vignette|L'explorateur Monteil, délégué général de la Ligue des intérêts de la défense nationale. La Ligue des intérêts de la défense nationale (ou Ligue de la défense nationale) est une organisation politique nationaliste, antidreyfusarde et crypto-royalisteBertrand Joly, « Remarques sur le "monument Henry" », Cahiers Jean Jaurès, n 154, octobre 1999, . française de la fin du .

Histoire

Dans les derniers mois de l'année 1898, l'agitation nationaliste suscitée par l'affaire Dreyfus voit la réactivation de la Ligue des patriotes (LDP) puis la création de la Ligue de la patrie française (LPF). Le Bertrand Joly, Histoire politique de l'affaire Dreyfus, Paris, Fayard, 2014, ., le colonel Monteil fonde une nouvelle formation nationaliste, la Ligue des intérêts de la défense nationale, dont il devient le délégué général, avec l'avocat Jules Cocheris pour secrétaire généralLa Croix, supplément du 18 décembre 1898, . et Théodore de Croissy, ancien sous-préfet royaliste et secrétaire général de l'Union des droites, pour trésorierLe Matin, 2 mars 1899, .. Dans son comité, on trouve notamment le sénateur bonapartiste Louis Le Provost de LaunayLe Gaulois, 9 mai 1899, . ainsi que l'ex-député Edmond Turquet, ancien sous-secrétaire d’État opportuniste passé par le boulangisme puis converti au catholicisme militant et à l'antisémitismeL'Aurore, 4 novembre 1899, .. Le siège social de la ligue est situé au 36 de la rue de Bellechasse. Malgré son nom, elle ne semble pas avoir de lien direct avec le groupe parlementaire de la Défense nationale présidé par Georges Berry.

Résolument antidreyfusarde, la ligue verse cent francs à la souscription lancée par La Libre Parole en faveur de la veuve du colonel Henry et organise, le , une manifestation devant la prison du Cherche-Midi, où est incarcéré le colonel Picquart. Mais ce rassemblement ne réunit, selon la police, que 400 personnes dont une majeure partie a été « indemnisée » (ou embauchée) par TurquetLe Rappel, 10 décembre 1899, .. La ligue se fait donc surtout connaître en placardant un manifeste dès le lendemain. Exprimant son soutien aux chefs de l'armée « couverts d'outrages » par la campagne dreyfusarde, ce texte fait également allusion à la crise de Fachoda afin d'appeler les Français à la défense de la « patrie en détresse ». Quelques jours plus tard, le , une première réunion publique a lieu au siège de la Société des agriculteurs de France, rue d'Athènes : Monteil puis le royaliste Le Cour-Grandmaison y prennent la parole, de même que les antisémites Firmin Faure, Jules Guérin, Lionne et Lucien Millevoye, avant le vote d'un ordre du jour dénonçant « l'anarchie parlementaire, l'instabilité et l'impuissance des pouvoirs publics » et réclamant l'élection d'une assemblée constituanteLa Croix, 20 décembre 1898, .. Cette prise de position contre le parlementarisme et contre le régime de la Troisième République fait ensuite l'objet d'un second manifesteGil Blas, 9 janvier 1899, . puis d'une pétition nationaleLa Croix, 15-16 janvier 1899, .. D'autres réunions ont lieu à Grenoble au mois de janvierLa Croix, février 1899, . et à la salle de la Société d'horticulture le suivant.

Si l'appel du s'adresse à tous les citoyens « sans distinction de parti » et si Monteil affiche un républicanisme « de tempérament et de raison »La Croix, supplément du 29 avril 1899, . (il s'est d'ailleurs présenté comme « républicain libéral » lors des législatives de mai)La Croix, 10 mai 1898, ., la ligue est en réalité sous l'influence des royalistes, qui souhaitent disposer d'une formation capable d'exploiter la crise politique à leur profit et de concurrencer les trop républicaines LPF et LDP. Elle est ainsi financée et contrôlée par le député Fernand de Ramel, trésorier du parti orléanisteBertrand Joly, « Les royalistes et l'affaire Dreyfus », Revue historique, avril-juin 1983, ..

Après la mort de Félix Faure, le colonel Monteil (peu échaudé par sa défaite dans le , où il a été battu par le socialiste Berthelot malgré le désistement de Charles Benoist)La Croix, 21 mai 1898, ., présente sa candidature à la présidence de la République lors de l'élection du 18 février 1899. Mais les parlementaires nationalistes dispersent leurs voix, principalement entre Jules Méline, qui s'est pourtant retiré face à Émile Loubet, et Godefroy Cavaignac. Dans ces conditions, le chef de la Ligue de la défense nationale n'obtient que 4 des 812 suffrages exprimés (soit 0,5 %)La Croix, 21 février 1899, ..

Le , la Ligue de la défense nationale est incluse dans une série de perquisitions visant différents groupements engagés dans l'affaire. Aucune infraction à l'article 291 du code pénal (qui interdisait toute association de plus de vingt personnes) n'ayant été constatée, elle bénéficie d'un non-lieu le mois suivantLe Matin, 2 avril 1899, .. Au mois de juin, Monteil organise plusieurs réunions entre les dirigeants des principaux groupes nationalistes et monarchistes (à l'exception notable de la LPF) en vue de la constitution d'une fédérationBertrand Joly, Histoire politique de l'affaire Dreyfus, Paris, Fayard, 2014, .. Ces pourparlers échouent, en raison des tensions entre la LDP et ses concurrents royalistes et antisémites, mais ils permettent au gouvernement d'agiter le spectre du complot contre la République : Déroulède et d'autres meneurs nationalistes sont arrêtés le puis traduits devant la Haute Cour. Monteil n'est convoqué à ce procès qu'en tant que témoin à déchargeLa Presse, 9 décembre 1899, ., mais cette répression énergique affecte tout-de-même sa ligue, qui cesse toute activité avant 1900.

Sa faible longévité et la faiblesse de ses effectifs classent la Ligue de la défense nationale parmi les groupes nationalistes marginaux et éphémères plutôt que parmi les grandes ligues de l'époque (LPF, LDP, Ligue antisémitique de Guérin, Parti républicain socialiste français)Bertrand Joly, Histoire politique de l'affaire Dreyfus, Paris, Fayard, 2014, ..

Références

Catégorie:Organisme fondé en 1898 Catégorie:Association ou organisme fondé sous la Troisième République Catégorie:Association ou organisme disparu en France Catégorie:Ancienne association ou organisme politique d'extrême droite en France Catégorie:Nationalisme français Catégorie:Affaire Dreyfus Catégorie:Organisation royaliste en France