César Covo, né le à Sofia (Bulgarie) et mort le à Cesson-SévignéÉtat civil sur le fichier des personnes décédées en France depuis 1970 (France), est un brigadiste français et résistant MOI de la première heure. Militant communiste engagé dans l'entre-deux-guerres contre le fascisme au sein de la sous section bulgare du syndicat Main-d'œuvre immigrée, il met durant l'Occupation ses compétences d'imprimeur au service de l'« Armée du crime »R. Guédiguian, L'Armée du crime, Studiocanal, Issy, 2009, 139 min., sauve des clandestins, combattants poursuivis par la police française, femmes et enfants catégorisés « de race juive » par le régime de Vichy, en imprimant de faux papiers. Handicapé par une blessure de guerre au genou, il distribue des tracts, participe au T. A. et au recrutement de résistants puis, les armes à la main, à la Libération de Paris.
« Terroriste à la retraite »DVD, M. Boucault, Des « Terroristes » à la retraite, Arte France, Strasbourg, 1983, 70 min. revenu du stalinisme, il donne tardivement avec beaucoup de simplicité un témoignage d'une guerre d'Espagne sans héros qu'il a vécue au sein des Brigades internationales et de l'Armée populaire de la République espagnole, La guerre, camarade !C. Covo, La guerre, camarade !, Atlantica, Biarritz, 2005 ..
Biographie Jeune intellectuel ladino émancipé (1912-1930) César Covo naît à Sofia trois ans et demi après l'indépendance du royaume de Bulgarie et vingt-huit mois avant la Première Guerre mondiale dans la communauté ladino chassée en 1492 d'Espagne<ref name="Ouest">« César Covo, sa vie est un vrai livre d'histoire », in Ouest-France, Rennes, 5 mai 2013.</ref> et réfugiée à Salonique, où elle a prospéré dans la filature de laine pour la Sublime Porte, qui leur en avait concédé le monopole. Un de ses aïeux, Juda Covo, a été le rabbin et le représentant des juifs de Salonique, célèbre pour avoir été pendu en punition d'une baisse de qualité de la fabricationG. Veinstein, Salonique 1850-1918, la "ville des Juifs" et le réveil des Balkans., pp. 54-58, Autrement, Paris, 1992 .. Les descendants de cet aïeul restés à Salonique donneront, comme les Perahia, Sabetay, Modellano, Modiano, Amarillo, Benveniste, Gattegno, Molho, Saporta et Arditti, de nombreux rabbins, tel Jacob Hanania Covo à la fin du B. Leroy, « Joseph Nehama, Histoire des Israélites de Salonique. », in Bulletin hispanique, vol. LXXXI, n° 3, p. 348, université Bordeaux-III, Pessac, 1979.. La tradition familiale de l'imprimerie remonte au premier atelier de typographie ouvert à Salonique en 1515B. Leroy, « Joseph Nehama, Histoire des Israélites de Salonique. », in Bulletin hispanique, vol. LXXXI, n° 3, p. 356, université Bordeaux-III, Pessac, 1979., au rabbin Elie Covo, qui s'est opposé aux sabbatéensB. Leroy, « Joseph Nehama, Histoire des Israélites de Salonique. », in Bulletin hispanique, vol. LXXXI, n° 3, p. 346, université Bordeaux-III, Pessac, 1979. par ses sentences en 1688B. Leroy, « Joseph Nehama, Histoire des Israélites de Salonique. », in Bulletin Hispanique, vol. LXXXI, n° 3, p. 355, université Bordeaux-III, Pessac, 1979., aux éditions talmudiques inaugurées en 1690B. Leroy, « Joseph Nehama, Histoire des israélites de Salonique. », in Bulletin hispanique, vol. LXXXI, n° 3, p. 349, université Bordeaux-III, Pessac, 1979. par son successeur Benjamin Assael, et à la diffusion d'une presse judéoespagnole à partir de 1870.
Son père est en effet un imprimeur, modesteM. Carof Gadel, César Covo, « livre d'histoire » des collégiens, rennes.maville.com, Rennes, 27 novembre 2009., qui lui transmet la nationalité française, acquise par son grand-père pour service rendu à l'empereur Napoléon dans le cadre d'une politique d'émancipation dont avait également bénéficié Mayer Amschel Rothschild. Sa mère, fille de rabinR. Skoutelsky, « Entretien avec César Covo », 10 janvier 2001, in Le Monde, Paris, 23 mars 2015., l'élève seule avec sa fille aînée de cinq ans, SarahRGASPI, F. 545. op. 2, cote D.112 & op. 6, cote D.1038, Moscou., future brigadisteBDIC, Mfm 880/10, Nanterre., jusqu'à l'âge de six ans. C'est alors qu'il découvre son père, un quasi étranger enfin démobilisé. C'est au lycée français Saint-Jean Baptiste de la Salle, que gère depuis 1885 la congrégation des Frères des écoles chrétiennesV. Zaïmova-Tapkova Vassilka, « Les écoles catholiques françaises en Bulgarie. Problème de politique balkanique et de tolérance religieuse », in Bulletin de AIESEE, Association internationale d'études du Sud-Est européen, Bucarest, 1997., qu'il suit sa scolarité. Celle ci se déroule durant la quasi guerre civile qui entrave le début du règne du roi Boris. Le consulat de France paye la moitié des frais de scolarité. En 1928, le père de César Covo ne peut plus payer l'autre moitié. L'adolescent, qui a seize ans, trouve un emploi de coursier et découvre les idées communistesI. D., « J'avais pour mission de cibler les objectifs à dynamiter », in L'Humanité, Paris, 9 Février 2007..
En 1930, la crise de 29 frappe très rudement un royaume de Bulgarie qui a déjà connu deux coups d'État. La production chute de quarante pour cent, le chômage touche sept millions de personnes et, comme en Allemagne, l'inflation est sans limite. La famille Covo, orientée par le consulatCh. Dinger, Notice biographique, Atlantica, Biarritz, 2005., décide d'émigrer en France plutôt qu'en Palestine, le sionisme étant perçu par beaucoup de judéo-espagnols, particulièrement au sein de la Fédération socialiste ouvrière de Salonique, comme un reniement d'une culture sépharade qui remonte à l'Antiquité et s'enorgueillit d'une tradition espagnole raffinée.
À Paris, César Covo, qui a dix-huit ans, fait son service militaire dans la cavalerie et s'inscrit au Parti communiste, ce qu'il n'avait pas pu faire en Bulgarie, celui ci y étant interdit.
L'engagement communiste contre le fascisme (1931-1936) vignette|Défilé fasciste dans Paris en avril 1934. La menace du fascisme en France, après l'arrivée au pouvoir de Mussolini en 1922 en Italie et de Hitler en 1933 en Allemagne, paraît imminente après la crise de février 1934, qui voit arriver Pétain au gouvernement. Libéré des obligations militaires, César Covo retrouve en 1931 le foyer familial, désormais à Bagnolet. Il trouve un emploi de tressage de chaussures. Beaucoup d'ateliers de confection sont clandestins et emploient une main d’œuvre immigrée non déclarée. Il s'implique dans le mouvement des jeunesses communistes qui animent les manifestations et les grèves. Il est sollicité par Maurice Lampe, secrétaire du PCF pour la banlieue est et futur dirigeant des Brigades internationalesC. Pennetier, « LAMPE Maurice », 31 décembre 2009, suppl. à J. Gotovitch & M. Narinski, Dictionnaire biographique du Komintern, L'Atelier, Ivry, 2001., pour jouer les utilités à la sous-section bulgare de la branche syndicale Main-d'œuvre immigrée, .
Lors de l'émeute du 6 février 1934, César Covo est dans le service d'ordre qui affronte à poings nus les ligues d'extrême droite parties à l'assaut de l'Assemblée nationaleY. Renoult, Compte rendu d'un entretien avec César Covo, Rennes, 2008 ?. Au petit matin, on compte vingt huit morts et trente six blessés par balle, dont trois communistes.
Il a vingt-quatre ans quand le Front populaire remporte les élections législatives du 3 mai 1936. Il participe aux manifestations puis aux occupations d'usine qui se déclenchent pour donner du poids au PCF dans le prochain gouvernement, quand à Burgos, le 24 juillet, l'armée espagnole putschiste, son coup d'État ayant échoué, se constitue en junte.
Fin août, le Secours rouge international ouvre un Comité d’entraide à l’Espagne républicaine 33 rue de la Grange-aux-Belles, dans les anciens bureaux de la CGTUC. Rol-Tanguy, « Dévoilement de la plaque à la mémoire des volontaires des Brigades Internationales », ACER, Paris, 10 novembre 2011., fédération syndicale à laquelle appartient la MOI. Avec ses camarades de la sous section bulgare, César Covo répond à l'appel lancé le 18 septembre à Bruxelles par Willi Münzenberg lors d'une réunion du Komintern de recruter mais se voit dans un premier temps interdire de partir défendre la République. La lutte en France même contre les ligues fascisantes visées par la loi du 10 janvier 1936 sur les groupes de combat et milices privées, Camelots du Roy, Action française, Croix-de-feu et Jeunesses patriotes du Front national, parait prioritaire.
Les volontaires affluent de tous pays et sont accueillis dans des baraquements que le Comité loue 8 avenue Mathurin-Moreau. L'autorisation de partir, que d'autres n'ont pas attendue, est enfin donnée le 22 octobre par un décret du gouvernement espagnol alors que Madrid se trouve encerclée par les nationalistes espagnols appuyés par des troupes mussoliniennes et nazies.
L'épopée brigadiste (novembre 1936-janvier 1937) Enrôlement vignette|redresse|Écusson du Front populaire symbolisant l'unité de la gauche, communistes du PCE et du POUM, socialistes du PSOE et de l'UGT et républicains de l'IR. Repris comme leur emblème par les Brigades internationales, il était porté par César Covo et ses camarades sur leurs uniformes. Fin octobre 1936, César Covo prend gare d'Austerlitz le train de 22:17 pour Perpignan. Comme tous ses camarades, il voyage en passager discret pour essayer d'échapper aux contrôles de la police française, laquelle interdit le passage aux brigadistes depuis que Léon Blum, Président du Conseil socialiste, s'est résigné à une politique de non-intervention en Espagne et mis en place le Comité international pour la non-intervention. Celui-ci est censé veiller à un embargo sur les armes que chaque partie viole, le Royaume-Uni et la France en fournissant de vieux fusils, l'Allemagne nazie en envoyant des avions.
Après un trajet en bus jusqu'à la frontière, César Covo franchit celle-ci à pied, prend la tête d'un des deux groupes formés sur place, celui des camarades originaires des Balkans, et rejoint le point de ralliement de Figueras. Il reçoit une pseudo formation militaire, sans équipement ni arme, à la caserne Karl-Marx de Barcelone, où il est accueilli par le commissaire politique Hans Beimler.
Il est un des premiersP. Rebière, Faire part de décès à l'AABI, ACER, Paris, mars 2015. soldats de la brigade internationale, la première constituée, soit le 14 octobre. Son bataillon, le bataillon Thälmann, environ mille cinq cents hommes, rejoint le front le 3 novembre à Albacete, où une compagnie sur deuxCh. Diger, « A la mémoire de Théo Francos », cf. référence supra, 26 janvier 2014. reçoit pour la première fois uniformes et armes« Breve biografía de César Covo », in brigadasinternacionales.org, AABI, Madrid, décembre 2014.. Il arrive dans la capitale le 7 novembre, veille de la bataille de Madrid, et passe la nuit dans les jardins du palais de La Moncloa. Le bataillon est commandé par Richard Staimer, la brigade, par le major Enrique Líster, le commandement général étant celui du général Kléber.
Bataille de Cerro de los Angeles Enrique Líster place le régiment, pilier de la nouvelle Armée populaire, à la Cité universitaire, à la sortie est de Madrid. Il confie à Albert Schindler, chef du bataillon Thälmann, le soin de mener une manœuvre de diversion à dix kilomètres au sud-est de Madrid.
Le bataillon est conduit en train à Chinchón, acclamé par les paysans. Il attaque le 10 novembre . C'est là que César Covo découvre la réalité d'une guerre jusqu'alors idéaliséeC. Covo, Mémoire d'un ancien volontaire, cité in Skoutelsky, 2006, , .. Sa compagnie, dite des « Balkaniques », est décimée par les shrapnels.
Bataille de la Casa de Campo vignette|L' aujourd'hui, hauteur assaillie par la compagnie de César Covo lors de la bataille de la Cité universitaire.