thumb|right|Scientifiques allemands rapatriés de Soukhoumi en février 1958.
L’opération Alsos soviétique était une opération qui eut lieu au début de 1945 en Allemagne, en Autriche et en Tchécoslovaquie, et dont les objectifs étaient l'exploitation des installations atomiques allemandes, du savoir intellectuel associé, des ressources matérielles et du personnel scientifique au profit du projet de bombe atomique soviétique.
Les scientifiques soviétiques, aidés grandement par l'espionnage soviétique du projet Manhattan, auraient éventuellement pu construire leur première bombe atomique sans exploiter la technologie et les scientifiques allemands. Cependant, la contributions des scientifiques allemands est corroborée par les nombreux prix d'État de l'URSS et d'autres prix décernés dans le sillage du deuxième essai de la bombe atomique soviétique (une bombe atomique à base d'uranium) ; les prix pour la production d'uranium et la séparation isotopique étaient prépondérants. L'acquisition par les Soviétiques d'une importante quantité d'uranium immédiatement avant et peu après la fin de la Seconde Guerre mondiale fut importante, à la fois, pour le premier essai de bombe atomique soviétique (une bombe atomique à base de plutonium qui a nécessité un réacteur à uranium pour la production de plutonium), et pour le second essai. Cela leur a permis d’économiser une année de leur propre aveu.
Contexte Vers la fin et après la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe, l'Union soviétique et les puissances occidentales avaient des programmes pour favoriser le transfert de technologie et exploiter les spécialistes techniques allemands. Par exemple, les États-Unis avaient lancé l'opération PaperclipNaimark, 1995, 205–207. The author also points out that denying scientific and technical personnel to the Soviets was as much an objective as was acquiring their services for the West.Gimbel, 1986, 433–451. The author, in Reference #3 on page 434, points out that the Soviets protested to President Truman about U.S. and British removal in June 1945 of equipment, documents, and personnel from regions which were to fall within the Soviet zone of occupation. General Eisenhower investigated and reported that the Soviet’s were correct about the removals, but what had been done had exceeded their claims.Gimbel, 1990. et l'Union soviétique avait les brigades trophée (Трофейные бригады) qui avançaient avec leurs forces militaires. Dans le domaine de la technologie atomique, les États-Unis avaient lancé l’opération Alsos et l'Union soviétique avait également sa propre version. Bien que les aspects opérationnels de l'opération soviétique fussent façonnés d’après les brigades trophée, une approche plus raffinée était justifiée pour l'exploitation des installations atomiques allemandes, des ressources intellectuelles associées, et du personnel scientifique. Cette situation fut corrigée par un décret à la fin de 1944 et la formation d'équipes d'exploitation spécialisées au début de 1945. Toutefois, l’opération soviétique Alsos avait des objectifs plus larges, qui incluaient la relocalisation du gros des installations scientifiques en Union soviétiqueOleynikov, 2000, 3..
Équipes spécialisées Le , un décret créait un groupe de travail spécialisé au sein de la Direction (Главное Управление, Glavnoe Upravlenie) du NKVD pour soutenir le travail des scientifiques allemands « invités » en Union soviétique. Le chef de la Direction était le colonel général Avram Pavlovitch ZaveniaguineSome sources transliterate Zavenyagin’s name as “Zaveniagin”, which is not according to the scheme which has a one-to-one transformation of the Russian alphabet into English. The name in Cyrillic is: Завенягин.Oleynikov, 2000, 4..
Le , dans le bureau de Staline, Beria suggéra que des équipes spécialisées fussent envoyées en Allemagne pour rechercher la technologie atomique et le personnel associé. Le lendemain, il demanda à Igor Kourtchatov, chef du Laboratoire Laboratory No. 2 was later known as the Kurchatov Institute of Atomic Energy., de présenter les exigences de formation des équipes de recherche spécialisés destinées à être envoyées en Allemagne, en Autriche et en Tchécoslovaquie. Ce jour-là, Beria signa également une directive chargeant son adjoint, Zaveniaguine, de l'opération destinée à localiser et à déporter les scientifiques atomiques allemands ou toute autre personne qui pourrait être utile pour le projet de bombe atomique soviétique. Les questions opérationnelles des équipes furent affectées au SMERSH, organisation du contre-espionnage militaire. Deux membres du Laboratoire , Lev Andreïevitch Artsimovitch et Iouli Borissovitch Khariton, furent chargés de fournir des conseils scientifiques à l'opération. Alors que l'ensemble du personnel scientifique du Laboratoire , le seul laboratoire atomique soviétique à l'époque, comptait moins de , près de 40 d'entre elles furent envoyées en AllemagneOleynikov, 2000, 4–5.As cited in Oleynikov, 27, Reference #38: Albrecht, Heinemann-Grüder, et Wellmann, 2001, 48..
Équipe de recherche - Allemagne La bataille de Berlin s’avéra être l'un des derniers grands engagements de la Seconde Guerre mondiale en Europe. La grande majorité des installations scientifiques allemandes se situait à Berlin et dans sa banlieue, cette région devint donc une cible majeure des équipes de recherche atomique. La hâte était nécessaire car les forces militaires américaines approchaient rapidement Berlin. Les troupes soviétiques franchirent le cercle de défense de Berlin le , et l'Union soviétique annonça la chute de Berlin le . La principale équipe de recherche, dirigée par le colonel général Zaveniaguine, arriva à Berlin le . Elle comprenait le colonel général V.A. Makhnjov, et les physiciens nucléaires Iouli Borissovitch Khariton, Isaak Kikoïne, et Lev Andreïevitch Artsimovitch. Gueorgui Nikolaïevitch Fliorov était arrivé plus tôt, bien que Kikoïne ne souvint pas un groupe d'avant-garde. Les objectifs en haut de leur liste incluaient le Kaiser-Wilhelm Institut für Physik (KWIP, Institut de physique Kaiser Wilhelm), l'Université de Berlin, et la Technische Hochschule de BerlinOleynikov, 2000, 5–6..
Les équipes de recherche occupèrent un bâtiment entier à Berlin-Friedrichshagen, qui était assez grand pour accueillir également les scientifiques allemands récupérés par l'équipe de recherche. Malheureusement pour l'effort soviétique, le KWIP avait, en grande partie, été déplacés en 1943 et 1944 à Hechingen, à la lisière de la Forêt-Noire, qui finit par devenir une partie de la zone d'occupation française. Ce déménagement et un peu de chance permirent aux Américains de prendre en détention un grand nombre de scientifiques allemands associés à la recherche nucléaire (voir Opération Alsos et Opération Epsilon). La seule section de l'institut qui était resté à Berlin était la section de physique des basses températures, dirigée par Ludwig Bewilogua, qui était responsable de la pile à uranium exponentielleNaimark, 1995, 208–209..
Scientifiques allemands von Ardenne, Hertz, Thiessen et Volmer Manfred von Ardenne, directeur de son laboratoire privé Forschungslaboratorium für Elektronenphysik à Berlin-Lichterfeldesachen.de – Zur Ehrung von Manfred von Ardenne., Gustav Hertz, lauréat du prix Nobel et directeur du Laboratoire de recherche de Siemens à Berlin-Siemensstadt, , professeur à l'Université Wilhelms-Friedrich (aujourd'hui l'Université Humboldt de Berlin) et directeur du Kaiser-Wilhelm Institut für physikalische Chemie und Elektrochemie (Institut de chimie physique et électrochimie de l’institut de l’empereur Guillaume, KWIPC) à Berlin-Dahlem, et Max Volmer, professeur et directeur de l'Institut de chimie Physique à l'université technique de Berlin à Berlin-Charlottenbourg, avaient fait un pacte : celui qui établirait le premier contact avec les Russes parlerait pour le reste du groupe. Les objectifs de leur pacte étaient de trois ordres : (1) prévenir le pillage de leurs instituts, (2) continuer leur travail avec une interruption minimale, et (3) se protéger des poursuites pour tout acte politique passéHeinemann-Grüder, 2002, 44.. Avant la fin de la Seconde Guerre mondiale, Thiessen, un membre du parti nazi, avait pourtant des contacts communistesHentschel, 1996, Appendix F; see the entry for Thiessen.. Le , Thiessen arriva à l'institut de von Ardenne dans un véhicule blindé avec une major de l'armée soviétique, qui était aussi un important chimiste soviétique, et ils donnèrent une lettre à von Ardenne une lettre de protection (Schutzbrief)Oleynikov, 2000, 5.Ardenne, 1997, 222–223..
L'institut de von Ardenne fut visité le par le colonel-général Makhnjov, accompagné par Artsimovitch, Flerov, Kikoïne et Migouline. À la fin de la réunion, Makhnjov suggéra que von Ardenne continue son travail en Union soviétique. Von Ardenne fut d’accord et le mit par écrit. Le , Zaveniaguine informa von Ardenne que le gouvernement soviétique avait proposé que von Ardenne prendre en charge un grand institut de recherche technico-physique et de continuer son travail. Deux jours plus tard, von Ardennes, sa femme, son beau-père, sa secrétaire Elsa Suchland, et le biologiste Wilhelm Menke, furent transportés à Moscou. Peu de temps après, le reste de la famille de von Ardenne et le contenu de son laboratoireFor a private laboratory, von Ardenne had praiseworthy equipment, which included an electron microscope, a 60-ton cyclotron, and plasma-ionic isotope separation installation. Voir Oleynikov, 2000, 6–7. furent transportés à l'Union soviétiqueOleynikov, 2000, 6–7.Ardenne, 1997, 227–229.Naimark, 1995, 210..
Von Ardenne fut nommé à la tête d'un nouvel institut créé pour lui, l’Institut AInstitute A was later used as the basis for the Sukhumi Physical-Technical Institute. See Oleynikov, 2000, 12. à SinopOleynikov, 2000, 11–12.Naimark, 1995, 213., une banlieue de Soukhoumi. Dans sa première rencontre avec Lavrenti Beria, von Ardenne fut invité à participer à la construction de la bombe, mais von Ardenne se rendit vite rendu compte que sa participation interdirait son rapatriement en Allemagne, alors il suggéra l’enrichissement isotopique comme objectif, qui a été adopté. Les objectifs de l'Institut A de von Ardenne comprenaient : (1) la séparation électromagnétique des isotopes, dirigé par von Ardenne, (2) les techniques de fabrication de barrières poreuses pour la séparation isotopique, dirigé par Peter Adolf Thiessen, et (3) tes techniques moléculaires pour la séparation des isotopes de l'uranium, dirigé par Max Steenbeck ; Steenbeck était un collègue de Hertz chez Siemens. Alors que Steenbeck développait la théorie du processus de séparation par centrifugation des isotopes, Gernot Zippe, un Autrichien, dirigea l'effort expérimental du groupe de SteenbeckZippe, a POW from the Krasnogorsk camp, joined the group in the summer of 1946.. Après près de deux décennies, le travail de Steenbeck et Zippe dans le développement de ultracentrifugeuses () fut reconnu en Occident comme étant très avancéOleynikov, 2000, 10–11, 22–23, et 26..
Le KWIPC était le seul institut du Kaiser-Wilhelm Gesellschaft qui n’avait pas été transféré hors de Berlin en 1943 ou 1944. Thiessen et une douzaine de ses collègues les plus importantes furent envoyés en Union soviétique. À l'Institut A, Thiessen devint le chef du développement des techniques pour la fabrication de barrières poreuses pour la séparation isotopiqueOleynikov, 2000, 11..