La deuxième vague féministe est une période de lutte féministe qui commence à la fin des années 1960 et qui s'étend à travers le monde occidental. Alors que la première vague se concentrait surtout sur le droit de vote et les droits fondamentaux, la deuxième vague se focalise davantage sur la sexualité, la place de la femme dans la famille mais aussi les violences conjugales ou le viol.
Présentation Après la Première Guerre mondiale, le mouvement féministe s'essouffle alors que les pays occidentaux, les uns après les autres, accordent le droit de vote aux femmes, ce qui apparaissait, et apparaît d'ailleurs toujours, comme la demande la plus importante de la première vague féministe. Cette victoire ne signifie cependant pas que la situation des femmes est semblable à celle des hommes. Ainsi, la participation aux instances dirigeantes est encore, de fait, un interdit. De plus, dans une Europe qui a perdu des millions d'hommes, la femme est remise au foyer pour assurer le repeuplement.
L'après-guerre marque un retour en arrière important. L'historien Richard J. Evans, dans son ouvrage , écrit d'ailleurs que "1920 marked the end of the era of feminism".. Cette affirmation est toutefois nuancée par d'autres, comme Nancy F. Cott, qui voient la période de 1920 à 1960 comme un moment de transition.
Selon la majorité des auteurs et des historiens, la deuxième vague du féminisme, qui démarre aux États-Unis et qui s'étend progressivement à d'autres pays du monde, couvre la période des années 1960 et 1970.
Alors que la première vague se concentrait sur le droit de vote et les questions liées aux obstacles légaux de l'égalité des sexes (droit à la propriété, divorce, etc.), la seconde vague féministe étend le débat à des problèmes sociaux plus larges comme la sexualité, la famille, le travail ou les droits liés à la procréation. Elle attire l'attention sur la violence domestique, notamment par la création de refuges pour les femmes violées ou battues, et exige des adaptations des lois sur le divorce et la garde des enfants.
Nuances par pays États-Unis alt=photographie en noir et blanc de trois femmes assises regardant une quatrième assise sur le même fauteuil|left|thumb|Betty Friedan, Barbara Ireton et Marguerite Rawalt (1968). Quoique, par facilité, les deux premières vagues soient le plus souvent nettement séparées, à aucun moment les féministes américaines ne cessèrent de lutter pour l'égalité des droits. Les associations féministes ne disparaissent pas après l'accès au droit de vote des femmes.
Deux groupes importants font le lien entre les deux périodes : le National Woman's Party et la League of Women Voters, dont les idées ne concordent par contre pas totalement. Le premier milite pour que tout ce qui autorise légalement jusque là la discrimination soit interdit par la constitution, alors que le second groupe milite pour le maintien des lois favorisant les femmes dans le monde du travail. C'est cette dernière revendication qui attire davantage les femmes, surtout celles de la classe moyenne.
Par ailleurs, des associations de défense des droits civiques, comme la YWCA (abrégée parfois en Y), relient les personnes luttant contre la ségrégation et les féministes. Des groupes pacifistes, tel le fondé en 1961, attire des féministes de la première vague et de nouvelles venues qui seront au cœur de la deuxième vague. Enfin les syndicats mènent aussi des combats pour obtenir l'égalité des droits dans le monde du travail. Cela permet, au début des années 1960, dans certains états, le vote de lois interdisant l'inégalité salariale. En 1963, l'état fédéral établit la même loi, le sur tout le territoire de l'union.
Toujours aux États-Unis, Betty Friedan, influencée par Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir, écrit en 1963 (publié en français sous le titre La Femme mystifiée). Elle y critique l'image de la femme véhiculée par les médias et s'érige contre la famille nucléaire comme modèle du bonheur. Elle considère que la limitation des femmes à la sphère privée est un gaspillage de leur potentiel.
La même année, John F. Kennedy diffuse le rapport sur l'égalité des sexes de la Commission sur le Statut des Femmes qui révèle les discriminations contre les femmes. Ceci conduit à la constitution de nombreux groupes de femmes tant au niveau des états qu'au niveau fédéral. Le mouvement se renforce avec les victoires législatives comme la loi sur l'égalité des salaires de 1964 ou la décision de la Cour suprême des États-Unis qui annule une des dernières lois de Comstock sur l'interdiction de la contraception (affaire « Griswold v. Connecticut »).
En 1966, Betty Friedan est l'une des fondatrices de la National Organization for Women (NOW, sigle qui se traduit par ) et la création de Ms. Magazine par Gloria Steinem et Dorothy Pitman Hughes. Les actions féministes se font parfois provocatrices, comme en 1968 quand sont organisées les funérailles de la féminité traditionnelle au Cimetière national d'Arlington, le couronnement d'une brebis « Miss Amérique » et l'opération « poubelles de la liberté » qui recueillent des objets symboles d'une féminité corsetée soutiens-gorge, gaines, faux-cils, etc.).
Ces années, 1960 et 1970, sont une période d'avancées pour la cause des femmes et parmi les victoires des mouvements féministes, on compte, entre autres, l'extension de la discrimination positive aux femmes (1967), la désignation de l'illégalité du viol conjugal, la loi sur l'égalité dans l'éducation pour les femmes () en 1972 ou la légalisation du divorce par consentement mutuel. Ces faits auront surtout permis un changement des mentalités dans la société américaine.
C'est en 1960 que la Food and Drug Administration approuve finalement l'usage de la contraception. Des féministes ont essayé elles-mêmes de sensibiliser les Américains de cette nouvelle pratique à travers des workshops. Le but était de conseiller les femmes sexuellement actives mais aussi de parler de sujets tabous comme les infections sexuellement transmissibles et l'avortement. Le mouvement Amour libre étant très populaire dans les années 1960 et 1970, les féministes ont pu en tirer profit et aborder encore une fois cette affaire et distribuer des brochures dans les campus universitaires pour éduquer les étudiants sur ce sujet.
Cette période voit aussi des divisions profondes apparaître chez les féministes. D'un côté se retrouvent les féministes radicales qui définissent la femme à l'aide de critères physiologiques, et de l'autre, les militantes du mouvement de libération des femmes qui décrivent la féminité comme une production sociale. Par ailleurs, alors que le féminisme se présentait comme une défense des droits des femmes quelles que soient leurs particularités, des distinctions liées aux origines ethniques se font sentir et engendrent la création de nouveaux mouvements, plus particuliers. Par exemple, le , devient un mouvement visible, grâce à des personnalités comme Ella Baker : elle explique que les femmes noires sont soumises à plusieurs formes d'oppressions qui s'additionnent. Alors que les femmes blanches avaient tout juste commencé à avoir le droit aux contraceptions , les femmes noires risquaient la stérilisation.Ces pratiques étaient influencées par des idéologies eugénistes. Les violences sexistes s'ajoutent aux violences racistes et, selon une vision marxiste émise par d'autres comme Angela Davis, aux violences capitalistes frappant les milieux plus pauvres, où se retrouvent souvent de nombreux noirs américains. Ce type de discours prépare ainsi celui sur l'intersectionnalité et annonce plus généralement la troisième vague féministe.
France thumb|right|Simone de Beauvoir, novembre 1968.En France, la seconde vague naît avec la publication de l'essai de Simone de Beauvoir en 1949, Le Deuxième Sexe, et s'inspire des mouvements féministes anglo-saxons, les Women's Lib.
À la fin des années 1960, des groupes féministes se forment sans qu'ils soient unifiés entre eux. Le rapprochement se fait à partir de 1970, la date exacte étant toujours l'objet de débats, et des actions communes sont organisées dès cette année qui marque le début de la décennie. En mai, le journal L'Idiot international de Jean-Edern Hallier publie le Combat pour la libération des femmes. Ce texte est suivi d'une action le , lorsque des femmes, dont Christiane Rochefort, Christine Delphy et Monique Wittig, tentent de déposer une gerbe sous l'Arc de triomphe en hommage à la femme du Soldat inconnu : cette date est souvent retenue pour marquer la naissance du Mouvement de libération des femmes.
vignette|left|180x240px|Simone Veil (1984).
Les militantes ont alors l'impression d'être les laissées pour compte de et veulent transformer la société qui ne semble leur réserver qu'un rôle domestique ou technique. Les combats principaux portent sur la reconnaissance du travail domestique, la libération de la sexualité et le droit à l'avortement libre et gratuit.
En 1971, à l'initiative des journalistes Jean Moreau et Nicole Muchnik, Simone de Beauvoir rédige le manifeste des 343. Cette pétition signée par 343 françaises, connues ou inconnues, qui ont choisi l'avortement, risquant leur exposition à l'époque à des poursuites pénales, paraît dans le Nouvel Observateur du et commence par ces mots : . Le droit à l'avortement sera gagné lors de l'adoption de la loi Veil du , dépénalisant l'interruption volontaire de grossesse. Précédemment, les luttes féministes avaient déjà permis la légalisation du droit à la contraception en 1967 et 1974.
Enfin, sur d'autres points les femmes parviennent aussi à obtenir l'égalité : mixité des concours de la fonction publique en 1974, interdiction des licenciements motivés par le sexe ou la situation familiale des personnes, instauration du divorce par consentement mutuel, etc.
En parallèle des organisations féministes françaises, des femmes immigrées ou exilées originaires d'Amérique du Sud, d'Afrique subsaharienne ou du Maghreb créent dans la France des années 1970-1980 de nombreuses associations locales portant sur des thèmes similaires mais en y mêlant des caractéristiques particulières, liées à leur pays ou région d'origine, notamment d'un point de vue politique, culturel et socialNadia Châabane, « Diversité des mouvements de "femmes dans l'immigration" », Les cahiers du CEDREF, 16, 2008, p. 231-250..
Royaume-Uni Dans les années 1970, au Royaume-Uni, le militantisme féministe prend des formes très diverses : création de centres pour femmes, campagnes variées, marches contre les limitations de l'avortement, ouverture de refuges pour les femmes victimes de violences, etc..
Des actions sont organisées pour attirer l'attention des médias, comme en 1970 lorsque des féministes armées de farine, boules puantes et pistolets à eau interrompent le concours de Miss Monde qui se tient au Royal Albert Hall à Londres. Leur slogan ().
Les féministes manifestent aussi leurs positions grâce à l'écrit que ce soit par des ouvrages comme celui de Germaine Greer, La Femme eunuque, qui devient rapidement un best-seller mondial, ou par le premier magazine féministe radical, Spare Rib, lancé par Marsha Rowe et Rosie Boycott.
Les féministes obtiendront en 1967 la légalisation de la contraception (la pilule contraceptive devient ensuite « gratuite » en 1974) et celle de l'avortement sous certaines conditions, après avoir obtenu la loi sur la propriété des femmes mariées (1964), et avant de voir le votes de la loi sur l'égalité des salaires (1970), de la loi sur la discrimination sexuelle (1975) et de la loi sur la violence domestique (1976).
Allemagne Le féminisme, après la Première Guerre mondiale, s'était déjà affaibli en Allemagne, puis, à la suite du nazisme et de la Seconde Guerre mondiale, les femmes sont renvoyées au foyer.