Henry de Lacy (v. – ), comte de Lincoln, est un puissant magnat, diplomate et commandant militaire anglais sous les règnes d'Édouard I et d'Édouard II. Petit-fils et héritier de la comtesse Marguerite de Quincy, Henry épouse pendant son enfance Marguerite de Longue-Épée, héritière du comte de Salisbury. Après le décès de sa grand-mère en 1266, il est placé quelque temps sous tutelle avant d'obtenir la pleine jouissance de ses biens et de ceux de son épouse. À la suite de la montée sur le trône d'Édouard I, le comte de Lincoln devient l'un de ses plus proches conseillers et l'assiste militairement dès ses premières campagnes militaires en Galles, en Écosse et en Aquitaine.

Henry de Lacy se distingue tout particulièrement lors de multiples ambassades qu'il conduit au nom du roi Édouard, au vu de son habileté diplomatique. Considéré comme l'un des plus respectés comtes d'Angleterre à la mort de son souverain en 1307, Lincoln ne tarde pas à entrer en conflit avec le nouveau roi Édouard II, qui s'attire les foudres de la noblesse en raison de son caractère frivole. En 1310, Henry obtient la nomination de vingt-et-un Seigneurs Ordonnateurs chargés de limiter les pouvoirs du roi et en devient le leader, de par sa nature consensuelle et son expérience politique sous le règne précédent. Il meurt l'année suivante et ses possessions reviennent à son gendre Thomas de Lancastre, époux de sa fille Alice.

Biographie Origines, jeunesse et premier mariage Henry est le seul fils du baron de Halton et de Pontefract Edmond de Lacy et de son épouse Alice de Saluces, fille aînée de Manfred III, marquis de Saluces. Henry succède aux titres de son père à son décès en 1258, mais ses domaines sont administrés par sa mère Alice jusqu'à ce qu'il atteigne sa majorité. À la suite de la mort de son père, Henry est l'héritier de sa grand-mère Marguerite de Quincy, suo jure comtesse de Lincoln. Cette dernière est l'une des plus puissantes femmes de la noblesse anglaise du : outre son comté de Lincoln qu'elle détient de son plein droit, elle a reçu à la mort de son second époux Gauthier le Maréchal en 1245 un tiers de l'héritage du puissant comté de Pembroke ainsi qu'une grande part des seigneuries de Leinster et de Kildare en Irlande. Entrée en conflit avec sa propre fille Mahaut de Lacy au sujet de l'héritage de Pembroke, Marguerite préfère que ce soit son petit-fils Henry qui lui succède dans ses vastes possessions.

Au début de 1257, Henry épouse Marguerite de Longue-Épée, l'unique héritière de Guillaume III de Longue-Épée. Ce dernier, mort au cours d'un tournoi à la fin de l'année précédente, a demandé sur son lit de mort à Marguerite de Quincy qu'elle accepte d'unir son petit-fils à sa fille Marguerite. La comtesse de Lincoln s'adresse alors au roi Henri III, qui donne son agrément à l'union d'Henry et de la jeune Marguerite, qui n'a guère plus de trois ans. Peu après ses noces, Marguerite est reçue par son beau-père Edmond de Lacy qui a la charge de protéger ses biens paternels. Lorsqu'Edmond meurt prématurément l'année suivante, la garde de l'héritière des Longue-Épée est confiée conjointement à Marguerite de Quincy et à sa bru Alice de Saluces. Les deux femmes ont également, à compter de 1261, la charge d'administrer le comté de Salisbury, dont Marguerite de Longue-Épée est devenue la titulaire à la mort de son arrière-grand-mère Ela de Salisbury.

En 1266, la comtesse de Lincoln meurt et Henry hérite de l'ensemble de ses titres et terres, qui sont toutefois placés sous la tutelle de sa mère en attendant sa majorité, puisqu'il n'est alors âgé que de 17 ans. Alice de Saluces se voit donc confiée la gestion d'un immense territoire, comprenant les comtés de Lincoln et de Salisbury ainsi que les baronnies de Pontefract et de Halton. Dès 1269, alors qu'il a environ 20 ans, le jeune comte de Lincoln est impliqué dans un différend avec John de Warenne, comte de Surrey, au sujet d'une propriété foncière. La querelle entre les deux comtes n'est finalement réglée que par l'intervention du roi. Le , Henry de Lacy est nommé gardien du château de Knaresborough et, le 13 du même mois, il est fait chevalier à l'occasion du mariage d'Edmond de Cornouailles avec sa tante Marguerite de Clare. Ainsi, au cours des derniers mois du règne d'Henri III, Henry est officiellement reconnu comme majeur et peut enfin disposer de l'ensemble de ses terres. En outre, sa mère Alice lui remet la garde du comté de Salisbury, qui appartient à son épouse Marguerite, celle-ci étant encore mineure.

Début de carrière militaire et diplomatique sous le règne d'Édouard I Quelques semaines après que ces nouvelles faveurs aient été accordées à Henry de Lacy, le roi Henri III meurt le . Son fils aîné Édouard I lui succède immédiatement au trône. Le comte de Lincoln devient rapidement l'un des principaux hommes de main et amis du nouveau roi. Considéré par ce dernier comme un serviteur fiable et loyal, Lacy est dépêché au cours de son règne pour diverses missions diplomatiques et militaires. De ce fait, au cours de la première expédition d'Édouard I en Galles contre Llywelyn le Dernier, qui a lieu entre janvier et , Henry de Lacy participe aux opérations militaires et conquiert Bausley, situé dans le Montgomeryshire. Le traité d'Aberconwy met fin aux hostilités en novembre de la même année. En , Lincoln se rend dans le Brabant pour y négocier les fiançailles de Marguerite d'Angleterre, la fille du roi Édouard, avec Jean, fils et héritier du duc Jean I de Brabant. En , il figure au sein de l'escorte du roi Alexandre III d'Écosse lors de sa visite en Angleterre. Assisté des évêques de Worcester et de Hereford et d'Edmond de Cornouailles, Lacy est nommé gardien du royaume le par le roi, parti rendre visite en France au roi Philippe III le Hardi afin d'y conclure le traité d'Amiens, et conserve cette fonction jusqu'à son retour le suivant.

Entre et , le comte de Lincoln participe à la seconde campagne d'Édouard I en Galles, qui s'achève par la mort de Llywelyn et l'incorporation de la principauté dans le royaume d'Angleterre. En récompense de ses services, le roi lui concède le Denbighshire, au nord du pays de Galles. Pour sécuriser ses nouvelles possessions, Henry de Lacy entame la construction du château de DenbighDenbigh History. De 1286 à 1289, Lincoln accompagne le roi Édouard lors de sa visite en Gascogne, et examine à cette occasion en 1287 les accusations de mauvaise gestion lancées par les locaux à l'encontre de l'ancien sénéchal Jean I de Grailly. De retour avec Édouard en Angleterre, Lacy est nommé en membre d'une commission chargée de traiter des plaintes déposées contre les fonctionnaires royaux, qui visent plus d'un millier de personnes, dont Ralph de Hengham, juge en chef du banc de justice royal. En , Lacy négocie au nom d'Édouard I avec le conseil de régence du royaume d'Écosse, réuni au nom de la jeune reine Marguerite I. Les discussions aboutissent à la signature du traité de Birgham le , qui prévoit le mariage de la reine d'Écosse avec Édouard de Carnarvon, le seul fils et héritier du roi d'Angleterre. La mort de la souveraine d'Écosse en septembre de la même année met cependant fin au projet d'union des royaumes d'Angleterre et d'Écosse. En dépit de ce revers, Édouard I renvoie Lincoln en Écosse l'année suivante pour qu'il examine les revendications des prétendants au trône lors de la crise de succession écossaise, finalement résolue par l'intervention personnelle du roi d'Angleterre en .

Cette même année, Henry se porte garant de la paix entre les comtes de Gloucester et de Hereford au cours d'un différend qui les oppose dans les Marches galloises. Au mois de , il accompagne Edmond de Lancastre en France afin d'y préparer la résolution des tensions concernant le duché d'Aquitaine. Les négociations échouent, puisque le roi de France Philippe IV le Bel prononce la confiscation du fief anglais et monte sur pied une campagne chargée de se saisir de l'Aquitaine. De retour en précipitation en Angleterre pour y informer le roi Édouard de la situation alarmante, Lincoln est chargé par le roi de rassembler des troupes pour aller repousser les incursions françaises en Gascogne. Alors qu'il s'apprête à embarquer à Portsmouth, Lacy est informé en du soulèvement de Madog ap Llywelyn en Galles. En conséquence, le comte détourne ses troupes vers le nord de la principauté pour y écraser la rébellion. En novembre de la même année, il est attaqué par surprise par des Gallois alors qu'il se rend vers Denbigh. Les combats en Galles persistent jusqu'au printemps 1295, lorsque la rébellion est définitivement réprimée par les comtes de Lincoln et de Gloucester.

Lieutenance en France, campagnes en Écosse et nouvelles ambassades

Le , le roi Édouard désigne le comte de Lincoln comme son lieutenant en Aquitaine, poste que ce dernier occupera jusqu'au printemps 1298. Le , Lacy part de Plymouth avec le comte de Lancastre et un détachement militaire composé essentiellement de fantassins, avec pour destination la Gascogne. Au cours de leur traversée, les deux comtes pillent la pointe Saint-Mathieu, située près de Brest, avant d'atteindre Bourg et Blaye dans l'estuaire de la Gironde. Ils marchent sans succès contre la ville de Bordeaux, qui est sous occupation française. L'attaque de Lincoln contre Saint-Macaire échoue également lorsque le comte Robert II d'Artois vient soulager la ville assiégée. Après la mort de Lancastre le , Henry de Lacy prend la tête de l'armée anglaise en Aquitaine et est confirmé comme lieutenant du roi. Avant de retourner à Bourg, Lacy parvient à repousser une attaque de Robert d'Artois. Il assiège ensuite Dax pendant sept semaines en juillet et en août, puis doit se retirer à Bayonne. En , les habitants de Bonnegarde, assiégés par les troupes françaises, lui demandent de leur venir en aide. Lacy accourt à leur rescousse, mais est pris en embuscade par Robert d'Artois lors de la bataille de Bonnegarde, au cours de laquelle le sénéchal John de St John est capturé et les Anglais subissent de lourdes pertes. Lincoln doit une nouvelle fois se retirer à Bayonne. Au cours de l'été suivant, il entreprend un raid de pillage jusqu'à Toulouse, qui porte ses fruits, avant de s'en retourner à Bayonne à la fin du mois de septembre. Henry de Lacy demeure à Bayonne jusqu'à la Noël de 1297, avant de rembarquer pour l'Angleterre à Pâques de 1298 et d'être remplacé dans ses fonctions par Guy Ferre. Néanmoins, dès le , le roi Édouard I le charge de négocier le mariage de l'héritier du trône Édouard de Carnarvon avec la princesse Isabelle de France, fille de Philippe IV, qui doit mettre un terme à la guerre entre les deux royaumes.