Nicolas Émile Massard, dit Émile Massard, né à Arlon le et mort à Paris le , est un journaliste, écrivain et homme politique français, socialiste puis nationaliste.

Après avoir participé très jeune à la Commune de Paris, il devient collaborateur à plusieurs journaux et dirige successivement "La Patrie" et "La Presse". Militant socialiste guesdiste et membre fondateur du Parti ouvrier français (POF) avec Jules Guesde en 1882, il se rallie au boulangisme vers 1888 et devient par la suite une figure de la Ligue des patriotes et de l'antidreyfusisme avant de siéger en tant que nationaliste au conseil municipal de Paris de 1904 à 1932.

Biographie

Émile Massard (ou Nicolas-Émile Massard)Ses prénoms de naissance, Nicolas Émile, figurent sur un document d'état-civil numérisé page 20/31 du dossier est le fils de l'ingénieur verdunois Nicolas Massard (1821-1890). Ancien directeur du Franc-Parleur de la Meuse sous la Monarchie de Juillet, républicain quarante-huitard exilé après le Coup d’État du 2 décembre 1851, ami de Charles Buvignier, Nicolas Massard rentre en France après l'amnistie de 1859. Capitaine d'artillerie dans la légion Schœlcher pendant la Guerre franco-allemande de 1870, il prend part à la Commune de Paris en 1871La Presse, 11 avril 1890, ..

Journaliste socialiste guesdiste (1877-1887)

Étudiant en médecine à Paris dans la seconde moitié des années 1870Le Gaulois, 24 octobre 1878, ., Émile Massard fréquente les milieux socialistes. Lui et son camarade Gabriel Deville deviennent alors des disciples de Jules Guesde, fondateur de L’Égalité, dont ils intègrent l'équipe dès 1877Jacques Ferretti, Ce qu'est le parti socialiste, Paris, Librairie populaire, 1929, .. L'année suivante, ces militants collectivistes sont arrêtés puis condamnés à plusieurs mois de prison (6 pour Guesde, 2 pour Deville, 1 pour Massard)Le XIX siècle, 26 octobre 1878, . après avoir tenté de réunir un congrès ouvrier international à l'occasion de l'exposition universelle de Paris.

Devenu journaliste, Massard collabore à plusieurs titres de gauche (Le Bien public d'Yves Guyot, Les Droits de l'Homme de Sigismond Lacroix, Le Citoyen d'Achille Secondigné, L'Action d'Henri Michelin et La Bataille de Lissagaray) avant de suivre ses amis Guesde et Duc-Quercy au Cri du Peuple de Jules Vallès, qui fait du jeune homme son secrétaire de rédaction. « Plus guesdiste que Guesde »Le Journal, 17 novembre 1892, . et hostile aux théories anarchistesAnne-Léo Zévaès, « Le mouvement anarchiste de 1870 à nos jours », La Nouvelle revue, juin 1932, ., Massard est toujours aux côtés du tribun marxiste quand celui-ci, entré en profond désaccord avec la libertaire Séverine, quitte le Cri du Peuple en 1887 pour fonder l'éphémère Voie du Peuple.

Massard milite au Parti ouvrier français (POF) de Guesde, qui s'est séparé des possibilistes lors du congrès de Saint-Étienne en 1882. Parmi les causes de cette scission, les opposants à Guesde évoquent des désaccords stratégiques liés à la candidature de Massard à Châtellerault lors des législatives de 1881Parti ouvrier socialiste révolutionnaire français, Compte rendu du sixième Congrès national tenu à Saint-Étienne, Paris, Le Prolétaire, 1882, . (Massard n'y a obtenu que 188 voix, très loin derrière le député opportuniste sortant, Alfred Hérault, réélu avec 9.818 voix)La Presse, 24 août 1881, ..

En 1880, Émile Massard a épousé Antoinette Watrinelle (1860-1938), fille d'un ami de son père, le sculpteur meusien Antoine Watrinelle. Leur fils, Armand Massard (Armand-Émile-Nicolas Massard, 1884-1971)État civil de Paris, registre des naissances du , acte de naissance n 5426 du 2 décembre 1884. Les témoins sont Guesde et Duc., sera champion olympique d'escrime.

Du boulangisme au nationalisme (1888-1902)

Après l'échec de La Voie du Peuple en 1887, Émile Massard semble avoir pris ses distances avec le guesdisme. Pendant quelque temps, il tient à Auxerre un journal de tendance radicale et révisionniste, Le Radical de l'Yonne, avant de prendre la direction du Patriote de l'Yonne en 1888Le Radical, 17 décembre 1888, . puis d'entrer comme secrétaire de rédaction à La Presse de Georges Laguerre (dont il prendra la direction quelques années plus tard). Cette conversion de Massard au boulangisme s'explique en grande partie par son statut de réserviste (il est sous-lieutenant de réserve depuis 1884), qui l'a éloigné de l'internationalisme marxiste et l'a rapproché du patriotisme cocardier que revendique alors une partie de l'extrême-gauche sous la direction du général Boulanger. À l'issue de cette évolution, il rejoindra les rangs des nationalistes antidreyfusards.

Lors des élections législatives de 1889, Massard est investi par le Comité national républicain (boulangiste) pour aller affronter le radical Édouard Lockroy dans la deuxième circonscription du XI arrondissement de Paris. Il y est notamment soutenu par le blanquiste BouléLa Presse, 5 octobre 1889, .Le Radical, 7 octobre 1889, .. Arrivé second au premier tour (avec 4.899 voix, contre 6.598 à Lockroy et 1.460 au possibiliste Chausse)Le Figaro, 23 septembre 1889, ., il est battu au second tour (avec 5.320 voix contre 7.911 à Lockroy)Le Figaro, 7 octobre 1889, .. L'année suivante, à l'occasion des élections municipales, il est à nouveau candidat boulangiste dans le XI arrondissement (quartier Sainte-Marguerite). Arrivé en tête au premier tour (avec 2.258 voix), il est battu la semaine suivante à cause du désistement de plusieurs candidats anti-boulangistes en faveur du radical Petitjean, qui est ainsi élu par 3.253 voix contre 2.322Ernest Gay, Nos édiles, Paris, 1895, .. Massard retente sa chance, comme « révisionniste », aux municipales de 1893, mais cette fois-ci dans le quartier de la Santé ( arrondissement), où il est battu dès le premier tour, n'ayant réuni que 277 suffrages face au sortant radical-socialiste Émile Dubois, réélu avec 811 voixErnest Gay, Nos édiles, Paris, 1895, ..

Collaborateur de La France militaire, du Gil Blas (sous le pseudonyme du « colonel de Vandières »), auteur d'ouvrages nationalistes (notamment en collaboration avec son ami le commandant Octave Biot, rédacteur à La Libre Parole), rédacteur en chef de L’Écho de l'Armée, Massard devient en 1896 le premier président du syndicat de la presse militaireLa Justice, 5 septembre 1896, .. La même année, le propriétaire de La Presse, Jules Jaluzot le nomme à la direction de La Patrie, ancien journal bonapartiste reconverti en « organe de la défense nationale », avec pour rédacteur en chef l'ancien boulangiste antisémite Lucien Millevoye. Farouchement antidreyfusarde, La Patrie est « pour l'Armée ce que La Croix est pour l’Église »Edmond Lepelletier, Émile Zola, sa vie, son œuvre, Paris, Mercure de France, 1908, ..

vignette|Carte postale (vers 1900) avec un photomontage des principaux hommes politiques nationalistes et antidreyfusards. Massard est au deuxième rang, à droite.

Lors des législatives de mai 1902, Massard se présente comme nationaliste dans la deuxième circonscription du arrondissement contre le député sortant, Dubois, qu'il avait déjà affronté aux municipales de 1893. Or, Massard est concurrencé par deux autres nationalistes, l'ancien député boulangiste Henri Michelin et un certain Charles Andriveau, qui bénéficie de l'investiture de la LPF présidée par Jules LemaîtreBertrand Joly, Histoire politique de l'affaire Dreyfus, Fayard, 2014, .. Face à ce dernier rival, Massard n'hésite pas à écrire à Jules Girard pour demander aux agitateurs antisémites du Grand Occident de France (qu'il avait soutenus lors du siège du Fort Chabrol) d'aller perturber une réunion publique de son rivalGustave Téry, « Visite à un désenchanté », Le Matin, 25 avril 1908, .. Arrivé troisième à l'issue du premier tour (avec 1.511 voix), Massard se désiste finalement en faveur d'Andriveau, qui est cependant battu par Dubois au second tourAndré Daniel, L'Année politique 1902, Paris, Perrin, 1903, ..

Élu nationaliste (1904-1932)

vignette|Émile Massard, conseiller municipal du quartier de la Plaine-Monceau (photographie de 1911).

Lors des municipales de 1904, il se présente dans le quartier de la Plaine-Monceau (XVII arrondissement) avec le soutien du conseiller nationaliste sortant, Paul Pugliesi-ContiJournal des débats, 13 avril 1904, ., et, cette fois-ci, de la LPFLa Presse, 29 avril 1904, .. Arrivé en tête du premier tour avec 2.518 voix (contre 1.817 au radical Beurdeley fils), il bénéficie du désistement de deux autres candidats nationalistes, le libéral Denonvilliers et le bonapartiste VanucciLa Presse, 4 mai 1904, ., et remporte l'élection au second tour (avec 3.123 voix contre 2.096)Le Matin, 9 mai 1904, .. Réélu à chaque scrutin, il siège à l'hôtel de ville pendant vingt-huit ans. Vice-président du conseil municipal et du conseil général, rapporteur du budget de la Préfecture de police, président pendant dix ans de la , membre de la Commission du Vieux Paris, il s'occupe, entre autres, de la réglementation du traficBulletin municipal officiel de la ville de Paris, 9 février 1932, ..

Pendant la Première Guerre mondiale, le capitaine de réserve Émile Massard reprend volontairement du service, devenant en 1917 commandant du quartier général du Gouvernement militaireLe Rappel, 18 octobre 1917, ., ce qui lui vaudra la Croix de guerre. En 1929, il est promu commandeur de la Légion d'honneur, distinction qui s'ajoute à de nombreuses autres (officier d'Académie depuis 1896, commandeur du Nichan Iftikhar depuis 1899, chevalier ou officier de plusieurs autres ordres étrangers ou coloniaux).

En , il est nommé membre du comité directeur de la Ligue des patriotes présidée par Maurice BarrèsLa Presse, 28 mai 1920, ..

Mort en 1932, Émile Massard est inhumé au cimetière de MontrougeLe Figaro, 29 janvier 1932, .. Les électeurs de la Plaine-Monceau le remplacent par son propre fils, Armand.

Alors qu’Émile Massard avait fait voter en 1904 une délibération prévoyant un délai de cinq ans entre le décès d'une personnalité et l'entrée de celle-ci dans l'odonymie parisiennePuymaigre, Proposition tendant à établir une règle à suivre dans l'attribution de noms nouveaux à des rues de Paris, Paris, 1932, ., le conseil municipal lui rend hommage à peine un an après sa mort en donnant son nom à une portion de l'avenue Brunetière. Depuis 1977, cette voie est nommée avenue Émile-et-Armand-Massard.

Distinctions

Publications La France et la Russie contre la Triple alliance : grand récit patriotique et militaire, en collaboration avec Octave Biot, A. Fayard, Paris, 1892 Les espionnes à Paris, Albin Michel, Paris, 1922 Les espions à Paris, Albin Michel, Paris,1923 Pierre Coignard ou Le forçat-colonel : roman vécu sous la Restauration, en collaboration avec Gustave Dallier, Albin Michel, Paris, 1924

Références

Bibliographie C.-E. Curinier (dir.), Dictionnaire national des contemporains, t. 3, Paris, Office général d'édition, 1901, .

Liens externes

Base Léonore Laurence Bassières et Ruth Fiori, « Massard, Nicolas Émile », Annuaire de la France savante, -s, 2012 (consulté le )

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