L'intégration culturelle est une partie de l'intégration structurelle. Cette dernière comprend en outre l'intégration dans les structures sociales de la société (travail, habitat, etc.) et une participation efficace à la vie collective (associations, élections, etc.). Le processus est interactif.

Intégration Intégration est un terme qui a deux sens. En politique publique il est employé comme résultat recherché ou réclamé. Pour les sociologues l’intégration est un processus social susceptible, comme tout processus, d’avancées, de retournements et d’invention de modalités nouvellesSchnapper, et 21. L’intégration culturelle s’oppose à l’assimilation culturelle où la personne ne se reconnaît plus dans son ancien système. Dans l’intégration culturelle elle ne conserve de ses anciennes références, si elle le désire, que celles qui sont compatibles avec les exigences de la vie commune et les valeurs collectives de la société d’accueil. Cet abandon s’effectue à des degrés divers selon les individus.

Culture La culture est un domaine qui englobe aussi bien les croyances, les valeurs, la religion que les loisirs et les habitudes alimentaires. Chaque société produit ses normes en fonction de son historicitéBoucher, . Dans les sociétés traditionnelles la culture est sacralisée. Elle résulte d’épreuves passées et de la manière dont elles ont été surmontées. Les rites et les croyances persistent alors même que les causes qui sont à leur origine ont disparuBraudel, . En Occident se trouvent des sous-groupes culturels qui reflètent tant le passé que le présent. Les cultures d’un chef d’entreprise catholique intégriste, d’un ouvrier communiste athée ou d’un petit paysan d’un village qui se meurt sont profondément dissemblablesCamilleri, et 53.

Identité de l’individu Le besoin identitaire individuel Au sein d'une société, l’individu s’identifie à l’identité culturelle collective. L’idée d’un individu indépendant, autonome et essentiellement « non social », l’individualisme, s’est développé aux et Cohen-Emerique, et a prospéré à partir du Huntington, et 93. La mondialisation a renforcé l’individualisme en mettant l’accent tant du point de vue commercial que du mouvement des idées sur la valorisation des identités culturelles individuellesWolton, Boucher, .

La construction de l’identité L’individu construit son identité par rapport à lui-même et par rapport à son environnement. Dès sa naissance l’enfant incorpore les manières de sentir, de penser et d’agir des parents. Cette culture est intériorisée de façon non consciente au plus profond de l’être. Au cadre familial se succèdent l’école, les groupes de pairs, les groupes professionnels, de loisirs, idéologiques, etc. Ces groupes ont chacun leur propre culture. Ces cultures peuvent se trouver en contradiction avec la culture familiale ou entre ellesLahire, . À chaque fois l’individu doit intégrer le changement et reconstruire son unité pour s’adapterCamilleri, . Lorsque la culture familiale se trouve en opposition avec celle de la société d’accueil un nouvel équilibre doit être trouvé entre la culture reçue lors de l’enfance et les cultures acquises au courant de l’existence. Chaque individu effectue son propre dosage entre la continuité du passé et l’ancrage dans le présentCohen-Emerique, , 115 et 350. L’intégration culturelle dans la société d’adoption n’empêche pas le maintien d’une identité concernant l’origine. En témoigne la troisième ou quatrième génération des Guinéens à Dakar. Totalement intégrés dans la société dakaroise ceux-ci parlent parfaitement le wolof et ont adopté le modèle culturel dominant. Ils n’en ressentent pas moins le besoin d’affirmer leur identité guinéenne.

La confrontation Les relations entre Français et immigrés n’ont jamais été idylliques, même avec ceux qui paraissaient proches sur le plan culturel. Bien qu’ils soient catholiques les Italiens ont été l’objet d’une chasse à l’homme et massacrés dans le Sud de la France au et les Polonais ont été expulsés violemment par dizaine de milliers dans les années 1934-1935Camilleri, . . Parfois au contraire, c’est un sentiment d’infériorité qui est ressenti par rapport à l’« autre »Huntington, . L’identité de chacun se construit par l’interaction entre l’image qu’il a de lui-même et les images que les autres ont sur luiBoucher, .

L’identité culturelle collective Alors que depuis 50 ans l’accent était mis sur l’individu et son identité culturelle personnelle, une revendication culturelle collective resurgit. Dominique Wolton l’attribue à la fin de l’affrontement Est-Ouest. Les grandes références sociales et idéologiques qui accompagnaient cet affrontement ont disparu. Elles sont remplacées par des identités culturelles collectives qui s’expriment par les langues, l’histoire, les traditions, voire par une autonomie réclamée ou une sécession. Ce qui était purement culturel devient politique. Pour Dominique Wolton une réflexion sur les identités culturelles collectives est nécessaire. Cette réflexion est politique. À défaut, des revendications culturelles sous-estimées pourraient aboutir à des excès de communautarisme ou d’irrédentisme identitaire et devenir des antichambres de la révolteWolton, à 60.

Cohabitation Le processus d’intégration L’intégration à la française requiert la participation des immigrés à la vie nationale. En cela elle s’oppose au communautarisme. Contrairement à l’assimilation elle autorise le maintien de l’identité culturelle. Il s’agit de vivre ensemble tout en permettant aux immigrés de préserver des éléments de leur culture d’origine compatibles avec les valeurs de la société nationale. Les immigrés doivent adhérer aux règles de fonctionnement de la société d’accueil et participer activement à l’ensemble des activités de la société. En contrepartie l’égalité des droits leur est garantie. Ce processus requiert des implications de la part des deux parties. L’individu doit se remettre en cause. La société doit respecter les différencesBoucher, , 39, 45 et 54.

Un enjeu politique majeur Pour Dominique Wolton la diversité culturelle dans les sociétés occidentales représente un enjeu politique majeur au . Elle se corrèle à la tradition politique universaliste née au où l’on retrouve les Droits de l’homme et l’universalismeWolton, et 93. Pour Manuel Boucher le véritable enjeu du débat porte plutôt sur le degré de reconnaissance des identités particulières au sein de l’espace publicBoucher, . Pour Margalit Cohen-Emerique il s’agit d’accepter que d’autres modes de vie sont possibles et légitimes sans toutefois menacer l’identité nationaleCohen-Emerique, . Les émeutes de banlieue en 2005 en France et entre 1999 et 2002 en Grande-Bretagne ont consacré les échecs du communautarisme anglo-saxon et de l’assimilation culturelle à la française. Ces deux conceptions sont en cours de rapprochement dans les deux pays déclenchant, ou devant déclencher, des débats sur une société interculturelle.

La société d’accueil La citoyenneté L’intégration culturelle doit permettre des relations apaisées entre individus de cultures différentes. La tradition et la religion n’assurant plus les échanges entre les hommes l’intégration repose sur la citoyennetéSchnapper, . La démocratie qui a été successivement politique, puis sociale, doit se rendre culturelle. Pour Dominique Wolton reconnaître l’égalité des cultures implique l’acceptation de parler des rapports entre personnes, la reconnaissance de l’altérité et la construction d’une relation. Ce débat n’est ouvert ni sur le plan politique, ni par les médiasWolton, , 55 et 56. Seule exception, notable, le Canada où, en 2007, une commission a été mise en place pour réfléchir aux problèmes posés par le multiculturalisme et formuler des préconisations pour le mieux vivre ensemble. Le Rapport Bouchard-Taylor qu’elle a rédigé peut ainsi constituer un guide pour une réflexion en EuropeCohen-Emerique, et 377.

Une citoyenneté formelle Schnapper, . Les zones urbaines sensibles (ZUS) sont des zones de pauvreté. Celle-ci s’ajoute aux discriminations concernant l’emploi et le logement. La ségrégation à l’école sape la confiance dans les institutionsLagrange, et 333. Dans son livre Penser la diversité du monde Philippe d'Iribarne oppose la conception occidentale qui défend la démocratie et les droits de l’individu à celle d’autres univers culturels qui place l’égalité, la justice et l’intérêt collectif au premier planLe Monde du 9 février 2010. La pauvreté était vécue pendant des siècles comme une condition imposée par le destin et partagée par beaucoup d’autres. Depuis la présomption de l’égalité des chances elle consacre l’incapacité et l’échec personnels.

Une communication difficile Les préjugés et l’assimilation des immigrés ou de leurs descendants à leur groupe d’origine altèrent la communication et créent chez l’interlocuteur des réactions péjoratives. Celles-ci empêchent le processus d’identification qui est à la base de l’intégration culturelle de l’immigréCamilleri, et 46. Les discriminations au faciès réalisées dans les contrôles policiers sont interprétées comme une présomption de culpabilité. Les jeunes ne se sentent pas respectés ou pas reconnus comme français à part entière. Le processus d’intégration culturelle en est perturbéBoucher, .

Un environnement défavorable L’emploi L’intégration sociale au travail est un élément déterminant dans le processus d’intégration culturelle. Le contact avec les autochtones permet l’identification et l’assimilation à la culture du paysCamilleri, . Les amitiés qui se forgent au travail et les adhésions syndicales renforcent l’intégration culturelle. Selon Dominique Schnapper les relations sociales sont influencées par le statut professionnel. Les chômeurs limitent les échanges. Ceux qui avaient une activité syndicale ou politique la réduisent. L’identification et l’assimilation culturelle en sont freinéesSchnapper, et 140.

L’habitat La concentration d’immigrés dans les ZUS contrarie l’intégration culturelle. En témoigne la sécularisation qui est souvent considérée dans notre société comme une assimilation et un progrès. Dans les ZUS les enfants d’immigrés originaires de pays musulmans ne sont que 8 % à se déclarer sans religion contre 26 % de ceux qui habitent dans un meilleur environnement. La pression sociale exercée sur eux y est plus forte. Les mariages et unions libres entre descendants d’immigrés et d’autochtones en début de vie amoureuse (20-29 ans) sont également un signe d’intégration culturelle. L’enquête MGIS pour l’année 1992 indique, concernant les jeunes d’origine algérienne, qu’un quart des filles et la moitié des garçons de cette catégorie vivaient avec un conjoint autochtone. Ces types d’union sont maintenant en forte diminution, conséquence de la désécularisation dans les banlieues dégradéesTribalat, , 149, 150, 163 et 175.

La religion Le renouveau de la religion Le renouveau de la religion est un phénomène global depuis la seconde moitié du , conséquence de la mondialisation. Les migrations de la campagne vers les villes ou d’un pays à l’autre font perdre aux migrants leurs racines et leurs places dans les communautés. Ils ont à reconstruire leur identité. Le monde est devenu aliénant et a perdu son sens. La religion donne un sens de l’identité et les groupes religieux recréent des communautés. Elle réagit au relativisme moral et à la tolérance individuelle en réaffirmant des valeurs d’entraide et de solidarité humaineHuntington, à 136.

Concernant la charia seule une minorité d’extrémistes en demande une application intégrale. Même les plus traditionnels et les plus religieux des immigrés musulmans réinterprètent la tradition musulmane selon les valeurs de la société ambianteSnapper, .

La laïcité