thumb|upright|Bayache portant des cuvettes. Chalcographie en couleurs de 1807Œuvre de Franz Neuhauser, peintre de Sibiu (Roumanie actuelle)..

thumb|upright|Bayaches faiseurs de cuillères. Carte postale de 1910Publiée par Zsigmond Wertheim à Trenčianske Teplice (Slovaquie actuelle)..

Les Bayaches, en roumain băieși (singulier băiaș), en anglais Boyash, en hongrois beások (singulier beás) », en BCMSBosnien, croate, monténégrin et serbe. bojaši (singulier bojaš) sont une branche des Roms, répandue dans plusieurs pays de l’Europe centrale et du Sud-Est. Ils se caractérisent principalement par le fait que leur langue maternelle est le roumain dans tous les pays où ils vivent, et que leur occupation traditionnelle est la confection d’ustensiles en bois utilisés notamment en milieu rural.

L’ethnonyme « Bayache » ou Boyash est l’un de ceux qui correspondent respectivement en français et en anglais à l’endonyme băiaș désignant en roumain un « fabricant de băi » soit baignoires, cuvettes, lavabos, éviers, abreuvoirs en bois, encore utilisé dans certaines de leurs communautés. Un autre endonyme, utilisé dans d’autres communautés, est rudari, apparaissant parfois francisé en « Roudars », qui désigne en roumain les bûcherons et fabricants de tout objet en bois.

Les Bayaches sont ce qu’on appelle en anglais une hidden minority (que l’on pourrait traduire en français par « minorité cachée » ou « minorité discrète »), c’est-à-dire d’une ethnie qui n’est pas devenue nation, d’ordinaire non reconnue officiellement, qui n’a pas ou presque pas d’élite intellectuelle, n’est pas ou est faiblement représentée officiellement par des personnes qui en sont issues et qui, par conséquent, n’est pas ou presque pas présente dans la vie publiquePromitzer 2009, ..

Ce groupe ethnique ne fait l’objet de recherches anthropologiques, ethnographiques et linguistiques approfondies que depuis les années 1990, et les connaissances dont on en dispose sont encore lacunaires dans le premier quart du . À partir de la même période, on constate chez les Bayaches un processus d’affirmation de leur identité ethnique, d’intensité inégale d’une région à l’autre, qui se manifeste surtout par des organisations civiques et des actions de promotion de leur culture sous une forme écrite également.

Mentions et recherches sur les Bayaches

Les sources documentaires anciennes sur les Bayaches sont rares. Ils sont mentionnés pour la première fois dans un document émis le par le prince régnant de Valachie, Gavril Movilă, adressé au monastère de Cozia, d’où il ressort qu’ils étaient présents dans ce pays avant cette date« D’autres Tziganes qui seraient établis ailleurs, qu’ils soient forgerons ou rudari, les artisans, quels qu’ils soient, appartiendront au saint monastère […], comme il en était auparavant » (Calotă 1974, , cité par Costescu 2013, )..

L’Italien Luigi Ferdinando Marsili rencontre vers la fin du , en Transylvanie, des orpailleurs Roms locuteurs de roumain et de religion orthodoxe, qu’il trouve riches et propresMarsili 1690-1691, cité par Nagy 2010, .. L’orpaillage était une occupation ancienne des Bayaches, abandonnée après quelque temps.

Dimitrie Cantemir signale, lui, en 1714, l’existence de Roms orpailleurs dans la Principauté de MoldavieCantemir 2001, ..

Des noms de famille reflétant le travail du bois et l’orpaillage pratiqués par des Roms apparaissent dans des documents de Transylvanie datant de la première moitié du : en 1735, celui d’une femme au nom de Kalánok (« faiseur de cuillères » en hongrois), condamnée pour sorcellerieKomáromy 1910, , cité par Landauer 2009, . ; en 1737, des noms au même sens dans une liste d’orpailleurs établie par les autorités ; en 1744, le nom Bojásul (première attestation connue du mot băiașZsupos 1996, , cité par Landauer 2009, .; dans les listes de 1746, 1749 et 1752, le même nom en d’autres variantes aussi, ainsi que le nom Linguraru (« faiseur de cuillères » en roumain)Zsupos 1996, cité par Landauer 2009, ..

Une série d’articles du pasteur luthérien Samuel Augustini Ab Hortis de 1775-1776 traite entre autres des Roms faiseurs de cuillères qui s’occupent d’orpaillage durant l’étéAugustini Ab Hortis 1775-1776, cité par Landauer 2009, ..

En 1778, un voyageur allemand, Friedrich Wilhelm von Bauer, décrit les Roudars de Valachie dans un livre en français comme l’un des trois sous-groupes des Roms, qui sont orpailleurs et aussi charpentiersVon Bauer 1778, ..

En 1788, Stephan Ignaz Raicevich, dans un livre en italien, mentionne les lingurari de Valachie et de MoldavieRaicevich 1788, cité par Landauer 2009, ..

thumb|left|Bayaches orpailleurs vers 1850Dessin provenant de Gronemeyer, Reimer et Rakelmann, Georgia A., Die Zigeuner. Reisende in Europa (Les Tziganes. Voyageurs en Europe), Ostfildern, DuMont Reiseverlag, 1988, ..

Un auteur serbe, Spyridon Jović, dans un livre paru en 1835, décrit les Roms qui vivaient dans les confins militaires autrichiens de Slavonie, dont une partie faisaient des objets en boisJović 2004, ..

Le terme băiaș traduit entre autres par Löffelzigeuner « Tzigane faiseur de cuillères » apparaît aussi en 1836 dans un ouvrage du pasteur luthérien Andreas Clemens de SibiuClemens 1836, ..

Dans un livre en français de 1837, Mihail Kogălniceanu mentionne parmi les quatre sous-groupes de « Tziganes de la couronne »« Tziganes de la couronne » signifiait non-rattachés à une famille de la noblesse roumaine mais payant une redevance directement à l'État moldave pour le droit d'exercer des métiers itinérants à travers le pays : cf. Viorel Achim (Groupe de recherches sur l'histoire des Minorités), Documente despre istoria Romilor (Documents de l'histoire des Roms), Institutul Naţional de Istorie « Nicolae Iorga » 2013 - , celui des rudari ou aurari (orpailleurs), et celui des lingurari, qualifiant ces derniers comme « les plus civilisés »Kogălniceanu 1837, ..

Le premier auteur croate qui signale la présence de Bayaches en Slavonie est l’instituteur Ferdo Hefele, dans un article de la revue Vienac de Zagreb, en 1890Sorescu-Marinković 2011a, ..

Un voyageur allemand, Heinrich Renner, relate dans un livre paru en 1897 qu’il a rencontré des Karavlachs ou Karavalaques en Bosnie : Karavlasi désigne, en BCMS, soit des Bayaches, soit des Morlaques (Valaques de Dalmatie)Sikimić 2005, ..

Les premières recherches proprement-dites sur les Bayaches commencent au début du et ne sont que sporadiques jusqu’aux années 1990. Ce sujet a préoccupé principalement Teodor Filipescu (1906), Isidor Ieșan (1906), (1908), Tihomir R. Đorđević (1911), Constantin S. Nicolăescu-Plopșor (1922), Martin Block (1936), (1938), Ion Chelcea (1944), M. R. Barjaktarović (1964), Ion Calotă (1974).

Les recherches anthropologiques, ethnographiques, ethno-sociologiques et linguistiques s’intensifient après 1990 (voir la section #Bibliographie), en même temps que l’intérêt pour les minorités en général, mais les questions liées aux Bayaches ne sont qu’en partie éclaircies.

Histoire des Bayaches

Au sujet de l’histoire des Bayaches il y a plus d’hypothèses que de certitudes, à cause de l’insuffisance des sources.

Quant à leur origine, les premiers auteurs qui les ont étudiés considéraient qu’ils étaient RoumainsCf. Hedeșan 2005, , au sujet de Filipescu 1906 et Ieșan 1906, Costescu 2013, , au sujet de Nicolăescu-Plopșor 1922. À noter que dans cet article, le terme « Roumain » est employé comme synonyme de « valaque » et non pas dans le sens de citoyen de la Roumanie.. Chelcea (1944) a vu en eux un peuple d’origine inconnue, ni rom ni roumaineCf. Hedeșan 2005, .. Leur origine rom a également été contestée par Block (1936)Cf. Pálmainé Orsós 2006, .. Dans une perspective protochroniste, l’historien roumain Lucian Cherata a avancé l’hypothèse que les Bayaches pourraient descendre de colons et d’esclaves locuteurs de latin vulgaire amenés en Dacie par les Romains en tant que mineursCherata 2015.. Un autre chercheur qui conteste l’origine rom des Bayaches est Marcel Courthiade, selon qui ils seraient des autochtones latinisés du sud du Danube qui auraient migré vers le nord aussiCourthiade 2003, .. En revanche, la plupart des auteurs, de Đorđević (1911), Petrovici (1938) et Barjaktarović (1964) jusqu’aux chercheurs actuels optent pour l’origine romCf. Costescu 2013, . Exemples: Calotă 1995, Achim 1998, Fraser 1998, Hedeșan 2005, Pálmainé Orsós 2006..

Les Bayaches se seraient différenciés parmi les Roms dans la zone des Carpates occidentales roumaines, où ils auraient travaillé en tant que robsLa robie, terme issu du mot slave robota : « travail », est un statut souvent traduit en français et en anglais modernes par « esclavage - slavery » mais qui s’apparente davantage au statut féodal de la servitude sous contrat, appelée εργατεία ou υποτέλεια (ergatie, hypotélie) dans les documents phanariotes en grec, et différente de la δουλεία (esclavage proprement dit) qui existait aussi, pour les (rares) eunuques africains attachés au service des cours princières : cf. Christian Delacampagne, Histoire de l’esclavage, de l’Antiquité à nos jours, Paris, Le livre de poche, 2002, éd. et 2-253-90593-3), ; Phédon Koukoulis, Vie et société byzantine tome III : Les byzantins non libres (en grec Βυζαντινών Βίος και πολιτισμός - Οι Βυζαντινοί Αιχμάλωτοι), éd. Papazikis, déc. 1949, et Stéphane Zweguintzow, « Les Roma dans la C.E.I. » in : Échos de Russie , jan.-février 1995, , . L’entrée de la plupart de Roms en robie est liée au recul de leurs anciens alliés les Tatars au . Les Khans tatars cèdent alors leurs Roms aux voïvodes roumains victorieux, qui les distribuent soit aux monastères de leurs principautés, soit aux nobles, propriétaires terriens : les boyards. dans les mines d’or, aux côtés des mineurs serfs roumains (iobagi), jusqu’à la fin du Calotă 1997, .. Leur ethnonyme băieș/băiașCf. l’article BĂIEȘ du DEX 2009 (consulté le 27 juin 2017). provient en effet du roumain baie, qui à son tour est issu du hongrois bánya « mine »Cf. l’article BAIE² du DEX 2009 (consulté le 27 juin 2017).. Băieș/băiaș, en hongrois bányász, était l’appellation générale des mineurs dans la Transylvanie de l’époque. L’ethnonyme rudari se rapporte à la même occupation, étant dérivé du mot slave ruda « minerai »Cf. l’article RUDAR du DER (consulté le 27 juin 2017).. Après une période de bilinguisme, les Bayaches auraient abandonné la langue romani et adopté le roumain. Compte tenu de certains traits des variétés régionales de la langue des Bayaches d’autres pays que la Roumanie, leur zone d’origine serait plus exactement le sud-est de Crișana, l’extrémité nord-est du Banat roumain et l’extrémité sud-ouest de CrișanaSaramandu 1997, , cité par Hedeșan 2005, ..

Les Bayaches commencèrent à migrer dans plusieurs directions : vers le sud-ouest jusqu’au sud de la Hongrie, le nord de la Serbie et le nord de la Croatie actuelle, vers le sud en Valachie et en Bulgarie, et vers l’est en Moldavie. Cette migration aurait débuté à la fin du . Ils ont continué leur occupation liée à l’or par l’orpaillage, auquel ils ont ajouté par la suite le travail du bois. Une partie de ceux qui ont franchi le Danube vers le sud serait revenue en Valachie, en apportant la coutume du gurban (voir plus bas la section #Coutumes, folklore, religion), empruntée aux populations de Bulgarie, ainsi que des mots bulgares qui se conservent en Olténie, seulement dans leur parlerCalotă 1997, ..