est une collection de 183 problèmes de go (pour la plupart, des problèmes de vie et de mort), compilée en 1713 par le maître de go japonais Inoue Dōsetsu Inseki.
Jusqu'à la fin du , le Hatsuyōron reste un secret bien gardé de la maison Inoue, où il sert à l'entraînement des meilleurs disciples à la tactique. Il devient public après l'effondrement du système des maisons ; plusieurs éditions incorrectes en sont publiées, avant la découverte en 1982 d'une copie qu'on pense proche de l'original désormais perdu.
Igo Hatsuyōron est considéré comme le plus difficile des recueils de ce type, et est à ce titre encore utilisé pour l'entraînement des joueurs professionnels. Il contient de nombreux problèmes si complexes que des solutions fausses ou incomplètes en ont été données dans les premières éditions, et en particulier un problème exceptionnel par son thème et sa profondeur, redécouvert en 1982, et qui n'aura sans doute été complètement résolu qu'en , grâce aux progrès de l'intelligence artificielle.
Histoire Inoue Dōsetsu Inseki, quatrième chef de la maison Inoue et Meijin de 1708 à sa mort en 1719, est surtout connu pour son rôle de tuteur du jeune Dōchi après la mort de son maître Dōsaku The Go Player’s ALMANAC, Ishi Press, juin 1992, 24-25. ; son exceptionnelle compétence en tant que compositeur de problèmes de go n'est découverte qu'après l'effondrement du système des maisons à partir de 1868, durant la restauration de Meiji Ainsi, The Go Player’s ALMANAC, qui s'appuie pour sa partie historique sur des documents de l'époque d'Edo, ne mentionne même pas le Hatsuyōron dans sa section consacrée à Dosetsu..
vignette|gauche|upright=1.5|alt=Diagramme montrant un petit groupe de pierres blanches dans un coin confinées de loin par six pierres noires de quatrième ligne|Un exemple caractéristique du Hatsuyōron, le problème 43.Noir joue et tue : si une seule pierre noire manquait, Blanc vivrait au moins par ko, ou parviendrait à s'échapper.Cheng Xiaoliu considère ce problème comme ..
En 1713, Dōsetsu compile le Igo Hatsuyōron (japonais : , , ce titre signifiant littéralement : De la production du yang dans le jeu de goDepuis la redécouverte de la postface de Dōsetsu en 1982, on sait que pour lui, dans le contexte de la tactique du go, le yin représente la forme des pierres, et le yang les modifications des rapports entre les groupes grâce à des coups tactiques remarquables, les tesujis.) à partir d'une collection de plus de , dont beaucoup sont composés par lui ou améliorés à partir de problèmes antérieurs ; certaines de ces informations proviennent de la postface de Dōsetsu redécouverte en 1982.. Le livre est conçu pour servir à l'entraînement des meilleurs disciples, et à cette fin ne contient que les problèmes, sans aucune indication sur leur solution, ou même sur l'objectif à atteindre. Durant plus de 150 ans, il est tenu secret, n'étant étudié qu'à raison d'un problème à la fois, sous le contrôle direct de l'Inoue ; l'existence même du livre est ignorée des trois autres maisons (Hon'inbō, Hayashi et Yasui).
Le Hatsuyōron devient public après 1868, passant de main en main au sein de la maison Hon'inbō, et une première édition en est publiée en 1914 par Hon'inbō Shūsai, enrichie de solutions et de commentaires ; à partir de ce moment, le livre acquiert sa réputation de « plus difficile des recueils de problèmes »« Igo Hatsuyōron is hailed as the highest authority in tsumego » .. Deux autres éditions, reprenant pour l'essentiel celle de Shūsai, mais améliorant et détaillant les solutions, paraissent en 1953 (sous la direction de Fujisawa Hideyuki) et en 1980 (sous la direction de Hashimoto Utarō). Ces éditions s'appuient cependant non sur le manuscrit original, dont on pense qu'il fut détruit lors d'un incendie, mais sur des copies incorrectes, où se sont en particulier glissés des problèmes provenant du Xuanxuan Qijing, le plus ancien des classiques chinois.
En 1982, Araki Naomi découvre une copie antérieure., ne contenant apparemment que les problèmes de la version originale, dont deux jusque-là inconnus ; la responsabilité d'une nouvelle édition est confiée à Fujisawa Hideyuki (alors Kisei), ce qui l'amène à étudier de plus près l'un de ces deux problèmes (le ), pour conclure qu'il s'agit du « problème le plus difficile jamais composé » ; il publie un article à ce sujet, détaillant les remarques de l'édition complète.
À partir de 1988, une analyse des solutions de l'édition de 1982 par des professionnels chinois les amène à remettre en cause certaines des conclusions japonaises ; Cheng XiaoliuProfessionnel chinois dan. publie en 2010 une édition révisée de leurs commentaires, sous le titre de (, Recherches sur le Hatsuyōron)..
Contenu On ignore la composition initiale exacte du recueil, et l'ordre des problèmes est probablement corrompu ; Cheng Xiaoliu remarque que, dans l'édition de 1914, le premier problème n'admet pas de solutionDans l'édition de 1982, ce problème porte le et, selon Cheng Xiaoliu, mériterait la légende sarcastique : ., et suggère qu'il aurait pu être placé en tête par une des écoles rivales, pour discréditer l'ouvrage..
vignette|upright=1.5|alt=Une position extrêmement artificielle, avec quelques pierres noires dispersées et de gros blocs de pierres blanches qui seront sacrifiés dans la séquence solution|Problème 76 (« l'appât avale le poisson »)Blanc joue et capture toutes les pierres noires, bien qu'il sacrifie soixante-quinze de ses propres pierres au passage.
La copie ayant servi à l'édition de 1982 est cependant jugée assez proche de l'ouvrage original composé par Dōsetsu, et contient d'ailleurs une postface écrite de sa main, dans laquelle il explique en particulier le sens du titre du recueil et la façon dont il doit être étudié ; cette copie contient , répartis en six sectionsCette répartition (ainsi que la numérotation des problèmes) semble avoir été introduite dans l'édition de 1982 par Fujisawa Hideyuki. : vivre () ; tuer (, parmi lesquels de sacrifices de blocs (nakade et ishinoshita) regroupés en fin de section) ; batailles de ko () ; courses aux libertés () ; escaliers (shichōSont classés également dans cette section des shichōs « flous » (yurumi shichō), c'est-à-dire des séquences où le groupe en fuite parcourt une partie importante du goban, mais sans parvenir à gagner de libertés.) () ; problèmes divers ().
La plupart de ces problèmes (sauf peut-être ceux des deux dernières sections) peuvent être considérés comme des problèmes de vie et de mort ; le Hatsuyōron ne s'intéresse pas aux questions de stratégie, mais vise seulement à développer les capacités tactiques des joueurs. Ces problèmes ne sont cependant pas « réalistes », au sens où ils proviendraient de situations pouvant être rencontrées en partie ; ils cherchent surtout à montrer des coups et des manœuvres extraordinaires, et à obliger à envisager des résistances bien cachées ; de plus, une des conventions choisies pour ces problèmes est que .Cette convention rend parfois la résolution plus aisée, puisqu'on sait qu'on n'a pas encore perçu toutes les subtilités de la position s'il reste une pierre dont le rôle n'est pas compris ; elle garantit également qu'il n'y a pas vraiment de fausses pistes intentionnelles dans ces énoncés., ce que Dōsetsu exploite parfois pour des effets artistiques supplémentaires, comme le montre bien l'exemple du problème 43, représenté dans la section précédente.
Presque tous ces problèmes sont du niveau des joueurs professionnels (et servent encore à leur entraînement), c'est-à-dire qu'un joueur amateur ne saurait les résoudre en situation de partie, sans poser de pierres ; quelques-uns sont d'ailleurs si difficiles qu'ils sont probablement insolubles dans ces conditions, même par les meilleurs joueurs ; c'est en particulier le cas des sept problèmes couvrant le goban entier, dont l'étonnant problème 76 représenté ci-dessus, que Nakayama attribue à DōsakuUne amélioration du , portant le sacrifice à , a été publiée (dans le Genran) par Akaboshi Intetsu en 1833 ; on peut donc penser que ce problème au moins n'était pas considéré comme secret à cette époque., et auquel il donne le titre The bait catches the fish, in Noriyuki Nakayama, The Treasure Chest Enigma, Slate and Shell, 2005, 180..
Le problème le plus difficile jamais composé vignette|upright=1.5|alt=Une position qui, au premier coup d'œil, pourrait provenir d'une partie réelle.|Problème 120 : Noir joue et gagne la partie.
En 1982, une copie du est retrouvée, contenant deux problèmes ne figurant pas dans les éditions précédentes. Le manuscrit est confié à Fujisawa Hideyuki, alors Kisei, pour qu'il en fasse une nouvelle édition commentée, mais, supposant d'abord que le problème 120 devait avoir été mal copié, il le remet à un de ses disciples, Yasuda Yasutoshi, pour qu'il tente de le rectifier.. Celui-ci finit par apercevoir la manœuvre de sacrifice inédite qui est le thème principal du problème, et après environ un millier d'heures de travail collectifCe qui est exceptionnellement long pour des professionnels : analysant cette question, Harry Fearnley, un dan britannique, explique par exemple que, discutant les coups de yose d'une variante secondaire du avec une professionnelle coréenne, elle lui montra immédiatement la séquence correcte... que son groupe d'amateurs avait mis plusieurs semaines à déterminer ( Harry Fearnley, Igo Hatsuyoron Problem 120, 138. )., Fujisawa estime que le problème est résolu, et en publie sa solution, traduite dans sous le titre (Le Problème le plus difficile jamais composé), en l'accompagnant d'un commentaire élogieux, mentionnant ..
L'énoncé du problème (figure de droite) est une position qui pourrait presque être tirée d'une partie réelleSeules quelques pierres sur la première ligne seraient difficilement justifiables s'il s'agissait d'une vraie partie., accompagnée de la légende En fait, cet énoncé a été ajouté par Fujisawa ; conformément aux principes énoncés par Dōsetsu dans sa postface, le manuscrit original ne contenait aucune indication sur l'objectif du problème. ; la solution proposée par Fujisawa est, dans la variante principale, une longue suite de combats utilisant des tactiques impensables même pour des joueurs professionnels, contenant en particulier un sacrifice de vingt pierres noires que Blanc se voit obligé de refuser le plus longtemps possibleCes pierres sont à la frontière d'un seki provisoire, dans une configuration rare connue sous le nom de hanezeki ; une analyse précise des raisons qui obligent Blanc à refuser ce cadeau empoisonné figure dans l'article correspondant de Sensei's Library ; des calculs plus détaillés des conséquences de la capture se trouvent, par exemple, dans l'étude de Harry Fearnley, 27., et s'achevant, après plus de cent cinquante coups, par des subtilités de fin de partie (yose) faisant finalement gagner Noir d'un ou deux pointsUne des moindres subtilités du problème est qu'on prouve aisément par analyse rétrograde que Blanc a capturé un prisonnier en T6 avant qu'on arrive à la position montrée ; le score final (selon les règles japonaises) dépend de ce prisonnier éventuel ..