La grotte d'Enlène, ou caverne d'Enlène, est une grotte du Magdalénien (Paléolithique supérieur), située à Montesquieu-Avantès, en Ariège, dans la région Occitanie, en France.
La grotte d'Enlène est une des plus riches grottes des Pyrénées ariégeoises en mobilier magdalénien, avec quelques objets sculptés de facture remarquable (propulseur aux bouquetins, sauterelle et oiseau sur os gravé, etc.). Elle est exceptionnelle par la quantité de ses plaquettes gravées. Elle est aussi un site de référence pour le Gravettien.
Elle fait partie du réseau karstique des grottes du Volp, monument naturel et site classé (2013) qui inclut la grotte des Trois-Frères et son iconique « chamane dansant », et la grotte du Tuc d'Audoubert avec son célèbre groupe statuaire des bisons en argile. Enlène est la plus anciennement connue des trois.
Les grottes du Volp font partie de l'ensemble des grottes ornées de la chaîne pyrénéo-cantabrique et sont fermées au public.
Localisation
Les trois principales grottes du Volp sont dans le nord de l'Ariège à quelque à vol d'oiseau du département de Haute-Garonne au nord, sur la commune de Montesquieu-Avantès, à à vol d'oiseau au nord-est du bourg Couches « Cartes IGN classiques », « Limites administratives » et « Hydrographie » activées. Vous pouvez bouger la carte (cliquer et maintenir, bouger), zoomer (molette de souris ou échelle de l'écran), moduler la transparence, désactiver ou supprimer les couches (= cartes) avec leurs échelles d'intensité dans l'onglet de "sélection de couches" en haut à droite, et en ajouter depuis l'onglet "Cartes" en haut à gauche. Les distances et surfaces se mesurent avec les outils dans l'onglet "Accéder aux outils cartographiques" (petite clé à molette) sous l'onglet "sélection de couches".Cartes disponibles :
carte d'état-major IGN interactive. La grotte des Trois-Frères est indiquée ; Enlène et le Tuc d'Audoubert peuvent être localisées à l'aide de cette carte et de la page sur maquetland qui suit. [maquetland] : cette page contient une carte IGN non-interactive mais avec les entrées des trois grottes clairement fléchées : 1, Enlène ; 2, les Trois-Frères ; 3, le Tuc d'Audoubert. Plans des grottes disponibles : plan annoté des trois grottes d'Enlène, des Trois-Frères et du Tuc d'Audoubert en double page ; p. 56-57 : plan plus détaillé des Trois-Frères et d'Enlène en double page. [donsmaps] : cette page rassemble le plan des trois grottes dans ; le plan par F. Rouzaud et M. Sablayrolles (1976) dans ; et plusieurs belles photos de mobilier tirées de divers articles..
La grotte d'Enlène ou caverne d'Enlène est la première depuis l'est, à environ au nord-ouest de la perte du Volp. Cette page contient une carte IGN avec les entrées des trois grottes clairement fléchées : 1, Enlène ; 2; les Trois-Frères ; 3, le Tuc d'Audoubert. et à d'altitude..
L'entrée de la grotte des Trois-Frères, indiquée sur les cartes IGN, se trouve à approximativement à l'ouest de celle d'Enlène. La grotte du Tuc d'Audoubert participe du même réseau hydrographique qu'Enlène et les Trois-Frères : son entrée est à environ à l'ouest de l'entrée de la grotte des Trois-Frères, au sud du hameau d'Audoubert dont elle tire son nom.
Étymologie
La grotte prend son nom du hameau voisin au sud, Enlenne, orthographié Henlene sur la carte de Cassini ( s.) Montesquieu est vers l'ouest (à gauche)..
Topographie
La grotte d'Enlène est longue d'environ . Elle se développe de façon générale vers le sud-ouest, plus ou moins parallèlement à la grotte des Trois-Frères ; loin de leurs entrées respectives, ces deux grottes sont reliées entre elles par une étroite galerie d'environ de long (carte des trois grottes, annotée et en double page)...
Enlène a deux porches d'entrée superposés, qui se rejoignent sous terre pour déboucher sur un couloir long d'environ . Elle est divisée en trois sections principales : La zone des entrées, dont le diverticule gauche et le porche supérieur : inclut un plan annoté des trois grottes. ; la galerie principale (zone de cheminement) ; la zone du fond, dont : la salle des Morts (sépultures de l'âge du bronze), la salle du Fond : elle contient l'habitat le plus ancien, daté entre ± 140 ans et ± 120 ans.
Une branche d'Enlène s'ouvre sur la gauche à une centaine de mètres de l'entrée et s'oriente plein est en direction de la perte du Volp.
Géologie
Les trois grottes participent d'un réseau karstique creusé par le Volp dans un petit massif calcaire au nord de Montesquieu, à la jonction de deux grands blocs de substrats différents Couche « Géologie » activée. ; pendant l'orogenèse pyrénéenne de l'Éocène (entre environ 56 à ), la zone a été sujette à de fortes pressions qui ont engendré de très nombreuses failles géologiques. Pour plus de détails, voir l'article « Grottes du Volp », section « Géologie »
Histoire récente
La grotte est connue de longue date dans la région. En 1882, elle appartient à Moulis de Méritens. et a déjà été fouillée par Pierre Dardenne (1805) qui en donne la première description, l'abbé Jean-Jacques Pouech., M. Filhol., l'abbé Cabibel. qui donne une partie de ses trouvailles au musée départemental de l'Ariège à Foix, etc. Dom David Cau-Durban la visite pour la première fois le en compagnie de M. Baron. Elle est notée comme grotte sépulcrale en 1884Enlène notée comme grotte sépulcrale en 1884 : article par L'Homme, 1884, p. 209. Cité dans , . et 1893Enlène notée comme grotte sépulcrale en 1893 : lettre de l'archiviste de Foix. Cité dans ..
Aux vacances de Pâques 1912, Henri Begouën et ses trois fils explorent Enlène et découvrent fortuitement un beau propulseur figurant un quadrupèdePhoto du premier propulseur trouvé par les Bégouën à Enlène.. Après cette trouvaille, le même Méritens, ne pouvant croire qu'un trésor puisse être autre chose que monétaire, interdit l'entrée de sa grotte à tout le monde y compris au comte et maire Henri Begouën, ., lui adressant un courrier le suivant pour lui demander de faire cesser leurs explorations de peur de « dévaluer sa propriété », ..
De nombreuses fouilles sont effectuées dans l'entre-deux guerres mais leurs méthodes manquent souvent de rigueur et détériorent le contexte archéologique. En 1937 Louis Bégouën cesse ses fouilles, estimant que ses méthodes ne sont pas assez modernes. Cité dans ..
En 1970, Robert Bégouën effectue un tamisage d'une petite partie des rejets des fouilles précédentes dans la salle du Fond d'Enlène ; les résultats sont tels que conjointement avec Jean Clottes il décide d'entreprendre une grande campagne de fouilles. Les travaux commencent en 1976, avec entre autres assistants Jean-Pierre Giraud et François Rouzeau.
Périodes d'occupation Gravettien L'industrie lithique d'Enlène en fait un site de référence pour le Gravettien avec Gargas, Isturitz et la Tuto de CamalhotTuto de Camalhot est à Saint-Jean-de-Verges (Ariège)., ..
Magdalénien Enlène est une grotte-habitat, principalement du Magdalénien IV. L'habitat le plus ancien, dans la salle du Fond, a été daté à ± 140 et ± 120. Les études de la faune (Delpech 1981., Lalande 1986.), et l'analyse paléopalynologique par Arlette Leroi-Gourhan., pionnière de cette discipline, indiquent une fréquentation durant l'oscillation de Bølling avec un climat moins rigoureux mais plus humide qu'au Dryas I qui le précède (début du Tardiglaciaire).
Toutefois, l'habitat à Enlène n'est pas permanent mais saisonnier : la grotte est occupée au printemps et en été, .. Fontana (1999) étudie la possibilité de migrations saisonnières entre la Montagne Noire (Aude) l'hiver et les grottes des pré-Alpes l'été, citant Enlène et la grotte de Canecaude dont les occupations respectives étaient à peu près contemporaines, ..
Âge du bronze L'abbé Cabibel (fin ) a trouvé dans la salle des Morts des sépultures de l'âge du bronze enterrées « dans d'excellentes conditions de salubrité […] la roche calcaire, est couvert(e) d'une couche épaisse de terreau sec, pulvérulent ». Il dit que ce sol contient de nombreux squelettes et que certains ont déjà été exhumés, dont les os sont répandus sur le sol ; lui-même en exhume seulement deux. Selon lui, les corps ont été étendus avec les bras allongés le long des cuisses. Certains des individus sont jeunes, d'autres des adultes.. Cabibel a aussi trouvé quelques petits morceaux de bronze et une partie de bandeau en bronze repoussé, sans qu'il précise où dans la grotte ils se trouvaient ; Cau-Durban pense qu'ils étaient probablement dans la salle des Morts, où lui-même a trouvé des tessons de poterie assez fine de la même époque.
Cau-Durban a aussi trouvé, « dans la salle centrale et dans la cavité basse et humide qui s'étend à droite de rentrée », d'autres tessons en pâte rouge micacée avec de petits grains de quartz.
Archéologie
Elle se distingue par un habitat principal placé inhabituellement en zone profonde, et par un mobilier d'une richesse exceptionnelle notamment par ses très nombreuses plaquettes dont beaucoup sont gravées.
L'habitat
Deux foyers près de l'entrée En 1884, David Cau-Durban trouve un premier foyer « de l'âge du renneAu tout ce qui précède « l'âge des métaux » est indistinctement classé dans « l'âge du Renne ». » près de l'entrée de la grotteLe foyer trouvé par Cau-Durban est « dans le cul-de-four qui s'arrondit à droite de la première colonne stalagmitique, la plus voisine de l'entrée » ().. Il le fouille à de profondeur sur de surface. Protégé jusqu'à sa découverte par une fine couche de concrétions, le foyer est accompagné d'une petite quantité d'outils lithiques et en os, notamment « une aiguille en ivoire avec chas d'un poli brillant et d'une finesse d'exécution admirable » ; son très petit chas ne pouvait recevoir que des fibres de tendons de renne, qui restent solides même lorsqu'elles sont finement effilées. Dans cette petite zone se trouvent aussi quelques silex gris et rose taillés en pointe de flèche et en racloir ; un petit poinçon en os ; et des dents de renne, de cheval et deux canines d'ours (Ursus speleus), appartenant à des sujets d'âge différent et mélangés aux cendres et à des débris d'ossements calcinés..
Dans la même année Cau-Durban trouve un autre foyer « près du talus qui conduit de l'issue du grand couloir aux galeries supérieures », déjà entamé par de précédentes fouilles. Il a été utilisé assez longtemps pour atteindre d'épaisseur. Les cendres et os brisés partiellement brûlés y sont mélangés à des os de bœuf et de grand cerf [Megaloceros giganteus ?], des cornes de bouquetin et de renne. Parmi son mobilier se trouve un disque de de diamètre en os percé au centre d'un très petit trou. M. Hardy a découvert à Laugerie-Basse (Dordogne) un disque similaire, reproduit sur une planche du musée préhistorique (PI. XXIII. Fig. 158). ; Cau-Durban dit que ces pièces sont des disques de trépanation (?). Il note que celle qu'il a trouvée est trop fragile pour servir de bouton, et s'étend sur son rôle possible d'amulette.Du deuxième foyer près de l'entrée, Cau-Durban garde pour ses collections d'outils en silex les pièces suivantes :
Il cite aussi, du même foyer : ..
Pour finir, il indique qu'il n'a trouvé aucun vestige d'occupation néolithique.
L'habitat principal en zone profonde
La partie la plus habitée de la grotte est loin de l'entrée, dans une zone profonde - ce qui est exceptionnel au Magdalénien. L'utilisation des fonds (obscurs) des cavités est variable selon les époques, ., mais au Paléolithique les grottes sont habitées sous les porches ou dans les parties proches de l'entrée. de façon à bénéficier de la lumière du jour. Seuls les moustériens ont utilisé les fonds de grottes pour des activités matérielles ; pourtant il ne s'agit pas d'un moyen de lutte contre le froid puisqu'ils le font même pendant les périodes de climat tempéré.. Ainsi les parties profondes de la Grande grotte à Arcy-sur-Cure (Yonne) sont occupées (et magnifiquement ornées) avant .