Le Rallye Monte-Carlo 1975 ( Rallye Monte-Carlo), disputé du 15 au , est la vingt-deuxième manche du championnat du monde des rallyes (WRC) courue depuis 1973, et la première manche du championnat du monde des rallyes 1975 (WRC).

Contexte avant la course Le championnat du monde

Après une année 1974 durement touchée par le premier choc pétrolier, le championnat du monde reprend dans un contexte un peu moins austère. Le calendrier 1975 prévoit onze épreuves (contre huit l'année précédente), intégrant à nouveau le rallye Monte-Carlo et le rallye de Suède, traditionnelles épreuves inaugurales. Les épreuves du championnat sont réservées aux voitures des catégories suivantes : Groupe 1 : voitures de tourisme de série Groupe 2 : voitures de tourisme spéciales Groupe 3 : voitures de grand tourisme de série Groupe 4 : voitures de grand tourisme spéciales

Championne du monde en titre, la Scuderia Lancia, qui dispose avec la Stratos d'une arme redoutable, est à nouveau favorite cette saison, face à Fiat (deuxième en 1974) qui engage à nouveau ses spiders 124 Abarth, d'une conception plus ancienne, moins rapides mais fiables et toujours très performants sur les terrains « cassants ». Autres constructeurs impliqués, Alpine-Renault, Ford, et Peugeot ont prévu une participation plus épisodique, se limitant aux épreuves leur apportant les meilleures retombées publicitaires.

L'épreuve thumb|150 px|right|alt=A110|Le rallye Monte-Carlo a vu le jour en 1911.

Créé en 1911 sous la forme d'une grande concentration touristique hivernale entre différentes villes européennes et Monaco, le Rallye Monte-Carlo est progressivement passé de l'épreuve de régularité à une course de vitesse, avec des moyennes imposées de plus en plus sélectives au fil des années. En 1968, l'épreuve adopta le classement général scratch établi sur la base des tronçons chronométrés. Disputé en janvier, le Monte-Carlo est généralement couru sur routes enneigées ou verglacées, les tronçons sélectifs se déroulant dans les Alpes françaises et le Massif Central.

Le parcours départ : (choix entre cinq villes de départ) arrivée : à Monaco distance : de à (selon ville de départ), dont sur 22 épreuves spéciales surface : asphalte (conditions hivernales) Parcours divisé en quatre étapes : parcours de concentration, parcours sélectif, parcours commun et épreuve complémentaireRevue Sport Auto n°156 - janvier 1975

Parcours de concentration cinq parcours possibles, 3831 à 3900 km, du 15 au : Itinéraire d'Agadir : Agadir - Marrakech - Tanger - Séville - Lisbonne - Burgos - Andorre-la-Vieille - Béziers - Nîmes - Orange - Gap Itinéraire d'Athènes : Athènes - Delphes - Thessalonique - Sofia - Belgrade - Maribor - Cortina d'Ampezzo - Brescia - Pignerol - Briançon - Gap Itinéraire de Monte-Carlo : Monte-Carlo - Cuneo - Asti - Abetone - Cecina - Rome - Saint-Marin - Maribor - Cortina d'Ampezzo - Brescia - Pignerol - Briançon - Gap Itinéraire de Stockholm : Stockholm - Östersund - Göteborg - Thisted - Tønder - Hanovre - Francfort - Munich - Innsbruck - Brescia - Pignerol - Briançon - Gap Itinéraire de Varsovie : Varsovie - Gdańsk - Wrocław - Košice - Budapest - Zeltweg - Cortina d'Ampezzo - Brescia - Pignerol - Briançon - Gap

Parcours sélectif Gap - Sisteron - Vence - Monaco, 561 km, du 18 au 4 épreuves spéciales, 94 km

Parcours commun Monaco - Vals-les-Bains - Digne - Monaco, 1546 km, du 20 au 9 épreuves spéciales, 236,5 km

Épreuve complémentaire Monaco - Monaco (3 boucles), 770 km, du 23 au 9 épreuves spéciales, 208 km

Les forces en présence Lancia thumb|200 px|left|alt=Lancia Stratos|La Lancia Stratos arbore de nouvelles couleurs pour la saison 1975. La Scuderia Lancia a engagé trois Stratos HF groupe 4 (V6 2400 cm3 en position centrale arrière, 240 chevaux à 7200 tr/min, environ 890 kg) pour Sandro Munari, Jean-Claude Andruet et Raffaele Pinto, ainsi qu'un coupé Beta groupe 4 (1800 cm3, 185 chevaux) pour Amilcare Ballestrieri. Mauro Pregliasco devait également disposer d'un coupé Beta, mais le pilote italien n'est pas encore complètement rétabli de son accident du Tour de Corse. À l'aise sur asphalte, neige ou terre, les puissantes Stratos sont les favorites de la course. Les Lancia officielles arborent cette année une livrée vert et blanc, aux couleurs du nouveau commanditaire de la Scuderia. Au côté de l'équipe d'usine, le Jolly Club a engagé un coupé Fulvia HF groupe 4 pour Maurizio Ambrogetti, champion d'Italie 1974 en groupe 3Revue L'Automobile n°344 - février 1975.

Fiat Principal rival de Lancia pour le titre mondial, le constructeur turinois a engagé quatre spiders 124 Abarth groupe 4 (moteur seize soupapes 1750 cm3, environ 200 chevaux à 8000 tr/min, moins de 950 kg). Ils sont pilotés par Markku Alén, Bernard Darniche, Fulvio Bacchelli et Hannu Mikkola, le champion finlandais faisant ses débuts dans l'équipe.

Alpine-Renault thumb|200 px|right|alt=A110|Une Alpine A110 groupe 4 lors d'un rallye historique. La victoire au Monte-Carlo est l'un des objectifs du constructeur dieppois, qui a engagé deux A110 groupe 4, aux mains de Jean-Pierre Nicolas et de Jean Ragnotti, et deux A310 groupe 4 pour Jean-Luc Thérier et Achim Warmbold. Ces voitures disposent d'un quatre cylindres 1800 cm3 préparé par Mignotet, développant 170 à 175 chevaux. Moins puissantes que leurs adversaires italiennes, les Alpine A110 ont pour principal atout leur légèreté (710 kg) et restent malgré leur âge de sérieuses candidates à la victoire. Un peu plus lourdes, les A310 représentent le futur de la marque, mais leur mise au point reste encore perfectible, la voiture se montrant difficile à maîtriser sur route glissante. De nombreuses Alpine privées sont également au départ, dont la berlinette de Jacques Henry équipée d'un moteur deux litres.

Renault Tout comme au Tour de Corse, Jean-François Piot dispose de la Renault 17 groupe 2 engagée par l'usine. Ce coupé à roues avant motrices pèse 990 kg et dispose d'un moteur 1800 cm3 développant 170 à 7200 tr/min. Le constructeur français vise la victoire de groupe.

Opel thumb|200 px|left|alt=Opel Ascona|Les Opel Ascona engagées par l'Euro Händler Team sont favorites en groupe 2. L'Euro Händler Team a engagé deux Ascona groupe 2, préparées par Irmscher (moteur deux litres, 195 à 200 chevaux, 900 kg) pour Walter Röhrl et Anders Kulläng. Lars Carlsson dispose d'une voiture identique, engagée par l'importateur néerlandais de la marque. En l'absence des Ford Escort officielles, ces voitures sont les favorites de leur catégorie. On dénombre neuf autres Ascona privées au départ, ainsi que trois coupés Commodore dont celle du monégasque Michel Robini, navigué par Michèle Mouton.

Porsche Parmi les nombreuses Porsche Carrera groupe 3 engagées, la plus redoutable est celle de Jean-Pierre Rouget, nettement favori pour la victoire en Grand Tourisme de série.

Alfa Romeo Engagé sur un coupé 2000 GTV prêté par un ami, Guy Fréquelin vise la victoire en groupe 1.

BMW Christian Dorche, qui prend le départ sur une 2002 Tii groupe 1, sera le principal adversaire de Fréquelin dans cette catégorie. Parmi les nombreuses 2002 groupe 2 engagées, la plus rapide est celle du Luxembourgeois Nicolas Koob.

Citroën L'usine a préparé une GS groupe 2 (deux carburateurs double corps, 100 chevaux à 7400 tr/min), confiée à Claude Laurent, ex-pilote officiel Daf. L'objectif de la marque est la victoire en classe 1300 cm3.

Polski Fiat L'usine a engagé six 125P groupe 2 (1600 cm3, 150 chevaux), toutes confiées à des équipages polonais.

Déroulement de la course Du 15 au 18 janvier : parcours de concentration thumb|200 px|right|alt=Gap|Gap, ville-arrivée du parcours de concentration. 96 concurrents prennent le départ de la course le mercredi , de cinq villes différentes, ayant à parcourir près de 4000 kilomètres pour rejoindre Gap trois jours plus tard. Monte-Carlo est la plus prisée, accueillant près de la moitié des équipages engagés. La capitale monégasque ne va cependant pas être favorable à la Lancia Beta d'Amilcare Ballestrieri, qui coule une bielle sur la ligne de départ ! De fait, quarante-cinq voitures s'élancent de la Côte d'Azur, la quarante-sixième n’effectuant pas un mètre. Aucun incident de ce genre n'a lieu dans les quatre autres villes de départ : Stockholm (20 concurrents), Varsovie (17), Agadir (9) et Athènes (4 seulement). Trois jours plus tard, 87 équipages ont atteint Gap, les différents itinéraires parcourus sous les intempéries ayant causé l'abandon de huit voitures. La fatigue marque les pilotes, et beaucoup se plaignent de cette trop longue première étapeRevue Sport Auto n°157 - février 1975.

Du 18 au 19 janvier : parcours sélectif Pilotes et copilotes ont profité de la journée du samedi pour se reposer, avant de reprendre la course peu avant minuitRevue Échappement n°75 - janvier 1975. La première spéciale, longue de 29 kilomètres au départ de Gap, est enneigée sur les deux tiers de la distance, et les voitures s'élancent avec des pneus à fort cloutage. Sur la Lancia Stratos numéro 1, Jean-Claude Andruet ouvre la route. Depuis le Tour de Corse, les réglages de sa voiture ont été modifiés et ne le satisfont pas : le pilote français n'obtient que le quatrième temps, battu de 44 secondes par son coéquipier Sandro Munari, qui s'installe en tête du rallye, devançant de vingt secondes la Fiat de Markku Alén. Ayant établi un étonnant troisième meilleur temps sur son Opel Ascona, Anders Kulläng s'est montré le plus rapide du groupe 2, mais une minute de pénalité dans le parcours commun lui coûte quelques places au classement provisoire. Quelques incidents ont ralenti certains favoris, notamment chez Alpine : Jean-Pierre Nicolas a perdu une minute et demie à la suite d'une sortie dans un mur de neige, tandis que Jean-Luc Thérier et Achim Warmbold ont été ralentis par des moteurs ne fonctionnant que sur trois cylindres, et que Jean Ragnotti a effectué un tête-à-queue.

La seconde épreuve chronométrée, du hameau de Jabron à Châteauvieux, se dispute sous la pluie, et les ouvreurs ont préconisé le montage de pneus Racing. Mais la nuit est froide dans cette partie de la Provence et des plaques de glace se forment sur certaines portions du parcours. Une nouvelle fois le premier à s'élancer, Andruet se fait surprendre dans une épingle à droite, parvient à se rétablir mais la roue avant droite a touché une pierre et la Stratos s'arrête un peu plus loin, rotule de suspension arrachée. Andruet prévient aussitôt par radio ses coéquipiers Munari et Raffaele Pinto de la présence de verglas ; si le premier évite de peu la sortie de route, le second se fait piéger et défonce l'avant de sa Stratos sur un rocher : il ne reste plus qu'une Lancia en course ! C'est Hannu Mikkola (Fiat) qui s'est montré le plus rapide sur ce tronçon piégeux ; il remonte à la troisième place du classement général derrière Munari et Alén.

thumb|200 px|left|alt=Perinaldo|Perinaldo, départ de la première des deux spéciales courues en Italie. Les équipages rejoignent Vintimille en début de matinée, les deux dernières spéciales du parcours se déroulant en Ligurie. Elles se déroulent sur route mouillée et sont toutes deux remportées par Munari devant Fulvio Bacchelli (Fiat). Munari conforte sa première place au classement général, regagnant Monaco avec près de deux minutes d'avance sur la Fiat d'Alén, qui précède ses coéquipiers Bacchelli et Mikkola. Cinquième au classement absolu, Walter Röhrl (Opel Ascona) impose sa loi en groupe 2, devançant Kulläng de plus de deux minutes. Après ses déboires initiaux, Nicolas est remonté à la septième place, talonnant la Fiat de Bernard Darniche. À 500 mètres de l'arrivée de la dernière spéciale, Warmbold a heurté un mur puis un pont : la direction de l'Alpine A310 est cassée et le pilote allemand abandonne sur place.