Melville Weston Fuller est un homme politique, avocat et juriste américain né le à Augusta, dans le Maine, et mort le à Sorrento, également dans le Maine. Il est Juge en chef des États-Unis de 1888 à sa mort.

Après ses études supérieures au Bowdoin College, Fuller s'installe à Chicago, où il devient un avocat réputé et s'implique dans la vie politique au sein du Parti démocrate. Il participe notamment à la campagne de Stephen A. Douglas lors de l'élection présidentielle de 1860 et siège de 1863 à 1865 à la Chambre des représentants de l'Illinois, où il exprime son opposition à la politique menée par le président Abraham Lincoln.

Dans les années 1880, le président démocrate Grover Cleveland offre plusieurs postes à Fuller, mais ce dernier les décline tous avant d'accepter sa nomination à la tête de la Cour suprême. Malgré l'opposition d'une partie des Républicains, le Sénat confirme sa nomination et Fuller prête serment le .

Durant ses deux décennies comme juge en chef, Fuller fait prêter serment à cinq présidents : Benjamin Harrison en 1889, Grover Cleveland en 1893 (pour son deuxième mandat), William McKinley en 1897 et 1901, Theodore Roosevelt en 1901 et 1905, et William Howard Taft en 1909. Administrateur compétent, il dirige une Cour suprême nettement conservatrice qui rend plusieurs arrêts en faveur des droits des États contre le gouvernement fédéral et du laissez-faire économique. Dans le domaine de la ségrégation raciale, Fuller fait partie de la majorité dans l'affaire Plessy v. Ferguson qui théorise le concept de « séparés mais égaux » et confirme le caractère constitutionnel des lois Jim Crow.

Bon nombre des décisions prises par la Cour suprême sous Fuller ont été abrogées depuis. Sa vision du libéralisme économique est battue en brèche à l'époque du New Deal et l'arrêt Plessy v. Ferguson est réduit à néant par la Cour en 1954, dans l'affaire Brown v. Board of Education. Aux yeux de la postérité, Fuller apparaît sous un jour négatif, comme un juge trop porté à soutenir les intérêts des grandes entreprises et des classes aisées et dont le nom reste irrémédiablement associé au cas Plessy v. Ferguson, souvent considéré comme l'une des pires décisions de l'histoire de la Cour.

Biographie

Origines

Melville Weston Fuller est né le à Augusta, dans le Maine. Il est le deuxième fils de Frederick Augustus Fuller et de Catherine Martin, née Weston. Ses deux grands-pères font carrière dans la branche judiciaire : Nathan Weston, le père de sa mère, siège à la de 1820 à 1841, tandis que le père de sa mère est juge en tribunal des successions. Son père est quant à lui avocat à Augusta. Trois mois après la naissance de Fuller, sa mère demande le divorce pour cause d'adultère. Elle obtient gain de cause et s'installe avec ses enfants chez son père.

Fuller effectue ses études supérieures au Bowdoin College, à Brunswick. Il y entre en 1849, adhère à la fraternité Phi Beta Kappa et obtient son diplôme en 1853. Il étudie ensuite le droit dans le cabinet d'un de ses oncles avant de passer six mois à la faculté de droit de Harvard. Bien qu'il ne soit pas diplômé de Harvard, il est le premier Juge en chef des États-Unis à avoir suivi une formation universitaire en droit. Il est admis au barreau du Maine en 1855 et entre comme commis dans le cabinet d'un autre de ses oncles à Bangor. Plus tard la même année, il retourne à Augusta pour devenir rédacteur en chef de , le principal journal démocrate du Maine, en partenariat avec encore un autre oncle. En , il est élu au conseil municipal d'Augusta, au sein duquel il exerce les charges de président et de .

Carrière à Chicago

Fuller quitte le Maine en 1856 pour s'installer à Chicago. Cette ville est un bastion du Parti démocrate, ce qui lui offre un contexte politique plus favorable et de meilleures perspectives d'avenir. Il vient par ailleurs de voir ses fiançailles rompues, ce qui l'encourage sans doute également à quitter sa ville natale. Il trouve une place dans un cabinet d'avocats et commence à s'investir dans la vie politique locale. Bien qu'il soit personnellement opposé à l'esclavage, il considère que c'est une question qui doit être traitée par les États et pas par le gouvernement fédéral. Il soutient ainsi la loi Kansas-Nebraska qui abroge le compromis du Missouri et laisse les territoires du Kansas et du Nebraska libres d'autoriser ou non l'esclavage. Partisan d'un compromis, Fuller s'oppose aussi bien aux abolitionnistes qu'aux sécessionnistes. Il participe aux campagnes électorales du démocrate Stephen A. Douglas lors des et de l'élection présidentielle de 1860, deux scrutins durant lesquels Douglas affronte le républicain Abraham Lincoln, remportant le premier mais perdant le second. Fuller se marie en 1858 avec Calista Reynolds. Ils ont deux enfants avant qu'elle ne meure de la tuberculose en 1864.

Lorsque la guerre de Sécession éclate, en 1861, Fuller est partisan d'une intervention armée contre les États confédérés, mais il n'approuve pas la manière dont l'administration Lincoln dirige le conflit et considère que plusieurs des décisions de Lincoln sont anticonstitutionnelles. Élu membre de la convention constitutionnelle de l'Illinois en 1862, il participe à l'élaboration d'un système d'allocation des sièges parlementaires très et soutient, comme les autres démocrates, des mesures pour empêcher les Afroaméricains de voter ou même de s'installer dans l'État. Il se prononce également en faveur d'une réforme judiciaire et pour interdire aux banques d'imprimer des billets. Un grand nombre de ses propositions sont adoptées par la convention, mais la constitution qu'elle élabore est rejetée par les électeurs en .

En , Fuller est élu de justesse député à la Chambre des représentants de l'Illinois. La législature, majoritairement démocrate, s'oppose violemment au gouverneur républicain Richard Yates et critique la politique du président Lincoln. Fuller s'oppose notamment à la Proclamation d'émancipation, qui viole selon lui les droits des États, et soutient l'amendement Corwin, qui aurait empêché le gouvernement fédéral d'abolir l'esclavage. Il considère également que la suspension de l' par l'administration Lincoln constitue une entrave aux libertés civiques. Yates finit par ajourner la législature, ignorant les objections virulentes des démocrates. Frustré, Fuller ne se présente plus jamais à des élections législatives, même s'il continue à participer à la vie politique du Parti démocrate.

vignette|Une publicité pour le cabinet de Melville Fuller parue dans le Chicago Tribune du .

Fuller se remarie en 1866 avec Mary Ellen Coolbaugh, la fille du banquier . Ils ont huit enfants et leur mariage ne prend fin qu'avec la mort de Mary Ellen, en 1904. Membre du , Fuller est passionné de littérature et tout particulièrement de poésie, avec plus de six mille ouvrages dans sa bibliothèque personnelle. Sa carrière d'avocat est couronnée de succès. Il plaide en faveur de nombreuses entreprises et hommes d'affaires, ainsi que la municipalité de Chicago lors d'un procès qui l'oppose à la Illinois Central Railroad. Son affaire la plus notable prend place en 1869, lorsqu'il défend le prélat contre l'Église épiscopalienne des États-Unis, qui cherche à démettre Cheney en raison de ses opinions hétérodoxes concernant la régénération baptismale. Estimant que le tribunal ecclésiastique est biaisé contre Cheney, Fuller s'adresse à la Cour supérieure de Chicago, qui lui donne raison et prononce une injonction contre la décision du tribunal ecclésiastique. La Cour suprême de l'Illinois annule cette injonction, car elle considère qu'une cour civile ne peut revenir sur une procédure disciplinaire interne à l'Église. Cheney est jugé coupable par le tribunal ecclésiastique, mais il refuse de quitter sa chaire et l'affaire revient devant les tribunaux, où Fuller défend l'opinion selon laquelle seule la congrégation locale est légitimte à obtenir le renvoi de Cheney. La Cour suprême de l'État finit par lui donner raison. Cette affaire rend Fuller célèbre dans tout le pays.

À partir de 1871, Fuller plaide également à de nombreuses reprises devant la Cour suprême des États-Unis. Son cabinet traite des cas dans toutes sortes de domaines et il devient l'un des avocats les mieux payés de tout Chicago. Il participe comme délégué aux conventions du Parti démocrate en , et . Partisan d'une interprétation littérale de la Constitution des États-Unis, il s'oppose fermement à l'impression de billets de banque, rejetant la décision de la Cour suprême dans l'affaire qui a tranché en faveur de la possibilité pour le Congrès d'émettre des billets. Il soutient les droits des États et favorise dans l'ensemble un gouvernement limité. Ses opinions le rapprochent du président démocrate Grover Cleveland, dont il est un soutien fervent. Cleveland lui propose successivement la présidence de la , une place au sein de la Pacific Railway Commission et le poste d'avocat général des États-Unis, mais Fuller refuse toutes ces offres.

Nomination à la Cour suprême

vignette|La nomination de Fuller à la Cour suprême.

Morrison Waite, juge en chef de la Cour suprême, meurt le . C'est au président Cleveland de lui trouver un successeur, mais il doit proposer un candidat susceptible de plaire aux deux grands partis, car le Parti républicain possède une légère majorité au Sénat. Son premier choix est l'ambassadeur au Royaume-Uni , mais l'influente communauté irlando-américaine ne veut pas de lui, car il est jugé trop anglophile. En outre, il apparaît trop âgé pour occuper le poste de juge en chef (il a ) et vient du Vermont, alors que la Cour suprême compte déjà dans ses rangs un membre originaire de la Nouvelle-Angleterre. Le sénateur démocrate est également envisagé, mais sa nomination à la Cour suprême entraînerait la vacance de son siège au Sénat, ce qui n'apparaît pas opportun dans le contexte politique du moment. En fin de compte, Cleveland décide de sélectionner un candidat dans l'Illinois, à la fois pour des raisons politiques et parce que la Cour suprême ne compte aucun représentant du Septième circuit, auquel cet État appartient. Fuller, devenu un proche conseiller du président, lui souffle le nom de , un juge de la Cour suprême de l'Illinois, mais Scholfield refuse la proposition, apparemment parce que sa femme ne pourrait pas se faire à la vie à Washington. La candidature de Fuller est suggérée à Cleveland par les amis de l'avocat, qui écrivent de nombreuses lettres au président pour le lui recommander. Il n'a que , sa réputation est bonne et ses opinions politiques sont proches de celles de Cleveland. Le sénateur républicain de l'Illinois Shelby Cullom exprime un avis favorable à Fuller, ce qui convainc le président que le Sénat approuvera sa nomination. Fuller l'accepte à contrecœur et sa candidature est officiellement annoncée le .