En psychologie, les valeurs (du latin « valor », dérivé de « valere » qui signifie « être fort, puissant ») sont « des motivations trans-situationnelles, organisées hiérarchiquement, qui guident la vie »Wach, M. & Hammer, B. La structure des valeurs est-elle universelle ? Genèse et validation du modèle compréhensif de Schwartz, L'Harmattan, 2003. Les valeurs sont considérées comme des variables latentes, qui ne sont pas directement observables mais qui se manifestent à partir de nos perceptions, nos attitudes, nos choix, nos comportements, nos jugements et nos actions. Dans ce sens, elles permettent de répondre à la question pourquoi agissons-nous comme nous agissons ? La psychologie des valeurs peut aider à comprendre ce qui est le plus important pour un individu (ou pour un groupe) et ceci à travers différents contextes et situations sociales.

D'autres disciplines s'intéressent aussi à l'impact des valeurs. Ainsi, la sociologie se focalise surtout sur les points de vue groupaux et sociétaux (supra-individuels). L'étude des valeurs (sociologie) est souvent uni-modale: soit théorique et normative (théories élaborées sans confrontation au réel), soit descriptive et positive (accumulation des données empiriques sans recours à une théorie). En philosophie on parle de valeur morale.

La psychologie, notamment la psychologie sociale, tente d'établir le lien entre théorie et pratique. De plus, la psychologie sociale s'intéresse aussi bien à une vision supra-individuelle qu'individuelle des valeurs. Les valeurs servent de « principes guidant nos vies »Chataigné, 2014, .

Comme les motivations, les valeurs ont fait l'objet de modélisations et ont suscité la création d'outils de mesure de leur intensité.

La valeur / Les valeurs

D'autres disciplines s'intéressent à la notion de "valeur" ou de "valeurs" : Voir les articles spécifiques qui leur sont consacrés.

L'histoire du concept de Valeur est dans l'article : Valeur en philosophie.

Introduction « Les valeurs sont des conceptions centrales du désirable dans chaque individu et dans la société» Rokeach, 1979 cité dans Chataigné, C. Psychologie des valeurs, De Boeck, 2014, . Elles influencent, en grande partie, les attitudes et les comportements des personnesRokeach, 1979 cité dans Chataigné, 2014, . Elles ont pour fonctions principales l'orientation de nos choix, la justification de nos comportements et l'adaptation au contexte social.

Les valeurs sont étudiées dans plusieurs domaines : sociologie, théologie, politique, anthropologie, psychologie, économie, ethnologie, etc.

Les valeurs sont définies comme « des préceptes généraux d'une société entière »Segall et al., 1999; cités par . Effectivement, elles sont partagées par de vastes groupes sociaux. « Elles sont des références morales et éthiques qui définissent le bien et le mal dans une société. Elles sont liées aux croyances, aux attitudes et aux comportements des individus ». En outre, elles sont généralement assez abstraites mais permettent aux individus de pouvoir évaluer des comportements, de définir leurs objectifs à atteindre et ce qui est approprié ou non pour réaliser ces buts. Les valeurs sont construites également émotionnellement et, lorsqu'elles sont transgressées, elles suscitent une réaction émotionnelle.

Les valeurs varient d'un individu à l'autre, de même que leur degré d'importance. Néanmoins, il est possible de mettre en évidence un certain nombre de valeurs partagées par un même groupe social. C'est dans ce sens que les valeurs sont aussi culturelles.

Les valeurs peuvent être souvent confondues avec des buts et des intérêts mais elles renvoient à un caractère abstrait, général et plus fondamental. C'est ce qui marque leurs différences avec les buts qui sont plutôt concrets et singuliers. De plus, les valeurs se stabilisent plus tard au cours du développement psychologique (fin de l'adolescence) que les intérêts. La différence avec la norme sociale, est que celle-ci renvoie à une situation spécifique, tandis que les valeurs font référence aux "standards de désirabilité et sont plus ou moins indépendantes des situations spécifiques"Chataigné, 2014, .

Plusieurs auteurs ont réalisé des recherches sur les valeurs à un niveau individuel et culturel. Bien qu'ils ne soient pas tous représentés, les principaux seront explicités ci-dessous.

Cet article débutera par la présentation de trois thématiques importantes concernant les valeurs en psychologie : l'internalisation des valeurs, la variance des valeurs et les valeurs culturelles.

Ensuite, les théories des valeurs et la typologie des valeurs seront explicitées selon les théories de plusieurs chercheurs classés par ordre chronologique.

Internalisation des valeurs Les valeurs nous informent sur ce qui est important pour une personne. Chaque personne porte en elle un certain nombre de valeurs qui peuvent varier par ordre d'importance. Elles se transforment peu pendant l'âge adulte et sont donc des caractéristiques relativement stablesFeather, 1971; Rokeach, 1973; Schwartz, 1997 cités par .

Les valeurs se différencient aussi à un niveau interpersonnel. Pour certains, des valeurs spécifiques sont plus importantes que pour d'autres. Une personne peut par exemple accorder beaucoup d'importance au pouvoir tandis que d'autres personnes pas. Le degré d'importance des valeurs s'explique par le processus de socialisation pendant lequel les valeurs sont apprisesPiaget, 1932; Rokeach, 1973; Williams, 1979; Feather, 1979; Grusec, 1999; Rohan & Zanna, 1996 cité par .

L'internalisation des valeurs se déroule en deux étapes: premièrement, il y a une reconnaissance des règles données par les agents de la socialisation (parents, école, culture, etc.), ensuite, la deuxième étape consiste en l'acceptation par l'enfant des valeurs dans ses attitudes et conduitesGrusex, 1999 cité par . Le processus d'internalisation passe donc d'abord par une soumission aux valeurs portées par les normes. Ensuite, par une identification à ces valeurs et enfin par une véritable internalisation de ces dernièresChataigné, 2014, .

Les valeurs ne sont pas contraintes par les agents de socialisation, mais elles se développent par le contact social et les interactions avec les proches, notamment par le jeu dès l'enfance et par la « multiplicité des expériences personnelles »Triandis, 1979, ; cités par . L'enfant développe ses valeurs par l'observation des personnes de son entourage et l’écoute des récits. Les valeurs qu'il internalise sont aussi influencées par le contexte (parents, école, médias, pairs, etc.)Chataigné, 2014, .

Variance des valeurs Certains facteurs sont susceptibles d'influencer les valeurs. L'âge des personnes a une importance sur le poids donné à certaines valeurs. Ainsi, les personnes plus âgées accordent davantage d'importance aux valeurs de conservation (tradition, sécurité, conformité), tandis que les jeunes accordent plus d'importance aux valeurs d'ouverture et au changement (autonomie et stimulation)Chataigné, 2014, .

Outre l'âge, d'autres facteurs comme la culture et la nationalité, expliquent en grande partie la différence d'importance accordée aux valeurs aussi bien dans le domaine religieux, le genre (même si cette différence est petite), l'orientation professionnelle, le travail, etc.Chataigné, 2014, .

La dissonance cognitive Un comportement peut être en discordance avec des valeurs. On parle dans ce cas de dissonance cognitive, un concept étudié en psychologie sociale, qui se rapporte à une incompatibilité entre deux états cognitifs. Une personne peut, par exemple, penser que le fait de fumer est mortel, mais elle peut quand même fumer. Ceci amène à un sentiment désagréable qui peut stimuler la personne à essayer de concilier les deux états cognitifs en utilisant différentes stratégies. Cette personne pourrait dans ce cas changer son comportement (par exemple : arrêter de fumer) ou changer ses valeurs/attitudes (par exemple : « les pauses cigarettes sont plus importantes pour moi que ma santé »). La dissonance cognitive a donc pour conséquence que les individus vont changer leur comportement ou leurs valeurs pour veiller à réduire cette tension cognitive, ce sentiment désagréable. Cependant, l'individu peut aussi modifier cette incohérence en faisant entrer d'autres ressources cognitives (par exemple : « je connais des personnes qui ont eu un cancer des poumons alors qu'ils n'ont jamais fumé »)Chataigné, 2014, .

Les valeurs culturelles thumb|300px|Les valeurs culturelles dans le monde d'après les politologues Ronald Inglehart et Christian Welzel. Les valeurs culturelles « s'expriment à travers des normes ». Dans ce sens, les valeurs, comme les normes, « dépendent largement de la culture dans laquelle elles s'inscrivent ».

L'étude des valeurs culturelles ne permet pas seulement d'appréhender des différences entre les cultures, mais permet également de mettre en avant des valeurs qui vont au-delà de ces différences et que l'on peut appréhender comme des valeurs universelles permettant ainsi de découvrir des traits humains fondamentaux. Les valeurs culturelles sont des notions relativement abstraites, mais elles peuvent s'exprimer à travers les attitudes, croyances et comportements de la plupart des individus. L'« égalité du genre » est par exemple une valeur qui peut varier fortement d'une culture à l'autre. Dans les cultures dites « occidentales », cette valeur a plus d'importance que dans les cultures plutôt « orientales ». Ceci peut s'exprimer, par exemple, à partir de la liberté d'action des femmes vis-à-vis de celle des hommes. Dans certains pays, comme l'Arabie Saoudite, les femmes sont par exemple censées respecter le code vestimentaire dicté par leur religion et par la loi et elles ne sont pas autorisées à conduire une voiture.

Les théories des valeurs

Thomas et Znaniecki (1918) Le sociologue William Thomas et le philosophe Florian Znaniecki ont proposé l'une des premières approches des valeurs. Leur ouvrage (en français : Le paysan polonais en Europe et en Amérique: récit de vie d'un migrant) est devenu une œuvre classique en sociologie. Pour eux, la vie sociale consiste en deux éléments. D'une part, il y a des valeurs sociales objectives (des objets culturels qui ont une existence durable et qui ont une influence sur toute action sociale de l'être humain). D'autre part, il y a les attitudes individuelles qui sont subjectives (propriétés des membres du groupe social qui résultent des biographies individuelles). Le « fait social » est la combinaison d'attitudes personnelles et de valeurs collectives.

Spranger (1922) La théorie des valeurs d'Eduard Spranger renvoie à une typologie présentant six dimensions qui ne sont pas indépendantes les unes des autres et qui conduisent à un type de personnalité spécifique. Les valeurs, ou les types de personnalité, sont regroupés dans la typologie des valeurs.

La typologie des valeurs théoriques: recherche de la vérité et du savoir économiques: l’intérêt porte sur l'utilité pratique esthétiques: évaluation basée sur la beauté, la symétrie et l'harmonie sociales: valorisation de la sympathie, l'intégrité et l'altruisme politiques: évaluation basée sur le pouvoir personnel religieux: recherche de la compréhension du cosmos.

Il ne s'agit toutefois pas de catégoriser chaque être humain dans l'une ou l'autre dimension de valeursSpranger, 1922 cité dans Chataigné, 2014 . Dans chaque personnalité, on peut retrouver toutes ces valeurs avec des degrés d'importance différents.

Vernon et Allport (1931)