La Legio Armeniaca (Deuxième légion arménienne)Le nombre (indiqué par un chiffre romain) porté par une légion peut prêter à confusion. Sous la République, les légions étaient formées en hiver pour la campagne d’été et dissoutes à la fin de celle-ci ; leur numérotation correspondait à leur ordre de formation. Une même légion pouvait ainsi porter un numéro d’ordre différent d’une année à l’autre. Les nombres de à étaient réservés aux légions commandées par les consuls. Sous l’empire, les empereurs numérotèrent à partir de « » les légions qu’ils levèrent. Toutefois, cet usage souffrit de nombreuses exceptions. Ainsi, Auguste lui-même hérita de légions portant déjà un numéro d’ordre qu’elles conservèrent. Vespasien donna aux légions qu’il créa des numéros d’ordre de légions déjà dissoutes. La première légion de Trajan porta le numéro , car 29 légions existaient alors déjà. Il pouvait donc arriver, à l’époque républicaine, qu’existassent simultanément deux légions portant le même numéro d’ordre. C’est pourquoi s’y ajouta un cognomen ou qualificatif indiquant (1) ou bien l’origine des légionnaires (Italica = originaires d’Italie), (2) un peuple vaincu par cette légion (Parthica = victoire sur les Parthes), (3) le nom de l’empereur ou de sa gens (famille ancestrale), soit qu’elle ait été recrutée par cet empereur, soit comme marque de faveur (Galliena, Flavia), (4) une qualité particulière de cette légion (Pia fidelis = loyale et fidèle). Le qualificatif de « Gemina » désignait une légion reconstituée à partir de deux légions ou plus dont les effectifs avaient été réduits au combat (Adkins (1994), ). fut une légion de l’armée romaine durant l’Antiquité tardive, créée vraisemblablement au pour défendre la province d’Arménie.

Toile de fond thumb|right|L’Arménie arsacide vers l’an 150.

L’Arménie fut, pendant des siècles, l’objet de luttes entre les empires romain et parthe d’abord, sassanide ensuite. Divisée en deux parties par l’Euphrate, l’Arménie mineure comprenait la région comprise entre le Pont et la Cappadoce, alors que l’Arménie majeure s’étendait à l’est jusqu’à la frontière parthe. L’ensemble du pays fut conquis par Pompée : l’Arménie majeure devint un État-client ou, plus exactement, un État-tampon sous protectorat romain, alors que l’Arménie mineure était rattachée à la CappadoceArnold (1976), .. Les premiers empereurs romains firent et défirent les rois d’Arménie jusqu’à ce qu'en 66 Néron fasse monter sur le trône un Arsacide (donc Parthe) supposément loyal à Rome, . Celui-ci toutefois joua les Romains contre les Parthes et vice-versa, jusqu’à ce que Trajan, durant sa campagne d’Orient de 113-117, occupât le pays qu’il transforma en province romaineArnold (1976), .. Si le pays put conserver un roi autochtone, celui-ci était étroitement surveillé par les légions romaines installées depuis dedans.

Au , avec la perte de la Mésopotamie, l’influence de Rome sur la région commença à diminuer. Entre 224 et 226, l’État parthe des Arsacides fut remplacé par la Perse des SassanidesArnold (1976), . et quelques années plus tard, en 252, , fils du fondateur de la dynastie, envahit l’Arménie, fit assassiner le roi et installa sur le trône son fils Hormizd, dans la tradition voulant que le roi d'Arménie soit issu de la famille du Roi des Rois, au pouvoir à CtésiphonArnold (1976), .. Chapour fut toutefois défait par , lequel mourut tragiquement durant la campagne ; son successeur, Philippe l’Arabe, se hâta de conclure une entente avec Shapur rétablissant la frontière sur l’Euphrate. Théoriquement indépendante, l’Arménie continua à jouer le rôle d’État-tampon sous la surveillance de RomeArnold (1976), .Zosso (2009), .. Shapur revint à la charge en 296-297, mais fut finalement battu et la frontière repoussée au-delà du Tigre par l’annexion de cinq provinces « trantigritanes » et la construction d’un limes protégé par une série de forts où furent installées des troupes en permanence (limitanei)Zosso (2009), .. Le traité de paix de 298 confirma la suzeraineté de Rome sur l’Arménie et fixa la frontière entre les deux empires jusqu’au traité de Jovien avec en 363, par lequel les territoires arméniens conquis sous Dioclétien furent redonnés aux PersesArnold (1976), ..

Histoire de la légion thumb|left|upright=0.8|Insigne de bouclier de la Legio armeniaca selon la Notitia Dignitatum.

On ignore la date de la création de la légion et sous quel empereur elle fut levée ; il est vraisemblable cependant que sa création, tout comme celle de sa jumelle, la Legio I Armeniaca, date du Lendering (2002).. On sait toutefois que les deux légions consistaient en limitanei dont la tâche était de protéger la province d’Arménie où elles étaient stationnéesGrosse (1920), ..

De même, on sait peu de choses sur l’histoire de la légion, sauf qu’elle participa à la construction du camp fortifié de SatalaCIL 2, 13630- voir Clauss/Slaby en bibliographie.Ritterling (1925), ..

Vers 360, la Legio Armeniaca défendit, en compagnie des Legio II Parthica et d’une Legio Flavia (peut-être la Legio II Flavia Virtutis), la ville de Bezabde (aujourd’hui Cizre, en Turquie) contre les Perses. Lorsque les puissantes murailles de la ville ne purent contenir les envahisseurs, les défenseurs furent massacrés ou faits prisonniersAmmianus Marcellinus, Res Gestae, , 7..

Selon la Notitia Dignitatum, recension rédigée vers 400On doit toutefois consulter la Notitia Dignitatum avec prudence, car diverses mises à jour, surtout en ce qui concerne l’armée de l’empire d’Occident, ont été faites de façon partielle et conduisent à des invraisemblances., la Legio Armeniaca était alors une legio pseudocomitatensis sous les ordres du magister militum per Orientem (général en chef pour l’Orient)Notitia Dignitatum, Or. .. Les pseudocomitatenses étaient des détachements provenant de troupes surveillant les frontières (limitanei), ayant été temporairement affectés aux forces mobiles (comitatenses) pour une campagne (par exemple contre les Perses), mais intégrés dans ces forces par la suiteGoldsworthy (2000), ..

Notes et références Notes

Références

Voir aussi

Bibliographie Sources primaires Dion Cassius, Histoire romaine Ammien Marcellin, Res Gestae, livre

Sources secondaires Arnold, W.T. Roman Provincial Administration. Chicago, Ares, éd., 1974 Bunson, Matthew. Encyclopedia of the Roman Empire. New York, Facts on File, 1994 Clauss/Slaby. Epigraphik-Datenbank Clauss / Slaby (EDCS) en ligne Feld, Karl. Barbarische Bürger. Die Isaurier und das Römische Reich (Millennium-Studien), Berlin, de Gruyter, 2005 Goldworthy, Adrian. Roman Warfare. Phoenix, 2000 Grosse, Robert. Römische Militärgeschichte von Gallienus bis zum Beginn der byzantinischen Themenverfassung. Berlin, Weidmann, 1920 Luttwak, Edward N. The Grand Strategy of the Roman Empire, from the First Century A.D. to the Third. Baltimore (Maryland) Johns Hopkins University Press, 1976

Ritterling, Emil. « Legio ( Armeniaca) (dans) Paulys Realencyclopädie der classischen Altertumswissenschaft (RE), vol. , 2, Stuttgart, 1925

Articles connexes Légion romaine - Liste des légions romaines Legio I Armeniaca Notitia dignitatum Trajan Shapur

Liens externes

Lendering, Jona. Legio Armeniaca (dans) livius.org. Legio Armeniaca (dans) imperium-romanum.com (traduction de l’article de Lendering)

02, Armeniaca