Anne Teresa De Keersmaeker, née le à Malines en Belgique Martha Bremser, Anne Teresa De Keersmaeker in Fifty Contemporary Choreographers, éditions Routledge, 1999, , ., est une danseuse et chorégraphe belge flamande. Elle est une figure majeure de la danse contemporaine belge et mondialeRosita Boisseau, Panorama de la danse contemporaine. 90 chorégraphes, éditions Textuel, Paris, 2006, . «Its [Violin Phase] blunt magnificence illustrates how and why she first gained international prominence a quarter of a century ago» («Sa [Violin Phase] grandeur immédiate explique comment et pourquoi elle a obtenu rapidement une notoriété internationale il y a un quart de siècle») par Allen Robertson, « Dance to the Music of Steve Reich », The Times, 2 octobre 2006.. Elle s'est imposée au début des années 1980 en renouvelant les liens entre danse et musiqueIsabelle Ginot et Marcelle Michel, La Danse au , éditions Larousse, 2002, , .. En 1983, elle crée la compagnie Rosas au sein de laquelle elle développe son langage chorégraphique propre avec plus de soixante chorégraphies à son actif . Anne Teresa De Keersmaeker assure la direction chorégraphique du théâtre de la Monnaie à Bruxelles de 1992 à 2007. En 1995, elle fonde P.A.R.T.S., une école de danse contemporaine reconnue internationalement.

Le , elle est la deuxième personnalité belge à recevoir au Japon le « prix Nobel des Arts », le Praemium Imperiale, après le peintre Pierre Alechinsky qui l'avait obtenu en 2018

Biographie Famille et formation Anne Teresa De Keersmaeker passe son enfance avec ses deux sœurs à Wemmel en Belgique. Son père est fermier et sa mère professeureRosita Boisseau, « Anne Teresa De Keersmaeker : "La danse est un langage en soi" », Le Monde, 31 juillet 2009.. Elle fait ses études secondaires à Bruxelles, où elle commence par faire de la musique (de la flûte traversière qu'elle pratique toujours). À l'âge de dix ans, elle prend ses premiers cours de danse « Anne Teresa de Keersmaeker - En phase », Les Inrockuptibles , 20 mars 1996, ..

Elle suit ensuite des cours de ballet classique à l'École Lilian Lambert de BruxellesEntretien avec Anne Teresa De Keersmaeker dans le bulletin du Kaaitheater de mars-avril 2008. où elle fait la connaissance de ses futurs partenaires de création artistique Michèle Anne De Mey et son frère le musicien Thierry De Mey. Pendant sa formation de 1978 à 1980 à l'École Mudra (fondée par Maurice Béjart) elle assiste entre autres aux cours du musicien et pédagogue Fernand Schirren qu'elle avait rencontré plus tôt chez Lambert. Fernand Schirren constitue une personne essentielle dans son apprentissage de l'analyse musicale, de la structure, et du rythme. C'est à Mudra qu'elle fait la rencontre de Fumiyo Ikeda qui sera l'une de ses interprètes les plus proches.

Elle part ensuite deux ans aux États-Unis, sur une bourse de la Fondation belge de la vocation, pour étudier à la Tisch School of the Arts de l'université de New York où elle découvre la danse postmoderne américaine. Durant cette période américaine, elle suit les cours de l'Experimental Theater Wing et du Department of Performance Studies, et est en contact avec de nombreux mouvements artistiques new-yorkais. Elle réalise sa première chorégraphie à l'âge de vingt ans, Asch, pièce pour deux danseurs.

Débuts chorégraphiques La découverte de la musique de phase, dite musique minimaliste, de Steve Reich que lui avait fait découvrir Thierry DemeyAdolphe et coll. (2002), ., est décisive dans l'orientation de ses compositions chorégraphiques, cinq chorégraphies importantes de De Keersmaeker sont écrites sur des compositions de Steve Reich : Fase en 1982 avec les œuvres Piano Phase, Violin Phase, Come Out et Clapping Music ; Drumming en 1998 avec Drumming ; Rain en 2001 avec Music for 18 Musicians ; Counter Phrases en 2004 avec Dance Patterns ; Steve Reich Evening en 2007 reprenant différentes œuvres du compositeur. Voir Questions from Anne Teresa de Keersmaeker & Answers from Steve Reich sur le site officiel de Steve Reich.. Ainsi, après avoir obtenu un vif succès avec sa pièce Fase (1982), un duo inspirée des compositions Violin Phase (1967), Piano Phase (1967), Come Out (1966) de Steve Reich, Anne Teresa De Keersmaeker crée la Compagnie Rosas en 1983. Fase deviendra une pièce essentielle du répertoire contemporain et toujours dansée ponctuellement par De Keersmaeker vingt-cinq ans plus tardIsabelle Danto, « Anne Teresa De Keersmaeker revient sur son passé », Le Figaro, 30 avril 2007..

Rosas danst Rosas est créé le au théâtre de La Balsamine de Bruxelles puis est présenté la même année lors du festival d'Avignon. C'est une pièce pour quatre danseuses, en quatre mouvements, dont le titre fait référence à Gertrude Stein. Les pièces Fase et Rosas danst Rosas seront fortement soutenues par Hugo De Greef, fondateur du Kaaitheater, qui la fait entrer dans le réseau de financement institutionnel et lui permet de subvenir aux productions de sa jeune compagnie par le Théâtre de la Ville à Paris, le Hebbel Theater de Berlin, le Festival d'Avignon, et la Brooklyn Academy of Music de New York qui co-produisent et programment ses créations.

L'ensemble de l’œuvre d'Anne Teresa De Keersmaeker est dès lors intimement liée à une utilisation radicale de la musique (qu'elle soit classique, contemporaine, jazz, musique du monde, folk musique) comme support premier de son discours chorégraphique énergique, rigoureux, épuré et émotionnel. Sa danse se développe ainsi sur des bases de géométries scéniques (cercles, courtes spirales, diagonales impeccables) et sonores strictes. La musique est très souvent jouée en direct lors des représentations notamment par l'Ensemble Ictus avec lequel la compagnie collabore étroitement. Ces spectacles s'affrontent aux structures musicales et aux partitions de toutes les époques de la musique ancienne à la musique contemporaine

Compagnie Rosas et P.A.R.T.S. Avec les succès des premiers ballets, Anne Teresa De Keersmaeker fonde la Compagnie Rosas en 1983 avec trois autres danseuses : Michèle Anne De Mey, Fumiyo Ikeda et Adriana BorielloSorgeloos (1993), .. Sa pièce Elena's Aria (1983) débute par une lettre extraite de Guerre et Paix de Léon Tolstoï, suivi d'un extrait de L'Opéra de quat'sous de Bertolt Brecht et d'un passage de L'Idiot de Fiodor Dostoïevski : les textes lus par les danseuses ont – un temps – remplacé la musique, la lecture devenant un geste dansé. En 1988, sa pièce Ottone Ottone est défendue par Gerard Mortier qui la programme à La Monnaie de Bruxelles. Après ce premier contact avec l'institution bruxelloise et une période de transition due au départ de Maurice Béjart, elle est choisie par le nouveau directeur Bernard Foccroulle comme compagnie résidente La Monnaie en 1992.

En 1995, De Keersmaeker crée P.A.R.T.S. (Performing Arts Research and Training Studios) en étroite collaboration avec La Monnaie, afin de théoriser et transmettre son langage chorégraphique. Elle justifie cette démarche également par la volonté de combler le vide laissé par le départ de Béjart pour Lausanne. Pour cet enseignement, elle obtient la participation de Fernand Schirren, comme professeur de rythme « Giving An Old College Try The Star Treatment », The New York Times, 20 septembre 1998..

Après des créations incorporant dans ses spectacles des aspects plus théâtraux, comme Just Before (1997) qu'elle écrit en collaboration avec sa sœur Jolente De Keersmaeker, ou des vidéos comme Erwartung (1995), Anne Teresa De Keersmaeker fait un retour à la danse pure avec la pièce Drumming en 1998 , Rain en 2001. Suivront des créations plus intimistes où Anne Teresa De Keersmaeker est seule sur scène comme pour Once (2002) sur la musique de Joan Baez, ou accompagnée de quelques danseurs comme pour Desh et Raga for the Rainy Season (2005) utilisant la musique traditionnelle indienne et le chef-d'œuvre de John Coltrane, A Love Supreme.

À partir de 2001, Anne Teresa De Keersmaeker remet Rosas danst Rosas au répertoire de la compagnie dans une nouvelle version qui est depuis dansée régulièrement par treize interprètes différentes. Cette approche marquera alors des variations occasionnelles des ballets de son répertoire.

En 2002, Thierry De Mey réalise, pour les vingt ans de la compagnie, une version cinématographique de Fase, puis, en 2004, il réalise un film original sur les dix pièces composant l'ensemble Counter Phrases.

En 2004, elle met en scène l'opéra Hanjo du japonais Toshio Hosokawa, au Festival d'Aix-en-Provence et déclare : « Il y a dans cette musique, un rapport de connivence aussi étroit entre le son et le silence qu'il y en a, pour moi, entre le mouvement et l'immobilité. J'y vois aussi une très grande économie de moyens, un désir d'austérité, de lenteur ». Ce désir d'austérité et une sècheresse apparente qui cherchent cependant « à faire jaillir la vie »Dominique Frétard, « Une chorégraphe subversive rattrapée par les héritages », Le Monde, 21 et 22 avril 2002. sont depuis le début des années 1980 les marques d'identités d'Anne Teresa De Keersmaeker.

En 2008, à la suite du départ de nombreuses danseuses de la compagnie et du recrutement d'une nouvelle génération de jeunes danseurs conjugué à une absence d'inspiration musicale, elle réalise un « virage » dans son processus de création en écrivant une pièce, The Song, bâtie autour du silence et de quelques bruitages dont la structure repose autour de l'espace scénique, des lumières et du seul mouvement des corps.

En 2010 et 2011, elle crée un diptyque chorégraphique, jouant avec la lumière et le temps, composé des spectacles En attendant (2010) et Cesena (2011) présentés dans le cloître des Célestins lors des deux éditions du Festival d'Avignon. La même année une œuvre d'Anne Teresa De Keersmaeker est dansée par une autre compagnie que la sienne avec l'entrée au répertoire du ballet de l'Opéra de Paris de Rain grâce à la persuasion et à l'insistance de sa directrice Brigitte Lefèvre« Anne Teresa De Keersmaeker confie Rain au Ballet de l'Opéra de Paris », AFP-La Croix, 26 mai 2011.. Pour la saison 2011-2012, elle est artiste-associée du Centre culturel de Belém de Lisbonne « Anne Teresa de Keersmaeker vem passar um ano a Portugal », Público, 24 mai 2011..

En 2015, sur une invitation de la curatrice Elena Filipovic, Anne Teresa De Keersmaeker crée l'exposition de danse Work/Travail/Arbeid au centre d'art contemporain Wiels de Bruxelles. La pièce chorégraphique, écrite pour quatorze danseurs et six musiciens, dure neuf jours : avec cette performance artistique la danse se fait œuvre d'art qui s'expose au musée ; une nouvelle édition de Work/Travail/Arbeid est présentée l'année suivante au Centre Pompidou à Paris. En 2017, elle chorégraphie une pièce pour cinq danseurs sur les Suites pour violoncelle seul de Bach avec Jean-Guihen Queyras.

Le festival d'automne à Paris lui dédie un portrait en 2018, présentant spectacles, rencontre, performance participative.

En 2019, elle réalise à la demande du metteur en scène flamand Ivo van Hove une nouvelle chorégraphie pour la comédie musicale West Side Story recréée à Broadway.

En 2020, à l'approche de ses soixante ans et en écho à Fase, elle réalise une nouvelle chorégraphie solo sur les Variations Goldberg de Bach, accompagnée par Pavel Kolesnikov au piano.

Le quotidien De Standaard publie en 2022 une enquête dans laquelle le comportement autoritaire d'Anne Teresa De Keersmaeker est dénoncé.

Vie privée Anne Teresa De Keersmaeker est mère de deux enfantsLe Monde du 21 avril 2002..

Liste des chorégraphies Pour en savoir plus sur les chorégraphes d'Anne Teresa De Keersmaeker, vous pouvez consulter le site de Rosas

Filmographie La filmographie d'Anne Teresa De Keersmaeker comporte les films et documentaires originaux suivant.Filmographie d'Anne Teresa De Keersmaeker sur le site de la compagnie Rosas. : 1985 : Répétitions par Marie André, 43 min 1989 : Hoppla ! par Wolfgang Kolb, 52 min