La villa de Tourville, sur le territoire de la commune de Saignon (Vaucluse), est un site archéologique fouillé d'abord par Dominique Carru, directeur du service archéologique départemental de Vaucluse, puis par André Kauffmann, conservateur des musées d'Apt. Leurs équipes ont dégagé les ruines d’une villa rustica gallo-romaine essentiellement consacrée à la production d’huile et de vin puis ont montré qu'elle était au centre d'un réseau de fermes et d'habitations, reliées entre elles et à Apta Julia par des voies de communication.

Situation Le site de Tourville se situe à proximité du Calavon, près de la via Domitia, à environ d’AptLa ferme gallo-romaine de Tourville. Installée sur le flanc sud de la colline des Tapets, qui était dénommée podium Martis dans l'Antiquité..

Fouilles de Dominique Carru La villa gallo-romaine a succédé à une ferme gauloise plus ancienne, remontant au avant notre ère. Elle couvrait une superficie de à m et les premières fouilles ont dégagé un vaste hangar (23,5 x ). Celui-ci avait servi à la production d’huile d’olive et de vin..

La vinification était assurée par deux fouloirs de grandes dimensions (3,30 x 2,10 et 5 x 2,10). Les bondes qui permettaient l'écoulement vers les cuves de fermentation ont été retrouvées intactes.

vignette|gauche|Moulin à huile antique.

Une oliveraie, qui servait aussi de support aux vignes arbustives, fournissait des olives qui étaient triturées puis pressées sur place dans un moulin dont les parties fixes ont été retrouvées sur place, ce qui a permis de situer avec précision le pressoir.

Jouxtant les fouloirs à vendanges et le moulin à huile ont été mises au jour une cinquantaine de dolia, enfoncées dans le sol en double rangée. Elles pouvaient stocker entre 640 à 800 hectolitres.

La villa rustica de Tourville a été occupée de la fin du jusqu’au . Elle fut détruite par une horde barbare vers l’an 275 de notre ère, date donnée par les dernières monnaies retrouvées qui étaient frappées aux effigies de l'empereur Gallien et de son épouse Salonine.

Fouilles d'André Kauffmann

Les premières fouilles du site faites à partir de 1998 ont permis de mettre en évidence l'importance de cette villa viticole et oléicole. Depuis les années 1999/2000, dans le cadre d'une nouvelle campagne de fouille, des travaux de restauration ont été entrepris à l’initiative de la ville d’Apt, propriétaire du terrain.

Ces fouilles ont été menées sous la direction de Nelly Duverger, Robert Gaday, François Guyonnet et d'André Kauffmann. Au cours de celles-ci, les travaux de restauration du site ont été entrepris en remontant partiellement les murs déjà dégagés lors des campagnes précédentes. Une spécialiste a pu consolider une partie des dolia du chai viticole, tandis qu'était remis en état de fonctionnement le moulin à huileCompte-rendu des fouilles de Tourville en 2000 sur le site Archipal.

Les fouilles entreprises à l'intérieur du chai ont permis aux archéologues de préciser les différentes étapes de l'évolution de ce bâtiment viticole. Le premier chai romain a été édifié au début du , de nouveaux aménagements ont été poursuivis au cours de la seconde moitié du même siècle. Il est à souligner que l'édification de ce chai viticole est quasi contemporaine de la fondation d'Apta Julia. La superficie du chai () fut augmentée aux périodes suivantes durant lesquelles il va être construit en moellons grossièrement équarris liés à la terre. Dans les fondations de ce nouveau bâtiment, les archéologues ont exhumé une table de pressoir (maie) qui avait servi à élaborer du vin à l'époque gauloise. Cette maie était semblable à celles qui ont été dégagées à Entremont et datées du avant notre ère.

Cette découverte est une des preuves indéniables que les celto-ligures (les Vulgientes du nord Luberon) vinifiaient bien avant la colonisation romaine. Peu après sa fondation, Marseille, dont la chora (terres agricoles) était fort réduite, dut chercher des approvisionnements auprès des tribus voisines. Guy Barruol a montré que les Massaliotes recherchaient les simples et les herbes aromatiques des contreforts alpins qu'ils troquaient contre du vin.

Ces relations commerciales furent d'importance comme l'attestent le nombre d'amphores massaliotes, de kylis et de pélikès retrouvés lors des fouilles sur le territoire des Vulgientes. Cette tribu, grâce à l'influence des Phocéens de Marseille, se mit dès lors à tailler ses vignes et ses oliviers..

Inscription celto-grecque de Saignon...]ΔΒΟ[...]ΤΟΟ[...] ΟΥΕΙΜΑΤΙΚΑΝ [...] ΛΙΟΥΕΙΚΑΡΝΙΤΟΥ [...

Ces contacts étroits avec les Grecs de Massalia sont confirmés par une inscription celto-grecque qui a été découverte en 1867 dans les jardins du presbytère de Saignon. Ce cippe est actuellement déposé dans l'église paroissiale Notre-Dame de PitiéLe cippe de Saignon. On y lit notamment […] ouei matican[…]liouei carnitou […] qui a été traduit partiellement par Il vocabolario celto franceso. Quant à carnitou, ce vocable se retrouve sur la pierre bilingue de Todi et sur la stèle de San Bernadino de Briona.

Vers le milieu du , sans doute sous le règne d'Antonin le Pieux, un nouvel agrandissement du chai fut réalisé dans sa partie méridionale, qui fit passer sa largeur de à , et sa superficie à carrés. Il était cette fois pavé de moellons liés au mortier de chaux. Il est à noter que le nouveau mur sud-est fut équipé de trois piliers de renfort, .

Au cours du , le chai fut agrandi une dernière fois vers le sud. Il y fut adjoint une galerie de de large. Cet ultime aménagement porta sa largeur à et fit passer sa surface à près de . Ce qui permit de faire fermenter les moûts dans environ 60 à 70 dolia. Par contre, la production d'huile d'olive fut totalement abandonnée, .

vignette|Voie Domitienne entre Apta Julia et les Alpes provençales.

La villa de Tourville était desservie par une véritable route de de large et de direction SO-NE. Elle bordait la ferme sur sa façade nord et peut actuellement être suivie sur une longueur de . Les archéologues ont noté que .

Elle se dirigeait au sud-ouest vers le Calavon. Le torrent était très certainement franchi par un gué qui permettait de rejoindre la voie Domitienne. Cette desserte n'était pas la seule puisqu'au nord-est elle permettait d'atteindre le ravin de la Masque et, par là, de .

Sur son côté nord, les fouilles qui ont permis de dégager cette route ont montré qu'elle était bordée de terrasses de culture maintenues par des murs de soutènement. Ces restanques, dont quelques-unes se sont effondrées dans la période d'activité de la villa rustica, ont été reconstruites à plusieurs reprises. Lors de ces restaurations ont été utilisées, en réemploi, des céramiques modelées gauloises des avant notre ère, ce qui a de nouveau permis de vérifier l'ancienneté de l'occupation et de l'exploitation du site. Analysant sa campagne de fouille, André Kauffmann conclut : .

Notes et références

Voir aussi Bibliographie

Liens externes

Dominique Carru et André Kauffmann, La Ferme gallo-romaine de Tourville : une découverte archéologique d'un intérêt exceptionnel

Tourville Tourville Catégorie:Site archéologique en Vaucluse Catégorie:Saignon