Gilbert de Clare (v. – ), comte de Gloucester et comte de Hertford, est un noble anglais et un commandant militaire au cours des guerres d'indépendance écossaises. Il est le fils de Gilbert de Clare, comte de Gloucester, et de Jeanne d'Angleterre, une des filles du roi . Son père meurt lorsqu'il a seulement quatre ans et le jeune Gilbert est investi des comtés paternels lorsqu'il atteint ses seize ans. Rapidement impliqué dans la défense de la frontière du Nord de l'Angleterre, il est peu à peu entraîné dans les tensions entre et certains de ses barons, et prend part à la rédaction des Ordonnances de 1311. Lorsque Pierre Gaveston, le favori du roi, est mis à mort par ses adversaires en 1312, Gilbert est l'un des médiateurs qui parviennent à négocier un accord entre les responsables de sa mort et le roi.

Désormais l'un des plus solides partisans de son oncle , Gilbert accompagne le roi dans sa campagne en Écosse en 1314, tandis que d'autres éminents barons s'y refusent. Il trouve la mort lors de la catastrophique bataille de Bannockburn le , dans des circonstances quelque peu obscures. Gloucester est la plus importante victime de la bataille, qui se solde par une défaite humiliante pour les Anglais. Comme il ne laisse pas d'enfants, sa mort marque l'extinction de la famille de Clare, dont les domaines sont partagés entre ses trois sœurs. Contrairement à la plupart des comtes anglais du difficile règne d', le principal intérêt de Gilbert de Clare était de poursuivre la guerre avec l'Écosse plutôt que de lutter avec ses rivaux politiques dans les affaires intérieures du royaume d'Angleterre.

Biographie Origines et enfance Gilbert de Clare, comte de Gloucester et comte de Hertford, surnommé « le Rouge », épouse le en l'abbaye de Westminster la princesse Jeanne d'Angleterre, une des filles du roi . Afin que sa fille puisse être suffisamment dotée, le roi a auparavant exigé que le comte lui remette toutes ses terres, qui lui sont ensuite rendues conjointement à sa femme et à lui. Leurs enfants pourront en hériter, mais si leur union reste stérile, elles pourront passer aux enfants issus d'un éventuel nouveau mariage de Jeanne. Leur premier enfant et, en définitive, leur seul fils Gilbert voit le jour aux alentours du à Clare, dans le Suffolk. Quelques jours plus tard, le nourrisson est baptisé par l'évêque de Bath et Wells Robert Burnell. Informé de la naissance de son tout premier petit-fils, le roi remet la somme colossale de 100 livres au messager qui lui apporte la nouvelle. Ses parents ont trois enfants supplémentaires entre 1292 et 1295, trois filles prénommées Éléonore, Marguerite et Élisabeth. Le comte de Gloucester et de Hertford meurt le . En vertu de son contrat de mariage, les terres de la famille de Clare restent inféodées à Jeanne d'Angleterre, qui prête hommage au roi le .

En , Jeanne se remarie en secret avec Raoul de Monthermer, un chevalier de la maisonnée de son mari défunt. , qui avait le projet de remarier sa fille au comte , est furieux lorsqu'il apprend la chose, et fait emprisonner Monthermer à Bristol en . Par précaution, Jeanne aurait choisi de plaider sa cause auprès de son père en amenant avec elle ses quatre jeunes enfants, espérant que la présence de ses petits-enfants atténuerait la colère du roi, mais cette stratégie échoue. Elle plaide alors avec passion son remariage et, selon le chroniqueur Thomas Walsingham, déclare à son père : En définitive, le roi est contraint de reconnaître le mariage. Puisque Jeanne est toujours suo jure comtesse de Gloucester et de Hertford, Raoul de Monthermer reçoit ses titres et prête hommage pour ceux-ci le , mais seulement en droit de son épouse, et le contrat de 1290 reste en vigueur : les quatre autres enfants qu'a Jeanne d'Angleterre avec Raoul ne peuvent hériter des possessions de Clare en la présence d'un héritier en la personne du jeune Gilbert.

Les historiens ont longtemps cru que Gilbert avait été élevé avec son oncle maternel, le futur , alors prince de Galles et qui n'a que sept ans de plus que lui. Mais, en réalité, il s'agit d'un homonyme, prénommé aussi Gilbert de Clare, qui a été éduqué avec le prince de Galles : né quant à lui aux alentours de 1281, il se trouve donc un compagnon plus adéquat pour le prince, du fait de son âge. En ce qui concerne Gilbert, il est élevé auprès de Marguerite de France, la seconde épouse de son grand-père , à partir de l'âge de dix ans environ. Marguerite elle-même n'a que dix ou douze ans de plus que Gilbert. L'ordre émis par le roi à Jeanne d'Angleterre pour confier la garde de son fils date du et indique qu'Édouard donne « mandat à Jeanne, comtesse de Gloucester et Hertford, fille du roi, à remettre à Marguerite, reine consort, à sa demande, Gilbert, fils et héritier de Gilbert de Clare, ancien comte de Gloucester et Hertford, titulaire en chef, et de ladite Jeanne, car c'est le roi qui veut qu'il reste sous la garde de la reine consort jusqu'à nouvel ordre ». Une telle décision est alors commune au début du pour les enfants nobles et rien n'indique ici que le roi reprochait à sa fille Jeanne sa mésalliance avec Raoul de Monthermer ou d'être une mère négligente.

Émancipation et premières fonctions À la mort de Jeanne d'Angleterre le , Raoul de Monthermer perd les titres de comte de Gloucester et de Hertford qu'il détenait de jure uxoris. Deux mois et demi plus tard, le , le roi meurt également et son fils lui succède sous le nom d'. Dès le , le nouveau roi accorde à Gilbert de Clare « toutes les terres de son héritage au pays de Galles, qui en raison de sa minorité sont entre les mains du roi, ainsi que toutes les dépendances de cet héritage en Angleterre, en Irlande et au pays de Galles, moyennant un versement annuel à l'Échiquier de 1 000 marcs pour les terres du pays de Galles ». Puis, le , permet à son neveu « de conserver toutes les terres de son père qui sont entre les mains du roi en raison de sa minorité, le roi, par affection pour lui, les lui ayant restituées afin qu'il puisse être fait chevalier et servir le roi ». Ainsi, alors qu'il n'a que seize ans et avant d'avoir atteint sa majorité, Gilbert de Clare se retrouve dès l'avènement de son oncle reconnu comme un puissant magnat du royaume et détient un revenu annuel de 6 000 livres, ce qui en fait le troisième homme le plus riche d'Angleterre après le roi Édouard lui-même et Thomas de Lancastre, comte de Lancastre, de Leicester et de Derby. Il est sans doute adoubé peu après.

Les motifs d' pour accorder son héritage si tôt à Gilbert demeurent incertains : s'agit-il d'un désir de la part du souverain de gagner un allié, d'une marque d'affection pour son neveu ou d'un leurre afin de faire accepter à Gilbert le mariage de sa sœur cadette Marguerite avec Pierre Gaveston, le favori du souverain qui vient d'être élevé au rang de comte de Cornouailles, qui est célébré le ? Ce qui est sûr, c'est que Gilbert est bien plus utile sur le plan politique à Édouard en tant que comte qu'en tant que mineur. Le , le roi fait à nouveau preuve de largesses envers son neveu en lui accordant le droit « d'épouser qui il voudrait ». Gilbert épouse le suivant à l'église de Waltham Abbey Maud, l'une des filles de l'Irlandais Richard le Comte Rouge, comte d'Ulster. Le lendemain, sa sœur Élisabeth épouse en ce même lieu Jean de Bourg, le frère de Maud. Beaucoup de magnats avaient prévu d'organiser un tournoi de joute en table ronde lors du mariage, « mais certains d'entre eux avaient peur d'être assaillis et craignaient la trahison, de sorte que leurs plans étaient vains », peut-être en raison de la présence lors de la cérémonie du roi , qui a été contraint le précédent par la fronde baronniale d'exiler son favori Pierre Gaveston.

vignette|Situé dans les Marches galloises, le château de Caerphilly a été construit par le père de Gilbert et est sa résidence principale. Gilbert de Clare reçoit très tôt d'importants commandements militaires en Écosse, où son grand-père a entamé plusieurs campagnes militaires afin de soumettre ce royaume à son autorité. Courant 1308, il est prié par d'assister à la mobilisation de troupes anglaises à Carlisle en prévision d'une prochaine campagne en Écosse, qui est finalement repoussée en raison des tensions intérieures en Angleterre entre le roi et certains de ses vassaux. Puis il est chargé la même année de négocier une trêve avec le roi d'Écosse Robert Bruce. Le , Gilbert est missionné pour conduire une expédition pour soulager le château de Rutherglen, où il se distingue dans ce qui est peut-être son baptême du feu. Il reçoit l'année suivante l'ordre de lever 800 hommes de sa seigneurie du Glamorgan. En , il est nommé capitaine de l'Écosse et des marches du Nord. Bien que l'essentiel de ses domaines personnels se trouve dans les Marches galloises, cette région reste pacifiée, alors que la situation écossaise offre à Gilbert des opportunités de gloire et d'avancement. Cependant, l'effort de guerre est moins soutenu depuis la mort d', et la négligence dont fait preuve , en butte à l'opposition baronniale, permet à Robert Bruce de reprendre l'initiative.

Montée des tensions Parallèlement, la noblesse anglaise désapprouve la manière dont le roi comble de dons son favori, l'arrogant Pierre Gaveston. De son côté, Gilbert ne fait preuve d'aucune hostilité vis-à-vis de Gaveston, qui se trouve être son beau-frère, et se révèle au printemps 1308 neutre dans la sentence d'exil qui le frappe. Il est en revanche possible qu'il ait dès cette date partagé la frustration des autres comtes en ce qui concerne la conduite de la guerre en Écosse. Comme l'essentiel du baronnage, Gilbert approuve en le retour de Gaveston en Angleterre. Il assiste même à la restauration de Gaveston dans son comté de Cornouailles le . Il est donc peu probable que Gilbert soit le destinataire de l'insulte de « fils de pute » adressée par Gaveston au « comte de Gloucester »Le destinataire de cette seconde insulte varie selon les historiens. Si certains historiens pensent que le mot « putain » est une référence au remariage de Jeanne d'Angleterre avec Raoul de Monthermer et donc que l'insulte vise Gilbert, d'autres doutent de cette affirmation. Kathryn Warner s'oppose à la première conclusion en affirmant qu'il est peu probable que Gaveston ait osé insulté Jeanne, qui est non seulement la mère de son épouse Marguerite mais aussi une des sœurs d'. Warner pense que l'insulte vise plus probablement Raoul de Monthermer lui-même, dont les origines sont obscures mais vraisemblablement illégitimes et qui a porté le titre de comte de Gloucester du vivant de son épouse.. Pourtant, à l'automne 1309, le soutien de Gilbert au roi et à son favori s'effrite quelque peu : il imite les autres comtes lorsque ces derniers refusent d'assister au Parlement tenu à York en et en . Gilbert sait cependant rester loyal à la couronne et accepte d'assister au Parlement de Westminster en . À la même période, il reçoit la charge, avec les comtes de Lincoln, de Richmond et de Surrey, d'assurer que personne n'entre en armes au Parlement.