La première cathédrale de Berlin fut une église conventuelle, devenue collégiale et patronale à fonction cathédrale. de 1536 à 1747 (Schloss -, Oberpfarr- und Domkirche). Elle n’existe plus aujourd’hui et se trouvait dans l’actuel quartier Berlin-Mitte au sud du château royal. Contrairement à certaines cathédrales européennes qui ont successivement agrandi ou intégré le bâtiment précédent au nouveau, la deuxième cathédrale de Berlin conçue par l'architecte Johan Bouman ne sera pas construite sur les fondations de la première, mais plus loin dans le Lustgarten. La première cathédrale sera démolie sur ordre du roi Frédéric II de Prusse en 1747.En revanche, le point commun entre les trois cathédrales de Berlin est la présence depuis le de la crypte héréditaire des princes électeurs devenus rois de Prusse, puis empereurs d’Allemagne en raison de leur appartenance à la maison des Hohenzollern.
Couvent dominicain et chapelle castrale La politique territoriale du Brandebourg et l'essor des ordres mendiants vignette|upright=0.6|Exemple de gothique de brique, église du couvent cistercien de Chorin La Maison d'Ascanie renforça son pouvoir dans la marche de Brandebourg au . L'essor économique se réalise en même temps que la politique de colonisation (Ostkolonisation) des terres à l'est de l'Elbe et une christianisation progressive des nouvelles terres acquises.. Un commerce de type médiéval s'installe dans et entre les villes nouvellement créées: Prenzlau en 1235 ; Cölln en 1237 ; Berlin en 1244 ; Francfort-sur-l'Oder en 1253.
Parallèlement à la création des villes, on assiste à la fondation de couvents-mendiants dans la gigantesque province Teutonia au nord des Alpes. En 1221, le premier couvent dominicain est créé à Cologne et on institue la province Teutonia qui va de la Mer du Nord à la Mer Baltique, des Alpes aux confins de la Scandinavie. En 1228, Les couvents scandinaves sont séparés de la Teutonia et forment leur propre province. En 1259, les couvents flamands sont rattachés à la province de France. En 1303, le chapitre général tenu à Besançon sépare les nations septentrionalesLes régions détachées étaient la Hollande, la Frise, la Westphalie, la Hesse, la Saxe, la Thuringe, le Brandebourg, le Mecklembourg, la Poméranie et les pays baltes de la Teutonia et les rassemble dans la Saxonia. En 1308, la seconde est découpée en huit « nations » dont le Brandebourg auquel appartenaient l'intégralité des couvents situés dans le margraviat ascanien.
L'engagement des margraves et de leur cour aux côtés des dominicains ne se limitait pas à une collaboration active sur le plan territorial. Ils se sont investis également dans la vie religieuse et récoltèrent en retour des avantages et des relations utiles à leur règne. Le margrave Jean fut dignement représenté et défendu en personne par le prieur de la province dominicaine et l'abbé de Lehnin pour obtenir du pape Alexandre IV la dispense nécessaire à son mariage avec une fille du duc Albert de Saxe. D'autres couvents furent créés grâce à la générosité et aux dons des souverains et nobles de la cour dont certains membres devenaient frère prêcheur ou gravitaient autour des communautés mendiantes en participant aux offices, aux actions de grâce et de pénitence ou aux confessions. Les dominicains sont présents ou invités pour les moments importants de la vie du prince. Othon III sera inhumé au couvent dominicain de Seehausen.
Le clergé régulier joua donc un rôle primordial dans l'introduction et le renouveau du christianisme dans les marches orientales. Au départ, les souverains brandebourgeois font venir plusieurs ordres: les prémontrés, les dominicains, les augustins, les franciscains et les cisterciens. Les derniers occupent une place de choix dans le Brandebourg ; ils fondèrent les couvents célèbres et influents de Zinna (1170), de Lehnin (1180), de Chorin (1258) et de Himmelpfort (1299).
Les tombeaux et sarcophages des souverains ascaniens, devenus ottoniens, se trouvaient à l'abbaye de Lehnin. Les relations privilégiées qu'entretenaient les margraves, puis princes électeurs de Brandebourg avec des ordres plus contemplatifs vivant en clôture pour la prière et l'étude servent en premier lieu à rattraper le retard qu'avait le Brandebourg sur le plan culturel par rapport à ses voisins allemands. Mais il faudra attendre la fin du Moyen Âge pour que les grandes abbayes brandebourgeoises puissent s'enorgueillir de leurs bibliothèques richement dotées. L'abbaye de Lehnin disposait d'un catalogue dépassant le millier d'exemplaires en 1514. De même, l'électeur Joachim II Hector de Brandebourg fonda en 1506 à Francfort-sur-l'Oder une université qui deviendra un pôle éducatif et intellectuel pour le Brandebourg: l'alma mater Viadrina.
L'église du « couvent noir » de Cölln vignette|upright=0.5|Sceau de l'Ordre des Prêcheurs thumb|Emplacement du château et de l'ancienne église dominicaine devenue cathédrale de Berlin (en beige sur le plan) Le margrave octroya un terrain à l'Ordre des Prêcheurs qui, fidèles à leur règle de frères mendiants, firent construire un couvent d’allure modeste avec une église sans artifice et sans clocher .Les Dominicains fondèrent ce monastère sur l‘île de la Spree à Cölln vers la deuxième moitié du . Les villes jumelles Berlin-Cölln étaient avec Prenzlau et Brandebourg-sur-la-Havel une exception dans la Marche de Brandebourg où il était rare que plus d'un couvent mendiant s'installait dans la même ville. Contrairement à la Thuringe, la Saxe et la Silésie qui étaient très riches en communautés religieuses dans une même cité, le Brandebourg était très rural avec une faible densité de population . Plusieurs facteurs expliquent cette implantation de couvents dominicain et franciscain à Berlin-Cölln. Berlin et les alentours formaient une diète, un territoire défini par l'ordre dominicain pour indiquer la zone où seraient autorisés l'apostolat, la prédication et les aumônes (« terminus praedicationis »). Afin de ne pas se faire concurrence entre eux, les différents couvents se partageaient le territoire en fonction des quêtes et dons possibles suivant le nombre d'habitants et le niveau de vie de ceux-ci. Il fallait assurer la survie d'un seul couvent d'un même ordre.
Les dominicains étaient très appréciés, notamment dans les campagnes, pour l'aide qu'ils prodiguaient aux pauvres et aux malades. La dynastie ascanienne du margraviat de Brandebourg savait qu'elle devait entretenir de bonnes relations avec les ordres mendiants. Elle donna sa préférence aux dominicains dont le chapitre de la province « Saxonia » fut organisé à Berlin de 1252 à 1428. Les ordres mendiants affectionnaient particulièrement la ville plus que la campagne et l'isolement. Jacques Le Goff a en effet défendu la théorie qu'il n'y a pas de centre urbain sans un couvent mendiant. Les couvents des ordres mendiants s'installent dans les nouveaux milieux urbains réclamant une évangélisation d'un genre nouveau au sein d'une population riche en immigrants, souvent d'origine rurale. On trouve pour cette raison les couvents mendiants dans les faubourgs et les périphéries des cités. La maison d'Ascanie, maître du margraviat de Brandebourg au , s'intéressait beaucoup au découpage territorial interne à l'ordre dominicain et cherchait à l'adapter à sa propre politique. À quelques exceptions près, les « nations » créées au sein de la province dominicaine Saxonia correspondaient peu ou prou aux divisions régionales ou étatiques présentes dans cette partie orientale du Saint-Empire.
Le style architectural en vogue dans le Nord de l'Allemagne et particulièrement les villes hanséatiques était le gothique de brique. Les édifices religieux et civils les plus aboutis de ce style se rencontrent dans les cités marchandes au statut autonome, comme à LübeckSe reporter à l'article Église Sainte-Marie (Lübeck) ou GdanskSon plus digne représentant est l'Église Sainte-Marie (Gdańsk) car la richesse matérielle et l'esprit plus progressiste de la population ont grandement contribué à une atmosphère propice aux arts et à la culture. La mode des églises-halles en brique se maintiendra longtemps sur le sol allemand puisque deux à trois siècles plus tard, la cité impériale de Nuremberg construit des églises-halles en brique avec des façades-pignons surélevées d'arcades. Le Brandebourg, certes moins prospère que les cités hanséatiques ou les principautés ecclésiastiques, peut néanmoins citer l'église de l'abbaye de Chorin ou la cathédrale Sainte Catherine de Brandebourg-ville.
Othon V, concéda parallèlement un terrain aux franciscains près de l'enceinte de la nouvelle ville créée par la fusion de Cölln et Berlin.Les frères mineurs construisirent un couvent accompagné d'un cimetière et d'une basilique en briques à trois nefs. En raison de la couleur grisâtre de l'habit des premiers frères mineurs, le couvent fut nommé dans le langage courant local le « couvent gris » .
Le monastère dominicain prit le nom de « couvent noir » à cause de la bure noire des frères prêcheurs et par opposition au « couvent gris » des frères mineurs.
La chapelle Saint Elme du château
En 1443, Frédéric II fit ériger le nouveau château des princes électeurs du Brandebourg à mi-chemin entre Cölln et Berlin. Sept ans plus tard, la chapelle fut dédiée et consacrée à saint Érasme de Formia ou saint Elme pour les offices divins suivis par la famille princière et sa cour. En 1465, le pape Paul II l'élève au rang d’église collégiale .
Lorsque la chapelle interne au palais devint trop exiguë et plus assez représentative de la dignité croissante des princes électeurs, l’électeur Joachim II Hector de Brandebourg demanda en 1535 la permission au pape Paul III d’utiliser l’église conventuelle dominicaine à quelques mètres du château royal qui devint par la même occasion une église capitulaire (Domkirche). Le souverain fut particulièrement généreux dans ses donations. Le roi fit transférer les Dominicains dans un monastère à Brandebourg-sur-la-Havel en 1536, date à laquelle fut consacrée la nouvelle église cathédrale.
Église cathédrale à partir de 1536 thumb|Maquette du château et de l'église cathédrale attenante pendant la Renaissance Berlin n’étant pas à cette époque le siège d’un évêché disposant d’une cathédrale historique, on ne peut pas parler stricto sensu d’un « Dom »L’allemand dispose de trois termes pour désigner des cathédrales bien que chacun apporte une nuance très particulière. Si l’on ne connaît pas l’histoire de l’édifice ou si l’on n’est pas natif de la région de cette cathédrale, il est difficile de savoir quel terme on utilise pour telle et telle ville en terres germanophones. Münster (du latin « monasterium ») désigne une cathédrale ayant été bâtie sur un édifice antérieur ayant appartenu à un couvent. Généralement, il y a une partie romane dans un Münster (Exemples de la Cathédrale de Strasbourg ou de la cathédrale Notre-Dame de Fribourg). Le terme Dom (du latin « domus ») désigne une cathédrale qui a été bâtie sans intégrer un édifice précédent et qui héberge le siège d’un évêché (Exemple connu de la Cathédrale de Cologne). Le terme Kathedrale (même sens et origine qu'en français) est utilisé plutôt pour les édifices à l’étranger quand on ne connaît pas le contexte du bâtiment. En Allemagne, on donne la préférence à Münster ou Dom. Dans les régions devenues protestantes, le terme « Dom » s’est répandu comme synonyme d’église majeure ou représentative de la ville ou du pouvoir politique locale sans qu’il y ait forcément le siège d’un évêché ou d’un diocèse. pour cette ville quoiqu'elle soit devenue capitale de l'empire allemand, puis de l'Allemagne réunifiée.