vignette|Ce que je pense que l'autre pense de moi. La méta-perception représente la perception qu'un individu a quant à la perception d’un autre individu à son sujet ou autrement dit, ce que l'on pense que l'autre pense de nous. Le concept de méta-perception est une des trois composantes de la perception interpersonnelle.

La est un système complexe et un domaine de recherche en psychologie sociale qui examine la perception que des individus en interaction ont les uns des autres. Elle peut être conçue comme impliquant un minimum de trois concepts cognitifs, distincts mais étroitement liés., ces trois composantes sont la perception de soi, la perception des autres et la méta-perception.

Reliée au concept de méta-perception, la meta-accuracy représente quant à elle l'exactitude avec laquelle les individus peuvent estimer ce que les autres pensent d'eux..

La méta-perception qui s'applique à un niveau de perception individuel est à distinguer des méta-stéréotypes qui comprennent les croyances d'un exogroupe à l'égard d'un endogroupeVorauer, Hunter, Main et Roy 2000 ; cité par ..

Depuis déjà presque 60 ans, grâce au travail pionnier de Heider (1958) quant aux concepts de « vouloir » et « essayer », les psychologues sociaux ont découvert qu'inférer l’état mental de l’autre et tenter de lire ses pensées se fait de manière naturelle, sans doute imparfaite, pour la plupart des individus et conduit entre autres à la formation d’impressionsReeder, Kumar, Hesson-McInnis et Trafimow 2002 ; cités par ..

Un modèle prédominant de la perception humaine est le Modèle des Relations Sociales plus connu sous le nom de Social Relations Model réalisé par Kenny et La Voie en 1986. Celui-ci permet d'étudier les dynamiques interpersonnelles, les perceptions et les comportements entre les individus lors d'une interaction sociale. Il a permis de découvrir que la formation des méta-perceptions serait exclusivement influencée par la perception de soi. En effet, il existerait une sorte de circularité entre les deux concepts leur permettant de s'influencer mutuellement.

Définition et concept

Le concept de méta-perception se réfère à l'idée qu’un individu se fait quant à la perception d’un autre individu à son sujet, ou plus simplement : la perception de ce qu'un individu pense qu’un autre individu pense de lui. Le concept de méta-perception répond à la question : « Qu’est-ce je pense qu'il pense de moi ? ».

Le terme de méta-perception dans la perception interpersonnelle a été introduit pour la première fois par Laing, Phillipson et Lee en 1966. Par souci de clarté et de manière schématique, elle peut être représentée comme étant ce que A pense que B pense de lui (A), ex : Zoé pense que Léa pense que Zoé est désagréable. En effet, l'expérience sociale dyadique (qui implique deux personnes) à laquelle l’être humain est confronté lors de ses interactions ne prend pas seulement en compte la vision directe du soi ou la vision des autres, mais également la méta-perspective, qui représente la vision de la vision des autres du soi.

En 1994, Kenny élabore une nouvelle distinction dans la définition du concept de méta-perception et soutient que celle-ci peut prendre deux formes différentes séparément ou conjointement : généralisée et dyadique. La méta-perception généralisée reflète la perception des individus quant à ce que d'autres individus pensent d’eux et ce de manière générale, tandis que la méta-perception dyadique est associée à la perception de chaque personne en particulier.

Historique

C'est depuis les années 1930 avec les travaux de George Herbert Mead et al et ensuite dans les années 1950 grâce aux travaux de Fritz Heider (1958) que les psychologues sociaux se sont penchés sur la question de l’inférence psychologique. En effet, les humains ont toujours eu une tendance naturelle à tenter de lire les pensées d’autrui. Cependant, cette lecture restant imparfaite, elle a et mène encore souvent à la formation d'impressions subjectives.

Perception interpersonnelle Le concept de perception interpersonnelle est étudié en psychologie sociale comme la perception que peuvent avoir les individus les uns des autres et ce lorsque ces derniers sont en interaction. Comme Kenny le résume, il s'agit d’une perception basée sur le jugement qu'un « percevant » a d'une autre personne, le « perçu ». Lors de l'interaction, le percevant et le perçu peuvent mutuellement changer de rôle.

La formation de cette perception dite interpersonnelle est cela dit complexe et implique un ensemble de trois concepts cognitifs permettant d'aboutir à « l'impression » ou la perception. Ces trois concepts sont la perception de soi, la perception d’autrui et la méta-perception : ils seront résumés ci-après.

Ces trois concepts sont considérés comme interdépendants et s'influencent donc les uns les autres. Autrement dit, une modification au sein de la perception de soi peut influencer et modifier la perception d’autrui ou la méta-perception. En effet, Ronald Laing et al. ont confirmé l'idée que la réciprocité de la relation entre ces trois types de perception les rendait dépendantes les unes des autres et que la modification d’une des perceptions entraînerait la modification des autres perceptions. De manière plus concrète, imaginons les trois concepts sous forme d'une interaction entre A et B : A se sent soudain mal dans sa peau → A percevra B différemment et cela influencera aussi la manière dont A pense que B le perçoit. A perçoit B négativement → cela aura une incidence sur la manière dont A se perçoit lui-même et comment il pense être perçu par B. A pense que B ne l’aime pas → cela influencera la façon dont A se perçoit et la manière dont A perçoit B.

Perception de soi vignette|Questionnement sur l'image de soi. La représente l'idée qu'une personne se fait d'elle-même. Le concept de perception de soi fut développé en 1967 par Daryl Bem. Selon lui, les individus ont une tendance naturelle à déduire leurs traits de personnalité, leurs attitudes, leurs sentiments et leurs motivations sur base de l'auto-observation de leurs propres comportements et des circonstances dans lesquelles les comportements ont lieu. Il en ressort que c’est donc via l'observation de soi-même que l'individu est en mesure de répondre à la question « Qui suis-je ? ». La perception de soi n'est pas à confondre avec « l'image de soi » qui elle peut prendre différentes définitions et être nuancée selon les disciplines dans lesquelles elle est étudiée.

Perception d'autrui La perception d'autrui ramène aux impressions, aux croyances, aux perceptions qu'un individu entretient vis-à-vis d’un autre. Contrairement à la perception de soi, la perception de l'autre englobe un concept plus social et interactionnel. La perception d'autrui est fortement lié au concept de perception sociale définie comme la manière qu'ont les individus de se former des impressions vis-à-vis des autres et la façon qu'ils ont d'élaborer des jugements à leur égard. Autrement dit, la perception d’autrui permettrait de répondre à la question : « Qu'est-ce que je pense de lui ? »

Méta-perception La méta-perception est comme nous l'avons déjà dit l'idée qu'un individu se fait quant à la . Plus simplement, la méta-perception permet de répondre à la question suivante : « Qu'est-ce que je pense que l'autre pense de moi ? »

Modèle des relations sociales Le modèle des relations socialesKenny et La Voie 1986 ; cités par mérite un certain intérêt puisqu'il reprend un modèle général de la perception humaine.

qu’il implique la méta-perception en particulier puisqu'il permet de façon plus globale d’étudier les dynamiques interpersonnelles, les perceptions et les comportements entre les individus lors d’une interaction sociale.

Le modèle permet d'analyser les facteurs des perceptions interpersonnelles qui sont, comme indiqué plus haut, la perception de soi, la perception d'autrui et la méta-perception et ce à un niveau individuel mais également dyadique. Si l'on tient compte du niveau dyadique, il convient donc d'inclure de nouveaux facteurs qui eux-mêmes influencent les perceptions et les méta-perceptions entretenues par un ou plusieurs individus lors d'une interaction.

Énoncé simplement, les facteurs influençant seraient : l'effet de l'acteur, l'effet du partenaire et l'effet de la relation. L'effet de l'acteur et du partenaire opère plutôt à un effet individuel et l’effet de la relation à un niveau dyadique. L'application de ces trois effets appliqués aux perceptions et aux méta-perceptions permettent une vision simplifiée telle que l'exemple suivant d'une relation entre A et B.

En suivant le modèle des relations sociales, l'impression que A construirait au sein de la relation avec B dépendrait de l'effet de l'acteur (la manière dont A perçoit généralement les autres), l'effet du partenaire (la manière dont A est généralement perçue par les autres) et l'effet de la relation (la manière dont A est perçue par B), ce dernier impliquant une modalité plus spécifique en matière de relation. Ce dernier effet ne peut être transposé à une autre relation puisqu'il est à chaque fois unique. Tandis que les effets de A et de B peuvent être réutilisés sans trop de difficulté et ce peu importe la relation.

Plus spécifiquement concernant la méta-perception, les facteurs observés précédemment peuvent également être repris de la même manière. En effet, toujours en prenant l’exemple d’une relation entre A et B, la méta-perception de A dépendra de : la manière dont A se sent généralement perçu par les autres, comment les gens pensent que A perçoit généralement les autres et enfin comment A pense être perçue par B.

De plus, l’étude de la méta-perception via le modèle des relations sociales a scindé le concept en deux à savoir : les « traits » et les « affects ». La méta-perception est alors calculée pour chaque trait du Big Five (reprenant on le rappelle l'ouverture à l'expérience, la conscienciosité, l'extraversion, l'agréabilité et le névrosisme) au niveau des trois composantes du modèle des relations sociales de Kenny et La Voie : l'acteur, le partenaire et la relation.

Les études de la méta-perception via le spectre du modèle des relations sociales ont révélé que la méta-perception était à environ 50 % influencée par l'effet de l'acteur donc la manière dont A se sent généralement perçue par les autres. En effet, un individu A se sentirait généralement toujours perçu de la même manière et l'impression qu'il penserait faire aux autres différerait de celle que tout autre individu estime qu’on pense de lui. Kenny et DePaulo ont confirmé que 55 % des méta-perceptions de traits ou d'affect était influencée par l'effet de l’acteur. L'effet du partenaire quant à lui n’influence la méta-perception qu'à environ 5 % ce qui laisserait croire que les individus ne sont généralement pas d'accord concernant l'évaluation d’autrui. Enfin, l'effet de relation n'expliquerait qu’environ 5 à 15 % de la méta-perception.

En conclusion, la perception qu’aurait un individu concernant ce que les autres pensent de lui de manière générale aurait une influence prépondérante et bien plus importante que les deux autres effets de partenaire et de relation. Cela laisserait entendre que la méta-perception d'un individu ne se construirait donc pas différemment au sein de chaque relation mais plutôt à un niveau plus macro, ne prenant quasi pas compte du côté unique de chaque interaction.

La meta-accuracy La « meta-accuracy » (la méta-exactitude) peut se définir comme étant le degré auquel les méta-perceptions correspondent aux vraies perceptions ou autrement dit l'exactitude avec laquelle les individus peuvent estimer ce que les autres pensent d’eux.