Eduardo Pisano (ou Eduardo López Pisano) est un artiste peintre expressionniste espagnol né le à Torrelavega (Cantabrie) où l'École d'art ainsi qu'une rue portent aujourd'hui son nom. Établi à Montparnasse en 1947, il est une figure reconnue de l'École de Paris Dictionnaire Bénézit, Gründ, 1999, vol.11, page 24.. Il est mort le .

Biographie thumb|left|140px| Quatrième et dernier enfant (après Manuela, Felipe et Mercedes) d'Eduardo López et de Joaquina Pisano, modestes horticulteurs à Torrelavega André Licoys (préface d'Armand Lanoux), Pisano, imprimerie Monnier, Saint-Cloud, 1973., Eduardo Pisano, qui se révèle très vite d'un tempérament certes affectueux mais ombrageux et solitaire, est placé dès l'âge de huit ans par ses parents dans un collège religieux (colegio de los Sagrados Corazones, Torrelavega) où rigueur et sévérité ne compromettent pas la passion avec laquelle il y découvre les maîtres de la peinture espagnole classique, en premier lieu Diego Vélasquez. En 1926, Eduardo est l'élève d' à l'École des arts et métiers de Torrelavega (enseignement très classique mais auquel il demeurera toujours profondément reconnaissant) où il se lie d'amitié avec Mauro Muriedas Diez (1908-1991) qui y est son condisciple. En 1931, sans doute à la suite de l'immense chagrin que lui cause la mort subite de son père, âgé de 56 ans, le , il gagne Madrid où il fréquente les musées et où, parallèlement à la peinture, il fait l'apprentissage de la gravure en suivant les cours du soir de Manuel Castro Gil Sur Manuel Castro Gil (1801-1963), voir Dictionnaire Bénézit, op. cit., tome 3 page 359. à l'École des arts graphiques de Madrid. thumb|Camp de Gurs, panneau mémoriel Eduardo Pisano accomplit son service militaire à l' de La Virgen del Camino, dans la province de León, puis revient à Madrid où, dans la suite de la Révolution asturienne de 1934, une guerre civile - ce sera la Guerre d'Espagne - sera bientôt pressentie. Il rejoint alors les rangs de l'armée républicaine et participe à l'offensive de Catalogne. Dans la suite de cette défaite, il rejoint Barcelone qui est prise par l'armée franquiste en . Il est, à l'instar de Luis Vidal Molné et d'Antoni Clavé, cité par Francesco Agramont Lacruz dans l'histoire des artistes d'Espagne qui est alors liée à celle de l'exil républicain forcé vers la France Francesco Agramunt Lacruz, Arte y represion en la guerra civile (Cf. Bibliographie ci-dessous). : comme Molné et Clavé, Pisano - - quitte l'Espagne en 1939 et, après des internements dans le camp de concentration d'Argelès-sur-Mer et dans le camp de Gurs, après aussi qu'il ait participé durant aux travaux forcés de la construction du Mur de l'Atlantique, le débarquement allié lui donne enfin l'opportunité de la fuite et d'.

Un modeste emploi de manutentionnaire dans une entreprise de bois à Arcachon offre à Eduardo Pisano les ressources de renouer avec la peinture, dans un style expressionniste qui dit la désespérance et l'âpreté de sa vie. Il va rester deux années en Aquitaine qui est réceptive à son art, participant en 1946, aux côtés de Pablo Picasso, Hernando Viñes, Ginés Parra et Óscar Domínguez, à l'exposition commémorative du deuxième centenaire de Goya au Musée des Beaux-Arts de Bordeaux. Arrivant très démuni à Paris en 1947, il vend ses tableaux aux terrasses des cafés, et un soutien d'amateurs lui permet de s'installer au 33, rue Vercingétorix. En , il participe (son premier accrochage à Paris) à l'exposition Artistes espagnols en exil à la Galerie La Boétie L'art espagnol en exil - Peintures, Les Nouvelles littéraires, édition du 17 avril 1947. Eduardo Pisano et la Galerie de la Boétie sont évoqués par Geneviève Dreyfus-Armand, L'exil des républicains espagnols en France, de la guerre civile à la mort de Franco, Albin Michel, 1999..

Le , Eduardo épouse Maria Amalia Vieita Arevalo, d'origine cubaine, et le couple s'installe à Enghien-les-Bains. Après la mort de Francisco Franco en , notre artiste revient régulièrement à Torrelavega où une École d'art Eduardo Pisano est inaugurée en 1978 Article Eduardo Pisano en langue espagnole sur Wikipedia, la enciclopedia libre.. En même temps, sa peinture se rapproche de l'abstraction, Eduardo s'adonnant à la gouache et l'huile sur papier Eduardo Pisano parlait à propos de ces œuvres sur papier de "monotypes", à tort puisqu'elles n'en étaient pas. Toutefois, par référence au langage de l'artiste, on parle toujours à leur propos de la "période des monotypes". dans un libre tachisme qui, suggérant la représentation et non l'objectivant, n'a d'autre objet que son plaisir ludique du lyrisme et de la couleurLydia Harambourg, « Montparnasse, terre d'asile - Eduardo Pisano, peintre espagnol », La Gazette de l'Hôtel Drouot, 8 février 2013, page 158: après un expressionnisme énonçant une vision souffrante et tourmentée du monde, peut-être là le signe festif, au soir de la vie d'Eduardo Pisano, d'un grand apaisement, d'une joie de vivre retrouvés en même temps que les racines de Cantabrie.

Eduardo Pisano, qui eut toute sa vie pour maxime , s'éteint en et repose dans le cimetière sud d'Enghien-les-Bains. Peintre reconnu alors que sa postérité ne le préoccupait guère, il est revendiqué aujourd'hui tant par Santander et Torrelavega où sont ses racines (les deux villes commémorèrent le centenaire de sa naissance en 2012 par des expositions-hommages) que par Paris où, en , une exposition où l'Institut Cervantes accrocha ses œuvres (voir Expositions collectives ci-dessous) a rééclairé l'historicité d'un Juan Manuel Bonet, Le Montparnasse espagnol des années 1920 à 1980, Institut Cervantes, Paris, 2013..

Œuvre L'œuvre porte la marque d'un lourd vécu de chaos et de tourments : le jeune Eduardo Pisano n'aimait pas l'expressionnisme, or il devint un peintre expressionniste, tandis qu'il se détacha de son émerveillement initial pour Vélasquez afin d'admirer El Greco et Francisco Goya. Ses sujets de prédilection sont les corridas, le cirque, les scènes de flamenco et les nus baudelairiens qui sont des réminiscences de 1931 et de sa vie madrilène, mais aussi des natures mortes portant la sombre gravité d'un Raymond Guerrier, des paysages pastoraux aux évocations tant bibliques que de la Cantabrie, des Christ en croix, des Pietà et même un Chemin de Croix en quatorze tableaux-stations qui, exposés en la chapelle du collège des Jésuites d'Eu en 2015 avant d'être fixés en l', énoncent la persistance d'une profonde ferveur religieuse.

Ses années d' demeurent la grande blessure d'Eduardo, elles hantent ses rêves et il l'exprime : son tableau le plus historique, son Guernica à lui, intitulé Le rêve du soldat, mêle le fantasme et le cauchemar (Éros et Thanatos), énonce les grands effrois, les grandes privations et la proximité de la mort dans leur interminable vécu quotidien.

À l'instar d'un autre expressionniste, l'Italien Bernard Damiano, Eduardo ne datait pas ses toiles Anne Egger, Pisano, Musée du Montparnasse/Arcadia Éditions, 2013.. Une partie substantielle de l'œuvre, renvoyant en cela aux années difficiles de l'après-guerre, a pour support le panneau d'isorel, Julie Malaure, « Eduardo Pisano ou l'exil heureux à Montparnasse », Le Point, février 2013. Ses couleurs sont les bruns, les ocres, les rouges et les jaunes, de larges cernes noires définissant les formes tout en réaffirmant une vision tragique de l'humanité. Ainsi, peut analyser Lydia Harambourg, .

Expositions Expositions personnelles thumb|200px|Valréas, château de Simiane thumb|200px|Chapelle du collège des Jésuites d'Eu

Expositions collectives

Réception critique - Armand Lanoux, de l'Académie Goncourt - Dictionnaire Bénézit - Élisée Trenc Élisée Trenc, « Eduardo Pisano, un artiste dionysiaque », Catalogue de l'exposition Pisano, chapelle du collège des Jésuites, Eu, 2015. - Francisco Fernández Mañanes Francisco Fernández Mañanes et Carmen Carrión, Pisano, éditions de la ville de Santander, 2019. - Amanda Herold-Marme Amanda Herold-Marme, Des artistes espagnols à Paris - Identités et engagements face à la guerre civile, CTHS / INHA, Paris, 2024. thumb|200px|Musée diocésain Regina Coeli, Santillana del Mar thumb|200px|, Torrelavega

Collections publiques France

Espagne

Mexique , Guanajuato Antonio Rodríguez, Museo iconográfico del Quijote, Fundación Cervantina Eulalio Ferrer, 1987..

Collections privées

Nobel Sámano, une aquarelle originale ayant fait l'affiche de l'un de ses concerts en 1958.

Notes et références Notes

Références

Annexes Bibliographie Antonio Martinez-Cerezo, Pisano, Éditions Arte Montanes (Espagne), 1973. André Licoys (préface d'Armand Lanoux de l'Académie Goncourt), Pisano, Imprimerie Monnier, Saint-Cloud, 1974. Pablo del Rio Gatoó (préface de José Hierro, illustrations d'Eduardo Pisano et Demetrio Gascón), Torrelavega en su historia, Artes gráficas Quinzaños, 1986. Antonio Martinez-Cerezo, Diccionario de pintores españoles, segunda mitad del Siglo XX, Edita revista Epoca de Madrid, 1997. Antonio Rodríguez, Museo iconográfico del Quijote, Fundación Cervantina Eulalio Ferrer, Guanajuato, 1987. Emmanuel Bénézit, Dictionnaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs, vol.11, Gründ, 1999. Geneviève Dreyfus-Armand, L'exil des républicains espagnols en France, de la guerre civile à la mort de Franco, Albin Michel, 1999. Francesco Agramunt Lacruz, Arte y represion en la guerra civile, Conselleria Valenciana de Cultura, Espagne, 2005. Julie Malaure, Eduardo Pisano ou l'exil heureux à Montparnasse, dans Le Point, ((consultation en ligne : les trois premières photos reproduisent le tableau Le rêve du soldat évoqué dans la rubrique « Œuvre » ci-dessus. Sur la quatrième photo, il nous semble reconnaître Oscar Dominguez – de profil, regardant Salvador Dalí –, le photographe Brassaï – au deuxième plan au milieu – et Eduardo Pisano, tout à fait à droite). Lydia Harambourg, « Montparnasse, terre d'asile - Eduardo Pisano, peintre espagnol », La Gazette de l'Hôtel Drouot, n°5 du . Anne Egger, Pisano, Musée du Montparnasse/Arcadia Éditions, 2013. Juan Manuel Bonet, Le Montparnasse espagnol des années 1920 à 1980, Institut Cervantes, Paris, 2013. Élisée Trenc, Eduardo Pisano, un artiste dionysiaque, Ville d'Eu, 2015. Christophe Rioux, « Exilé à Montparnasse », Le Quotidien de l'art, n°886, . Miguel Ángel Revilla Roiz, Francisco Fernández Mañanes, André Licoys, Éric Licoys et Juan Manuel Bonet, Colección Eduardo Pisano, Casa de cultura de Torrelavega, Gobierno de Cantabria, 2018 (consulter en ligne). Francisco Fernández Mañanes et Carmen Carrión, Pisano, éditions de la ville de Santander, 2019 (consulter en ligne). Jorge Rodríguez de Rivera, Eduardo Pisano : biographie, expositions, donations, éditions Galerie Éric Licoys, Paris, 2019. Amanda Herold-Marme, Des artistes espagnols à Paris - Identités et engagements face à la guerre civile, collection « L'art et l'essai », CTHS / INHA, Paris, 2024 (conférence de l'auteure en ligne, École des chartes, 2025 - Source : YouTube ; durée : 75'12").

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