La défense de Van (également connue sous le nom de siège de Van ou résistance de Van pour les Arméniens ; Vani herosamart et rébellion ou révolte de Van pour les Turcs ; ) est une insurrection qui s'est déroulée en 1915, au cours de la campagne du Caucase, face aux massacres de l'Empire ottoman contre la population arménienne dans le vilayet de Van. Plusieurs observateurs contemporains et historiens qui suivirent ont affirmé que le gouvernement ottoman avait délibérément incité la résistance armée arménienne en imposant d'épouvantables conditions aux Arméniens, pour justifier le génocide des Arméniens qui commençait dans l'empire. Toutefois, les décisions de déportation et d'extermination ont été prises avant cet épisode.

Les témoignages recueillis montrent que l'attitude des Arméniens à Van et aux alentours a bien constitué un acte de résistance face au massacre. Il s'agit de l'un des rares cas pendant le génocide arménien où les Arméniens se sont battus contre les forces armées de l'empire. Après cinq semaines de combats acharnés, les troupes russes entrent dans la ville mettant en fuite les troupes turques. Elles découvrent les cadavres de quelque arméniens massacrés.

Historique vignette|Carte du vilayet de Van et du district voisin Ourmia.

Pendant la fin de la période ottomane, Van est un centre important de la vie culturelle, sociale et économique arménienne. Mkrtich Khrimian met en place une presse typographique à Van, et lance par la suite le Vaspurakan Ardzvi (Aigle de Vaspourakan), la première publication périodique en Arménie.. En 1885, le parti Arménakan est fondé dans la ville de Van. Peu de temps après, les partis Hentchak et Dachnak, de tendance autonomiste, voire indépendantiste, établissent des branches dans la ville.

Tout au long des années 1895-1896, les Arméniens dans l'Empire ottoman subissent une vague de massacres communément appelés les massacres hamidiens. Alors que Van a largement évité les massacres en 1895, les Ottomans effectuent une expédition militaire en . Les Arméniens, initialement en mesure de se défendre à Van, acceptent cependant de se désarmer en échange de garanties de sécurité, puis sont massacrés, avec la mort de plus de .

Les indicateurs démographiques de la province de Van à l'avant-guerre (Première Guerre mondiale) varient selon les sources. Les principales localités habitées par les Arméniens sont la ville de Van (divisée en trois : Havasor (Gürpınar), Timar (Gedikbulak) et Archak (Ercek)). Les Arméniens vivent également dans le district d'Erciş (Akants, Artchesh) au nord de la province, et le district de Çatak (Chatakh), Başkale (Bachkalé) et Bahçesaray (Moks) au sud de la province. Le recensement du patriarcat entre et évoque une population arménienne de . Les estimations ottomanes de 1914 à partir du recensement de 1906 font état d'une population d'origine arménienne de .. Les statistiques ottomanes de 1914 sont contestées par les historiens car abaissant volontairement le nombre d'Arméniens des six vilayets arméniens en raison de leur demande de plus d'autonomieL'auteur turc Kâzım Kadri écrit : . Il ajoute dans . Publié en turc ottoman en 1920 à Constantinople par Islam and Askeri Publishers, , 123. Cité aussi par Vahakn N. Dadrian dans Warrant for Genocide, p. 173..

Le rapport secret sur les massacres d'Arménie de Johannes Lepsius mentionne : .

L'estimation de la population de la ville de Van est plus difficile. De vastes mouvements de population à l'intérieur et autour de la ville ont eu lieu à la suite de la détérioration de la situation économique et politique avant la Première Guerre mondiale. Le dénombrement de la population par les Ottomans à l'époque enregistre et dans la ville de Van, y compris les zones environnantes.. La population arménienne de la ville de Van s'élève à environ à l'automne 1914..

Population de la province de Van selon le recensement du patriarcat arménien de 1913-1914. Lieu géographique Localités Arméniens Sandjak de Van Van 116 Perkri 41 Erciş 54 Adilcevaz 25 Mahmudiye 4 826 Kiavaş 25 Karcikan 36 Moks 45 Chadakh et Nordouz 65 Sous-total 411 Sandjak de Hakkari Culamerk 5 534 Hochab 12 Elbag 20 Kiavar 2 Sous-total 39 Total 450

Prélude : front du Caucase

Le , après un échange de tirs au cours de la poursuite du Goeben et du Breslau, l'Empire ottoman entre dans la Première Guerre mondiale. La province de Van est située entre la Perse et le Caucase. Les itinéraires les plus accessibles qui relient la Perse, la Russie, la Mésopotamie et l'Anatolie passent à travers la province. Van a une haute valeur stratégique en raison de son emplacement. Le premier engagement de la campagne du Caucase a lieu le , avec l'offensive Bergmann au cours de laquelle les Russes arrivent à la ligne Kara Kilise (rebaptisé Karaköse en , aujourd'hui Ağrı) - Beyazit (Doğubayazıt).

Le ministre de la Guerre ottoman, Enver Pacha, veut encercler les forces russes entre Sarıkamış et Ardahan. La ottomane, qui s'engouffre sans préparation logistique en Transcaucasie, est écrasée par l'armée russe en , lors de la bataille de Sarikamis. Après son retour à Constantinople, Enver reproche sa défaite aux Arméniens vivant dans la région, en les accusant d'avoir pris activement parti pour la Russie, causant la défaite à Sarikamis, ce qui est démenti par les observateurs sur place.

Le , les préparatifs ottomans pour les opérations en Perse débutent : Enver Pacha ordonne la formation d'une force provisoire qui sera acheminée en Perse à travers la province de Van. Alors que les préparatifs turcs sont en cours, les Russes transfèrent le général arménien Tovmas Nazarbékian dans l'Azerbaïdjan persan sous occupation russe, en renfort de la brigade cosaque persane de Fiodor Tchernozoubov, qui a été déployée opérationnellement en Perse depuis 1906. Pendant cette période, les autorités ottomanes distribuent pour les Kurdes en Perse et dans la province de Van. Le expéditionnaire ottoman est assigné au chef du renseignement du quartier général ottoman, le lieutenant-colonel Kâzım Karabekir Bey. Le expéditionnaire est sous les ordres du lieutenant-colonel Halil Kut, oncle d'Enver Pacha, par la suite vainqueur des Britanniques à Kut-el-Amara le .

Le expéditionnaire est une unité structurellement autonome, capable d'opérations indépendantes, assistée du et du d'infanterie, et disposant d'un détachement de cavalerie, un hôpital de campagne, une unité de transport, une section de renseignement, un bataillon d'obusiers de montagne avec deux batteries, un équipement télégraphique, une batterie de terrain, un bataillon de réparation d'équipement, un dépôt de remplacement et de moyen de transport actifs. Le , tandis que le expéditionnaire se dirige vers l'Azerbaïdjan persan, le plan initial est abandonné. En raison des pertes turques subies à la désastreuse bataille de Sarikamis, le expéditionnaire se trouve affecté à la . Le , le expéditionnaire reçoit l'ordre d'aller au nord vers Erzurum et onze jours plus tard, le expéditionnaire s'y rend aussi. Le régiment de gendarmerie de Van sous le commandement d'état-major de Köprülü Kâzım Bey (Özalp), qui allait devenir le ministre de la Défense nationale et le président de la Grande Assemblée nationale de Turquie, est alors la seule force disponible à la frontière persane. Plus tôt, le , la division de gendarmerie mobile de Van a assumé le rôle de sécuriser la route de la Perse à travers la vallée de Kotur (Col de Kotur). Cette formation paramilitaire est légèrement équipée d'artillerie et de mitrailleuses, étant principalement adaptée pour les fonctions de sécurité internes plutôt que pour l'invasion d'un pays voisin.

En plus de ces activités militaires, durant la période 1914-1915, des missionnaires américains et allemands présents dans la région signalent des cas de massacres de la population arménienne. Selon une source, les 52 villages arméniens près de Beyazit et Eleskirt sont perquisitionnés, pillés et détruits par les régiments de cavalerie hamidiés.

Forces en présence Après les énormes pertes de la dans la bataille de Sarikamis, la gendarmerie, originellement chargée des fonctions de police parmi les populations civiles, est transférée à la au moment où l'armée ottomane essaie de restaurer l'efficacité au combat de ses forces militaires opérationnelles. Le , les Ottomans envoient les unités de gendarmerie de Harput, Diyarbakir et Bitlis à la ville de Van. Il y a ottomanes dans la zone de guerre du Caucase au cours de cette période, dont 75 % situés au nord de la zone de guerre, au-delà de la province de Van. Les unités ottomanes dans la province de Van sont constituées de subdivisions de gendarmerie de Van qui sont restés sous le contrôle du gouverneur. La division de gendarmerie de Van comprend également l'unité d'artillerie de Rafael de Nogales. La d'infanterie est assemblée en Mésopotamie avec comme objectif de contrôler la partie sud, près du lac de Van. Le expéditionnaire tient le front au sud du lac de Van. Un bataillon surnommé le (en turc ) apparenté à l'Organisation spéciale et comptant environ est présent au cours des événements. Ce bataillon est sous les ordres directs de Djevdet Bey.

Les unités de la dans la province de Van ()Division de gendarmerie de Van d'infanterie expéditionnaireRégiment de Bagdad560Total vignette|Arméniens fabriquant des cartouches à la main.

La population arménienne organise la résistance dans la ville. Une autorité unifiée (« l'Autorité de la Défense militaire ») constituée d'Armenak Ekarian, Aram Manoukian, Kaytsak Arakel, Bulgaratsi Gregory, Gabriel Semerjian, Hrant Galikian et Panos Terlemezian est créée pour l'occasion. Des services de secours sont mis en place comprenant la distribution de nourriture et d'aide médicale, ainsi qu'un atelier d'arme (une manufacture de poudre et d'armes qui pouvait produire deux canons). Fondée pour l'occasion, l'Union des femmes est principalement engagée dans la fabrication de vêtements pour les combattants. Face au danger imminent, des représentants de divers partis politiques arméniens (Ramkavar, Dachnaks) se mobilisent. Les défenseurs de Van ne représentent pas plus de , disposant de 505 fusils et 750 pistolets Mauser ainsi qu'une petite quantité de munitions. L'Autorité de la défense militaire impose donc d'utiliser les munitions avec parcimonie. Le quartier Aygestan est divisé en cinq zones de défense avec 73 positions distinctes.

Chronologie vignette|redresse=0.7|Aram Manoukian a été le leader tout au long des conflits. Il est fait gouverneur de la province. Le gouverneur de Van, Hasan Tahsin Bey, se retrouve à l'aube de la guerre officieusement secondé à la tête du vilayet par Djevdet Bey, applicateur zélé des ordres du régime et beau-frère d'Enver Pacha, qui reçoit le double titre provisoire de gouverneur militaire de Van et de commandant en chef des troupes turques massées le long de la frontière persane. Son arrivée fin septembre est un tournant majeur pour Van, dans la mesure où il est autrement radical que le gouverneur en place. Jugé trop modéré, Tahsin Bey est très vite remplacé à son poste de gouverneur par ce dernier et est muté à Erzurum en , à l'instigation d'Ömer Naci, inspecteur du CUP à Van et chef de l'Organisation spéciale dans la région. Djevdet Bey est accompagné par Rafael de Nogales Méndez, qui se voit confier avec la permission de la la responsabilité de superviser les unités de gendarmerie ottomane sous la direction du nouveau gouverneur.

Les dirigeants arméniens sont Aram Manoukian, le chef régional du parti de la Fédération révolutionnaire arménienne, Armenak Yekarian des rangs du parti Arménakan, Nikoghayos Poghos Mikaelian (surnommé Ichkhan, en français « le prince »), membre de la FRA, et Archag Vramian, le député de Van au Parlement ottoman. Vramian était aussi un camarade de classe et ami de Djevdet.

Règne de Djevdet