vignette|Carte des différents groupes Tainos avant les découvertes de Christophe Colomb.
vignette|Reconstitution d'un village taïno à Cuba.
Les Taïnos, ou Tainos, sont une ethnie autochtone des Antilles issue de la tribu mère des Arawaks, qui occupait les Grandes Antilles lors de l'arrivée des Européens au . Malgré leur quasi-disparition au , plus de la moitié de la population antillaise, plus particulièrement des Cubains, Haïtiens, Portoricains et Dominicains, ont des origines partiellement taïnos.
Origine L'origine des Taïnos est controversée. Leur langue est d'origine arawak mais en analysant leur symbolique et leur mythologie, leur culture semble liée aux Mayas du Yucatán, du Guatemala et d'autres régions adjacentes. dans El huracán; dios de la tormenta, y el Popol-Vuh. (« L'Ouragan, dieux de la tourmente et le Popol Vuh »), signale de nombreux parallèles avec les traditions mayas. La parenté de traits de la mythologie taïno avec celle des Mayas inclut l'idée fondamentale de la dualité des démiurges : Yocahú, le père et Guabancex, la mère serpent, dont l'accouplement préside le cycle solaire.
Une étude de 2001 fondée sur l'analyse de l'ADN mitochondrial (donc issu de la lignée féminine) d'un échantillon de population portoricaine tend à accréditer une autre hypothèse selon laquelle la population actuelle des Caraïbes, héritière des Taïnos par les femmes, serait issue en grande partie des territoires actuellement peuplés par les Yanomamis dont elle serait cousine. Selon les auteurs, le résultat de l'analyse génétique est confirmé par des considérations linguistiques et archéologiques.. On sait effectivement que des groupes, tels les Kalinago/Caraïbes qui ont donné son nom à la région, sont remontés d'Amérique du Sud dans les Caraïbes.
Différenciation Au cours de leurs migrations dans les Caraïbes, les Taino se sont différenciés en plusieurs groupes : les Taino Lucayan (aux actuelles Bahamas), les Taino occidentaux (à Cuba, avec à l'ouest le peuple Guanajatabey), les Taino centraux (à Hispaniola et Porto Rico) et les Taino orientaux, dans les petites Antilles..
Société La société taïno se divisait en trois classes sociales distinctes : les Naborias ou villageois travaillant la terre ; les Nitaínos considérés comme les nobles des tribus ; les Bohiques, chamans ou prêtres qui représentaient les croyances religieuses et le Cacique connu aussi sous le nom de « Guare », chef de la tribu ou « Yucayeque ». De plus, il existait un chef suprême auquel les Caciques devaient verser un tribut.
Caciques taïnos
Les Taïnos dénomment « cacique » le chef d'une unité territoriale dont le pouvoir se limitait à un yucayeque, un hameau, une vallée
Les Taïnos étaient divisés en un grand nombre de cacicazgos (« zone d'un cacique ») de dimension inégale, parfois tributaires d'autres cacicazgos. Le chroniqueur Fernández de Oviedo relate qu'à Hispaniola se trouvaient cinq grands caciques en dessous desquels gouvernaient d'autres caciques de moindre importance. Par exemple, les caciques les plus importants de l'île de Porto Rico à l'époque de l'arrivée des conquistadors (avec leurs zones de pouvoir respectives) sont :
Vie quotidienne Les peuples étaient organisés dans les clairières de la forêt, à l'intérieur des terres, avec deux types d'habitats : le bohío, circulaire, habitat commun des habitants du yucayeque, et le caney, plus grand et rectangulaire où habitait le cacique avec sa famille. Ces habitations étaient construites avec des feuilles de hinea (qui se ramasse dans les rivières et les fleuves), et du bois.
Pour dormir ils utilisaient des hamacs (ce mot est d'origine taina) tissés avec du coton. Les habits des Taïnos étaient simples, en partie du fait du climat peu rigoureux. Les Espagnols trouvèrent les hommes couverts avec un simple taparrabos (cache-sexe), et les femmes mariées avec un pagne de paille, de coton ou de feuilles nommées naguas. Les femmes célibataires vivaient nues.
Les chefs « caciques » disposaient d'un mobilier spécifique : le duho, un fauteuil en bois sculpté faisant apparaître leur bandeau clanique sur le dossier. Sur la photo ci-jointe apparaissent également des repères genrés : « la tortue », symbole féminin, désignant un objet appartenant à une cacique. « Les becs d'inriris entrecroisés », symbole masculin, désignant un objet appartenant à un cacique.
Les chamanes ou bohique ou encore bohiti avaient obligation de pratiquer le jeûne et l'abstinence avant toute cérémonie de divination. Ils disposaient pour se purger d'une boisson fermentée et de spatules vomitoires également marquées du bandeau de leur clan.
Les deux sexes s'appliquaient de la peinture corporelle noire, blanche, rouge et jaune. Ils décoraient leur corps de tatouages religieux pour se protéger des mauvais esprits, et ornaient leurs oreilles et lèvres avec de l'or, de l'argent, des pierres, os ou coquillages. Ils confectionnaient entre autres des paniers, des poteries en céramique, ils sculptaient le bois, fabriquaient des filets et travaillaient l'or, abondant dans les cours d'eau de Porto Rico. Les Espagnols récoltèrent plus de dix tonnes d'or en épuisant les réserves de l'île et en spoliant les quelques objets d'intérêt que contenaient les meubles des caciques.
Polygynie
Les caciques pratiquaient la polygynie, peu fréquente parmi le commun du peuple. Cette pratique pouvait se justifier parce que ne pas avoir d'enfants (ou de fils) était une honte chez les Taïnos. La relative richesse des caciques et leur statut permettaient à ceux-ci d'avoir plusieurs épouses et enfants. Enfin, on peut citer comme explication les guerres constantes contre les Caraïbes qui diminuaient le nombre d'hommes disponibles.
Cependant, à la suite des mauvais traitements qu'ils reçurent des nouveaux arrivants, les caciques organisèrent leurs forces et rejetèrent leurs agresseurs qui avaient pour but de les asservir. Les armes modernes des conquistadors (arquebuses, arbalètes, canons), leurs plastrons et armures, furent les clefs d'une lutte inégale qui mena à la défaite des caciques taïnos.
Religion vignette|upright=0.6|Cémi, ou zémi (Lombards Museum).
Mythologie Les Taïnos croyaient en deux dieux : celui du bien () et celui du mal (Juracán).
Le monde taïno était divisé en quatre parties et un centre que gouvernaient respectivement le soleil et son jumeau Guatauba, tous deux fils du Dieu Yocahú, créateur des montagnes et du feu. Coastrique, jumeau nocturne de la mort, gouvernait les trombes d'eau, faisant apparaître le mythe du déluge dû à l'influence continentale.
Dans la structure politico-sociale, de caractère théocratique et guerrier, le cacique et le bohique représentent les pouvoirs surnaturels du dieu de la nuit. Le mot cacique, par exemple, contient la syllabe ca de cauni, or car le cacique représentait le pouvoir solaire du dieu du feu ; bohique tient ses origines de boa, coa ou toa, et de la maison rectangulaire, le bohio, associée à la moitié serpent de la tribu, en son ordre relevant du principe de dualité. Il semble être avéré que le cycle mythologique du Popol Vuh exerça une forte influence aux Antilles.
Cependant, le trait le plus caractéristique de la mythologie taïno était de comparer les esprits aux hommes, animaux, plantes et aux êtres inanimés. Cet animisme conférait au chaman (behiques) de grands pouvoirs du fait qu'il était le seul être capable de dominer les esprits (et d'administrer toute une pharmacopée). À cette fin, il confectionnait des idoles en coton, pierre, os, coquillages, etc., qui recevaient le nom de cemies. Les cemíes possédaient des pouvoirs sur l'Homme en ce qu'ils contenaient les esprits régissant les activités humaines. En 1907, Fewkes étudia les idoles tainas et aboutit à la conclusion suivante : les Taïnos croyaient en deux êtres surnaturels appelés cemies qui étaient les géniteurs des autres. Ces deux pères créateurs étaient symbolisés par des idoles en pierre, en bois ou en argile, auxquelles ils adressaient leurs prières, et en présence desquelles ils célébraient les rites visant à implorer l'abondance de fruits et le bonheur de l'espèce humaine. Un groupe de ces êtres surnaturels, los cemies, représentaient les ancêtres du clan. Le culte de ces idoles était soumis aux familles et leurs images étaient gardées dans la maison-temple du cacique.
, moine qui entre 1494 et 1498 vécut parmi les Taïnos de Saint-Domingue, interprète la religion des Taïnos à travers ses propres croyances : Yukiyú (le père créateur) vit au ciel, c'est un être immortel que personne ne peut voir, et bien qu'il ait une mère, il n'y a pas de début à son existence. Sa mère, déesse existant depuis toujours également, possède différents noms : , Atabex, Yermaoguacar, Apito et Zuimaco. Quand Oviedo parle du couple divin, il déclare : . Dans les musées de Porto Rico et de Saint-Domingue, on peut admirer une grande quantité de ces idoles, les cemíes, dont la forme a suscité parmi les ufologues les croyances et spéculations les plus folles.
Pétroglyphes Les Tainos utilisaient un système de pictogrammes sacrés dans les pétroglyphes illustrant leurs grottes.. On en retrouve par exemple dans la vallée de Viñales dans l'ouest de Cuba (grotte des Pétroglyphes (Caverna de los Petroglifos), grotte de Mesa (Cueva de Mesa)).. Des pictogrammes Cemí ont aussi été trouvés sur des objets usuels, tels des poteries et des tatouages.
Influences culturelles croisées des Taïnos Si l'origine des populations Taïnos est sud-américaine (bassin de l'Orénoque), leurs pratiques culturelles étaient beaucoup plus empreintes de l'influence maya (nord de l'Amérique centrale). Sur toutes les grandes Antilles les archéologues ont découvert des terrains de pelote. Les Taïnos la pratiquaient vraisemblablement avec la même ferveur rituelle. Ils en connaissaient parfaitement la signification symbolique. Le terrain de pelote se dit « Batu ». La balle se dit « Mayagüey », ce qui signifie le soleil maya. Symboliquement, les deux équipes reproduisent la lutte entre les dieux du ciel et de la terre pour la possession du soleil. Ce mythe correspond à l'aventure des jumeaux héroïques décrite dans le Popol Vuh : le livre sacré du peuple maya K'iche'. L'organisation politique en castes dominantes et laborieuses se calque également sur l'organisation quadripartite de la société maya classique.
Le découpage territorial de l'île de Saint-Domingue en cinq royaumes dont quatre royaumes cardinaux est le suivant : le Higüey à l'est (« Esprit du soleil » en taïno) ; le Marién à l'ouest ; le Magua au nord ; le Xaragua au sud (« Le grand lac », c'est-à-dire le lac Enriquillo) ; le Maguana : État en apanage à la puissance dominante de l'île. Cela pourrait expliquer pourquoi « Caonabo », roi de ce dernier État, pouvait se déplacer librement avec son armée sur toute l'île au mépris du pouvoir de tous ses voisins.