Le Bien et le Mal est un tableau du peintre Victor Orsel débuté à Rome en 1829 et achevé à Paris en 1832 après de nombreuses œuvres préparatoires.
Cette œuvre est inspirée d'influences diverses, et a été notamment très marquée par le séjour du peintre en Italie. Le tableau est séparé en plusieurs parties qui résument deux chemins de vie opposés représentant respectivement le bien et le mal, valeurs universelles. Orsel usa de représentations religieuses et employa des mots latins pour intensifier l'impact de la morale à première vue livrée : si le fidèle prend un chemin pieux et sage il sera accueilli dans le royaume de Dieu, mais à l'inverse les dérives lui fermeront ces portes et le mèneront en enfer.
Mais la représentation paradoxale faite par Orsel de ce tableau (usages de techniques du Moyen Âge et thème religieux abordé absent habituellement des peintures dites modernes) et la présence d'éléments maçonniques laissent penser qu'un second message serait caché à travers le premier. La présence de ce paradoxe entraînera de fait de vives critiques à la première exposition de ce tableau en 1833.
Historique de l'œuvre Le Bien et le Mal a pour origine le récit prêté par Orsel à la fille d'un ami intime désireuse de le voir reproduit en peinture BONFAIT Olivier et al., Maestà di Roma da Napoleone all'Unità d'Italia. D'Ingres à Degas, Les artistes français à Rome, Rome : Electa, 2003, p. 533. . En 1827, il est annoncé dans le tableau L'Humble et le puissant, respectivement accueilli et repoussé au tribunal du Christ, et par la Tentation d'une jeune fille, « assise dans la campagne, les jambes croisées » écoutant « les mauvaises pensées qu'un démon ailé lui souffle à l'oreille ». Il est présenté par son auteur comme « le résumé des études faites conjointement avec Périn (son élève) dans les années précédentes et dont le but était d'employer les ressources de l'art à développer des pensées utiles » ORSEL Victor, Œuvres..., 1852-1877, fasc. 4, p. 9 (extrait d'une lettre d'Orsel à Périn en date du 28 juillet 1829) . 1833 : première exposition du tableau au Louvre, il fut nommé par les gardiens du musée « le tableau des familles » : une opposition de deux existences est peinte du point de vue de la famille. 1836 : exposition au palais Saint-Pierre de Lyon. 1850 : œuvre léguée à Périn; 1873 : donnée au Louvre, puis placée au Luxembourg; 1886 : acquisition par l'État qui la confie la même année au musée des Beaux-Arts de Lyon qui l'a conservée jusqu'à aujourd'hui.
Contexte L'histoire européenne de la fin du et du début est caractérisée par une instabilité politique et sociale (Révolution Française, Coup d'État du 18 Brumaire, Guerres napoléoniennes, chute du Saint-Empire romain germanique). L'affaiblissement de la puissance de l'Église catholique depuis la Réforme protestante n'en fut qu'accru. Du point de vue philosophique, littéraire et artistique, le romantisme anglais, puis français et allemand, brandit l'étendard du sentiment contre la raison jugée morbide des classiques, la vie contre le matérialisme inerte des encyclopédistes, de l'expressivité lyrique du moi contre l'impersonnalité des idées. C'est seulement dans ce contexte qu'est compréhensible la position réactionnaire et anti-révolutionnaire d'Orsel, lequel prône un retour anachronique à la catholicité. Il trouvera les ressources picturales et esthétiques nécessaires à l'accomplissement d'un tel geste chez les peintres Nazaréens, tels que, principalement, Overbeck et dans une moindre mesure, dans l'illuminisme des loges maçonniques (son frère était le Vénérable de la Grande Loge écossaise de Lyon dont l'emblème figure sur le Bien et le Mal).
Toutefois, sa source d'inspiration esthétique principale demeure son maître Révoil qu'Orsel « vit pour la première fois des tableaux à fond d'or du XIVe siècle » (Périn)VIAL, Catalogue illustré de l'Exposition Rétrospective des artistes lyonnais. Peintres et sculpteurs, Lyon : Palais municipal des expositions, 1904, p. 10. . Révoil possédait quelques Primitifs italiens qu'il considérait, ainsi que ses objets du Moyen Âge et de la Renaissance, comme les témoins d'un certain passé. Jamais Révoil n'a voulu imiter la composition et la technique des peintures médiévales. Au contraire Orsel a voulu créer une œuvre chrétienne inspirée de l'art des peintres italiens des . Commencé à Rome en 1829, résultat d'influences diverses, Le Bien et le Mal doit beaucoup au séjour italien d'Orsel au cours duquel il approfondit sa connaissance des Primitifs italiens et fréquenta Overbeck. Influencé par les Nazaréens, cela l'encouragea d'autant plus à se tourner vers les formules et l'iconographie médiévales. Selon la thèse d’Henri Dorra, Orsel serait même le « Nazaréen français ». Par ailleurs, nourri par sa connaissance des arts antiques, il va tenter d'aboutir à un art religieux rigoureux, simple et vrai. Il voit désormais dans l'art un moyen d'enseigner, de moraliser le spectateur, conception qu'il va appliquer dans Le Bien et le Mal qui possède un côté clairement didactiqueCHAUDONNERET Marie-Claude, Polyptyques. Le tableau multiple du Moyen Âge au vingtième siècle, Musée du Louvre, Paris, 27 mars au 23 juillet 1990, p. 149-150. . Chargé de la décoration de la chapelle de la vierge à Notre-Dame-de-Lorette, il se fixe ensuite à Paris. C'est là qu'il continuera la réalisation de ce tableau.
Analyse Sujet
"Le christianisme est l'institution la plus libérale : il donne liberté entière de faire le bien ; il abolit l'esclavage et établit égalité entre les hommes". Cette citation de Orsel pourrait figurer en exergue du Bien et du Mal, en tant qu'elle met en lumière l'intention morale à laquelle le peintre destina son œuvre. Cette œuvre, qui n'est pas un polyptyque, est plutôt une composition de deux séries de saynètes bilatérales, d'une scène centrale et d'un panneau supérieur dont la forme évoque celle d'un tympan de cathédrale. La complexité du sujet de l’œuvre se laisse analyser en une dizaine de sujets de fonction et d'importance relative. Il est d'emblée possible de formuler une hypothèse herméneutique quant au statut allégorique du chiffre 10 : la multiplication de 3 par 3 signifie, selon une symbolique issue de la théologie médiévale, la sainte-Trinité, ainsi que l'addition d'un 1 à ce produit signifie l'unité essentielle des trois personnalités hypostatiques. Ainsi, le fait même qu'il y ait 10 sujets rend numériquement présent Dieu, en tant qu'unité à travers ses diverses figure : figure du Père (œil), du Fils (psychostasie) et du Saint-Esprit (colombe). Trois unités cohérentes organisent la dizaine de sujets : une composée de huit sujets, une autre composée d'un seul et une dernière également composée d'un seul. Les huit saynètes sont quant à elles organisées en deux séries latérales. Chacune narre la vie d'une jeune femme dans sa relation à sa famille ascendante (parents) et descendante (amant, enfant). Elles obéissent également à un principe de correspondance entre une icône et la formulation latine d'une qualité morale (vertu ou vice).
Toutefois, de l'isomorphie binaire qui organise l'espace signifiant du tableau on ne saurait, à conclure à un dualisme statique tel que celui revendiqué par les manichéens. Et ce pour au moins trois raisons : d'abord, la vie de chacune des deux jeunes filles, personnifications des principes du Bien et d'un suppôt d'un principe du Mal dont on ne sait s'il existe, est représentée sous la forme d'un récit dynamique faisant, à chaque saynète, correspondre une icône avec une formule latine ; ensuite, ces actions se voient respectivement attribuées une valeur soit positive, soit négative en fonction de leur autre, chaque vertu n'est pas n'importe quelle vertu puisqu'elle n'est pas le négatif de n'importe quel vice et réciproquement, chaque action se singularise et se spécifie par rapport à une autre action qui incarne son négatif ou sa négation déterminée ; enfin, la synthèse dialectique du jugement dernier où se pèse le rapport entre les sommes des actions bonnes et mauvaises pour chaque vie et la justice est rétablie quand le jugement est rendu. Il est donc fondamental de remarquer que nous n'avons pas là affaire à une œuvre manichéenne au sens strict du terme : le manichéisme revendique l'existence conflictuelle de deux principes métaphysiques absolus, là où Orsel manifeste clairement qu'il n'y a qu'un seul principe, Dieu, le Bien. Si donc il fallait la caractériser, c'est de dialectique qu'il faudrait la qualifier. Selon cette hypothèse philosophique, on en constate au moins trois figures : une dialectique iconico-narrative de la vie (chaque vie quant à elle-même pour dépasser les étapes qui sont correspondances d'une image et d'un mot, disparité productrice de sens) ; une dialectique axiologico-pratique des actions (chaque action pratique de chaque vie se voit attribuer une valeur par rapport à l'action opposée de la vie opposée selon l'exposition centrale de l'ange fondée en Dieu et du diable) ; une méta-dialectique éternelle de la synthèse juridique divine (praxéostasie, la sommation totale de actions positives et négatives respectives de chaque vie, à savoir tout positif pour l'une et tout négatif pour l'autre, est mesurée par Dieu qui rend sa sentence correctrice en conséquence).
En conséquence, si ce tableau, articulation de deux para-boles, parvient à en faire un sym-bole, c'est-à-dire un message univoque qui a une efficience unilatérale sur son spectateur (faire le bien, éviter le mal), et non un simple dia-bole (qui présenterait l'une et l'autre voie comme indifférente aux yeux de Dieu), c'est principalement en raison de l'en-tête cintré qui signifie, le dépassement de tous les clivages, de tous les couples d'oppositions, puisqu'on rend à chacun ce qui lui est dû selon son comportement et qu'ainsi faisant, on rétablit l'équilibre qui toujours règne dans l'au-delà.
Réalisation de l’œuvre
Figures d'études Bethsabée au bain est aperçue par le roi David : Urie, abandonné sur le champ de bataille par ordre secret de David, est tué (crime); par les reproches du prophète Nathan, David est livré aux remords (opprobre); chassé de la ville par Absalon, le roi est insulté par Sémeï. Le riche et le pauvre : Dieu fait inscrire sur le livre de vie les bonnes œuvres du riche. De 1822 à 1827 : études faites dans les rues de Rome (recherche du naturel dans les mouvements). 1828 : études d'après les maîtres italiens du au (recherche de l'expression, de la simplicité et de l'élévation religieuse) ORSEL Victor, Tableaux, études, dessins exposés, après son décès, à son atelier, rue Notre-Dame-de-Lorette, n°44, 1850. .
Études d'ornementation faites en Italie et en France Premières pensées, projets de tableaux.
Composition L’usage des symboles et des sujets secondaires vient renforcer le thème central. Ce procédé de la peinture multiple permet à l’artiste de compartimenter son histoire dont le caractère très manichéen est ainsi renforcé et l’effet moralisateur plus efficace. Ainsi, la toile cintrée dans sa partie supérieure contient dix tableaux où se développe successivement une seule idée qui est celle de l’opposition entre le bien et le mal.