Le schéma de soi est un concept que la psychologue américaine a développé en 1977 Markus, 1977. afin de rendre compte du besoin des individus de sélectionner et d'organiser les informations à propos de soi. Les schémas de soi évoluent dans le temps et influencent la motivation de l'individu. Ils vont également influencer la mémoire de celui-ci. Plus précisément, les schémas de soi facilitent la mémorisation de certaines informations concernant les caractéristiques personnelles des autres individus.
Les schémas de soi ont aussi d'autres implications, ils influencent le temps que l'individu prend pour intégrer une information et ils influencent également son comportement ainsi que l'estime qu'il a pour lui-même. Les schémas de soi diffèrent également selon les cultures. Le fait d'appartenir à une culture dite « individualiste » ou « collectiviste », influence la conception qu'un individu aura de lui-même et des autres. Ils diffèrent également selon le genre de l'individu.
Le schéma de soi peut aussi se trouver sous le terme de « théorie de soi ». Il importe de ne le pas confondre avec le concept des possibles « soi » () qui sont des « soi » que l'individu imagine pour son futur. Il existe également un concept proche des schémas de soi appelé « concept de soi » dont la théorie recoupe quelques fois celle des schémas de soi.
Le schéma de soi est un concept de psychologie sociale, appartenant plus particulièrement au domaine de la cognition sociale.
Historique
Avant que Hazel Markus parle des schémas de soi, toute une littérature existait déjà sur le concept de schéma en psychologie cognitive. Frederick BartlettFiske, 2008 a d'ailleurs peut-être été le premier à décrire les schémas dans son ouvrage « Remembering » sorti en 1932. Il y décrit la mémoire ainsi que la manière dont nous organisons les informations et les expériences en des structures cognitives facilitant ainsi notre compréhension et nous indiquant la manière dont nous devons nous comporter. Plus tard, Jerome Bruner explique en 1957 la façon dont les individus emploient leurs connaissances pour organiser et interpréter les nouvelles informations. En 1932, Jean Piaget a mis en évidence le même phénomène au cours du développement de l'enfant. Tous ces chercheurs ont démontré que nous assimilons de nouvelles informations à des modèles préexistants, issus de l'expérience passée.
Au cours des années 60 et 70 eut lieu la révolution cognitive. Des chercheurs supposent que les schémas ont une implication au niveau de la mémoire. Cette dernière filtre l'information en fonction de sa pertinence. Ainsi, l'information est mieux retenue lorsqu'elle l'est autour d'une thématique ; autrement dit, lorsque l'information est reliée à un schéma préexistant, elle est plus facilement intégrée. À la fin des années 1970, les psychologues sociaux ont commencé à percevoir comment les schémas facilitent le traitement de l'information. En effet, ceux-ci permettent entre autres d’accélérer le traitement de l'information. Nous allons donc reconnaître plus rapidement certains mots s'ils sont associés à l'un de nos schémas.
Hazel Markus a commencé à parler des schémas de soi dans une étude menée en 1977 Markus, H. (1977), 35, 63-78. Cette étude lui a permis de mettre en évidence l’existence d’un schéma de soi portant sur la dimension dépendance versus indépendance. Elle a différencié trois catégories de personnes : indépendantes, dépendantes et « aschématiques », c’est-à-dire, sans schéma pour cette dimension particulière. Elle a ainsi pu montrer l’impact du schéma de soi sur la sélection, l’interprétation et le traitement de l’information à propos de soi. Par exemple, les individus qui se décrivent « indépendants » ont sélectionné davantage d'adjectifs d’indépendance afin de se décrire. Dans l’étude, ces personnes sont aussi capables de fournir davantage d’exemples de comportements indépendants qu'ils ont eus dans le passé, et résistent aux informations contredisant cette dimension d'eux-mêmes. Un pattern identique de résultat a été trouvé pour les personnes qui se disent « dépendantes ». Chez les individus « aschématiques », les éléments indépendants ou dépendants ne diffèrent pas. Selon l'auteure, ils ne catégorisent pas leur comportement comme indépendant ou dépendant car cette dimension aurait peu d’importance pour eux.
Un ensemble d'études abordant les schémas de soi ont ensuite vu le jour. Markus a continué ses travaux abordant divers aspects de ceux-ci allant de l'influence culturelle jusqu'aux différences de genre(en) Markus, Crane, Bernstein et Siladi (1982).
Définition
Les schémas de soi se définissent comme « des généralisations de connaissances sur soi issues de l'expérience passée qui organisent et guident le traitement de l'information relatif à soi qu'apportent les expériences sociales »Markus (1977), . Ils ont une double fonction : d'une part, ils contiennent l'information en mémoire ; d'autre part, ils agissent comme un processus aidant le traitement de l'information. Les schémas nous aident à focaliser notre attention, ils filtrent l'information à entreposer en mémoire, la simplifient quand nous en sommes submergés et comblent les vides lorsque l'information est manquante. Nous avons un nombre incalculable de schémas, que ce soit sur des objets sociaux ou des événements. Les schémas de soi occuperaient donc une place importante au sein du fonctionnement des individus et influenceraient grandement la manière dont un individu se percevrait, ainsi que son environnement.
Comme nous l'avons déjà mentionné, la théorie des schémas de soi est proche d'une autre notion, le concept de soi. D'après MarkusMarkus 1983, cité par Godefroid, 2008, le concept de soi est composé de l'ensemble des schémas de soi d'un individu. De cela se dégage un prototype de soi qui correspond aux perceptions que la personne a habituellement d'elle-mêmeGodefroid, 2008. L'introspection, l'observation des réactions des autres, l'observation de son propre comportement et la comparaison sociale forme le concept de soi. Il s'agit de l'ensemble des connaissances, des perceptions, des croyances qu'une personne possède sur elle-mêmeBaumeister, 1998 cité par Bédard & al., 2012Bee et Boyd, 2011 et qu'elle acquiert au cours de son expérience sociale. Les schémas de soi et le concept de soi sont des notions imbriquées l'une dans l'autre, c'est pourquoi il est difficile de les différencier. Les schémas de soi sont une façon particulière de voir et d'opérationnaliser le concept de soi. Ils sont les dimensions que l'on considère importantes, celles qui nous définissent (« je suis quelqu'un d'extraverti ») et celles qui ne nous définissent pas du tout (« je ne suis pas du tout égoïste »). Néanmoins, les schémas de soi n'englobent pas toute la notion du concept de soi et il est donc utile de faire le lien entre ces deux notions. De plus, certains chercheurs n'admettent pas l'existence des schémas de soi.
Développement
Développement du « moi » Les schémas de soi se forment au travers de l'expérience sociale. Ce phénomène se fait progressivement au cours du développement de l'enfant. Pour ce faire, chaque enfant passe par différents stades de développement du « moi » au cours desquels une nouvelle conception du moi vient compléter et s'ajouter à celles déjà acquises par l'enfant. Cela commence à la naissance, où il ne peut pas encore distinguer son environnement de lui-même, et se termine à environ 12 ans lorsqu'il devient un individu ayant conscience de lui-même ainsi que de sa participation à la vie sociale. L’enfant apprend à se connaître au travers des nombreuses interactions sociales du quotidienBee et Boyd, 2012.
Vers deux mois, le bébé commence à se rendre compte qu’il peut agir sur son environnementLewis, 1991 cité par Bee et Boyd, 2012. Le moi subjectif (ou moi existentiel) se développe et consiste en « la compréhension qu’acquiert le nourrisson d’être une personne distincte qui existe dans le temps et dans l’espace et qui peut agir sur son environnement »Bee et Boyd, 2011 . Entre 8 et 12 mois, il acquiert la notion de la permanence de l’objet et son moi subjectif est alors complètement formé.
Vers le milieu de sa deuxième année, l’enfant comprend qu’il fait partie de ce monde ce qui lui permet de se placer lui-même dans une catégorie. À l'âge de 18 mois, il parvient à enlever une tache rouge qu'on lui a mise sur le nez quand il est face à un miroirLewis et Brooks, 1978, cité par Bédard et al., 2012 ; ce qui montre que l'enfant arrive à se reconnaître. Il acquiert peu à peu son moi objectif (ou moi catégoriel). Il s'agit de « la conscience qu’acquiert le nourrisson d’être un objet pourvu de propriétés particulières, comme son sexe, ses traits physiques ou ses qualités ou ses défauts »Bee et Boyd, 2011 . Il commence ainsi à se désigner par son prénom et vers la fin de sa deuxième année il peut dire s’il est un garçon ou une fille. Son schéma de soi est encore très incomplet mais il construit petit à petit une image de lui-même. Cette ébauche de schéma influence déjà tout de même ses choix, module l’interprétation de ses expériences et ainsi renforce le modèle interne existant.
Au cours des années suivantes, le développement du moi se poursuit. Entre deux et six ans plus particulièrement, l'enfant développe le moi social. Le moi objectif reste encore très concret et se focalise essentiellement sur des caractéristiques visibles. La catégorisation est encore assez limitée et simple. Cependant, l’enfant réalise de plus en plus qu’il est un acteur social. À deux ans, il a déjà intégré tout une série de scénarios sociaux dans lesquels il joue des routines ou des interactions avec autrui. Il commence à saisir le rôle qu’il joue dans ces scénarios et comprend progressivement la place qu’il a au sein des rôles sociaux et familiaux.
Plus tard, entre 6 et 12 ans, le moi psychologique se développe. Il s’agit de la « compréhension du fait que les traits internes de la personnalité sont stables »Bee et Boyd, 2011 . La définition du soi devient plus abstraite. Elle est de plus en plus complexe, plus relative (comparaison sociale) et dépend moins des trais externes que des traits internes, elle est plus orientée sur les idées. La vision de soi est plus stable et prend une perspective plus générale, une vision d'ensemble. Nous voyons donc comment, tout le long de notre enfance, les schémas de soi se constituent et se développe sous la forme que Hazel Markus a développée.
Élaboration du schéma de soi