upright=1.2|thumb|Frontistpiece de The Tragedy of Tragedies par Hogarth.|alt=noir et blanc, deux femmes en coin de scène, l'une géante et l'autre quasi naine levant un flacon jusqu'à elle, homme miniature au ras du sol Henry Fielding (1707-1754) est resté pendant une décennie le dramaturge le plus renommé de son temps. À la fois auteur, metteur en scène et directeur de troupe, il travaille au théâtre royal de Drury Lane ou au Petit Haymarket, et à l’occasion à Goodman's Fields d'Ayliffe Street, Whitechapel. Ses nombreuses signatures, Scriblerus Secundus, MR FIELDING, Le Grand Moghol ou encore Mr Luckless, jalonnent les diverses phases de ses activités scéniques.

Il fait montre d’une rare maîtrise dans l’art satirique dont il a exploré toutes les facettes, auto-dérision, critique burlesque des mœurs, attaques amusées ou sarcastiques contre l’institution du théâtre, saillies virulentes contre le pouvoir et le premier ministre whig Robert Walpole.

L'application du Stage Licencing Act du . met un terme brutal à ses activités de dramaturge, ce qui l’oblige à se tourner vers la fiction.

Fielding pratique la comédie de mœurs, portant, avec une ironie aussi insolite que souveraine, la critique des usages de la Restauration jusqu’à son paroxysme. À cette fin, il invente des procédés nouveaux, mélange du sérieux et du comique, présence directe ou déguisée de l'auteur en tant qu’acteur, observateur ou critique loufoque de ses personnages ou de l’action.

Il utilise également le genre de l'opéra-ballade, déjà popularisé par John Gay et Johann Christoph Pepusch en 1728 lors du l’avènement de leur Opéra du gueux.

La représentation théâtrale au thumb|left|upright=1.2|Gravure de Hogarth, . Pour faire concurrence au producteur Claude Rich à Drury Lane, Robert Wilks, Colley Cibber, Barton Booth répètent une pantomime avec des marionnettes, représentant la mise à sac d'un cabinet de toilette dans une prison. NB : les articles de toilette éparpillées et le papier réservé à cet effet portent l'inscription Hamlet et Way of the World.|alt=une scène, désordre indescriptible, marionnette de pendu jouant de la viole, homme tenant une torche, trois hommes autour d'une table avec des bulles allongées contenant leurs répliques ; au premier plan, au milieu d'objets renversés, homme tenant une jarre À la simple lecture d'une pièce écrite au , il est difficile de s'imaginer les conditions d'une représentation. C'est avant tout un événement social au cours duquel les acteurs doivent rivaliser d'efforts pour captiver l'attention des spectateurs, eux-mêmes en pleine lumière, si bien que la limite entre la scène et la salle n'est pas clairement définie. D'ailleurs, les gens les plus fortunés peuvent avoir un siège derrière le rideau. : les spectateurs se déplacent sans cesse, bavardent avec leurs amis ou s'adressent directement aux acteurs, surtout s'ils ont le privilège d'être à leur côté. Il n'est pas rare que le spectacle sombre dans le chaos si la pièce est mal appréciée : alors, les sarcasmes et les insultes volent à travers la salle, comme les pommes, les oranges, les pommes de terre ou autres bouteilles de bière ()Edward Cape Everard, Memoirs of an unfortunate son of Thespis, Édimbourg, 1818, ..

La pièce est précédée par un morceau de musique joué par un orchestre et, en guise d'interlude, toutes sortes de jeux sont proposés, acrobaties, montre de chiens, chants, puis, pour clore le spectacle, un autre concert. Les prostituées ne sont pas loin et même se promènent dans la salle pour exhiber leurs charmes, parfois en vendant des oranges aux membres du public, d'où leur nom de (« Garces aux oranges »). Des versions imprimées de la pièce sont en vente, mais seuls les gens fortunés peuvent se les offrir, soit en feuillets séparés, soit sous forme de fascicules brochés. C'est aussi l'époque où, pour la première fois dans l'histoire du théâtre, certains acteurs acquièrent le statut de star : tel est le cas de David Garrick qu'exploitent les marchands du temple en faisant commerce de coffrets en porcelaine, de statuettes, de portraits, d'estampes à son effigie, d'autant plus appréciés qu'il est représenté en costume de scène, alors qu'avant lui, les représentations se faisaient en habits contemporains.

Telle est l'ambiance dans laquelle les pièces de Fielding ont été représentées, et leur bondissante variété n'a pu qu'amplifier l'ardeur enthousiaste et bruyante du public.

Les premières pièces de Fielding La production théâtrale de Fielding peut être classée en deux périodes, l'une allant de 1727 à 1732, la plus féconde, puis une autre de 1732 à 1737, de plus en plus politique, avec en particulier The Historical Register de 1736 qui a précipité la mise en œuvre du Licensing Act de 1737, la loi sur la censure.

1727-1728 Love in Several Masques « L'Amour sous plusieurs masques ») date du et ne fut jouée que quatre soirées, performance relativement satisfaisante pour un premier essai. L'action présente des types de personnages dont Fielding allait se servir tout au long de sa carrière théâtrale et concerne la conduite des hommes avant le mariage, posant le problème du libertinage face à la morale.

Don Quixote in England (« Don Quichotte en Angleterre ») est considérée comme sa deuxième pièce mais n'a été terminée et produite qu'en 1734 au Théâtre de Drury Lane. The Wedding Day (« Le Jour du mariage ») subit à peu près le même sort, commencée à l'université de Leyde mais refusée par le directeur John Rich, enfin terminée et publiée, puis mise en scène par David Garrick, mais bien tard, alors que Fielding est romancier, en 1743.

1729–1730 The Temple Beau (« Le Dandy du temple »), quatrième pièce de Fielding, a été écrite d'avril à . Rejetée par son premier théâtre, la pièce a dû émigrer dans une nouvelle salle où elle a tenu l'affiche pendant treize soirées au cours de sa première année. Elle concerne un jeune étudiant en droit, Wilding, qui abandonne ses études pour partir à la recherche du plaisir et séduire une femme fortunée. Fielding en profite pour fustiger l'hypocrisie et recommander l'égalité des partenaires dans le mariage.

The Author's Farce and the Pleasures of the Town (« La Farce de l'auteur, ou Les Plaisirs de la ville »), la cinquième pièce, commença sa carrière le au petit théâtre du Haymarket et obtient un beau succès avec plus de quarante représentations. Fielding y commente entre autres le rejet de ses œuvres par le théâtre de Drury Lane. Le troisième acte est un spectacle de marionnettes moquant certaines des pratiques du théâtre et de la communauté littéraire. Reprise dans sa version originale plusieurs fois, puis avec un théâtre de marionnettes, l'action tourne autour de Harry Luckless, auteur qui, pour promouvoir sa carrière littéraire, poursuit les femmes de ses assiduités, évite sa propriétaire et finit par incorporer un autre spectacle au spectacle. C'est à cette occasion que Fielding adopte son .

Tom Thumb (« Tom Pouce »), sixième pièce de Fielding, a été ajoutée à la neuvième représentation de The Author's Farce le , programme qui tint l'affiche au Haymarket jusqu'à ce que paraisse Rape upon Rape (« Viol après viol »). Tom Thumb se trouva ensuite incorporée à d'autres productions, Rape upon Rape incluse, puis transformée en The Tragedy of Tragedies (« la Tragédie des tragédies »). L'édition imprimée adopte le style dont Fielding allait se faire le champion dans ses romans, avec des notes, des préfaces et prologues, des annotations. Le jeune Tom Thumb, de toute petite taille, met une troupe de géants en déroute, ce qui lui vaut de la part du roi Arthur une belle récompense qui tourne mal, puisqu'elle conduit à une relation amoureuse triangulaire entre Tom, la reine Dollalolla, épouse d'Arthur, et la géante Huncamunca, leur fille. Tom finit par mourir avalé par une vache, mais peu après son fantôme resurgit pour mourir à son tour, scène réputée avoir réalisé une rare prouesse, faire rire Swift. Tom Thumb est une farce moquant les théâtres et la tragédie des XVII et sièclesCampbell 1995 .

La septième pièce s'intitule Rape upon Rape; or, The Justice Caught in His Own Trap (« Viol après viol, ou la justice prise à son propre piège ») : c'est une comédie en cinq actes jouée pour la première fois le au petit théâtre et reprise pendant huit soirées. Ensuite renommée The Coffee-House Politician (« le Politicien du café »), elle fut constamment réadaptée pour suivre l'actualité politique.. Elle traite d'une histoire d'amour avec un juge corrompu qui s'efforce de barrer la route du soupirant ; plusieurs personnages s'emploient à le maîtriser, mais c'est lui qui triomphe, quoique comiquement et dans le ridicule, ce qui met d'autant en lumière ses activités véreuses, miroir de l'action du gouvernement et de tous les gens de pouvoir usant de leurs prérogatives pour obtenir des passe-droit et agir en toute impunité selon leur bon vouloir.

1731 The Tragedy of Tragedies (« La Tragédie des tragédies ») a été jouée pour la première fois le . La version imprimée a été revue et corrigée, avec moult commentaires sous le pseudonyme H. Scriblerus Secundus qui prétend ne pas en être l'auteur. Peu de changements ont été effectués par rapport à Tom Thumb dont elle est issue, si ce n'est que Grizzle devient le rival de Tom pour le cœur de Huncamunca et que le héros ne trouve pas la mort, si bien qu'il peut élimer son rival. La satire se porte sur la langue et le style tragiques qui se voient brocardés pour leurs insuffisances, leur manque de correction et leur emphase ridicule.

The Letter Writers Or, a New Way to Keep a Wife at Home (Les Correspondants, ou Nouvelle manière de garder une femme chez soi), neuvième pièce de Fielding, a été un semi-échec, n'ayant tenu l'affiche que quatre soirées aux côtés de The Tragedy of Tragedies, mais se trouva vite remplacée le , par The Welsh Opera (« L'Opéra gallois »). Elle concerne deux personnages aux épouses volages et leurs efforts pour les ramener à la fidélité, l'action se déroulant sans leçon morale et dans le pardon. Dixième pièce et nouvelle compagne de The Tragedy of Tragedies, The Welsh Opera(« L'Opéra gallois »), a eu une belle carrière, puis s'est vue transformée en The Grub-Street Opera (« L'Opéra de Grub-Street »), non jouée, sans doute par intervention gouvernementale, bien qu'ayant fait l'objet d'une répétition en , ce qui a incité l'éditeur E. Rayner à la publier sans le consentement de Fielding.. Cette pièce a une double fonction : elle rend grâce aux scriblériens, en particulier à John Gay et son Opéra du Gueux, et met en scène une allégorie brocardant le gouvernement de Robert Walpole et la monarchie britannique, s'acharnant en particulier sur la rivalité opposant Walpole et William Pulteney, conseiller du roi ().. L'action se rapproche des histoires d'amour conventionnelles, mais avec des personnages faisant montre de tendances n'ayant que peu à voir avec la vertu., et de ce fait, constitue une nouvelle satire du théâtre. Le titre est une pique adressée au Grub Street Journal (« Le Journal de Grub Street »)..

1732 thumb|upright=0.8|left|Le Médecin malgré lui, Sganarelle face à Valère et Lucas (acte I, scène 5), gravure de l’édition de 1719.|alt= Après le retour de Fielding au théâtre royal de Drury Lane, il écrit The Lottery (« La Loterie »), donnée le avec Cato (« Caton ») d'Addison. La pièce est reprise quinze fois au cours du même mois, puis remaniée en février pour une autre série de quatorze représentations. Rejouée chaque année jusqu'en 1740 et même après 1783, elle compte parmi les plus populaires de Fielding. L'histoire paraît pourtant banale : Chloe a l'intention de jouer à la loterie, mais ce thème incite la verve de Fielding à exercer sa satire envers cette institution londonienne et ses adeptes.