Les icônes russes pré-mongoles sont les icônes datant des , début du qui ont été réalisées avant les invasions mongoles au milieu du . Il ne faut toutefois pas isoler de manière exagérée, sinon quant à leurs dates précises de réalisation, les œuvres pré-mongoles et celles de la période postmongole. Après, comme avant l'invasion mongole, Novgorod, Pskov, Moscou continuent à puiser à la source de l'art byzantin..

Histoire

L'invasion mongole (1237-1240) L'art des icônes s'est développé dans la Rus' à partir de Byzance, après l'adoption du christianisme pour son peuple, en 988, par le prince . Deux siècles après cette conversion se produisirent des événements qui ont marqué profondément toute l'histoire de la Russie : sa dévastation par Batu à la tête de la Horde d'or mongole en 1227-1240 sous le règne d'Ogödei, qui succédait à Gengis Khan. La Russie n'est libérée de la Horde d'or mongole qu'en 1480, par . D'autres événements marquants se produisent à la fin du : les principautés du sud et de l'ouest de la Rus' passent peu à peu sous la domination du grand-duché de Lituanie. Le centre politique des Russes est déplacé vers le nord-est de la Rus'. En 1299, le métropolite Maxime abandonne son siège épiscopal de Kiev pour le fixer à Vladimir sur la Kliazma. La région du nord-est est gravement touchée par l'invasion mongole. Mais dès la fin du y renaît une vie artistique, notamment grâce aux ateliers d’icônes de la ville de Rostov. Les villes de Novgorod et de Pskov ne furent pas touchées directement par ces invasions mongoles, mais celles-ci n'en jouèrent pas moins un rôle très important également par le développement de leur culture.

Une série d'icônes provenant de différents ateliers et datant de périodes différentes du milieu du permet de constater comment l'art de l'icône s'est modifié du fait de la situation politique. L'harmonie qui ressort des icônes du et et du début du provient de leur origine byzantine. Ces œuvres byzantines sont conservées, admirées, copiées et simplifiées par les maîtres russes. Les œuvres qui ont précédé les invasions peuvent dès lors être étudiées séparément de celles qui les ont suivis.

Rus' de Kiev Il existait déjà des églises chrétiennes sur le territoire de la Rus' de Kiev avant 988, mais à partir de 996 commença la construction de la première église en pierre appelée église de la Dîme. La construction et la peinture intérieure des églises fut réalisée par des maîtres byzantins invités. L'église de la Dîme n'a pas été conservée, mais les archéologues peuvent affirmer que la plus grande partie de la décoration a été réalisée selon la technique de la mosaïque, le reste étant recouvert de fresques V. D. Sarabianov et E. S. Smirnova, Histoire de l'ancienne peinture russe / В. Д. Сарабьянов, Э. С. Смирнова. История древнерусской живописи. М., ПСТГУ, 2007, c. 21-22.

Le prince ramena de la ville de Chersonèse à Kiev de nombreuses icônes dont aucune n'a été conservée.

Pratiquement aucune icône de Kiev, Tchernigov, Pereiaslav, Smolensk et d'autres villes russes du sud ou de l'ouest ne sont arrivées jusqu'à nous, alors que dans toutes ces villes existaient des centres d'art iconographiques importants. Il est possible de s'en faire une idée grâce aux nombreuses fresques murales pour la réalisation desquelles les princes firent appel aux meilleurs maîtres. Ces peintres d'icônes pratiquaient en effet aussi bien l'art de l'icône que celui de la fresque. Alors que la Rus' adopte le christianisme, elle a accès, en même temps, à la culture de Byzance.thumb|150px|La Vierge orante, cathédrale Sainte-Sophie à Kiev.Les ensembles les plus connus de la période pré-mongole à Kiev sont les mosaïques et les fresques de la cathédrale Sainte-Sophie de Kiev, réalisées à la demande de Iaroslav le Sage au . Les peintures murales de l'édifice s'inspirent de la tradition byzantine, mais conservent malgré tout des particularités. Ainsi sur le tambour de la coupole centrale sont représentés les douze apôtres, qui rappellent, par leur présence, leur souhait de christianiser la terre entière. Le cycle des récits des évangiles est très détaillé pour l'époque (). Sur le mur ouest, se trouve le portrait de la famille de Iaroslav le Sage. La coupole principale et l'autel ont été décorés de mosaïques, parmi lesquelles l'image du Christ pantocrator au zénith et une Mère de Dieu orante sur la voûte au-dessus de l'autel. Le reste de l'édifice a été recouvert de fresquesOp. cit. Там же. С. 23-57.thumb|150px|left|Archidiacre Lavrenti, , cathédrale Sainte-Sophie à Kiev.Le style, tant des mosaïques que des fresques, correspond, avec ses particularités, à l'art byzantin de la première moitié du c'est-à-dire à la période iconographie macédoniennes de style ascétique. Les visages ne traduisent aucune émotion, aucun sentiment. Les regards sont figés et les yeux symétriques accentuant cet effet. Les personnages sont représentés dans des poses sévères, leurs tailles sont fortes et trapues. Les mains et les pieds sont lourds, grossiers. La modélisation des plis des vêtements est stylisée, purement graphique, sans naturel. La lumière semble d'une clarté surnaturelle, représentant symboliquement la lumière divine Galina Kolpakova, l'art byzantin, période primitive et moyenne/ Галина Колпакова. Искусство Византии. Ранний и средний периоды. С.313-343.

La construction et la peinture de la cathédrale de la Dormition de la laure des Grottes de Kiev a joué un rôle important dans l'histoire de l'iconographie. Les travaux furent réalisés par des maîtres de Constantinople dans les années 1073 à 1089. Ces peintures et la cathédrale elle-même ont été détruits en 1941. Mais il en subsiste une description faite au , à partir de laquelle il est possible de se les représenter telles qu'elles étaient. La cathédrale servit de modèle pour beaucoup d'autres édifices dans d'autres villes de la Rus' et son iconographie, souvent reproduite a exercé une grande influence V. D. Sarabianov, « Dormition de la Mère de Dieu », « Naissance du Christ » dans la décoration de la cathédrale du monastère d'Antonev - Art du monde chrétien /В. Д. Сарабьянов. «Успение Богоматери» и «Рождество Христово» в системе декорации собора Антониева монастыря и их иконографический протограф//Искусство Христианского мира. Выпуск 5. М., ПСТБИ, 2001, с. 29-39. Après avoir réalisé leur travail les peintres restèrent dans le monastère et fondèrent une école. Parmi eux les premiers maîtres iconographes russes : Grigori peintre d'icônes et Alipi Petcherski.

Durant toute la période pré-mongole les peintres grecques furent invités à participer activement aux travaux de création dans la Rus'. Il est parfois difficile d'attribuer les œuvres à des maîtres grecs plutôt qu'à des peintres régionaux. Aussi bien les fresques que les icônes peuvent être rattachées à l'iconographie byzantine durant cette période. Sont attribuées à des artistes grecs les fresques du monastère Saint-Michel-au-Dôme-d'Or, de la cathédrale Sainte-Sophie de Novgorod et d'autre édifices de Novgorod Veliki, les fresques de la cathédrale du monastère de la Miroja à Pskov et l'église Saint-Georges à Staraïa Ladoga. Les princes de la principauté de Vladimir-Souzdal appréciaient également le travail des peintres byzantins.

L'icône de Notre-Dame Petcherskaïa est une des seules icônes liées à la Rus' du sud (Briansk) datée du (galerie Tretiakov). Notre-Dame est représentée sur un trône entourée d'Antoine et de Théodose . Elle provient du monastère Svenski près de la ville de Briansk mais a été réalisée à la laure des Grottes de Kiev par Alipi Petcherski Op. cit. Там же. С. 222—223. Il s'agit d'une Théotokos Panakhranta, Notre-Dame assise sur un trône avec l'enfant Jésus sur ses genoux.

Novgorod

Les plus anciennes icônes de la Rus' sont conservées à Novgorod. Quelques très grandes icônes proviennent de la cathédrale Sainte-Sophie et servaient à la décoration la plus ancienne de l'édifice. L'icône Le Sauveur à la riza d'or, représente le Christ sur un trône. L'icône est protégée par une riza d'or. Elle se trouve actuellement à la cathédrale de la Dormition à Moscou, au milieu d'œuvres du . L'icône des Apôtres Pierre et Paul est mieux conservée au musée de Novgorod, exposée sans ses anciennes rizas (ou oklads).

La dimension de cette icônes est inhabituelle pour l'art byzantin, elle est destinée à un édifice immense.

La Cathédrale de Moscou recèle aussi une icône peinte sur les deux faces dont l'une est une image de la Mère de Jésus en Odigitria et l'autre une icône Saint Georges (icône de la Cathédrale de la Dormition). Elle peut avoir été apportée de Novgorod ou de Kiev. L'image de Saint-Georges est parfaitement conservée. Elle présente des traits de l'iconographie ascétique du (l'image de la Vierge date du ) V. D. Sarabianov et E. S. Smirnova, Histoire de la peinture ancienne/ В. Д. Сарабьянов, Э. С. Смирнова. История древнерусской живописи. С. 58-63.

Plusieurs icônes du et du début du ont été conservées.thumb|150px|Annonciation d'Oustioug, , galerie Tretiakov. Les deux icônes suivantes sont actuellement déposées à la galerie Tretiakov et datent de 1130. Elles proviennent de l'église Saint-Georges au monastère de Iouriev. Il s'agit de l'Annonciation d'Oustioug et de Saint Georges (icône de l'église du monastère d'Iourev). Ces icônes ont des proportions inhabituellement grandes parmi les icônes orthodoxe et sont d'une exécution très soignée. Elles correspondent à une décoration de bâtiments au volume important. L'icône de l'Annonciation présente des signes évoquant la doctrine chrétienne de l'Incarnation. Au-dessus de l'icône est représenté un segment du ciel et un Christ Antiquus dierum (sous les traits d'un vieillard aux cheveux gris) en miniature, duquel part une lumière vers la Mère de Jésus représentant l'action du Saint-Esprit. Sur la robe rouge de la Vierge Marie est représentée l'image de Jésus-Christ siégeant dans le sein même de sa mère. L'icône de Saint-Georges a subi de nombreuses restaurations dont celle du visage qui a été retouché au début du op. cit. Там же. С.101-104.

L'icône de Novgorod Notre-Dame du Signe réalisée en 1130-1140 n'a pas été bien conservée. Elle a servi au début à des processions et a été souvent transportée à cette fin. Elle est devenue célèbre en 1169, quand Novgorod fut sauvée, lors d'un siège auquel la ville échappa. Sur l'envers est représentée la Mère de Jésus, avec un médaillon sur la poitrine représentant le Christ (Emmanuel). La peinture ancienne a presque complètement disparu et s'est mélangée par fragment avec les couches de peinture superposées. thumb|left|150px|Icône de Notre-Dame de Vladimir de la Mère de Jésus. Début du . Constantinople. galerie Tretiakov.

Style kominovski Le style, tant des mosaïques que des fresques correspond, avec ses particularités, à l'art byzantin de la seconde moitié du c'est-à-dire à la période iconographie byzantine de style kominovski. C'est l'art de la dynastie comnène, puis de la dynastie d' (1059—1204). En général, les icônes de cette période sont appelées kominovski. Dans la seconde moitié du , à la place de l'ascétisme, apparaît une forme nouvelle de figures à la fois harmonieuses et classiques. Les œuvres de cette époque (comme la mosaïque du monastère de Daphni aux environs de l'an 1100) atteignent un bel équilibre entre la forme classique et la spiritualité, elles sont à la fois élégantes et poétiques.