Montrichard () est une commune historique du sud du Loir-et-Cher (région Centre-Val de Loire), devenue une commune déléguée depuis et la fusion administrative avec la commune voisine de Bourré pour créer la commune nouvelle de Montrichard Val de Cher, dont Montrichard est le chef-lieu..
Géographie Localisation Commune de l'est de la Touraine dans le département de Loir-et-Cher, au bord du Cher entre Tours et Vierzon. Paysage mixte : vignobles, bois, élevage et céréales.
Vit entre autres du tourisme dans la zone des châteaux de la Loire : à moins de de Chenonceaux, Amboise, Montpoupon, Valençay et Chaumont. Vallée plate du Cher au sud, coteau calcaire (tuf) au nord, avec des habitats troglodytiques spécifiques de la région Centre-Val de Loire, des caves à vin et champignonnières.
Villes limitrophes Chissay-en-Touraine, Vallières-les-Grandes, Pontlevoy, Saint-Julien-de-Chédon et Faverolles-sur-Cher.
Distances à vol d'oiseau entre Montrichard et les grandes villes françaises : Tours : , Romorantin : 40,8 km, Orléans : , Poitiers : , Paris : , Nantes : , Bordeaux : , Lyon: , Lille : , Toulouse : , Strasbourg : , Marseille : , Nice : .
Voies de communication et transports
Infrastructures routières
Desserte ferroviaire La commune est desservie par le train à la gare de Montrichard, sur la ligne de Vierzon à Saint-Pierre-des-Corps.
Desserte par autocars En complément, deux lignes d'autocars du Réseau de mobilité interurbaine (Rémi) desservent la commune :
la ligne C depuis Tours via Amboise, et, la ligne 6 depuis Blois.
Toponymie Particularité : la prononciation est « MON-TRICHARD » [mɔ̃tʀiʃɑʀ]. La prononciation « MONT-RICHARD » [mɔ̃ʀiʃɑʀ] est parfois usitée à tort par des personnes étrangères à la région, par méconnaissance de cette particularité.
L'origine du nom est floue et plusieurs explications coexistent pour justifier la prononciation du « t » : « Montrichard » signifierait (« tri » pour « trois » = « chard » pour « carrées »Montrichard, sur le Wiktionnaire., ou il s'agirait du (mont dans le fief du comte Thibaud Ier de Blois, surnommé à titre posthume le TricheurPage relatant l'origine du nom de Montrichard.Autre page relatant l'origine du nom de Montrichard.), ou encore, le château de Montrichard présentant un chemin difficile d'accès, qui trompait ou qui était fort étroit, on aurait donné à la commune le nom de , G. Touchard-Lafosse, La Loire historique, pittoresque et biographique, volume 3, 1843, page 781 (lire en ligne, sur Google Livres)..
Selon une autre étymologie du nom, celui-ci fut écrit par certains Mont Richardus, faisant allusion à Richard Cœur de Lion, qui posséda effectivement la forteresse, justifiant ainsi une prononciation sans le « t ». Cette étymologie est retenue par Ernest Nègre alors que la forme la plus ancienne qu'il rapporte ne peut désigner Richard Cœur de Lion : Montricardem avant 1137, feodum Montis Trichard 1193-94, Montrichart au . Nègre concède que dès le , le toponyme a été compris « Mont Trichard ». Pour Albert Dauzat et Charles Rostaing, le deuxième élément du composé représente soit le français « tricheur », soit un nom de personne germanique *Trecc-hard.
Au cours de la Révolution française, la commune porta le nom de Montégalité.
Histoire
Antiquité : le village de Nanteuil La ville s'est d'abord développée autour de l'actuelle église Notre-Dame de Nanteuil. En effet, une Villa Nantolium établie sur la route militaire de Tours à Bourges est ainsi citée à l'époque gallo-romaine.. Administrativement, le village était rattaché à la cité des Turones, vol. 1, pp. 1–3.. Non loin, la bourgade de Bourré, peuplée de carriers et de bateliers, est déjà à cette époque rattachée à Nanteuil, vol. 1, p. 12..
Le toponyme de Nanteuil dérivant du celte « nant » signifiant source et « olium » (ayant donné « euil ») désignant une résidence : Nanteuil se référait donc à un village établi proche d'une source, ce qui concorde avec la géographie du quartier de l'actuelle gare de Montrichard où se trouve l'église de Nanteuil.
Bien que Nanteuil se soit pas citée par Grégoire de Tours () parmi les 6 paroisses créées par Saint Martin au Selon les chroniques de Grégoire de Tours, l'évêque Martin aurait créé en Touraine les paroisses d'Amboise, Candes, Langeais, Saint-Pierre-des-Corps, Saunay et Chisseaux (alors la plus proche de Nanteuil ; )., la tradition chrétienne locale retient son passage dans le village et le baptême par Martin des premiers religieux de l'église, vol. 1, p. 5–7.Au , le baptême chrétien était réservé aux évêques et se deroulait par immersion dans un point d'eau naturel (ici, l'ancienne source vénérée par les Celtes ; ).. Les restes retrouvés dans le cimetière primaire adjoint à l'église Notre-Dame prouvent une population gallo-romaine croissante à partir de la fin du .
Au cours du , la cité semble avoir été occupée d'abord par les Wisigoths puis par les Hérules, avant sa conquête par Clovis vers l'an 507, conséquence de sa victoire à la bataille de Vouillé. Au partage des royaumes francs à sa mort, Nanteuil appartient un temps au royaume d'Orléans puis au duché d'Aquitaine.
Au , Nanteuil fait partie du comté de Touraine, très vite temporairement réuni avec ceux de Blois, Anjou et Chartres pour former la Neustrie, sous Robert le Fort, vol. 1, p. 9–10.. À la suite des premières incursions normandes sur le Cher, le roi Robert Ier renforce ce lien avec Tours en décidant de rattacher la paroisse de Nanteuil à la prestigieuse basilique Saint-Martin de Tours.
Au début du , la Touraine est cédée par Hugues le Grand en faveur de Thibaud l'Ancien, alors vicomte de Tours puis également de Blois. Ce-dernier confia Nanteuil à son vassal Gelduin, chassé de Saumur, à qui il offre en contrepartie de sa perte, les abords de Pontlevoy.. Néanmoins, la France se féodalise : les comtes alors alliés Thibaud Ier de Blois et Foulques II d'Anjou s'émancipent du pouvoir royal et cherchent à asseoir leur puissance sur leurs territoires. En Blésois, les Thibaldiens construisent des forteresses aux frontières, principalement au nord du comté, sur la Loire et en Sologne, mais pas sur le Cher.
Moyen Âge : l'avènement de Montrichard
Lieu de rivalité entre Blois et Anjou Néanmoins, l'administration de la Touraine devient le principal désaccord entre leurs successeurs, Eudes Ier de Blois et Foulques III d'Anjou (aussi dit Foulques Nerra). Alors que le Blésois profite de l'absence de l'Angevin, alors en pèlerinage, les représailles par Foulques III lui coûtent Montrichard qui entre en période d'occupation en 1010.. La cité nantolienne à moitié détruite, Foulques Nerra aurait ainsi fondé la forteresse de Montrichard sur le point le plus escarpé du coteau de la vallée du Cher. Revenu de Palestine avec un morceau de la Vraie Croix du Christ, Foulques Nerra commanda également la construction d'un temple pour la protéger, l'actuelle église Sainte-Croix, adossée au château et protégée par les murailles. La première forteresse, probablement en bois, aurait ainsi servi de base pour préparer la bataille de Pontlevoy en 1016 puis celle de Nouy en 1044, après laquelle la Touraine dont Nanteuil fait partie est finalement cédée au comté d'Anjou en la personne de Geoffroy Martel.
Ainsi, si la fondation au cours du de la forteresse de Montrichard est attribuée à Foulques Nerra.La tradition considère que Montrichard a été fondée par Foulques Nerra en l'an 1110, mais les chroniques mentionnent plutôt la période entre 1105 et 1110 ()., la tour visible de nos jours est plus tardive et plutôt à attribuer à son vassal, le seigneur Hugues Ier d'Amboise.. Suivant la construction de la forteresse, une nouvelle ville est érigée en contrebas du château, avec de nombreuses maisons à colombages s'étalant jusqu'à se réunir avec le vieux village de Nanteuil.
Un fief de la maison angevine d'Amboise Foulques Nerra avait d'abord confié le commandement de Montrichard à Roger de Montrésor, vol. 1, p. 19. mais, en 1014, il fit marier son sénéchal Lisois d'Amboise à sa parente Hersende de Buzançay, dont la dot comporte le donjon d'Amboise et la forteresse de Montrichard. Dès lors, la maison d'Amboise gardera la main sur Montrichard, avec un territoire discontinu entre la Loire et le Cher, et remontant jusqu'aux actuelles Chaumont-sur-Loire et Saint-Cyr-du-Gault, créant une véritable zone tampon entre les comtés de Blois et d'Anjou.
Une famine frappe les habitants entre 1030 et 1033, suivie d'une épidémie de peste, vol. 1, p. 23..
À la mort de Lisois d'Amboise (vers 1065), lui succède son fils aîné, Sulpice Ier, qui conteste l'autorité du comte Foulques IV et entre en guerre contre son suzerain. Cependant, Sulpice est fait otage à Tours et, Albéric de Montrésor en profita pour occuper la forteresse, vol. 1, p. 33. que jadis contrôlait son grand-père, Roger. Tout en continuant à occuper le fort de Montrichard, Albéric rendit en 1085 hommage au successeur de Sulpice , le jeune Hugues Ier d'Amboise, alors encore sous la tutelle de son oncle Lisois de Verneuil, vol. 1, p. 35..
En 1095, Hugues répond avec enthousiasme à l'appel du pape Urbain II à la Première croisade, et confie la rive gauche de la Loire (dont Chaumont-sur-Loire et Montrichard) à son beau-frère Robert de Rochecorbon. Parti aux côtés du comte Étienne II de Blois et du prince Hugues Ier de Vermandois, il participa notamment au siège de Nicée de 1097, vol. 1, p. 34–35..
Dans les années qui suivirent, plusieurs sires de la seigneurie d'Amboise (dont Albéric de Montrésor, toujours à Montrichard), aidés du comte Foulques IV, se rebellèrent contre Hugues . En 1108, la cité de Montrichard est reconquise par Foulques IV, qui en cède le commandement à son beau-frère, Archambaud de Bray, vol. 1, p. 39–40.. L'année suivante, Foulques V succède à son père comme comte d'Anjou et restitue en 1110 la forteresse de Montrichard à Hugues Ier d'Amboise. Ce-dernier céda ses droits sur l'église de Nanteuil à l'abbaye de Pontlevoy, avant de s'engager avec son suzerain en Terre sainte. Foulques V d'Anjou finit sacré roi de Jérusalem en 1130 où Hugues meurt l'année suivante. Son souvenir et ses prouesses sont encore sujets de pèlerinages locaux, vol. 1, p. 50..
La marche anglaise d'Amboise-Montrichard Sous son fils, Sulpice II d'Amboise, en guerre contre tous ces voisins afin d'agrandir son territoire, Montrichard est pillée à plusieurs reprises en représailles de ses assauts. De passage, le roi Louis VI requit hospitalité au château de Montrichard en 1137, peu avant sa mort, vol. 1, p. 52.. Contrairement aux historiens, les religieux locaux avancent même que le roi rendit son dernier souffle à Montrichard, et non à Paris..
En 1154, Henri II Plantagenêt, le fils de Geoffroy V d'Anjou, est couronné roi d'Angleterre et duc de Normandie : Montrichard entre de facto dans l'empire anglo-normand qui opposera le royaume de France lors de la guerre de Cent Ans. Dans un tel contexte, la rivalité grandissante entre la maison d'Amboise et celle de Blois en ressort exacerbée. Ainsi, à l'image d'Amboise et de Chaumont, le château de Montrichard est de nouveau fortifié.
C'est sous Henri II d'Angleterre qu'un premier pont en pierre est construit sur le Cher..
En 1188, le roi Philippe Auguste assiège la cité, vol. 1, p. 77.. L'année suivante, après la mort d', le roi français profite de ce que Richard Cœur de Lion, alors capturé lors de son retour de la Troisième croisade, soit retenu prisonnier par l'empereur germanique , et intrigue avec Jean sans Terre, le frère de Richard Cœur de Lion, pour se faire donner les droits sur Montrichard.. Montrichard est de nouveau rendue par traité avec l'Angleterre en 1190 à Hugues II d'Amboise, qui en profite pour refortifier le château, vol. 1, p. 80–81..
Ralliement avec la France