La culture de Catignano est une culture archéologique du Néolithique du centre-sud de l'Italie. Elle est éponyme du site de Catignano situé dans la localité du même nom dans les Abruzzes. Ce village qui s'étendait sur 3 ha a été fouillé sur 2100 m² entre 1971 et 1980 et de nouveau à la fin des années 90Pitti C., C. Tozzi C., 1976, Gli scavi nel villagio neolitico di Catignano (Pescara), Rivista di Scienze Preistoriche, vol. 31, p. 87-107Tozzi C., Zamagni B., 2003, Gli scavi nel villaggio neolitico di Catignano (1971-1980), Origines, Istituto Italiano di Preistoria et Protostoria, FirenzeTozzi C., Zamagni B., 2003, Le nuove ricerche nel villaggio neolitico di Catignano (Pescara), Atti della XXXVI Riunione Scientifica, Preistoria e Protostoria dell’Abruzzo, Chieti – Celano 27-30 Settembre 2001, Istituto Italiano di Preistoria e Protostoria, Firenze, p. 181-193. La poterie peinte à bandes rouges qui caractérise la principale phase d'occupation a permis à C. Tozzi et C. Pitti de définir cette culture qui a ensuite été identifiée dans d'autres sites de la région.
Chronologie et répartition géographique Chronologie Les nombreuses datations radiocarbones effectuées notamment dans le site de Catignano mais aussi dans d'autres sitesColombo M., Serradimigni M., Tozzi C., 2008, Un nuovo villaggio della cultura di Catignano : il sito di Colle Cera presso Loreto Aprutino (Pescara), Origini, vol. XXX, p. 57-98, indiquent qu'elle s'est épanouie dès 5640 jusqu'à 4580 av. J.-C. Cependant la principale phase de développement se limite à quatre siècles entre 5300 et 4900 av. J.-C.. À ce jour, il n'existe aucune subdivision dans cette culture qui semble particulièrement homogène au cours de cette période.
Origines et évolution L'analyse des formes et des décors des poteries indique qu'elle est très probablement issue d'une évolution locale de la culture de la céramique imprimée qui caractérisait le début du Néolithique de cette régionRadi G., Tozzi C., 2009, La ceramica impressa e la cultura di Catignano in Abruzzo, in De Méditerranée et d’ailleurs... Mélanges offerts à Jean Guilaine, Archives d’Écologie Préhistorique, Toulouse, p. 601-611. Après la phase principale de développement, les formes et les décors des poteries évoluent progressivement jusqu'à présenter certains aspects qui caractérisent le faciès de Fossacesia ainsi que la culture de RipoliVolante N., 2007, Les faciès de l’Italie centrale entre le Ve et le IVe millénaire av. J.C. : les rapports avec la France du Sud d’après les morphologies et les styles des céramiques, in Évin J., Un siècle de construction du discours scientifique en Préhistoire. Volume III – « ... Aux conceptions d’aujourd’hui », XXVIe Congrès Préhistorique de France, 21-25 septembre 2004, Avignon, Société Préhistorique Française, Paris, vol. III, p. 153-163Colombo M., Tozzi C., 2013, La cultura di Catignano nel panorama della ceramica dipinta neolitica italiana: contatti con le culture della sponda adriatica orientale, in Graziadio G., Guglielmino R., Lenuzza V., Vitale S. (Eds), Studies in Mediterranean Archaeology for Mario Benzi, BAR International Series 2460, Archaeopress, Oxford, p. 249-259.
Répartition géographique Entre la seconde moitié du et le début du , les sites du centre et le sud de la péninsule italienne se caractérisent par la présence de céramiques peintes à bandes rouges. La forme et les décors de ces poteries permettent de définir trois groupes : la culture de Catignano dans les Abruzzes, la culture de Passo di CorvoTiné S. (Ed), 1983, Passo di Corvo e la civilta neolitica del Tavoliere, Sagep Editrice, Genova dans la région de Foggia et de Bari, un groupe dans la région de Matera et dans le Salente. À cette période, on trouve cependant de la céramique peinte à bandes rouges non bordées jusque dans le Molise, dans le Latium, en Ombrie et dans les Marches. Ainsi, de telles poteries ont été découvertes dans le site palafitte de La Marmotta, près du lac de Bracciano et même jusque dans la grotte Bella près de TerniDe Angelis M. C., Guerreschi G., Moroni Lanfredini A., 2004, Neolithic remains in Grotta Bella (Terni, Umbria, Central Italy), in Jardin I., Hauzeur A., Cauwe N., Vander Linde M., Tuncan O., Lebeau M. (Eds), Section 9 - Le Néolithique au Proche-Orient et en Europe, Section 10 - L'Age du Cuivre au Proche-Orient et en Europe, Actes du XIVe congrès UISPP, Université de Liège, Belgique, 2-8 septembre 2001, BAR International Series 1303, Oxford, p. 257-259.
Les sites clairement attribuables à la culture de Catignano sont regroupés dans une région limitée au nord par , au sud par le versant méridional de la Maiella, à l'est par la côte adriatique, à l'ouest par le bassin du Fucin. En dehors de cette aire géographique, elle est attestée de manière exceptionnelle au sud du Gargano dans la grotte Scaloria, fréquentée à cette période à des fins cultuellesTiné S., Isetti E., 1975-1980, Culto neolitico delle acque e recenti scavi nella grotta Scaloria, Bullettino di Paletnologia Italiana, vol. 82, p. 31-70.
Son influence se fait sentir dans l'ensemble des régions adriatiquesSilvestrini M., Pignocchi G., 1998, La neolitizzazione lungo l’Adriatico: le Marche, in Pessina A., Muscio G., Settemila anni fa il primo pane. Ambiente e culture delle società neolitiche, Comune di Udine, Museo Friulano di Storia Naturale, Udine, p. 71-77Silvestrini M., Pignocchi G., 2000, Il Primo Neolitico nelle Marche : considerazioni e riflessioni alla Luce di recenti acquisizioni, in Pessina A., Muscio G., La Neolitizzazione, Tra Oriente e Occidente, Edizioni del Museo Friulano di Storia Naturale, Comune di Udine, p. 341-354 jusque dans les régions septentrionales, par exemple sur la culture de FioranoPessina A., 2000, Il primo neolitico dell’Italia settentrionale, problemi generali, in Pessina A., Muscio G., La Neolitizzazione, Tra Oriente e Occidente, Edizioni del Museo Friulano di Storia Naturale, Comune di Udine, p. 81-90. Ces influences sont probablement mutuelles.
Il existe des parallèles étroits entre le style de la poterie de Catignano et celui de Scaloria Bassa, ce dernier étant éponyme de la grotte du sud du GarganoColombo M., Tozzi C., Zamagni B., 2005, The relationships between the Catignano-Scaloria Bassa Culture and the Adriatic Impressed Ware in the Italian Peninsula, in Attema P., Nijboer A., Zifferero A. (Eds), Papers in Italian Archaeology VI, Communities and Settlements from the Neolithic to the Early Medieval Period, Proceedings of the 6th Conference of Italian Archaeology held at the University of Groningen, Groningen Institute of Archaeology, The Netherlands, April 15-17, 2003, BAR International Series 1452 (III), vol. 2, p. 569-570.
Mode de vie Les communautés de cette période pratiquaient l'agriculture et l'élevage. Dans les Abruzzes, dans un environnement dominé à l'époque par des forêts, différentes variétés de blés, deux variés d'orge, du froment, de l'avoine, des lentilles et des fèves étaient cultivés. En outre, des noisettes, des pommes et des poires sauvages étaient récoltées. Des moutons, des chèvres, des bovins et des porcs étaient élevés. La chasse au cerf, au chevreuil, à l'aurochs, à l'ours et à d'autres espèces était pratiquée mais avait un rôle secondaire. Malgré la relative richesse de l'environnement et les pratiques agricoles, les communautés préhistoriques souffraient visiblement de pénuries alimentaires régulières. En effet, l'analyse du squelette d'un enfant découvert dans le site de Catignano montre qu'il a subi 7 épisodes de stress alimentaire entre l'âge de 2 et 9 ans. Cela correspond à des crises alimentaires saisonnièresRobb J., 2007, The Early Mediterranean Village, Agency, Material Culture, and Social Change in Neolithic Italy, Cambridge Studies in Archaeology, Cambridge, p. 37.
Au moins dans certains villages, des individus étaient spécialisés dans certaines activités artisanales, notamment dans la réalisation de poteries.
Occupation du territoire et habitat L'occupation du territoire est encore mal cernée puisque seuls trois villages de plein air sont connus. Les autres sites sont des grottes, fréquentées visiblement pour des pratiques rituelles.
Le village de Catignano est constitué d'une grande variété de structuresTozzi C., 2001, Ripa Tetta et Catignano, établissements néolithiques de l’Italie adriatique, Guilaine J. (Dir.), Communautés villageoises du Proche-Orient à l’Atlantique (8000-2000 avant notre ère), Séminaire du Collège de France, p. 153-167, majoritairement circulaires. Certaines sont interprétées comme des cabanes. Ces dernières, à fleur de terre, sont rectangulaires et présentent une abside à une de leurs extrémitésGrifoni Cremonesi R., 2003, Il Neolitico dell’Abruzzo, Atti della XXXVI Riunione Scientifica, Preistoria e Protostoria dell’Abruzzo, Chieti – Celano 27-30 Settembre 2001, Istituto Italiano di Preistoria e Protostoria, Firenze, p. 127-143. Des grandes fosses remplies de cendre, de charbons et de galets qui ont visiblement été exposées au feu sont interprétées comme des structures de combustion. Il existe également des silos cylindriques d'environ un mètre de diamètre destinés probablement au stockage des céréales. Un four a également été découvert dans le site.
Productions matérielles Céramique Les poteries se répartissent en trois classes : figulines (c'est-à-dire à pâte épurée), fines et grossières. Cette dernière représente entre 30 et 38 % de l'ensemble des poteries dans les sites.
Les formes de ces poteries sont assez simples. Il s'agit, entre autres, d'écuelles, de tasses et de vases-bouteilles à fond arrondisCremonesi G., Grifoni Cremonesi R., Radi G., Tozzi C., Nicolis F., 1998, L’Italie centrale, in Guilaine J., Atlas du Néolithique européen. L’Europe occidentale, ERAUL 46, Paris, p. 165-231. Cette céramique est très homogène non seulement dans ses formes mais aussi dans ses décors sur toute la culture de CatignanoColombo M., 2012, Forme e decorazioni vascolari standardizzate nella cultura di Catignano (5600-4800 cal BC) : un caso di condivisione di « unità di misura » nel Neolitico italiano, in Borrell M., Borrell F., Bosch J., Clop X., Molist M., Xarxes al Neolític. Circulaciò i intercanvi de matèries, productes i idees a la Mediterrània occidental (VII-III millenni aC). Congrés internacional, Rubricatum, vol. 5, p. 343-350. Cela suggère l'existence de modèles. Les décors sont peints non seulement à l'extérieur mais également à l'intérieur des vases. Ceux de l'intérieur sont nettement moins normés que ceux de l'extérieur des vases.
On note la présence de quelques vases zoomorphes, par exemple à Colle Cera.
Outillage en roche taillée L'outillage en roche taillée est réalisé dans différentes matières premières. Certaines sont probablement d'origine locale ou régionale, comme plusieurs variétés de silex. D'autres sont d'origine plus lointaines, comme l'obsidienne et le silex du Gargano et attestent de relations avec des régions lointaines.