls, les trois Percy évoquent le fait que Mortimer méritait plus la couronne d'Angleterre que le roi actuel Henri IV, et qu'ils ont fait une erreur de le soutenir. Worcester suggère à Hotspur de libérer sans rançon tous ses prisonniers, d'en faire des amis et de recruter grâce à eux des troupes en Écosse. Il conseille de faire également alliance avec l'archevêque d'York et de mobiliser les troupes de Mortimer, tout cela rapidement avant que le roi lui-même ne les attaque, ce qui ne manquera pas de se produire.
Acte II Scène 1 (dans une auberge)