Maurice Mazo né le à Mostaganem et mort le à Créteil est un peintre et dessinateur français, actif à Paris de 1920 à 1970. Proche de l’école de Paris, il pratique un art figuratif, qu'il défendra toute sa vie contre toute obédience officielle. Ses œuvres colorées, nourries par un tempérament baroque et empreintes de tradition formelle sont principalement des nus, des natures mortes et des scènes de la vie parisienne. Ses travaux d'après les maîtres composent également une large part de sa production.

Biographie 1901-1919 : Enfance en Algérie et naissance d’une vocation

Maurice Mazo est né le à Mostaganem en Algérie. Son père Jean Mazo, commis principal des contributions directes, sera directeur des impôts de la ville d'Oran. Sa mère Marie, née Frèze, est issue d'une famille de cultivateurs provençaux, ayant quitté Tarascon pour l'Algérie dans les années 1880. Maurice Mazo grandit à Oran et à Constantine. Les paysages algériens et la lumière chaude du Maghreb imprégneront son œuvre. La famille du futur peintre témoigne d'une grande sensibilité pour l'art et l'héritage littéraire français. Son père goûte le dessin et s’adonne à l’artisanat du bois. Sa mère pratique le chant. Sa sœur aînée, Martha, est une excellente musicienne. Henri, son aîné de trois ans, montrera un intérêt pour le patrimoine artistique quand il sera maire d'Avignon, puis député de Vaucluse. Maurice, le cadet de la fratrie, reçoit comme son frère et sa sœur une éducation privilégiée.

Sa famille favorise la naissance de sa vocation de dessinateur et de peintre et l’encourage dans sa passion. Dès son plus jeune âge, il peint les paysages qui l’environnent. Faute d’avoir accès aux musées, il copie avec ferveur les portraits des généraux et les tableaux de grands maîtres reproduits dans le magazine L’Illustration. La famille Bellelli de Degas et Les Noces de Cana de Véronèse font partie de ses premières grandes révélations. A 16 ans, il est enchanté par l'immense toile La Joie Rouge de Georges-Antoine Rochegrosse (1859-1938) qui orne le foyer de l’Opéra d’Alger. En 1918, il entre en classe de philosophie au lycée d'Oran. Il se passionne pour la poésie française. Ses préférences vont à Victor Hugo et Charles Baudelaire dont il connait quasiment par cœur Les Fleurs du Mal.

1919-1925 : Arrivée en France, années de formation Après l'obtention de son baccalauréat (Section philosophie) Maurice Mazo s'installe en à Paris pour y travailler le dessin et la peinture. ll s'inscrit en à l’Académie Julian, dans l'atelier où enseignent les fils de Jean-Paul Laurens, au 31 de la rue du Dragon. Il s'y lie d’une profonde amitié avec le peintre Roger Limouse (1894-1989). Son travail retient l’attention de son professeur Paul-Albert Laurens (1870-1934), mais Maurice Mazo reproche à cet «homme distingué, plein d’esprit » de ne jamais prendre la palette.

En , il a obtenu une carte d’accès au musée du Louvre. À partir de ce moment, il ne cessera de travailler d’après les maîtres : Raphaël, Paolo Véronèse, Nicolas Poussin, Pierre-Paul Prud’hon et naturellement Pierre-Paul Rubens auquel il voue une admiration toute particulière. Ces travaux représenteront près de 40 huiles et 1 500 dessins.

Il s'essaie à copier le portrait d’Hélène Fourment et la Mise au Tombeau du Titien à la manière pointilliste. Mais il n'est pas satisfait. C'est alors qu'il décide de se former seul, " je suis absolument soumis aux grands peintres qui nous ont précédés mais je méprise les imbéciles et j'ignore les impuissants. Voilà ma profession de foi", écrit-il à ses parents en . Cette prise de distance par rapport à l’enseignement académique relève d'une réflexion plus profonde menée par Maurice Mazo sur la vocation de l'œuvre picturale. Il ne rejette pas la notion de modernité, mais s’engage dans la découverte, à travers les maîtres, de la plus libre expression de la forme et de la représentation. En 1924, Maurice Mazo loge rue des Dragons. Il rencontre le sculpteur grec Athanase Apartis (1899-1972), qui l’introduit auprès d’Antoine Bourdelle (1861-1929) dont il fréquente l’atelier. Il profite des modèles de la Grande Chaumière car faute de moyens financiers, il ne peut organiser des séances de pose pour lui seul.

En , il rejoint l’Académie Moderne où enseigne Emile-Othon Friesz. Il fréquente son atelier de la Grande Chaumière. Friesz lui dit que ses dessins le font penser aux dessins de Seurat. Il sera un soutien indéfectible pour Maurice Mazo. Celui-ci lui reproche néanmoins de ne pas suffisamment combattre ses «déformations baroques excessives » et quitte au bout d'un an son enseignement, pour travailler de façon indépendante, à l’Académie libre Colarossi, mais également à l’Académie Julian, où il peut trouver des modèles.

En 1925, à l’occasion d’une exposition à la Galerie Rosenberg, il est impressionné par les dessins néo-pompéiens de Picasso. Waldemar Georges, conservateur au département des dessins au Musée du Louvre, soulignera la similarité entre les dessins de Maurice Mazo et ceux du peintre espagnol.

1926-1930 : Service militaire et mise en place du « travail de mémoire »

1931-1939 : Expérimentations techniques et écrits sur l’art

Les parents de Maurice Mazo reviennent en France, revenant d'Algérie, en 1929 et s’installent rue des Morillons. Ce retour met fin aux ‘Lettres de jeunesse' de Maurice Mazo à ses parents (1919 à 1925) qui, jusqu'alors, rendaient compte de son travail et de ses réflexions personnelles. C'est à partir de cette époque qu'il débute la rédaction de son journal, cahier rempli d'anecdotes quotidiennes qui ponctuent et rythment la vie de l'artiste. Il poursuivit ce travail de rédaction jusqu'à sa mort.

Il occupe un atelier à la Ruche. Dans ce foyer d’émulation artistique, il côtoie notamment les peintres Takanori Oguiss, Louis Neillot, Isaac Dobrinsky ou encore les sculpteurs Marcel Damboise, Louis Dideron. Le début des années trente sera marqué par une forte production artistique. Il poursuit ses copies au Louvre d'après les maîtres et arpente les rues de Paris et ses jardins pour mettre sur toile et sur papier le paysage urbain et les promeneurs parisiens.

Comme l'écrira plus tard le critique Pierre du Colombier, il trouve « son chemin de Damas dans la nature morte. Elle a été pour lui une discipline dont il reconnaît la bienfaisance. Il sait fort bien qu'il oscille sans cesse entre deux pôles et qu'il faut un contre poids à sa fougue baroque. Or la nature morte l'oblige à serrer sa composition, à observer la nature au lieu de l'observer en consultant sa seule mémoire. Il se voit contraint à tenir compte des couleurs locales des objets, de leurs réactions réciproques, de l'harmonie générale du tableau. Aujourd'hui encore c'est dans ses natures mortes que l'on trouve ses réussites les plus complètes ».

En 1933, il rencontre au musée du Louvre le chimiste Jacques Maroger, futur directeur du laboratoire du musée du Louvre, dont les recherches portent sur les secrets des médiums utilisés par les peintres de la Renaissance. Cette rencontre inaugure une nouvelle étape dans son parcours artistique, puisque Maurice Mazo expérimente les préparations élaborées par Jacques Maroger dans ses études. Par exemple, il copie en 1936 les Rameuses de Rubens et La Majorité de Louis XIII avec des médiums confiés par Maroger. Ces recherches l'amènent à rencontrer à deux reprises Matisse qui se montre curieux de ces travaux sur la couleur. Il rencontre également le sculpteur Charles Despiau à qui il montre ses dessins.

En 1936, Maurice Mazo quitte la Ruche pour un atelier rue Rousselet (Paris, arrondissement). Il publie sur Rubens (« La leçon de Rubens » dans la revue l’Art sacré) et sur Cézanne (« Cézanne » dans le Goéland). Ces textes sont les premiers d’une longue série (« Gros et le drame de l’expression » dans la revue l’Art sacré en 1937 ; « Degas et M. Lhote » dans le Goéland en 1939). Ce travail littéraire l'amène à rencontrer le duc de Trévise, célèbre collectionneur qui possède entre autres deux œuvres de Théodore Géricault : Le Cheval effrayé par l’orage (aujourd’hui à la National Gallery à Londres) et La Folle (aujourd’hui au Musée du Louvre à Paris). Par son intermédiaire, il rencontre l’historien Bernard Berenson et le marchand Georges Wildenstein. Il expose pour la première fois à la veille de la guerre au Petit Palais avec les Artistes de ce temps, aux côtés de Paul Colin (1892-1985), Démétrius Galanis (1879-1966) et Michel Kikoïne (1892-1968).

1940-1945 : Les années de guerre Premières expositions

1945-1965 : Les années fastes - Enseignement et intense production

1966-1989 : Retraite à Nogent-sur-Marne et poursuite de la transmission

Il meurt le à l'hôpital Henri-Mondor à Créteil et laisse à sa nièce près de 700 huiles et des milliers de dessins.

Expositions et hommages posthumes Depuis sa mort son œuvre a fait l'objet de diverses rétrospectives.

Collections publiques

Bar-le-Duc, Préfecture de la Meuse - Fleurs, 1939, huile sur toile Beauvais, Musée de l'Oise - 19 œuvres, de 1932 à 1948 Boulogne-Billancourt, Musée des années 30 - 19 œuvres, de 1932 à 1976 Châteauroux, Préfecture de l'Indre - Paysage, 1942, huile sur toile La Défense, Centre national des arts plastiques - Le couple, 1947, encre de Chine - Le Sommeil, 1964, encre de Chine et sépia sur vélin - Sans titre, 1964, encre de Chine et sépia Narbonne, Palais des archevêques - Le Jugement de Pâris, encre - Écho et Narcisse, encre et lavis Niort, Musée Bernard d'Agisci - 19 œuvres, de 1932 à 1979 Nogent-sur-marne, Maison nationale des artistes - Nature morte à la Pastèque, 1954, huile sur toile - Nature morte au coquillage, 1959, huile sur toile - Nature morte aux légumes, 1935, huile sur toile Paris, Bibliothèque national de France - 9 estampes Paris, Préfecture de police – Bacchanales, dessin, 1958 Poitiers, Musée Sainte-Croix - 21 œuvres, de 1932 à 1965 Quimper, Musée des Beaux-Arts - Jugement de Paris, 1970, encre et brou de noix - Diane endormie, 1968, encre, lavis de brou de noix et aquarelle -Faune et Nymphe, 1970, encre et brou de noix - Modèle devant le peintre, 1946, encre Roubaix, La Piscine - Musée d'art et d'industrie André Diligent - 18 œuvres, de 1931 à 1952 Trouville-sur-Mer, Musée Villa Montebello - Europe et le taureau, 1970, encre de Chine, 33 x 48 cm - Personnages dans un jardin, 1939, encre sépia et encre de Chine - Femme repoussant un faune, lavis d’encre sépia et d’encre de Chine

Bibliographie Plusieurs articles lui sont consacrés de son vivant : « Dessin et peinture à l’eau » par Georges Hilaire (1970, dans Valeurs actuelles) ; « Maurice Mazo ou les métamorphoses de la fable et de la forme » par Patrice Dubois (1981, revue Anti-Seul), des articles dans le Magazine hebdo lors de ses diverses dernières expositions, plusieurs articles par Patrice Dubois.

Le manuscrit du Journal (1939-1989) de Maurice Mazo est conservé à l’Institut National d’Histoire de l’Art à Paris, ainsi que quelques pièces de correspondance.

Florent FELS, « Les arts à Paris », journal non identifié, 1945. George WALDEMAR (préface), « Les dessins de Mazo », Maurice Mazo, catalogue d’exposition, Paris, Galerie Chabanon, 1945. Pierre du COLOMBIER, La revue française, ou 2, 1947. René BAROTTE, « Le peintre Mazo », La Seine, . André WARNOD, « Le courrier des arts », Le Figaro, . Urbain VAN DE VOORDE, « Maurice à la Galerie Ex-Libris », De Standaart (Bruxelles), 1949. Pierre du COLOMBIER, « Maurice Mazo », Journal de l’amateur d’art, . Jean CHABANON, Le peintre, , . Marcel ZAHAR Marcel et F.H. LEM, « Maurice Mazo dessinateur », Maurice Mazo, catalogue d’exposition, New York, Galerie Georgie Lehe, 1961. Emmanuel BÉNÉZIT, Dictionnaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs, vol. IX, Paris, éd. Gründ (reprise dans l’édition de 1975, mais modifiée dans celle de 1999), 1961. Georges HILAIRE, « Dessin et peinture à l’eau », in Valeurs actuelles, , .