L’histoire de l’hôtel de Monaco, à Paris, est et sociale. La présence de ses habitants et les évènements qui s'y déroulent témoignent de son époque.
Marie-Catherine Brignole garde le nom du prince de Monaco dont elle est nouvellement divorcée et demande en 1774 à Alexandre-Théodore Brongniart d’ériger un hôtel. Les différents occupants, qu'ils soient membres du corps diplomatique ou personnalité du régime, sont prestigieux. Leur présence témoigne des tourments de la Révolution française, de l’avènement de l’Empire puis de sa chute suivi d’une Europe différente.
En 1838, William Williams-Hope confie à Achille-Jacques Fédel, autre architecte, la construction d’un nouvel hôtel. Le lieu, richement décoré, accueille de grands noms de la finance puis de la haute société mondaine, avant d'être une galerie d'art hors du commun et enfin la propriété de la Pologne.
Hôtel de Monaco
vignette|alt=Photo en couleur d'une partie de façade avant d'un hôtel particulier avec son péristyle.|Façade sur cour de l'hôtel de Monaco (2010). L’Hôtel de Monaco se situe rue Saint-Dominique à proximité de l'esplanade des Invalides dans le .
Marie-Catherine Brignole lance le projet en 1774.
Alexandre-Théodore Brongniart architecte du futur palais de la Bourse – devenu palais Brongniart – conçoit, pour cet édifice néo-classique, un plan original. Le bâtiment avec ses deux ailes très discrètes, qui rompent l'ensemble, parait de forme de rectangulaire. Tel une villa italienne il le dispose au milieu d’un îlot de verdure. La façade sur cour avec ses colonnes d’ordre toscan comprend aussi un péristyle semi-circulaire pour accueillir le visiteur. Sur le jardin la façade est agrémentées par des colonnes d’ordre colossal cannelées. La distribution intérieure est plus conventionnelle avec une répartition des pièces en deux longueurs sans axe traversant. Les unes donnent sur cour, les autres sur jardin. Le décor est raffiné.
En 1838, William Williams-Hope rachète l’ensemble et le fait démolir en très grande partie.
Achille-Jacques Fédel construit un autre hôtel. Le bâtiment, toujours néo-classique, plus long possède deux ailes en retour qui ferment la cour. La façade sur cour, dont tout balustre a disparu, est toujours ornée de colonnes d’ordre toscan. En son centre le péristyle devient rectangulaire. Les proportions changent totalement de la précédente construction. La façade sur jardin se modifie également puisque les colonnes disparaissent. Le jardin est agrandi. La distribution intérieure reste la même au rez-de-chaussée qui reçoit les appartements. Un escalier magistral, auquel on accède par l’aile ouest, conduit à l’étage. Ce dernier, dans un décor très riche, est le siège des pièces de réception.
Habitants du premier hôtel Commanditaire Princesse de Monaco
vignette|alt=Femme de la fin du accoudée de face dans un canapé et tenant un éventail fermé de la main gauche.|Marie-Catherine Brignole, princesse de Monaco.Marie-Catherine Brignole, génoise hautement née, appartient à la famille Brignole. Elle a fait construire l’hôtel de Monaco.
Ses parents, le marquis Giuseppe Brignole et Anna Balbi, la font baptiser le .. Elle grandit dans le Palazzo RossoLe Palazzo Rosso ou Palais Rouge, fameusement réputé encore de nos jours où il inscrit au patrimoine mondial de l'humanité, . . au milieu d’une fabuleuse collection d'œuvres de Strozzi, Le Guerchin, Rubens, Carrache, van Dyck, Andrea del Sarto, Bruegel Ceci a pu contribuer à son goût raffiné. Plus tard elle fréquente les salons parisiens qui remarquent sa beauté, sa culture et son caractère posé.
Le prince Honoré III de Monaco, initialement amant de sa mère, se tourne vers la fille. Malgré un père au début opposé, elle tient son engagement écrit du et se marie à Gênes par procuration le et à Monaco le suivant.. Elle porte alors, comme princesse consort, le titre de princesse de Monaco.
La présentation à la cour de France se réalise le aux eaux de Plombières. Sa prestance, sa beauté, ses propos assurés sans hauteur assurent son triomphe. À ce moment le prince de Condé, prince du sang, la voit pour la première fois. Cependant son mari la délaisse. En 1767, Condé reçoit la Cour pendant quinze jours. Le prince de Monaco déjà soupçonneux se montre alors démesurément jaloux et violent. Finalement de façon plus frivole, elle fréquente la haute société et tous s’accordent sur son esprit et sa beauté. Ainsi Horace Walpole mentionne dans ses écrits qu’il s’agit . Se confirme l’idylle avec le prince de Condé. Le mari, décrit comme volage et brutal, s’apprête à emmener de force son épouse et à la maintenir dans les limites de Monaco. Elle intente alors un procès mais peu de temps avant le verdict les magistrats qui s'opposent à cessent de siégerCet évènement du règne de est connu : le parlement de Paris s’oppose à un édit du Roi. Celui-ci ignore la remontrance et ordonne son enregistrement. Le parlement cesse alors de siéger. Le Roi met un terme au conflit en exilant les membres de ce parlement puis il en modifie la structure et les compétences. .. Son amant intervient auprès d'eux et ils reprennent leurs travaux. Le , le parlement de Paris unanime décide de Cette trêve de moins d'une semaine, qui traite de cette seule affaire, est selon les plaisantins contemporains . .. Fortunée et libre, à l’âge de trente-deux ans elle apparait .
En 1774, habitant un hôtel du faubourg Saint-Honoré., elle fait construire près du palais Bourbon, propriété et résidence du prince de Condé, son amant, un hôtel particulier qui porte alors le nom d'hôtel de MonacoDes écrits désignent des hôtels particuliers parisiens comme l' hôtel de Monaco, il en va ainsi de l'hôtel de Matignon. Or dès la Révolution les gouvernements lui réservent le patronyme de Monaco. Il ne change officiellement que pour celui d'hôtel du prince d’Eckmühl. Puis l’usage lui donne le nom des propriétaires successifs en rappelant sa première propriétare. .. Le l'architecte-expert Sébastien-Jean Duboisterf procède à la réception des travaux, estimés à ..
Son temps se partage entre cette demeure, la résidence parisienne et le château de Chantilly de Condé. Puis, en 1785 environ, elle fait construire le château de Betz, sa campagne. Le , bien qu’étrangère donc ne craignant rien du gouvernement français, elle quitte définitivement l'hôtel de Monaco pour fuir le royaume de France avec son amant.La princesse Lubomirska accusée de l’avoir aidée est guillotinée sous la Terreur. ..
Occupants Ambassade du Royaume de Grande-Bretagne
vignette|alt=Blason du royaume de Grande-Bretagne avec ses ornements extérieurs, sa devise et ses supports|Armoiries du Royaume de Grande-BretagnePour les armoiries de la Grande-Bretagne, les ornements extérieurs sont tels que l’Ordre de la Jarretière entoure l’écu. Celui-ci est supporté à gauche par un lion et à droite par une licorne couronnés. Le manteau d’or et d’hermine est surmonté par un casque avec une couronne impériale. À la partie inférieure se trouve une devise. Les armes sont : premier quartier armes de l’Écosse, second quartier armes de la France, troisième quartier armes de l’Irlande, et quatrième quartier la couronne le l’architecte du Saint-Empire romain germanique au centre des armes de Lunebourg, de Brunswick et de Hanovre. ..Le , le nouvel ambassadeur du Royaume de Grande-Bretagne, Lord George Leveson-Gower et son épouse Lady Sutherland louent les grand et petit hôtels à la Princesse. Le lieu est si agréable qu'ils le mentionnent dans leur correspondance..
Le lendemain de la journée insurrectionnelle du 10 août 1792, William Huskisson peut en tant qu’étranger se risquer dans Paris pour en connaitre les nouvelles – prise du palais des Tuileries, massacre des gardes Suisses, et refuge de à l’Assemblée. En rentrant, il découvre dans ses appartements de l’Ambassade, le marquis de Champcenetz, gouverneur des Tuileries. Celui-ci a échappé à la foule en sautant d’une fenêtre et en progressant de nuit jusqu’à l’ambassade de Grande-Bretagne où il s’est fait admettre en se faisant passer pour un Anglais. Ce réfugié crée une situation très embarrassante : son secours à titre humanitaire s’oppose au respect de la neutralité. Pour ne pas risquer de déclencher de conflit entre la France et la Grande-Bretagne sa présence reste secrète. Huit jours plus tard sa fuite est effective..
Le , restant neutre et refusant d'interférer dans les affaires intérieures de le France, George III déplore toutefois le sort réservé à – suspendu et assigné à la Tour du Temple – et rappelle son ambassadeur.. Lebrun, ministre des affaires étrangères du Conseil exécutif provisoire, regrette alors par missive, qu'il rend publique, cette attitude.. Ce n'est que le que l'Ambassadeur quitte sa résidence enfin muni d'un passeport en règle. Le Londres s'inquiète toujours de son retour..
Puis l'ambassade donne son congé le ..
Administrations révolutionnaires L'hôtel et le terrain sont confisqués comme bien d'émigré, conformément au décret du ..
En 1793, le jardinier restant réclame en vain ses gages à l'Administration des domaines. Devant l'abandon du jardin, au printemps 1794, un citoyen indique : .
En le Comité de guerre se sert du petit hôtel de Monaco comme dépôt de la Légion germanique qui stationne à Fontainebleau.. Ce corps, constitué le de soldats initialement germanophones, est dissout le ..
Par décret du 12 germinal an II (), l'Assemblée dissout le Conseil exécutif provisoire. Ceci amène la disparition des ministères dont celui l'Intérieur. Le Comité de salut public attribue l'hôtel le à la Commission des secours publics., mais le il lui préfère la Commission des travaux public, également issue du ministère l'Intérieur. Finalement, le , il retient sa première décision.. Le , la Commission des secours publics y ramène ses services pour libérer la totalité de l'hôtel d'Avrey destiné à l'Agence des hôpitaux militaires.. Le le ministère de l'Intérieur déménage certains de ses bureaux qui gagnent la maison de l'Université pour libérer l'hôtel..
Ambassade de la Sublime Porte ottomane
vignette|alt=Cortège d’hommes enturbannés qui entourent un seul cavalier. Un carrosse les précède.|Seyyid Ali Efendi se rendant au palais du Luxembourg le Il existe . Ceci permet de décrire tout le faste de ce cortège pour la circonstance. ..Le ., l’ambassadeur de la Sublime Porte ottomane, Moralı Seyyid Ali Efendi, envoyé de Sélim III, s'installe à l’hôtel de Monaco.
Le Directoire souhaite établir des relations diplomatiques avec la Sublime Porte pour que soit reconnu le rang de la République française. Les conditions d'accueil et d'hébergement de l'ambassadeur ont fait l'objet de négociations et ont abouti au décret du .. Ainsi celui-ci est, de façon inhabituelle, logé gratuitement. La mise en état du lieu laissé intact par les révolutionnaires ne nécessite que .. Le général Aubert du Bayet a également exposé que , à ce titre est également mis à disposition un portier payé par la République.