Henry IV (deuxième partie) est une pièce de théâtre historique de William Shakespeare qui a été inscrite au Registre des Libraires le et publiée la même année sous le titre The seconde parte of the history of kinge Henry the IIIIth with the humours of Sir John Falstaff, written by master Shakespeare, certifiant ainsi l'identité de l'auteur. Les dates d'écriture et de représentation demeurent en revanche inconnues, ce qui donne lieu à des spéculations. Une première représentation en 1597 est parfois proposée par analogie avec Les Joyeuses Commères de Windsor, qui ont aussi été inscrites en et jouées pour la première fois en .

Cette pièce forme avec Richard II et Henry IV (première partie), qui la précèdent, et Henry V qui la suit, la seconde tétralogie de Shakespeare, qui couvre une tranche continue de l'histoire de l'Angleterre de 1398 au traité de Troyes en 1420, finissant là où commence la première tétralogie, composée des trois parties de Henry VI et de Richard III.

Argument Cette pièce fait suite à Richard II et à Henry IV (première partie), qui forment la première moitié de cette tétralogie.

Dans la première pièce, Richard II, Bolingbroke parvient à faire abdiquer Richard II grâce à l'aide déterminante des puissants barons du nord, les Percy : Henry Percy, surnommé Hotspur, son père, le comte de Northumberland, et son oncle, le comte de Worcester. Puis, Bolingbroke se fait couronner roi sous le nom d'Henri IV, sans en avoir la légitimité dynastique, puisque c'est Edmond Mortimer, de March, qui aurait dû alors devenir roi.

Dans Henry IV (première partie), les Percy s'estiment mal traités par le roi, considérant le soutien sans faille qu'ils lui avaient apporté lors de son ascension vers le trône d'Angleterre. Mécontents, ils s'allient avec leurs ennemis de la veille, les Gallois et les Écossais, toujours en guerre contre le royaume d'Angleterre. Ils rassemblent des forces considérables et s'opposent aux troupes royales d'Henri IV. Les armées en présence sont de force équivalente, rendant l'issue du combat incertaine. Mais au dernier moment, les Gallois se désistent, ainsi que le comte de Northumberland. Le rapport de force passe en faveur des troupes du roi, et Hotspur est battu et tué à la bataille de Shrewsbury. vignette|Statue d'Owen Glendower à Cardiff. Lorsque Henry IV (deuxième partie) commence, cette bataille vient de s'achever, mais elle n'éteint pas toute rébellion. L'archevêque d'York, les lords Mowbray, Hastings et Bartoph, par crainte de représailles royales pour leur soutien à la rébellion précédente, réunissent des troupes, qui pourraient rivaliser avec celles du roi, si le comte de Northumberland s'associait à eux comme il l'a promis. Mais, encore une fois, au moment de l'affrontement, celui-ci renonce et s'enfuit en Écosse. Étant en infériorité numérique, les rebelles acceptent une négociation avec les commandants adverses, le prince Jean et le comte de Westmoreland. Pensant être arrivés à un accord, les chefs rebelles débandent leurs troupes, et lorsqu'ils se retrouvent seuls au milieu de l'état-major royal, Westmoreland les fait arrêter et exécuter. La bataille est gagnée sans combattre.

D'autres bonnes nouvelles arrivent à la connaissance du roi : les Écossais sont battus à la bataille de Bramham Moor et son vieil ennemi, le chef gallois Owen Glendower, est mort. Toute contestation du pouvoir royal a cessé, et la paix civile est revenue. Paradoxalement, le roi se sent mal en apprenant cela. Il s'alite et meurt peu après. Son fils aîné, le prince Hal, devient roi sous le nom d'Henri V. Il promet le jour de son couronnement de tirer un trait définitif sur sa jeunesse dissolue et ses amitiés douteuses.

Cette trame tragique est régulièrement interrompue par des épisodes comiques animés par Falstaff, gentilhomme bouffon, et ses divers compagnons. Leur nombre s'est accru par rapport à la première partie, tandis que l'importance de Falstaff diminue. Il ne partage même pas une scène entière avec le prince Hal et est renié par lui et à tout jamais banni lors de la dernière scène, alors que dans la première partie, il jouait le rôle de conseiller pervers du prince. Il n'y aura pas de place pour lui dans la pièce suivante Henry V, si ce n'est la mention de sa maladie et de sa mort.

Liste des personnages Cette liste existe très lacunaire dans le Premier Folio et a donc dû être complétée. Il y a beaucoup de personnages communs avec Henry IV (première partie). vignette|Le roi Henri IV. Rumeur, personnage allégorique du prologue Le roi Henri IV Henri, prince de Galles, fils aîné du roi, surnommé Hal, futur roi Henri V Jean de Lancastre, troisième fils du roi Thomas, duc de Clarence, deuxième fils du roi Humphrey, duc de Gloucester, quatrième fils du roi Partisans du roi Le comte de Westmoreland, du nom Sir John Blunt, à ne pas confondre avec Walter Blunt, autre loyal partisan du roi, tué dans la première partie à la bataille de Shrewsbury Le comte de Warwick Le Gower Harcourt, qui n'apparaît que pour annoncer la défaite de Northumberland et de Bardolph (acte IV scène 3) Le Grand Juge (Lord Chief Justice, ) Son serviteur

Adversaires du roi Le comte de Northumberland, premier du nom, père de Hotspur, tué dans la première partie Lady Percy, Margaret Neville, femme du précédent Lady Percy, veuve de Hotspur, appelée Kate par Shakespeare alors qu'elle est prénommée Elizabeth Richard Scroope, archevêque d'York Lord Thomas Mowbray, fils aîné de Mowbray, adversaire du futur Henri IV dans Richard II et mort à Venise en 1399. Henri IV a refusé à ce fils le titre de duc de Norfolk porté par son père Lord Hastings, titre dormant et disputé à cette époque. Ce nom apparaîtra aussi dans Richard III, désignant un autre personnage Lord Thomas Bardolf, personnage historique qui n'a rien à voir avec Bardolph, le compagnon au nez écarlate de Falstaff Travers, pas de réalité historique Morton, pas de réalité historique Sir John Colevile, est mentionné dans Holinshed parmi les rebelles exécutés vignette|Sir John Falstaff. Personnages comiques Sir John Falstaff, gentilhomme bouffon. Son nom inventé remplace le nom originel, sir John Oldcastle, à cause des protestations de la famille. Il a beaucoup participé au succès de la pièce Robin, le page de Falstaff Edward Poins (Ned), ami du prince Henri Peto et Bardolph, deux compagnons de Hal et de Falstaff Pistolet Shallow (Falot) et Silence, deux juges de paix Davy, serviteur de Falot Fang et Snare (Pince et Coince), deux sergents Cinq recrues : Mouldy, Shadow, Wart, Feeble et Bullcalf (Lerance, Delombre, Furoncle, Gringalet et Grandveau) Doll Tearsheet (Lola Troussedraps) Madame Quickly, patronne de l'auberge La Hure de Sanglier à Eastcheap Serveurs, bedeau, portier, messager, soldats, seigneurs, musiciens, serviteurs Toutes les scènes se passent en Angleterre.

Résumé Prologue La Rumeur entre et se présente. Capable de répandre mille fausses nouvelles, elle vient annoncer des issues fantaisistes à la bataille de Shrewsbury, qui s'est déroulée à la fin de la première partie.

Acte I

Scène 1 (au domicile de Northumberland) Lord Bardolph vient annoncer au comte de Northumberland que la bataille est gagnée par son camp, que le roi est grièvement blessé et que le prince héritier est mort. Il tient ces nouvelles d'un gentilhomme qui revenait des combats. Puis Travers, un serviteur du comte, apporte des nouvelles contraires, que la bataille est perdue et que le fils du comte, Hotspur, a été tué. Morton, un autre serviteur, vient confirmer les dires du précédent, et prévient que le roi a dépêché contre lui une armée commandée par le prince Jean et Westmoreland. Northumberland fait envoyer des lettres à tous ses alliés.

Scène 2 vignette|Falstaff et son page. Falstaff fait son entrée. Accompagné d'un page minuscule, il se compare à une truie ayant écrasé tous ses petits sauf un. Ils rencontrent le Grand Juge, qui veut l'interroger sur l'affaire du vol commis dans la première partie, à laquelle Falstaff avait participé. Mais Falstaff fait la sourde oreille, détourne constamment le sujet, si bien que le juge menace de l'emprisonner. Toutefois, considérant sa bonne conduite à la bataille de Shrewsbury, il l'exempte d'une enquête plus approfondie. Il lui apprend qu'il a été désigné pour faire partie de l'expédition commandée par le prince Jean, partant combattre Northumberland et l'archevêque d'York.

Scène 3 (réunion des rebelles) Les chefs des rebelles, l'archevêque d'York, Mowbray, Hastings et Bartoph, se sont réunis pour faire le bilan de leurs forces, , sans compter celles de Northumberland. Mais ils ne sont pas sûrs que cela soit suffisant, ni que Northumberland ne se désistera pas au dernier moment, comme il l'a déjà fait à Shrewsbury. L'archevêque est prêt à prendre le risque. Les autres le suivent.

Acte II

Scène 1 (à l'auberge « La Hure de sanglier ») La patronne de l'auberge a porté plainte pour dettes contre Falstaff, et les sergents Pince et Coince sont venus pour l'arrêter. Mais lorsque Falstaff arrive avec Bardolph, ceux-ci se défendent et l'affaire risque de mal finir, quand le Grand Juge arrive. Il fait cesser la rixe et demande des explications. Falstaff conteste les dettes et, quand un messager vient leur apprendre que le roi et Hal sont proches avec des troupes, Falstaff prévient qu'il a une mission à remplir : recruter de nouveaux soldats. Il promet tout de même de dîner avec la patronne et Lola Troussedraps le soir même.

Scène 2 (à Londres) Le prince Hal et Poins arrivent à Londres. Ils rencontrent Bardolph et le page de Falstaff, qui leur apprennent que ce dernier doit dîner ce soir-là à l'auberge « La Hure de sanglier » avec la patronne et Troussedraps. Ils décident de les y surprendre en se déguisant en serveurs.

Scène 3 (au domicile de Northumberland) Northumberland hésite à engager ses troupes contre le roi. Sa femme et sa belle-fille, veuve d'Hotspur, tentent de l'en dissuader, lui conseillant de fuir la colère du roi en se réfugiant en Écosse. Il se range à cet avis, se désistant encore une fois au dernier moment, comme lors de la bataille de Shrewsbury, ce qui avait causé indirectement la mort de son fils.

Scène 4 (à l'auberge « La Hure de sanglier ») vignette|Falstaff et Lola Troussedraps. Falstaff a dîné avec la patronne, Troussedraps, Bardolph et son page. Pistolet vient les rejoindre et la discussion dégénère en dispute. Falstaff et Pistolet se battent. Ce dernier est blessé à l'épaule et est mis dehors par Bardolph. Quand Hal et Poins se glissent déguisés en serveurs, Falstaff est en train de dénigrer le prince. Ce dernier menace Falstaff qui s'excuse platement. Cela ne va pas plus loin, car Hal apprend que la rébellion prend de l'ampleur, et il part précipitamment prêter main-forte à son père.

Acte III

Scène 1 (la nuit au Palais royal) Souffrant d'insomnie, Henri IV fait venir Warwick, Surrey et Blunt. Il leur confie ses craintes, estimant les forces rebelles à . Warwick le rassure en lui disant que ce nombre est surestimé, qu'Owen Glendower est mort et que les barons du nord seront facilement vaincus.

Scène 2 Les juges de paix, Silence et Falot, se remémorent leur passé. On apprend ainsi qu'à l'époque Falstaff était le page de Mowbray, duc de Norfolk, qui avait été banni à vie dans Richard II par le roi Richard II. Falstaff arrive justement avec Bardolph pour recruter quelques soldats. Les juges en ont préalablement sélectionnés quelques-uns, et ils les appellent l'un après l'autre. Falstaff retient les plus solides, mais aucun de ceux-ci n'est désireux de partir à la guerre. Deux d'entre eux paient Falstaff pour n'être pas retenus, procédé déjà employé par celui-ci dans la première partie pour gagner indûment de l'argent.

Acte IV Scène 1 (au camp des rebelles, dans la forêt de Gaultres, au nord de York)