Le théâtre antique de Sabratha est le théâtre romain de la cité antique de Sabratha en Afrique proconsulaire (devenue la moderne Tripolitaine), sur la côte méditerranéenne du nord-ouest de l'actuelle Libye. La date et les circonstances de sa construction sont indéterminées, comme celles de son abandon. Les archéologues ne peuvent qu’avancer des hypothèses approximatives, et situent sa construction vers la fin du ou au début du . Après des siècles d’abandon, les fouilleurs redécouvrent la cité et son monument lors de l’occupation italienne de la Libye, au début du . Les travaux de dégagement et de restauration réalisés de 1927 à 1937 font du théâtre le monument le plus important du site de Sabratha, le théâtre le plus grand de l'Afrique romaine, et le plus spectaculaire du monde romain à double titre : la colonnade de son mur de scène est presque complètement reconstituée par une anastylose sur trois niveaux, et une exceptionnelle série de bas-reliefs orne la base de la scène (le ). Il pouvait accueillir environ et, dans son état restauré, il peut encore en contenir .

La période de la Seconde Guerre mondiale et de la monarchie libyenne mettent en sommeil l’intérêt pour Sabratha, qui revient avec le classement de ce site au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1982, pour lequel le théâtre est un monument déterminant du dossier. Toutefois, la grave détérioration de la situation libyenne à partir de 2011 fait craindre pour la conservation du monument et de ses bas-reliefs, inquiétude constatée par l’inscription du site à la liste du patrimoine mondial en péril le .

Histoire

La construction du théâtre a été probablement effectuée à la demande de commanditaires privés. La date de construction, non connue de façon certaine, peut être située à la charnière des , période de grande prospérité de la province d'Afrique proconsulaire.. L'archéologue Antonino Di Vita la place sous le règne de Commode (180-192) ou avec des réserves sous celui de Septime Sévère (193-211)..

Le théâtre fut vraisemblablement endommagé comme le reste de la ville lors des catastrophes naturelles qui frappèrent Sabratha, qu'Antonino Di Vita date entre 306 et 310, mais quelques inscriptions trouvées dans le théâtre indiquent qu'il servait encore au milieu du .. Il fut à nouveau affecté par les séismes et tsunamis de 365 qui frappèrent la Méditerranée orientale.. Abandonné après un incendie, dont témoignent les couches de cendre observées lors des fouilles, il fut occupé par des habitations privées, puis constitua une carrière de matériau de remploi lors de la réoccupation byzantine de l'Afrique au .

La Libye étant devenue une colonie italienne au début du , les archéologues italiens sont les initiateurs de la redécouverte du théâtre. À partir des années 1920, la propagande du régime fasciste soutient les recherches qui témoignent de l'ancienne présence romaine sur ce territoire et justifient la colonisation italienne comme un retour. La restauration des monuments les plus spectaculaires devient un objectif prioritaire.. Quand Renato Bartoccini entreprend les fouilles du théâtre en 1927, ce n'est qu'un monticule de sable et de maçonnerie. Giacomo Guidi lui succède en 1928, et entreprend à partir de 1932 un minutieux travail de restauration du mur de scène, fondé sur l'étude des assises encore en place et des colonnes éparses retrouvées. La restauration achevée en 1937 par Giacomo Caputo redonne sa stature monumentale actuelle à l'édifice.. Il est inauguré par Mussolini, qui achève sa tournée en Libye en assistant dans ce décor exceptionnel à la représentation d’Œdipe roi de Sophocle. En même temps, la création de la route côtière libyenne est commémorée par l'émission le de timbres de la poste coloniale italienne figurant les gradins du théâtre derrière deux colonnes en premier planTimbres de et émis en 1937 par les ..

La Seconde Guerre mondiale et l'après-guerre retardent jusqu'en 1959 la publication par l'italien Giacomo Caputo d'une monographie descriptive du théâtre..

L'ensemble du site archéologique est classé au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1982, sur la base d'un rapport qui prend note de ses .. Une timide ouverture du pays au tourisme à partir de 1993, accentuée en 2003 avec la levée de l'embargo aérien sur le pays, permet d'admirer Sabratha et son théâtre parmi les sites dits incontournables..

Menaces sur le site et le théâtre

Le théâtre est le monument emblématique du site archéologique de Sabratha, mais sa conservation est menacée : les pierres locales, de médiocre qualité, ne sont pas protégées par un enduit comme durant l'Antiquité et sont exposées à la corrosion des vents et des embruns chargés de sel, tandis que le tourisme à la fin du suscite le risque de vandalisme.. Plus grave, la détérioration de la situation politique libyenne depuis 2011 suscite en 2014 l'inquiétude de l'UNESCO, face aux risques de trafic illicite d'objets du patrimoine archéologique.. Plus récemment en 2015, le chef du service des Antiquités libyennes Ahmed Hassan s'alarme de possibles pillages et saccages des antiquités comme en Irak et en Syrie.. Pour ces raisons, l'ensemble du site de Sabratha et son théâtre ont été inscrits le sur la liste du patrimoine mondial en péril..

Architecture

L'édifice, situé à l'est du et à proximité de la mer, est orienté de manière que les spectateurs soient face au nord, mais est sensiblement désaxé par rapport au plan régulier du quartier.. Il est construit en grès extrait des carrières voisines, qui donne une couleur rougeâtre au monument restauré. Cette teinte n'est pas celle d'origine, car l'ensemble était revêtu de stuc, dont il subsiste des traces. La fondation repose sur un sol rocheux dont la légère dépression a été utilisée pour le creux de l’ central.. À la différence d'autres théâtres antiques qui profitent d'un flanc de colline pour appuyer leur structure, le théâtre antique de Sabratha prend assise sur un terrain plat, ce qui a obligé à construire un important bâti pour former la .

Extérieurement, la semi-circulaire comportait trois étages d'arcades ; la restauration n'en a partiellement révélé que deux. Chaque étage est constitué d'une série d'arcades encadrées de pilastres doriques. Les arcades sont supportées par des piliers massifs en maçonnerie de blocage, décorés de pilastres corinthiens lisses.. Les du premier niveau donnaient accès de part et d'autre de l'hémicycle à deux vomitoires () qui descendaient en pente douce vers l'orchestre, et à une galerie qui faisait le tour de la d'un vomitoire à l'autre. Cette galerie desservait par voûtées le massif intérieur de la : six entrées s'ouvraient sur les escaliers menant à la galerie supérieure qui elle-même desservait les d'accès aux gradins ; six autres entrées conduisaient à un couloir intérieur au niveau du sol, dont les extrémités reliaient les vomitoires latéraux. Enfin, les treize entrées restantes donnaient sur des pièces d'usage indéterminé, peut-être des locaux de service pour le matériel théâtral ou des salles destinées aux spectateurs..

Intérieurement, la est classiquement divisée en trois niveaux ou : le niveau inférieur (), en bon état, comporte , divisés en six secteurs rayonnants () par sept escaliers. Le deuxième niveau () compte divisés en sept secteurs, accessibles par cinq vomitoires depuis le couloir semi-circulaire du premier étage. Le troisième niveau (), qui a disparu et dont la hauteur devait égaler celle du mur de scène, devait comporter quinze gradins, en pierre ou peut-être en bois...

Mur de scène Le mur de scène (), haut de plus de et pratiquement restitué dans sa forme d'origine, est une des parties les plus remarquables du théâtre, résultat d'une anastylose sans équivalent pour les théâtres romains. Les archéologues ont retrouvé sur place la base du mur et la plupart des colonnes qui l'ornaient, et ont patiemment remis en place sur trois étages , pour la plupart d'origine. La hauteur de chaque colonne permettait de déduire à quel étage elle se situait : pour le premier niveau, pour le second, pour le plus haut.. Les colonnes du premier niveau sont en marbre , importé de Phrygie, celles du second niveau en marbre blanc, le troisième niveau combine des colonnes en et en granite.. Quoique toutes d'ordre corinthien, elles montrent de nombreuses variantes d'aspect : colonnes lisses, colonnes cannelées verticalement ou en spirale, et même colonnes mixtes, cannelées sur les deux tiers du fût et lisses au-dessus. Si le remontage du décor en colonnades est apprécié par les spectateurs et la plupart des archéologues, la façade arrière, brute et inachevée, est jugée par certains archéologiquement peu crédible. et d'un aspect peu heureux..

Selon l'architecture du théâtre romain préconisée par VitruveVitruve, De architectura, V, 6, 8., le mur de scène s'ouvre sur trois portes à doubles battants au fond de grandes absides semi-circulaires, avec au centre les portes royales () larges de et réservées au rôle principal, et de part et d'autre les portes dites des étrangers ou des hôtes () de de largeur seulement, pour les personnages secondaires. Un avant-corps encadré de colonnes et prolongé sur toute la hauteur du mur précède chaque ouverture et lui confère un aspect monumental.

Ainsi constitué, le mur de scène constitue un décor fixe, aussi bien pour les scènes d'extérieur où il forme une rue bordée de colonnes que pour les scènes d'intérieur pour lesquelles il figure un palais..

Enfin, à l'instar du appartenant au théâtre antique d'Orange, celui du théâtre antique de Sabratha se révèle comme étant un exemple type de ceux issus des canons architecturaux d'Asie mineure et qui ont été ultérieurement développés, puis perfectionnés par les Romains..

Scène et

La scène mesure sur , pour de hauteur au-dessus de l'orchestre. Elle était couverte d'un plancher en bois, qui en accentuait la sonorité. Les acteurs y accédaient soit par les trois portes monumentales percées dans le mur de scène, soit depuis de grandes salles latérales servant de coulisses, par les portes dites « côté forum » et « côté campagne », équivalents des modernes côté cour et côté jardin.. Ces salles communiquaient également avec le couloir semi-circulaire de la . Elles étaient luxueusement dallées de marbre polychrome, et leurs murs étaient plaqués de marbre blanc. Des fragments de marbre trouvés par les archéologues ont été recollés sur la paroi..

Sous le plancher de la scène, une fosse au sol de terre battue (l’) était accessible par un escalier de service de onze marches. Des machinistes pouvaient se tenir debout dans ce sous-sol creusé de plus d'un mètre par rapport à l'orchestre et faire monter ou disparaître des éléments de décors ou des personnages grâce à des trappes ouvrant le plancher de scène. Un fossé étroit placé juste derrière le servait à la manœuvre du rideau de scène. Une canalisation percée à travers le drainait les eaux de pluie tombées sur l' et la , et les collectait dans une fosse ménagée au centre du sous-sol. Une seconde canalisation de gros diamètre partait de cette fosse et passait sous le mur de scène, faisant office de déversoir et évitant l'inondation du sous-sol en cas de forte averse.

L’, espace semi-circulaire entre la scène et la , est encore à peu près complètement recouvert de son dallage d'origine, en marbre importé du Proconnèse. Quatre gradins bas et larges étaient réservés aux sièges mobiles destinés aux notables. Ceux-ci accédaient directement à l’ par les deux vomitoires latéraux (), terminés par des barrières représentant des dauphins sculptés. Une balustrade haute de entourait ces gradins réservés et les isolait de la .

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