thumb|right|300px|Le mot tel qu'il apparaît dans la première édition conservée de Peines d'amour perdues, .
Honorificabilitudinitatibus est la forme d'ablatif pluriel du mot latin médiéval honorificabilitudinitas, qui signifie « être en état de pouvoir conquérir des honneurs ». Il est prononcé à l'acte V, scène I, de Peines d'amour perdues de William Shakespeare.
Comme il n'apparaît qu'une fois dans l'œuvre de Shakespeare, c'est un exemple de hapax legomenon ; c'est aussi le plus long mot de la langue anglaise qui présente une alternance de consonnes et de voyellesLongest English word consisting strictly of alterating consonants and vowels - Honorificabilitudinitatibus sur www.guinnessworldrecords.com..
Dans Peines d'amour perdues Le mot est prononcé par Costard (Trogne ou Cabochard, selon les traductions), personnage rustique et comique, à l'acte V, scène I, après un dialogue pédant et absurde entre le maître d'école Holopherne et son ami Nathaniel, le curé, qui conversent dans un pompeux mélange de latin et d'anglais. Quand un jeune page fait son entrée, Costard lui dit à leur sujet :
Dans la théorie baconienne Le mot a été cité par les tenants de la théorie baconienne selon laquelle l'œuvre de Shakespeare est écrite par Francis Bacon et constitue une stéganographie. En 1905, Isaac Hull Platt plaide que le mot est l'anagramme de hi ludi, F. Baconis nati, tuiti orbi (Ces pièces, issues de F. Bacon, sont conservées pour le monde Did Shakespeare Really Write Shakespeare's Plays? Deutsche Shakespeare-Gesellschaft), théorie qui sera plus tard diffusée par le juriste Edwin Durning-Lawrence K. K. Ruthven, Faking Literature, Cambridge University Press, 2001, .
Cette anagramme impliquerait que Bacon aurait latinisé son nom en Baco dont le génitif est Baconis plutôt qu'en Baconus dont le génitif est Baconi ; Samuel Schoenbaum estime que Bacon a latinisé son nom en Baconus avec le génitif BaconiSamuel Schoenbaum, Shakespeare's Lives Oxford University Press, éd.1991 . En 1898, Paget Toynbee, un spécialiste de Dante, y voit un hommage à Dante : Ubi Italicus ibi Danti honor fit (Là où il y a un Italien, l'honneur en revient à Dante)Toynbee, 1902, , fn. 1.
Autres emplois Le mot et des variantes sont utilisés au Moyen Âge et à la Renaissance. Époque médiévale Le mot semble avoir existé chez les érudits au temps de Pierre de Pise, poète et grammairien du . Il figure dans une copie de son œuvre dans le Fragmenta Bernensia 522 de la bibliothèque de la Bourgeoisie de BerneSimms, Bürgerbibliothek Bern Cod. 522 Sammelbd.: Petrus grammaticus: Ars; Aelius Donatus: Ars grammatica; Kommentare zu Donat.
Le lexicographe Papias le Lombard l'emploie vers 1055Hamer, 1971, p. 484.
Honorificabilitudo apparaît dans une charte de 1187 d'Ugone della Volta, deuxième archevêque de Gênesdu Cange, Honorificabilitudo: "Honorificabilitudo, pro Dignitas, in Charta Hugonis Archiep. Genuensis ann. 1187. apud Ughellum"..
Différentes formes du mot sont traitées dans Magnae Derivationes (vers 1190), un traité d'étymologie d'Hugues de Pise, juriste en droit canon et évêque de FerrareSharpe, 1996, :
Il apparaît dans Ars Poetica (entre 1208 et 1216), un traité de rhétorique de l'érudit anglo-français Gervaise de Melkeley :
thumb|right|300px|Johannes Balbus dit Jean de Gènes, 1286, Catholicon, impression de 1460 par Johannes Gutenberg.
Le grammairien italien Jean de Gènes utilise la forme complète du mot dans son dictionnaire en latin Catholicon (1286), un des premiers livres imprimés (1460) par GutenbergVenzke, 2000. Citant Hugues de Pise, il mentionne :
À la fin du , on en trouve un exemple dans un sermon anonyme d'un manuscrit de la bibliothèque bodléienne (MS Bodl. 36, f. 131v)Madan and Craster, 1922, .
Dans son essai De vulgari eloquentia (« De l'éloquence en langue vulgaire », vers 1302-1305), Dante cite le mot au sujet des Magnae Derivationes d'Hugues de PiseToynbee, 1902, comme un exemple de mot trop long pour un vers standard :
Honorificabilitudinitas apparaît dans De gestis Henrici septimi Cesaris (1313–1315) du poète italien Albertino Mussato qui narre de 1310 à 1313 la campagne d'Italie d'Henri VII de Luxembourgdu Cange, Honorificabilitudinitas, source citée : "Albertus Mussatus de Gestis Henrici VII. lib. 3. rubr. 8. apud Murator. tom. 10. col. 376".
Il en est fait mention dans un registre de l'Échiquier sous le règne d'Henri VIHunter, 1845, .
thumb|right|300px|Mention dans les Collections d'Adages d'Érasme, une possible source pour Shakespeare Le mot apparaît dans les Collections d'adages, un recueil de proverbes grecs et latins d'Érasme dans un passage sur un homme appelé Hermès qui se réjouit d'user de mots d'un pied et demi : Publié vers 1500, c'était un recueil apprécié et utilisé comme manuel dans les écoles anglaisesHutton, , le paragraphe était lui-même une plaisanterie d'étudiants du temps d'Érasme, de Shakespeare et au-delàMynors 1982, , fn. 4.
Dans sa préface à sa traduction de Lucain (1529), le libraire Geoffroy Tory utilise le mot comme exemple de mauvaise écriture en citant le couplet d'HermesTory, 1529Ivans, 1920, .
Il apparaît également chez Rabelais et dans La complainte d'Écosse (1549) parue pendant la période troublée du Rough WooingHutton, 1931, .
Sous différentes formes, le mot est fréquemment utilisé par les transcripteurs pour essayer un crayon. On en trouve un exemple au dans un codexNencioni 1967, . Une forme avec des syllabes supplémentaires se trouve griffonnée sur une page d'un manuscrit d'héraldique de la fin du (British Library, MS Collection Harley 6113)Bobinski, 1897, p.. Une autre forme in honorificabilitudinacionibus est attestée dans des manuscrits de la bibliothèque d'État de Bamberg (Q.V.41) et à la bibliothèque d'État de Bavière (Cgm 541)Traube, 1909, , fn. 7Bertalot, 1917, , fn. 47–8.
Le mot est présent sur deux couverts médiévaux. Un petit gobelet entouré de l'inscription honorificabilitudinitatibus a été trouvé au château de Kirby dans le Leicestershire. En 1937, lors de travaux dans le château d'Ashby de la Zouch (Leicestershire), une burette en métal blanc gravée d'une version abréviée (honorificabiliut) à côté du nom de son propriétaire Thomas Hunte a été déterrée d'un puits bouché en 1476. L'objet a été fabriqué vers 1400 et est conservé au V&AWeinstein 2011, Simms, 1938, text + pl. L.
Du temps de Shakespeare L'année qui suit la publication de Peines d'amour perdues, il est utilisé par le satiriste anglais Thomas Nashe dans un pamphlet de 1599, Nashe’s Lenten Stuff :
Il apparaît dans la pièce Le Courtisan hollandais de John Marston (1605), acte V, scène II :
Le Fou du palais l'utilise dans la tragi-comédie The Mad Lover de John Fletcher (vers 1617)Weber 1812, .
John Taylor emploie une version allongée du mot « honorificicabilitudinitatibus » dans la première phrase de son pamphlet Sir Gregory Nonsence (1622)Di Biase 2006, .
Après Shakespeare Suivant la tradition des érudits médiévaux, Du Cange inclut honorificabilitudo et honorificabilitudinitatibus dans son dictionnaire de 1678 Glossarium mediae et infimae Latinitatis, citant Ugone della Volta et Albertino Mussato.
Le lexicographe Thomas Blount établit la liste des formes anglicisées du mot, honorificabilitudinity y étant défini comme « honorabilité » parmi les 11 000 entrées de son Glossographia de 1656, le plus grand dictionnaire de l'époqueBallentine, 2010, Blount, 1656Notes and Queries, 1881, , reply by Xit. Il figure dans An English Dictionary d'Elisha Coles en 1676Notes and Queries, 1881, , reply by F. C. Birkbeck TerryColes, 1676, et chez Nathan Bailey dans An Universal Etymological English Dictionary en 1721Notes and Queries, 1881, , query by James HooperBailey, 1721.
S'il ne se trouve pas dans le Dictionary of the English Language de Samuel Johnson Johnson, 1755, : honorary est suivi de honour., Johnson commente sa longueur dans son édition de 1765 des Pièces de William Shakespeare :
L'homme politique et antiquaire Joseph Hunter écrit à ce sujet en 1845 :
En 1858, Charles Dickens écrit Calling Bad Names, un essai pour son hebdomadaire Household Words, qui commence par une citation de Peines d'amour perdues pour moquer les publications scientifiques qui emploient trop de mots en latin :
James Joyce l'emploie dans le chapitre IX d'Ulysse quand Stephen Dedalus prononce son interprétation d'HamletRoyle, 2010, ..
Musique Honorificabilitudinitatibus est le 3ème titre de l'album "Curio part. II" d'AllttA, groupe de musique composé de 20syl et Mr. J. Medeiros.
Voir aussi Les mots les plus longs en anglais
Notes et références
Nathan Bailey (1721). An Universal Etymological English Dictionary. 1726 edition. Brian C. Ballentine (2010). How to Do Things with Hard Words: The Uses of Classical Borrowings in the English Renaissance. Thèse , Brown University. David Basch (2007). "Shakespearean Prayer". The Jewish Magazine.
Thomas Blount (1656). Glossographia.
Elisha Coles (1676). An English Dictionary: Explaining the Difficult Terms that are used in Divinity, Husbandry, Physick, Phylosophy, Law, Navigation, Mathematicks, and Other Arts and Sciences.
Charles Dickens (1858). "Calling Bad Names", in Household Words, volume 18. Charles du Fresne, sieur du Cange (1678). Glossarium mediae et infimae Latinitatis. 1883–1887 edition.
Samuel Johnson (1755). A Dictionary of the English Language. 1785 edition. Samuel Johnson, George Steevens (1765). The Plays of William Shakespeare. 1801 edition. James Joyce (1922). Ulysse.
Deborah J. Leslie, Benjamin Griffin (2003). Transcription of Early Letter Forms in Rare Materials Cataloging. Falconer Madan, Edmund Craster (1922). A summary catalogue of Western manuscripts in the Bodleian Library at Oxford. Volume II, partie 1.
Giovanni Nencioni (1967). Dante e la Retorica, in Dante e Bologna nei tempi di Dante. Notes and Queries (1881). Séries 6, volume IV. Nicholas Royle (2010). "The distraction of 'Freud': Literature, Psychoanalysis and the Bacon-Shakespeare Controversy", in Shakespeare and His Authors: Critical Perspectives on the Authorship Question. Richard Sharpe (1996). "Vocabulary, Word Formation, and Lexicography", in: F. A. C. Mantello and A. G. Rigg (editors), Medieval Latin: An Introduction and Bibliographical Guide. Washington, D.C.: Catholic University of America Press. .
Geoffroy Tory (1529). La Table de l'ancien philosophe Cebes. Scans, Bibliothèque d'État de Bavière.
Henry William Weber (1812). The Works of Beaumont and Fletcher, volume 4. Rosemary Weinstein (2011). The Archaeology of Pewter Vessels in England 1200-1700: A Study of Form and Usage. Thèse, Durham University.
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