thumb|alt=Première page d'une revue, précisant le n°, l'année, et qu'elle contient des extraits littéraires|C'est dans La Bibliothèque britannique de Genève que paraît, dès l'été 1813, la première traduction d'un roman de Jane Austen : des extraits de Pride and Prejudice.

La traduction des six romans de Jane Austen de l'anglais vers le français a suivi assez rapidement leur parution originale en Grande-Bretagne, mais il a fallu attendre plusieurs années, voire le milieu du , pour trouver des traductions en d'autres langues en Europe.

La première traduction (anonyme) est une version française abrégée de Pride and Prejudice pour la Bibliothèque Britannique de Genève dès 1813, suivie par des éditions intégrales en 1821 et 1822. Les autres romans furent aussi traduits en français peu après leur parution : 1815 pour la traduction de Sense and Sensibility par Isabelle de Montolieu, 1816 pour celles de Mansfield Park et dEmma. Les deux romans posthumes, Persuasion et Northanger Abbey, furent traduits, respectivement, en 1821 en 1824. Il y eut ensuite, au cours du , quelques traductions isolées en d'autres langues : en allemand pour (1822) et (1830), en suédois pour (1836) et Emma (1857), en portugais pour (1847), en danois pour (1855-1856). Mais c'est au cours du , d'abord à la fin de la deuxième guerre mondiale, puis, à partir des années 1990 en « exploitation opportuniste » du succès des adaptations cinématographiques inspirées par ses romans, que se multiplient les traductions des œuvres de Jane Austen. C'est , suivi dEmma, qui bénéficie partout du plus grand nombre de traductions. Cependant, la distribution de ces ouvrages ne fut pas uniforme et Jane Austen est restée longtemps mal connue dans les pays de l'Est : la première traduction en russe ne date que de 1967.

Considérée de longue date dans les pays anglophones comme un auteur de première importance, la romancière ne fut pas réellement intégrée dans la tradition du « roman anglais » par le public continental qui n'y accède qu'à travers les traductions. Il n'est donc pas conscient du rôle fondateur que Jane Austen a joué dans l’avènement du roman britannique moderne, d'autant plus que les nuances de sa langue, l'acuité de son style, son écriture réaliste, la profondeur de sa réflexion sont ignorées des éditions « grand public ». La raison est à chercher dans les modifications introduites par les premiers traducteurs qui n'ont pas hésité à y injecter du sentimentalisme et à en éliminer tout l'humour et l'ironie. Les traductions du et du début du en général la tirent vers la littérature morale et didactique ou en font un écrivain pour « dames et demoiselles ». Les lecteurs européens ont eu de ce fait tendance à associer le style de Walter Scott à celui du roman britannique typique et à ranger l'œuvre de Jane Austen dans la littérature sentimentale., d'autant plus que, publiée anonymement, elle était éclipsée par d'autres romancières de langue anglaise de son époque, dont plusieurs avaient une notoriété certaine : Ann Radcliffe, Maria Edgeworth, Fanny Burney, Lady Morgan. Ce n'est que dans les années 1990, avec la diffusion généralisée d'adaptations cinématographiques et télévisuelles que l'intérêt pour l'œuvre de Jane Austen est devenu un engouement, entraînant une accélération dans la parution de traductions nouvelles, de plus en plus exactes, et dans un nombre de langues de plus en plus vaste..

Traductions en français

C'est en français qu'ont paru les premières traductions des romans de Jane Austen, mais elles les transforment en romans sentimentaux à la française, d'où le malentendu durable concernant la romancière anglaise.. Paraissant relever de la tradition sentimentale, ses ouvrages ont été considérés avec condescendance. et sa réputation demeure encore brouillée en France.. Si elle n'a pas encore complètement accédé au statut de « véritable » auteur littéraire au début du ., l'édition de son œuvre dans la Bibliothèque de La Pléiade est le signe que son statut est en train changer..

Traductions du upright=0.8|thumb|alt=Gravure. Une femme debout tourne la tête vers un jeune officier qui la regarde et montre une lettre sur une table|Frontispice du tome II de La Famille Elliot, avec une gravure légendée : il s'approcha de la table, montra la lettre à Alice, et sortit sans dire un mot ! Après la période révolutionnaire, les romans étrangers sont l'objet d'un engouement dû à la nouveauté.. Aussi, dès l'été 1813, sont traduits à Genève, pour La Bibliothèque britannique, de larges extraits. de , puis en 1814 de Mansfield Park .. En 1815, la baronne de Montolieu, femme de lettres vaudoise connue., « traduit librement ». , « enrichissant » pour son public la sobre élégance du style de Jane Austen. avec des détails et un dénouement de son cru. Raison et Sensibilité, ou les Deux Manières d'aimer. est un roman d'amour rempli de bons sentiments d'où sont gommés l'humour et l'ironie de l'œuvre originale. En , à peine quelques mois après sa parution en Angleterre, sort la première traduction (anonyme) dEmma, titrée La Nouvelle Emma ou les Caractères anglais du siècle.. Mansfield Park est traduit la même année par Henri Villemain sous le titre Le Parc de Mansfield, ou les Trois Cousines..

En 1821 Isabelle de Montolieu traduit « librement » PersuasionHenri Plard, Jane Austen (trad. André Belamich), Persuasion, Christian Bourgois Éditeur, coll. « 10/18 », 1980, « Postface ».. Elle change le titre. en La Famille Elliot, ou l'Ancienne Inclination, le nom de l'héroïne et ajoute, à son habitude, des éléments romanesques et de la sentimentalité. En 1823 sort à Paris la première traduction intégrale de Pride and Prejudice, titrée Orgueil et Prévention.. Une traduction plus conventionnelle sort en SuisseIsabelle Bour, The Reception of Jane Austen's Novel in France, . la même année. et l'année suivante parait la première traduction de Northanger Abbey., précédée de la traduction de la notice biographique de Henry Austen.

Jane Austen tombe ensuite complètement dans l'oubli pendant une cinquantaine d'années, puis bénéficie d'un léger regain d'intérêt en 1882, lorsque Bentley sort une nouvelle édition de ses romans. Une traduction de Persuasion parait alors chez Hachette., puis, en 1898, paraît en feuilleton dans La Revue blanche une nouvelle traduction de Northanger Abbey par Félix Fénéon, intitulée Catherine Morland., ouvrage., fréquemment rééditée tout au long du , puisque Northanger Abbey ne sera traduit à nouveau qu'en 1980.

Traductions du

thumb|upright=0.8|left|alt=En gros, sous le nom de l'auteur, le titre français, en plus petit, le titre anglais, puis le nom des traductrices|Première de couverture de l'édition de 1932, titrée Les Cinq Filles de Mrs. Bennet. Ces traductions présentent, à des degrés divers, les mêmes défauts que les précédentes : élagage et approximations..

Une traduction dEmma par Pierre de Puligua parait en feuilleton dans le Journal des Débats politiques et littéraires en 1910. Deux traductions paraissent durant l'entre-deux guerres : en 1932, Les Cinq Filles de Mrs. Bennet., de Valentine Leconte et Charlotte Pressoir dont le titreElle est fréquemment rééditée, mais sous le titre Orgueil et Préjugés., en mettant l'accent sur le personnage de Mrs Bennet, inscrit cette traduction dans les ouvrages destinés à une clientèle féminine. ; et en 1933 une Emma par P. et É. de Saint Second..

La littérature anglophone ayant été censurée dans les pays occupés pendant la guerre, l'année 1945 voit exploser les traductions : En Belgique francophone où paraissent Orgueil et Préjugés, Raison et Sensibilité et Emma, traduits par Eugène Rocart ; Mansfield Park par Léonard Bercy ; Orgueil et Prévention par R. Shops et A.-V. Séverac, suivis en 1946 par une traduction soignée dEmma, par Sébastien Dulac. ; En France où paraissent en 1945 une traduction de Persuasion par André BelamichIsabelle Bour, The Reception of Jane Austen's Novel in France, dans ., en 1946, deux dOrgueil et Préjugés (une de Jean PrivatIsabelle Bour, The Reception of Jane Austen's Novel in France, dans . et une, abrégée et illustrée pour la jeunesse de Germaine Lalande), en 1948, Marianne et Elinor par Jean Privat . ; En Suisse où parait en 1947 L'Orgueil et le Préjugé par Jules Castier, première traduction à être accompagnée d'une préface de niveau académique, signée par un spécialiste des études anglaises, Louis Cazamian. et en 1948 Le Cœur et la Raison, par le même traducteur.

Ensuite il n'y aura plus que quelques traductions grand public de ., jusqu'à ce que, dans le dernier quart du , Christian Bourgois ajoute Jane Austen à son catalogue de littérature étrangère, la mettant ainsi à la portée d'un vaste public cultivéIsabelle Bour, The Reception of Jane Austen's Novel in France, dans .. Les textes d'accompagnement et de nouvelles traductions de qualité vont progressivement transformer la réception de Jane Austen en France..

thumb|upright=0.8|alt=Jeune fille assise sur un parapet, l'air sérieux. L'amoureux éconduit s'éloigne tristement sur le chemin| (1899) : Une reproduction de ce tableau d'Edmund Blair Leighton illustre le coffret de l'intégrale des romans de Jane Austen aux éditions Omnibus.

Mais ce sont les adaptations cinématographiques qui ont vraiment révélé Jane Austen au grand public, tout en entretenant le malentendu, puisqu'elles présentent un romantisme absent des romans sources.. Elles ont entraîné un intérêt pour l'auteur et son œuvre, d'où une vague de rééditions « opportunistes » de traductions anciennes de plus ou moins bonne qualité dans diverses collections bon marché, et quelques rares traductions nouvelles.

Les illustrations de couverture des éditions de poche, tournant toutes autour du thème de la jeune fille rêveuse et féminine, continuent aussi à véhiculer l'image stéréotypée d'un auteur de « romans féminins » et sentimentaux., même si le paratexte tend désormais de plus en plus à valoriser la qualité de l'œuvre..

Les traductions du

La prolifération des traductions disponibles contribue à brouiller la réception de Jane Austen., les éditions grand public la tirant toujours du côté du roman sentimental., alors que ceux qui la lisent en anglais prennent la pleine mesure de sa complexité et de sa subtilitéIsabelle Bour, The Reception of Jane Austen's Novel in France, ..

Aussi l'édition de ses romans dans la Bibliothèque de la Pléiade est-elle une forme de consécration qui devrait permettre , Revue COMMENTAIRE, , .. Le premier volume sorti en 2000 contient les œuvres de jeunesse, le deuxième, paru en 2013., les romans de la maturité.

De nouvelles traductions, plus fidèles au texte original et respectueuses de son découpage, paraissent aussi dans les collections de poche « classiques », accompagnées en général d'un paratexte conséquent signé par des universitaires, dont quatre pour le seul : celles de Béatrice Vierne en 2001, de Pierre Goubert en 2007, de Laurent Bury en 2009 et de Sophie Chiari en 2011. Gallimard sort en Folio classique, en 2009 Le Cœur et la Raison (paru en Pléiade en 2000), en 2011 une nouvelle traduction de Persuasion, en 2014 Mansfield Park (paru en Pléiade en 2013). Bien que la popularité de Jane Austen en France reste liée à l'image romanesque véhiculée par les adaptations, les traducteurs s'attachent désormais à mieux rendre son ironie, l'acuité de son style et la finesse de ses observationsIsabelle Bour, The Reception of Jane Austen's Novel in France, dans ..

Traductions dans les langues germaniques Un recensement de l'ensemble des traductions de Jane Austen a été fait par David Gilson dans un ouvrage dont la première édition remonte à 1982..