vignette|Carte du royaume lagide vers 300 av. J.-C., avec la localisation d'Alexandrie indiquée.

Fondée par Alexandre le Grand en 331 , la cité d’Alexandrie a été durant l’époque hellénistique la plus grande ville du monde grec. Surnommée le « comptoir du monde » par Strabon, elle forme un pôle commercial majeur, aboutissant à la formation d'une population cosmopolite de l'ordre d'un demi-million d'habitants, presque inégalée durant l'Antiquité. De plus, la ville est la capitale du royaume lagide, ce qui lui donne un rôle de premier plan dans la gestion administrative de l'Égypte et dans l'histoire de la dynastie lagide.

Alexandrie est située à l'ouest du delta du Nil, au nord du lac Maréotis et au sud de l'île de Pharos. Cette dernière est rattachée au continent par l’Heptastade, sorte de digue servant aussi d'aqueduc, qui a permis non seulement l’extension de la ville mais aussi la création de plusieurs ports maritimes.

Évolution historique vignette|redresse=1.5|Plan d'Alexandrie vers 30 av. J.-C. Compte tenu de la faible documentation littéraire à laquelle les historiens ont accès, il est difficile de décrire précisément le cours des événements qui se sont déroulés à Alexandrie avant notre ère. Il est cependant possible de dresser un vague portrait.

Lieu d'installation

L'endroit de la fondationSi le terme de « fondation » peut sembler discutable compte tenu de la présence, sur le même site, d'un village avant Alexandrie, le mot est cependant employé pour des raisons de commodité par les historiens et archéologues dans leurs travaux : André Bernand, Jean-Yves Empereur, etc. de la ville d’Alexandrie est connu des Grecs à travers lOdyssée d'Homère :

La ville d'Alexandrie aurait été construite sur l'ancien site de Rhakôtis à partir de 331 , mais les historiens n'ont que peu de documents à son sujet et trois hypothèses ont été mises au point : Pour certains, Rakhotis est un simple village de pêcheurs ; Pour d'autres, le terme rakhotis pourrait être traduit par « le bâtiment », qui se rapporte aux premiers édifices dignes de ce nom construit par les Grecs, près ou à la place de ce même village de pêcheurs ou d’un poste de garde ; Enfin d'autres pensent que rakhotis signifierait « le chantier » et ne serait pas une ville mais le nom donné par les Égyptiens à la ville d’Alexandrie au moment de sa construction. En effet, une grande partie d’Alexandrie a été construite d’un bloc et a dû avoir longtemps l’apparence d’un chantier.

Ce qui est connu de la zone avant Alexandrie provient de quelques auteurs grecs et romains qui font mention des populations établies sur les marécages entourant la région. Héliodore dit que les Égyptiens l'appellent « le pays des bergers » tandis que la région a mauvaise réputation :

Fondation vignette|redresse=1.5|Alexandre le Grand fonde Alexandrie, Costanzi, 1736-1737.

La fondation de la ville d'Alexandrie a inspiré un mythe repris par Plutarque. Dans la Vie d’Alexandre, le biographe raconte comment, une nuit de 331 , alors qu'Alexandre projette de construire une ville en Égypte, il rêve d’Homère qui lui parle de l’île de Pharos. Toujours selon la légende, Alexandre serait allé voir, à son réveil, cette île et a commencé à tracer sur la côte qui lui fait face les contours de la cité à l'aide de farine. Arrien nous apprend dans lAnabase qu'en l'absence de matériaux pour marquer les traces des futures fortifications, les ouvriers utilisent de la farine. Cette façon de procéder est interprétée comme un bon présage par les devins qui prédisent prospérité à la ville et notamment « pour les fruits de la terre ». Strabon dans sa Géographie nous raconte une histoire similaire : il nous indique qu’en raison du manque de terre blanche on utilise la farine destinée aux ouvriers pour terminer de tracer la ligne de l’enceinte. Ce signe est interprété là aussi comme un heureux présage. Plutarque suit l'histoire de Strabon et rajoute qu’une fois les lignes tracées de nombreux oiseaux sortant du lac se mettent à manger la farine. Comme il ne reste plus rien, Alexandre se trouble de ce présage, mais les devins lui disent que ce signe indique que la future ville sera si plantureuse qu’elle suffira à nourrir toutes sortes de gens. La part que tient la religion dans la fondation d’une cité grecque est très importante. L’oracle de Delphes porte une grande part dans les créations urbaines et, si on ne peut pas le consulter, on prend la précaution, comme le fait souvent Alexandre, de s'assurer la garantie des oracles grecs ou même étrangers. À défaut, on tient compte des songes providentiels, ce qui est notamment le cas pour Alexandrie.

La réalité est plus prosaïque. Si Alexandre est un militaire avide de victoires et de conquêtes, il sait aussi suivre les conseils de son ancien précepteur Aristote : le philosophe détaille sa vision de « l'État idéal » (comprenant l'organisation de la population, le plan urbain, etc.) dans son ouvrage La PolitiqueAristote, La Politique, . écrit dans les années 340, soit une décennie avant la fondation d'Alexandrie. Alexandre suit scrupuleusement les conseils théoriques de son maître à penser : le terrain d'Alexandrie est au bord de la mer, doté de terres fertiles, facile autant à défendre qu'à quitter en cas de conflit. Le plan en damier est un exemple assez concret de l’influence de son mentor. Ce type de plan n'est pas nouveau cependant il est peu utilisé à l'époque, celui-ci permet une assez grande facilité de déplacement dans la ville qui est formée de rues orthogonales constituant des ilots de taille constante (plan hippodamien). Les rues ont été tracées perpendiculairement à la mer, de sorte que l’air marin du nord puisse s’y engouffrer afin de rafraichir la cité. De la même manière, le réseau de rues de la ville s'articule autour de deux axes principaux : la voie Canopique et l’axe nord-sud, qui font au moins de large afin là aussi de faciliter la circulation.

Ainsi, d'une manière globale, s'il s'avère que l'endroit est a priori un lieu austère et inhospitalier (réputation de brigandage, présence des marécages du lac Maréotis et navigation rendue difficile par le delta, entre autres), il n'est cependant pas dénué d'atouts : le site est situé au bord de la mer dans une position stratégiquement très intéressante, repose sur un sol rocheux ferme, à l'abri des crues du Nil et est aussi, à travers les récits d'Homère mentionnant le lieu, le seul point de repère connu des Grecs sur la longue côte égyptienne. Surtout, le lieu a le grand avantage de présenter, en face de lui, une île (Pharos) peu éloignée : prendre une île avant de conquérir la terre ferme est un des fondements des pratiques grecques en ce qui concerne la fondation.

Elle n'est pas la seule ville portant le nom d'Alexandrie construite par le Macédonien ; en effet, on en dénombre une vingtaine. Celle-ci est connue sous le nom dAlexandria ad Aegyptum (« Alexandrie près de l'Égypte ») ou Alexandria apud Aegyptum (c'est-à-dire « en marge de l'Égypte », car elle n'est pas considérée par les Anciens comme faisant partie intégrante de « l'Égypte », qui désigne, à proprement parler, la plaine alluviale du Nil dont Alexandrie ne fait pas partieStrabon, Géographie, XVII, et est devenue désormais Iskanderia. Avant elle, une autre ville du delta a été occupée par les Grecs mais elle leur a été offerte par Amasis : il s'agissait de Naucratis, un emporion ou « port de commerce ». Elle se situe à environ à l'intérieur des terres, et elle n’a eu que peu d’importance en dehors de son rôle commercial.

Premières décennies de la cité vignette|Octodrachme à l'effigie de Ptolémée et Bérénice.

Quittant l'Égypte en 331 pour poursuivre la conquête de l'Empire perse, Alexandre le Grand confie à Cléomène de Naucratis une colonie grecque dans le delta du Nil et, supposément, à Dinocrate de Rhodes la construction de la ville d'Alexandrie, conçue sur un plan orthogonal, ou en damier, avec de larges avenues se coupant à angles droits.

Les archéologues restent indécis quant à la taille de la ville lors de sa fondation, ils l'estiment être dans une fourchette allant d’au moins trente stades sur sept () à un maximum de quarante stades sur dix (). Alexandre a ordonné et a organisé lui-même le début de la construction de la cité : organisation en quartiers, construction de l'Heptastade - pour relier l'île de Pharos à la terre en isolant les deux ports (le Grand port à l’Est et l’Eunostos à l’Ouest) -, creusement du canal de Canope (aussi appelé canal d'Alexandrie, de Ménélas...) afin d'alimenter la ville en eau douce.

La fondation d'Alexandrie marque un basculement dans les pôles commerciaux de l'Égypte de l'époque : si, auparavant, les cités de Naucratis et Canope représentent les deux principaux centres marchands du territoire, ce rôle revient maintenant et exclusivement à la cité nouvellement fondée. Le pseudo-Aristote rapporte dans les Économiques comment, à ce moment-là, les habitants de Canope ont tenté de préserver leur ancienne situation commerciale telle quelle en corrompant Cléomène, avant que ce dernier ne fasse hausser ses exigences, à tel point que les habitants ne purent plus payer et furent contraints d'accepter de migrer à AlexandriePseudo-Aristote, Economiques, , 34..

Sous le règne de , qui prend le contrôle de l’Égypte après la mort d'Alexandre en 323, Alexandrie a continué à être subordonnée à la ville de Memphis. Cependant, il développe grandement la cité alexandrine, en prenant par exemple la décision de la construction de la bibliothèque et du musée. Afin d'affermir la légitimité de son pouvoir, la dynastie ptolémaïque a cherché à s'imposer comme le successeur d'Alexandre ; c'est dans cette optique que, selon le pseudo-Callisthène, le cadavre d'Alexandre est détourné par alors qu'il est en route pour Aigai. D'abord exposé à Memphis, le corps est finalement transporté à Alexandrie vers 280, pour y être placé à l'intérieur d'un temple dans un sarcophage recouvert d'or. Ce n'est véritablement qu'à partir de qu'Alexandrie gagne ses lettres de noblesse avec le début de la construction de la bibliothèque et du musée, de l'Arsinoéion. Il fait également débuter les travaux du célèbre phare vers 290 sur l'île de Pharos (qui a donné son nom au monument) ; le bâtiment, premier de ce type dans le monde grec, a pour utilité première de permettre la navigation nocturne.

Rayonnement sur le monde grec

Cependant, diverses révoltes secouent la ville à nombreuses reprises : une en 219 qui n'aboutit pas ; en 202 afin de destituer le régent Agathocle ; en 170 puis 165 ; tout au long du règne de (en particulier en 136-135, ce qui provoque la fuite du roi vers Chypre) ou encore en 80 sous , finalement tué dans le principal gymnase de la ville.

La fin de l'Alexandrie ptolémaïque est intrinsèquement liée à celle de la dynastie lagide qui règne depuis trois siècles ainsi que, d'une manière plus large, à la fin de l'époque hellénistique.

Espace urbain vignette|centre|redresse=3|Plan d'Alexandrie à l'époque hellénistique.

Plan de la ville vignette|redresse=1.5|Restitution de l'allée principale de la ville antique d'Anazarba, d'une largeur de plus de trente mètres, copiée certainement sur les rues d'Alexandrie.

Le plan de la ville d'Alexandrie est de type hippodamien. C'est un réseau formé de rues orthogonales formant des ilots de tailles constantes. Ces dernières ont été tracées perpendiculairement à la mer, de sorte que l’air marin du nord puisse s’y engouffrer afin de rafraichir la cité<, ceci suivant les conseils du précepteur d’Alexandre, Aristote.

Le réseau de rues de la ville s'articule autour de deux axes principaux, la voie Canopique et l’axe Nord-Sud, qui font au moins trente mètres de large afin de faciliter la circulation, ce qui est tellement élevé que les alexandrins les nomment sous le terme de plateiai (« place » en grec)