thumb|right|400px|types d'épées selon la classification d'Oakeshott La classification des épées médiévales d'Oakeshott a été rédigée par l'historien et illustrateur Ewart Oakeshott, qui a consacré une bonne partie de sa vie à étudier les armes et armures de l'époque médiévale et du début de la Renaissance. En étudiant le matériel de guerre médiéval, il a considérablement influé sur la compréhension actuelle que nous avons non seulement de la guerre à cette époque, mais aussi des technologies et des multiples évolutions en matière d'armement au long de cette périodeChad Arnow et al., Ewart Oakeshott: The Man and his Legacy: Part I : « Ce système nous fournit un cadre de référence à utiliser lors des discussions ou des comparaisons sur les aspects des épées médiévales et de leurs équivalents modernes ». . L'épée, en tant que symbole d'une époqueEwart Oakeshott, The Archaeology of Weapons: Arms and Armour from Prehistory to the Age of Chivalry. Boydell Press, 1960 : « Pendant plus de l'épée a été un emblème de pouvoir et de commandement des troupes, quand l'avènement de la chevalerie l'a élevée au plus haut de sa gloire. Aux environs de 1150, elle s'était adaptée et avait pris un aspect sacré pour l'Église, et la Croix qu'elle formait devint un symbole de protection contre le péché, un rappel que son propriétaire devait l'utiliser à bon escient pour la protection de l'Église et pour la confusion des ennemis du Christ. Sa lame à double tranchant représentait la vérité et la loyauté, un côté pour le fort qui persécute le faible et l'autre pour le riche qui oppresse le pauvre. », a fait l'objet d'une étude attentive dont est ressortie une typologie chronologique montrant l'évolution de l'épée des dérivés du glaive romain à l'apparition des premières rapières (à l'exclusion de celles-ci), sur une période qui s'étale approximativement du . La classification s'intéresse bien sûr à la lame (sa forme, sa longueur, l'évolution de sa section), mais aussi à la garde, au pommeau et à la fusée.
Cette chronologie est retracée dans son ouvrage de 1960, The Archaeology of Weapons: Arms and Armour from Prehistory to the Age of Chivalry, et complétée dans les ouvrages ultérieurs. Les épées y sont classées en treize catégories, numérotées de X à XXII : cette numérotation fait suite à la catégorisation introduite en 1919 par Jan Petersen dans De Norske Vikingsverd (Les épées vikings de Norvège), modifié en 1927 par Mortimer Wheeler en une classification en neuf types, de I à IX. À part les types d'épées elles-mêmes, Oakeshott a également établi une classification pour les pommeaux (vingt-quatre types principaux, numérotés de A à W, puis Z), ainsi que pour les gardes des épées (douze styles, de 1 à 12).
Ci-dessous est présenté un résumé de la classification qui concerne les lames d'épées. À chaque type sera attribuée une pondération d'efficacité de la lame à la coupe comme à l'estoc. Le nombre de « + » est indicatif de l'efficacité pour chaque type de frappe (plus il y a de « + », plus l'arme est efficace dans cette catégorie). On peut observer que les propriétés mécaniques (finesse du profil de la lame contre rigidité, notamment) sont bien souvent en opposition.
Types d'épées privilégiant la taille Les cinq premiers types et leurs sous-types d'épées sont des armes dont l'usage va de la taille pure à un usage très modéré de l'estoc, la taille restant très majoritaire dans l'esprit de leur conception. Les lames sont fines et larges, très bien profilées (profil lenticulaire la plupart du temps) pour couper, mais trop souples longitudinalement pour estoquer. Ces armes sont adaptées à des cibles faiblement armurées, c'est-à-dire sans armure, en gambison, ou encore en haubert de mailles.
Type X Ce type est la première vraie épée « européenne » issue de la tradition des épées vikings qui a été classifiée par Jan Petersons en 1919. Il s'agit en fait d'une épée de la fin de l'ère Viking. Ces épées ont des lames larges avec une gouttière peu profonde et large (au moins la moitié de la largeur de la lame) qui descend presque jusqu'à la pointe, légèrement arrondie. Ce type de lame est produit jusqu'au début du , mais beaucoup moins après la fin de l'époque Viking. Les poignées prennent des formes diverses mais les lames excèdent rarement les , et les fusées sont courtes (usage uniquement à une main). Les poignées sont de style nordique avec des pommeaux cylindriques et une garde droite ou légèrement courbée vers la lame. Contrairement aux pommeaux futurs, ceux des épées de ce type sont vraiment en forme de disque et n'adoptent pas de formes plus complexes. Avec sa déclinaison « type Xa », cette épée représente ce que l'on appelle communément l'« épée normande ». coupe : +++ estoc : +
Type Xa Sous-variante du type X, les principales différences sont: la gouttière est plus étroite (1/3 de la largeur de la lame), la lame un peu plus longue ( maximum). Les deux types sont en concurrence jusque vers l'an Mil. Aucune différence au niveau des poignées. coupe : +++ estoc : +
Type XI Le type XI est caractérisé par une lame fine aux tranchants parallèles, avec une gouttière étroite qui court tout le long de la lame. La pointe est assez acérée. Les lames sont longues par rapport à la poignée, et la plupart présentent des motifs gravés sur la lame. Le type XI connaît son apogée au milieu du , sa période d'utilisation s'étendant de 1050 à 1350. C'est l'épée qu'on pourrait imaginer comme typique de la première croisade. coupe : +++ estoc : +
Sous-type XIa Similaire au type XI mais la lame y est plus large et plus courte, la gouttière restant étroite. On rencontre ces épées entre 1250 et 1350. Les pommeaux sont simplement des cylindres voire en forme de sphère ou de « noix » assez simples. Les quillons sont droits et courts. coupe : +++ estoc : +
Type XII La lame des épées type XII sont plates avec une ou plusieurs gouttières qui courent sur les deux tiers voire les trois quarts de la lame. Des gouttières plus longues classifieraient ces lames en type X. Les poignées s'allongent par rapport aux types précédents, tout en restant confinés à l'usage à une main. Les pommeaux sont en général cylindriques, mais leur variété s'accroît par rapport aux types précédents. Les quillons sont droits et courts. Le type XII est présent sur les bas reliefs, peintures et tapisseries du début du . Les épées du type XII sont les plus répandues de toutes ou, du moins, celles qui ont été retrouvées dans le plus grand nombre. On peut l'imaginer comme l'« épée type » du chevalier du début du Bas Moyen Âge. coupe : +++ estoc : ++
Sous-type XIIa Premier type d'épée longue maniée à une ou deux mains apparu, c'est la version allongée du type XII, « l'épée de guerre ». La poignée est prévue pour être saisie à deux mains. On rencontre ce type courant . Leur poids oscille entre 1,5 et . La lame fait plus de et c'est la première épée qu'on pourrait qualifier d'épée « bâtarde », bien qu'il apparaisse qu'une utilisation à une main ne soit qu'anecdotique. Les chroniques du Moyen Âge parlent d'hommes tranchés de la tête à l'entre-jambe. Aussi étonnant que cela puisse paraitre, si c'était effectivement possible, c'était avec ce type d'épée. coupe : ++++ estoc : ++
Type XIII Le type XIII présente des lames dont les tranchants sont presque parallèles et la pointe arrondie. La ou (plus rarement) les gouttières courent jusqu'à la moitié de la lame. La poignée est plus longue que sur les autres types destinés au maniement à une main. On rencontre ces épées du milieu du à la fin du . coupe : ++++ estoc : +
Sous-type XIIIa Prototype de « l'épée de guerre » à deux mains, ces armes sont grandes : les lames font de 80 cm à un mètre, les poignées de . À part la taille, elles conservent les autres caractéristiques du type XIII, et leur période d'utilisation est identique. Les célèbres claymores écossaises sont souvent de ce type. Avec les épées de type XIIa, ce sont les grandes « épées de guerre », des armes destinées à donner ce qu'on appellerait actuellement une « puissance de feu » démesurée aux combattants. Plus encore que les épées de type XIIa, les épées de type XIIIa misent sur la force brute d'une lame longue, large et solide pour une puissance de coupe sans pareil. Néanmoins, il ne faut pas les voir comme d'énormes barreaux d'acier, des assommoirs : au contraire, c'étaient des épées capables de coupes précises et d'une puissance étonnante. coupe : +++++ estoc : +
Sous-type XIIIb Ce sous-type est proche du type XIII, mais la lame est parfois plus étroite. La poignée est similaire sur la forme, mais sa longueur, plus courte, est celle des armes à une main plus « classiques ». La période d'utilisation est toujours la même. coupe : ++++ estoc : +
Type XIV Ce modèle a été utilisé entre 1275 et 1340. Il est facile à identifier : lame courte, poignée courte, lame de forme triangulaire, large à la base et se terminant en pointe acérée. La gouttière parcourt les trois quarts de la lame, et on rencontre parfois des gouttières multiples. L'essentiel à retenir concernant ce type d'épée est l'évolution des techniques de l'art du combat, mettant en avant l'estoc : ces épées sont courtes (lame de 70 cm), avec une base très large permettant un coup d'estoc particulièrement précis tout en gardant une puissance de coupe tout à fait respectable. C'est une sorte de concentré de puissance, une épée petite, avec des lignes fluides et relativement sobres (alors, pourtant, que ces épées étaient des épées « nobles » : très peu utilisées par la troupe mais bien plus appréciées des chevaliers), permettant aussi bien de percer les premières armures de plates que de tailler une cotte de mailles. coupe : +++ estoc : +++
Types d'épées privilégiant l'estoc L'apparition des armures de plates exige de meilleures performances d'estoc : on va abandonner les gouttières, les tranchants parallèles, les sections lenticulaires, les tranchants très fins, pour aller vers des lames à sections en « diamant aplati », c'est-à-dire en losange, et des lames de formes triangulaires, bien plus rigides, aux pointes extrêmement acérées, mais aux performances de coupe amoindries (sans pour autant être négligeables).
Type XV Le type XV est l'incarnation de cette révolution technique. Il marque un changement radical avec les types précédents : lame triangulaire aux tranchants rectilignes, section de lame en losange aplati, pointe acérée prévue pour l'estoc. L'usage de ces armes remonte, de manière fort discrète, à la fin du , mais son usage ne se répand qu'aux , tombant en désuétude au début du . C'est la première épée destinée principalement à l'estoc. Ces épées, bien que faites pour l'estoc, conservent des capacités de coupe tout à fait respectables, même si elles ne sont plus à la hauteur de leurs ancêtres. coupe : ++ estoc : ++++
Sous-type XVa Il s'agit de la version allongée du type XV, prévue pour l'usage à deux mains, avec une lame plus étroite et plus longue. La poignée est beaucoup plus longue, pour accueillir deux mains entières, pouvant atteindre jusqu'à (assez rare, la longueur moyenne est de ). Ce type est l'archétype de l'épée longue de l'escrime lichtenauerienne. C'est aussi « l'épée bâtarde » type. De nombreux maîtres comme Ringeck ou Fiore ont produit des traités d'escrime : lorsqu'ils abordent l'épée (car ils abordent en vérité une grande variété d'armes de l'époque), c'est cette épée-ci qu'il faut voir. coupe : +++ estoc : ++++
Type XVI