Białystok est une ville polonaise de la voïvodie de Podlachie, située près de la frontière russe. Rattachée au royaume de Prusse en 1795, elle passe sous contrôle russe en 1807. Allemande en 1915, biélorusse en 1918, elle fait partie de la Pologne de 1920 à 1939. Envahie par l'Allemagne nazie en 1940, elle est cédée à l'Union soviétique à la suite du Pacte germano-soviétique. Le , cinq jours après le début de l'opération Barbarossa, elle tombe aux mains de l'Allemagne nazie qui immédiatement met en place la procédure de liquidation de la population juive.
Les Juifs sont présents à Białystok dès le , mais deviennent majoritaires lors du développement industriel et commercial de la ville à la fin du et au début du , atteignant le nombre de . À la suite du pogrom de 1906, de nombreux Juifs émigrent principalement aux États-Unis. L'occupation de la ville par les nazis lors de la Seconde Guerre mondiale, conduit au massacre de la presque totalité de la communauté. Une petite communauté se reforme après la guerre, mais disparait à la suite des campagnes antisémites de 1968.
Białystok relevant de la famille Branicki L'établissement de Juifs dans les territoires de la voïvodie de Podlachie date du , quand des petits groupes s'installent à Bielsk Podlaski.
Le village de Białystok est fondé dans la première moitié du sur les terres de la famille Branicki. La chronique du Conseil exécutif de la communauté juive de Tykocin, village distant d'une trentaine de km et possédant déjà une communauté juive établie, confirme que des Juifs sont déjà installés à de Białystok avant 1658. En 1661, la capitation est payée par 75 Juifs de Białystok et pour 1663, la chronique indique que 75 femmes et hommes de plus de 14 ans, de confession juive vivent dans ce village. Les Juifs de Bialystok sont rattachés à la communauté de Tykocin: Adam Czesław Dobroński: Białystok – historia miasta; Białystok; 2001; page: 14; : Tomasz Wiśniewski; Jarosław Wojtach; Lucyna Aleksandrowicz-Pędich: Bóżnice Białostocczyzny; Białystok; 1992; page: 135; .
En 1691, Białystok obtient les statuts de ville, et les Branicki encouragent les Juifs à s'y installer en leur construisant des maisons et des magasins et en leur faisant don d'une synagogue: I. Shmulewitz: Bialystok – A Historical Survey in The Bialystoker Memorial Book; éditeur: The Bialystoker Center; New York; 1982; pages: 3 à 5: Abraham Samuel Hershberg: Pinkas Bialystok; grunt-materyaln tsu der geshikte fun di yidn in Bialystok biz nokh der ershter velt-milkohme (The chronicle of Bialystok; basic material for the history of the Jews in Bialystok until the period after the First World War); éditeur: Bialystock Jewish Historical Association, Inc; New York; 1949 – 1950; volumes: I et II: A history of Bialystok, Poland; site de la Bialystoker Synagogue; consulté le 21 mars 2015. En 1692, il existe déjà une petite communauté juive, dépendante de celle de Tykocin.
Un premier cimetière juif existe à la fin du , ou peut-être même dès 1658. Il est situé à proximité de l'ancien cimetière catholique, sur le côté ouest de la place du Marché, et a été fermé avant 1770, quand Miron Josiowicz achète le terrain pour la construction d'une brasserie.
Tant que Białystok est détenu par la famille Branicki, la communauté juive locale connait une période de prospérité. En 1745, les plus importants magasins sont détenus par dix commerçants juifs. En 1771, il y a 46 échoppes de commerce de détail place de l'hôtel de ville, dont seulement deux appartiennent à un Chrétien, le commerçant allemand Bogusław Szulc: Alina Sztachelska-Kokoczka: Kwadrat Rynku jako centrum handlowe Białegostoku w XVIII w (La place du marché comme centre commercial de Białystok au ); revue: Białostocczyzna; 1990; nr 3; page: 1: Mariusz Sokołowski: Historia białostockich Żydów 1658–1943 (Histoire des Juifs de Białystok de 1658 à 1943); consulté le 20 mars 2015. En 1895, on estime à une centaine le nombre d'échoppes sur la place du Marché. La communauté juive de Białystok participe activement à la vie de la ville. Bien que les Juifs ne puissent pas siéger au conseil de la ville et n'aient pas le droit d'exercer une fonction publique, le chef de la communauté participe à l'élection des autorités municipales. Les Juifs comme les Chrétiens sont soumis à certaines obligations, comme effectuer des rondes de nuit pour assurer une protection contre le vol et les incendies ou assurer l'entretien d'une partie des murs d'enceinte de la ville. Les Juifs sont principalement dans le commerce ou l'artisanat. Sur 37 tailleurs, seuls 5 sont chrétiens. 11 producteurs de vin sont juifs, 39 brasseries appartiennent à des Juifs, ainsi que plusieurs tavernes, dont les plus connues sont l'auberge de Samuel Josiefowicz Gluszko « Pod znakiem Łabędzia » (Sous le signe du cygne) rue Choroska et l'auberge Pod znakiem Jelenia (sous le signe du cerf).
Dans les années de partition de la Pologne, les Juifs sont soumis à de nombreuses restrictions. La politique de répression contre les Juifs a pour but de limiter leur poids économique et de les forcer à s'assimiler.
Białystok sous contrôle prussien puis russe thumb|180px|Louis-Lazare Zamenhof, inventeur de l'espéranto.|alt=Portrait en noir et blanc de Louis-Lazare Zamenhof, inventeur de l'espéranto.
Après le troisième partage de la Pologne, les Branicki vendent la ville aux Prussiens, qui limitent les droits des Juifs. Pendant les années sous domination prussienne (1795-1807), les Juifs de Białystok sont en contact avec les Juifs allemands, imprégnés de la Haskala, le mouvement des Lumières juif. Les Maskilim (partisans de la Haskala) de Białystok, en conflit permanent avec la majorité de la communauté locale, plus traditionnelle, ouvrent leur propre maison de prière. Parmi les représentants éminents de ce mouvement, qui va se perpétuer tout au long du , on trouve Eliezer Halberstam (résidant à Białystok depuis 1833), Abraham Szapiro (auteur en 1892 de ), Jehiel Michał Zabłudowski (cofondateur de la revue en hébreu Ha-Karmel et auteur en 1860 du livre Ru’ah Hayyim), ainsi que le poète Menahem Mendel Dolicki. La famille Zamenhof fait également partie des pionniers de ce mouvement avec le docteur Louis-Lazare Zamenhof, qui dans un esprit d'universalité et de compréhension mutuelle invente l'espéranto, une langue auxiliaire internationale.
thumb|180px|left|Samuel Mohaliver, rabbin sioniste
Simultanément, le nombre de partisans du Hassidisme grandit avec parmi les leaders, le rabbin Chaim Herz Halpern. Dès le début des années 1880, les mouvements sionistes tels que celui des Amants de Sion (Hovevei Zion, initialement « L'Amour de Sion »), encouragent les Juifs à s'installer en Palestine. Białystok devient un centre important du mouvement sioniste sous l'impulsion du rabbin Samuel Mohaliver et de Josef Chasanowicz.
Le nombre de Juifs augmente de façon constante jusqu'au début des années 1830, avant de décroître rapidement à la suite d'une épidémie de choléra: Adam Czesław Dobroński: Białystok – historia miasta; Białystok; 2001; page: 64; . Au début du , la ville compte une synagogue, quatre ou cinq (centres d'étude de la Torah) et environ dix petites maisons de prière. En 1834 est construite une seconde synagogue en dur, appelée « synagogue chorale » ou « synagogue Zabłudowski ». En 1890, la synagogue Beth Midrash Piaskower, dans le district Piaski, devient la première synagogue de Białystok à être éclairée à l'électricité. En 1804, une maison d'édition et d'impression juive ouvre en ville. Elle travaillera jusqu'en 1824.
L'emplacement de la ville à la frontière occidentale de l'Empire russe est favorable au développement du commerce et à la conquête du marché russe par les marchands de Białystok. Un an avant le rattachement de Białystok à l'Empire russe, la première usine de textile est créée par d'anciens soldats de Napoléon originaires de Saxe. La création de la zone de Résidence par l'impératrice Catherine II en 1791 conduit à une arrivée massive de Juifs dits Litvak en provenance des régions de l'est de la Russie, entre autres des régions de Brest et de Vilnius.
Dès le début des années 1910, certains commerçants gagnent des fortunes en servant d'intermédiaire entre le royaume de Pologne et la Russie tsariste, dont Izaak Zabłudowski, Abram Grodzieński et Aron Erbstein. Les marchands juifs de Białystok dominent le marché de fournitures pour l'armée russe. Dans la seconde moitié du , Białystok est l'un des centres industriels et commerciaux au développement le plus rapide dans la partie occidentale de l'Empire russe. En raison des barrières tarifaires restrictives entre le royaume de Pologne et la Russie tsariste mises en place après l'insurrection de novembre 1830 des Polonais contre la domination russe, de nombreux entrepreneurs juifs, principalement les producteurs de textile de Łódź et de Zgierz (Görnau), installent leurs usines à Białystok et dans les villages environnants
Le boom économique entraîne une croissance rapide de la population juive : 80 % des entrepreneurs de Białystok sont des Juifs. En 1857, vivent à Białystok, ce qui représente 67 % de la population totale de la ville. Le développement de celle-ci est encore accéléré par la construction de la ligne de chemin de fer qui relie Varsovie à Saint-Pétersbourg en passant par Białystok, qui gagne le nom de Manchester du Nord. En 1850, Nahum Minc et Sender Bloch ouvrent leur usine de textile. Nahum Minc est le premier entrepreneur de Białystok à introduire dans son usine des machines à vapeur, et plus tard des machines électriques. En plus du textile, les entrepreneurs juifs sont aussi majoritaires dans l'industrie du tabac.
En raison de ce développement économique, la communauté juive s'agrandit tout au long du aussi bien démographiquement qu'économiquement. En 1897, vivent à Białystok, c'est-à-dire 63 % de la population totale. En 1860, dix-neuf des textiles sont détenues par des Juifs. En 1898, sur les industrielles de la ville, 299 sont juives et près de 60 % de leurs employés sont de religion juive. Même les petites entreprises dans le domaine alimentaire, dans l'industrie du bois ou des métaux, ainsi que dans le domaine du bâtiment sont en grande proportion détenues par des Juifs. Sur , , soit 90 %, sont des Juifs : Bialystok in "The Encyclopedia of Jewish Life Before and During the Holocaust"' ; rédacteur : Shmuel Spector et Geoffrey Wigoder ; éditeur : NYU Press ; tome I ; New York ; 2001 ; page 138 ; : Białystok in "Encyclopaedia Judaica" ; rédacteur : Fred Skolnik et M. Berenbaum ; éditeur : Macmillan Reference USA ; tome 3 ; Detroit – New York – San Francisco – New Haven – Waterville – London ; 2007 ; page 567 ; .
La législation discriminatoire russe et l'afflux de Juifs venant des villages et shtetls alentour, plus particulièrement dans les années 1825 à 1835 et en 1845, ont pour conséquence une augmentation rapide du nombre de personnes nécessiteuses. Pour venir en aide à cette population, la communauté crée de nombreuses associations caritatives telles que la Hevra kaddisha (« Société du dernier devoir ») pour l'organisation des obsèques, le Bikkour Holim (visite aux malades), le Linas Hatzedek (société de prêt gratuit) ou l'association Tsedaka Gedola (« Grande charité »).